samedi 30 novembre 2013

Satyricon exécutionne Limoges

Je n'avais encore jamais vu Satyricon sur scène, c'est chose faite (ma check list se réduit, il sera bientôt temps d'y aller...) grâce à Execution Management, véritable Monsieur Loyal Inc. des Lémovices. M. Wongraven est dans un bon soir car on sait l'élégant inégal, et l'on comprend vite que ça va bûcheronner dur et grave comme dans un discours de François Hollande sur l'inversion de la croix (du chômage). Satyricon... Une toujours féroce bestiole issue des bois de Septentrion, mangeuse de moumines à ses heures, qui tombe parfois sur une formule facile dont elle abuse sur quelques albums mais peut se targuer de ne pas en avoir commis de mauvais. A l'instar de nombreux groupes de sauvageons scandinaves de la légendaire deuxième vague, qui, bien que surpris alternativement à ronronner ou à se réinventer au mépris des dogmes, restent inspirés par un ADN profond et obsidien dont ils ne se départent pas.

Fin de la digression et retour à l'agression : ça enquille sec et dur, ça secoue les sapins comme EDF un lendemain de tempête, tout ça contremaîtrisé avec maestria par M. Wongraven qui n'oublie pas, tout bourgeois du black qu'il est, qu'il vient de là il vient du froid. On se paie donc dans la gueule, servis par une interprétation et un son énormes, des Hvite Krists Død et des Forhekset comme si les pains pleuvaient en une biblique multiplication. Tout ça rehaussé en permanence par le charisme Hugo Boss d'un Satyr venimeux, impérial et dominateur. Particularité notoire de Satyricon, on a beau opiner du chef sur des structures souvent rock sinon binaires, Frost est toujours là, derrière, bête humaine ou de somme, assommoir, montagne hallucinée derrière son kit de cuisine norvégien, passant allègrement de plans à la Phil Rudd à des brutalités tou-pa-tou-pa de derrière les fagots tout en blastant à la 1993 à la noire sans coup férir. Un véritable docteur-ès-avalanches qui tape, tape, tape jusqu'au bout de la nuit. Je ne sais pas si ce mec est autiste, dingue ou prof de math mais dans la catégorie moissonneuse batteuse, il fait du John Deere et j'adore (cette fin de phrase n'est que pure coquetterie).

Maestro parmi les maîtres, Satyr a le génie pour concocter la bonne setlist, ce qui en metal extrême comme ailleurs est pour moi une science exacte - mieux vaut un set floppy mais bien agencé qu'une série de frappes chirurgicales mal placées. Là encore plus Kadhafi (mon idole de petit garçon, mais c'est gênant à expliquer) que George Bush, Satyricon a malmené ses sujets cons pliants au gré de son diktat imparable ; tu en trouveras, lecteur, la litanie sur d'autres chroniques. Sache simplement que si Mother North (qui vire à la Fear Of The Dark, mais c'est un compliment-hommage à mes idoles sans compter qu'on aime tous pousser la chansonnette en pensant à Monica Bråten) fut habilement jetée en pâture au public, elle fut suivie avec à-propos par Fuel For Hatred, un combo comme on n'en fait plus depuis Street Fighter II (le premier évidemment - "The World Warrior". Eh oui, 1991 n'est pas que l'année des Use Your Illusions).

Raiding Europe est un bon titre de tournée, oldskull et surtout bien porté - même si Dans La Tête Yvette eut pu convenir. A voir en ville dans la vieille Europe même pour les pas-fan de Satyricon, l'album. Un concert de plus comme ça, et je me risquerai peut-être à goûter le vin du satyre cornu, tiens. Photo en tête de notule de votre serviteur.

Recently went to an amazing Satyricon gig, or should I say recently witnessed a statement of what black metal shoud be and should stay - thanks to the norwegian wolverine horde. Dark, frosty and punishing forest-scented black metal, meaning honey for the ears. And yes, Mother North is still one of the best black metal song ever spirited, a sonic embodiement of the original darkness oozing from scaldic lands during the nineties.

Le site et le Myspace de Satyricon.

jeudi 28 novembre 2013

Bof Redemption

Julien Doré ni bon ni mauvais s’est mis au black metal de pacotille et chante des trucs comme Descente d’organes et A mort tous les anges (ou un truc dissectionnien dans le genre) ; Grégory Gadebois - par ailleurs intéressant comédien ayant porté sur les planches Des Fleurs Pour Algernon - trouve ça insupportable et nous aussi et menace de lui écraser sabbath sur la tête à plusieurs reprises. D'autant plus que Grégory n'aime plus le black metal, il veut une vie pour lui loin de Satan Labite (on pense déjà « what the fuck », mais la suite ne déçoit pas).

Finalement Julien, pissant de la grenadine mayhémique par les bras pendant tout le film, s'invente un cancer et ses amis peinés et jamais trop aidés piquent un camping-car à des hollandais nudistes et hippies, enfin à des hollandais quoi (même si on dirait Saxon, promis) pour aller jouer au Hellfest. Un bio film sur l’amitié, dont rien ne sort grandi malgré le parti-pris de ne pas (trop) ridiculiser le black metal, malgré Audrey Fleurot en mode MILF, et malgré tout trop long de 90 minutes.

Just seen a very average movie loosely related to black metal. Not as bad as one could imagine, but still, it kind of sucks. We frickin' froggies have an expression perfectly fitting these kinds of things : "une improbable comédie" - just stay away from any fucking movie described as such. I guess Conan The Motherfuckin' Barbarian still is the best metal movie I have ever seen.

dimanche 24 novembre 2013

Jo Bench, Une Femme Parmi Les Bêtes

Du crust, du core - dans le bon sens du terme -, du punk abrasif et ralenti qui sent la pisse sous les bras, voilà ce qu'est Bolt Thrower. Et après, seulement après, c'est du death metal qui connaît son Petit Amebix Illustré par cœur. Et encore ensuite, c'est du death metal étiqueté Games Workshop : pauvre Bolt Thrower, qui jamais ne s'est dépatouillé de cette estampille « death pour lecteurs de White Dwarf ». Pourtant, rares sont les morceaux illustrant l'univers Warhammer même s'ils comptent parmi les meilleurs (World Eater)... Et un vieux malentendu fantasmatique datant de nos 16 ans souffle encore à l'oreille de beaucoup que les Bolters étaient des employés de GW (jette un D20 : si tu tapes un 20, la tenancière du Poney Flingué est open pour pratiquer avec toi la célèbre Saucisse de Pont-Aux-Haches. Tu prends 5 points de charisme).

Bolt Thrower, c'est aussi un tas de gauchos fascinés par l'esthétique militaro-fasciste ; des chevelus CRASSeux treillis-rangers habitués aux squats boîtes-à-grind et amateurs de pochettes guerrières - les plus belles du genre. Il me souvient d'ailleurs d'un fameux reportage paru dans Hard N' Heavy au vingtième siècle : pour la sortie de je ne sais quel album, les Bolters avaient concocté le faux rapt desdits scribouillards, tendance FARC dans les brummies. Belle époque ! Permettez-moi une digression tant qu'on est dans H N' H, mais il faut notamment se souvenir de la rubrique « And justice for all » ; un musicien au banc des accusés chaque mois. Ça donnait : « David Vincent, êtes-vous fasciste ? », ou encore : « Kerry King, êtes vous naziste ? ». Poids des mots, choc des photos... Pour en revenir à Bolt Thrower, le groupe présentait aussi une particularité de (petite) taille : une femme - l'une des seules dans ces niches musicales longtemps interdites de séjour dans les canards d'alors (qui depuis quinze ans en revanche ne vendent plus que sur l’extrême) !

Son nom : Jo Bench. Jeanne Banc, quoi (désormais vous penserez Jeanne Banc à chaque évocation de son nom : vous verrez, vous le ferez : mon pouvoir est immense). Outre la rareté de son genre dans le death metal (oublions l’exception Pays-Bas, remarquable alors par la fournée de filles qui faisaient partie de son underground : Acrostichon, Delirium...), outre sa classe naturelle de petite Gavroche britannique maniant une basse BC Rich plus grande qu'elle depuis 1987, Jo a toujours eu goût sûr et a su éviter - merci les racines punkachien - les pièges catégorie « fille du groupe ». Pas de mise en avant gratuite, pas de sessions photos lascives et malvenues (on se souvient avec embarras d'une gênante promo-session de Crematory où Katrin, vêtue de sa vertu, posait en crucifiée extatique), et pas qu'une simple bassiste effacée car Jo Bench est, par le nombre d'interviews données, la principale voix des Bolters.

Présente sur la scène death metal avant même qu'elle ne soit nommée ainsi, maltraitant sa basse entre Gavin Ward et le vocaliste du moment, Jo Bench est un peu comme Diane Fossey au milieu de ses gorilles, à la différence près que si la seconde s'est sacrifiée pour ses primates, les héroïques dadais du Bolt mourraient sûrement pour elle même si « ok, I'm the chick in the band, but the assholes still make me carry the gear ». No guts, no glory !

Well, well, well... We all know the mighty Bolt Thrower, Coventry-born death metal squad supreme. This entry is dedicated to their badass bass player Jo Bench, a woman who never gave in to aesthetic trends nor whorish promotion at a time when many did. Jo Bench : outgunned (sometimes), outnumbered (always), though never outclassed !

Le site et le Myspace de Bolt Thrower.

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Soldiers of Infortune, Ou Comment Bolt Thrower Peut Sauver Une Soirée Qui Avait Pourtant Fort Mal Débuté

mercredi 30 octobre 2013

Departure From The Mortals / RIP

Partir en octobre, ç'aura été l'anti-choix d'une musicienne talentueuse dont je n'étais pas fan de toutes les productions / participations, mais dont le CV est un éloquent témoignage de la scène française true black metal (triumvirat Antaeus, Vorkreist, Hell Militia) - un terme clair et précis que je préfère à l'abusif et inutilement élitiste « orthodox ». Un black metal de haute volée, invoqué-canalisé-délivré dans les règles de l'art véritable, mais auquel je préfère finalement l'autre grande référence présente sur les états de service de LSK ; les vêpres lépreuses célébrées par Secrets Of The Moon sur Privilegivm. RIP.


French bassist LSK played with and alongside many important black metal-affiliated bands, including french activists Antaeus, Vorkreist and Hell Militia, and German liturgists Secrets Of The Moon. To take one's own life shall not be judged nor commented, for it is not a choice but a call.

vendredi 3 mai 2013

Au sud du paradis / Jeff Hanneman RIP

Bien qu'écoutant déjà du metal depuis quelques petites années à ce moment-là, c'est vraiment avec Divine Intervention (1994) que je suis devenu dingue de Slayer, ce quarteron sinistre et alcoolique, vrai-faux groupe de punk comme tant de combo thrash ou black metal. Divine Intervention le bien-nommé (époque où seuls Biohazard, Machine Head, Dearly Beheaded et Fear Factory étaient épargnés par l'ostracisation américaine - donc toute puissante - du metal) est ce fabuleux premier album post-Lombardo, contempteur de l'american way of life, s'en faisant légiste méticuleux, exhumant la vilaine tête de l'autre Amérique (derrière les naïades californiennes, Kemper, Ramirez, Dahmer...) tout en abandonnant définitivement l'exclusivité satanique.

Son grain ténébreux, presque lo-fi par moment, et son iconographie légendaire (le fan scarifié sur le live concomitant) lui conserve une aura maléfique que peu sauront convoquer par la suite dans le genre thrash. Un des sommets de Slayer, avec bien sûr Decade Of Agression qui reste la meilleure introduction possible au thrash metal (Hell Awaits, ou le meilleur build-up de tous les temps !).

Divine Intervention est signé Jeff Hanneman sur cinq des dix morceaux et bien que semble-t-il mal-aimé aujourd'hui (j'ai du rater un épisode) j'en reste un fervent défenseur... Il faut le réécouter en hommage à Jeff ! Salut l'artiste.

Hey ! Jeff Hanneman is gone, seemingly for a very long time. Despite his tragic demise, extended on three long and painful years, I will remember him as the axe-wielding demon of Slayer's heyday. Not the first in charge (Hi Mr. King), nevertheless second to none !

Le site et le Myspace de Slayer.

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Tontons flingueurs

vendredi 18 mai 2012

Tragic Idle

Désolé pour le pénible jeu de mots, mais c'était trop tentant... et pourtant tout à fait hors de propos. Car on en connait, des groupes qui nous baladent un peu à chaque nouvelle sortie, évoquant opportunément tel ou tel album majeur de leur discographie parfois fatiguée  pour nous mettre l'eau à la bouche - et tel maitre corbeau, l'odeur alléchée, on se fait souvent avoir par ce teasing qui s'avère, trop souvent, pas très honnête. Paradise Lost vient de faire l'exact inverse : Tragic Idol, situé avec justesse par ses géniteurs entre Icon (le granit) et Draconian Times (le marbre), tient toutes ses promesses puisque c'est à mon sens et de loin la meilleure réalisation du groupe depuis ledit Draconian Times, ce qui ne nous rajeunit pas particulièrement - c'est bien en 1996 (dix-sept ans !) que l'on a entendu pour la première fois l'arpège perlé de piano qui ouvre l'un des meilleurs albums du style heavy metal / doom sauce anglaise.

Doom que je préfère, en fait ; fils valétudinaire d'un death tourmenté et d'un heavy cachexique, loin du lyrisme parfois hors de propos de certains ténors du style - une tendance, de toute façon, à jamais interdite à Paradise Lost compte-tenu de la voix de Nick Holmes. A ce sujet - et c'était déjà criant sur Icon et Draconian Times -, on ne peut s’empêcher de relever encore le timbre étonnamment hetfieldien du chanteur (voir le bonus Never Take Me Alive notamment) ! Comme d'habitude, on s'évitera un pénible track-by-track (horrible manie des magazines. J'écoute un album, putain. Pas des bouts), mais sachez que l'ambiance déclinée renvoie totalement à True Belief et autres impérissables (Colossal Rains, Ember's Fire...) sans négliger les morceaux de bravoure guitaristique chers aux shadowkings : on parle ici d'une véritable tapisserie gothique et victorienne tissée par Aedy et Mackintosh, une rifferie épique et mélancolique (Paradise Lost excelle en ce mélange pas si simple), plus polie que l'agression abrupte de l'album précédent, et qui fait fi de toute mode : après tout, un Monsieur n'a pas besoin de lire H For Men pour savoir comment s'habiller. J'aime à noter, car ce groupe vit en Paradise Lost, l'influence discrète de Sisters Of Mercy, certes moins présente que sur des albums comme Symbol Of Life - mais écoutez attentivement Tragic Idol, la chanson. Les plus nostalgiques (ou bourrins) apprécieront aussi Theories From Another World et son intro ; embardée nostalgique vers les contrées plus âpres d'où vient Paradise Lost...

En guise de conclusion, mon avis sur ce bijou est dithyrambique (et quel emballage, au fait !), d'autant que je n'ai pas été toujours tendre avec la série d'albums parue depuis le retour aux affaires de 2005 à l'exception de Faith Divides Us... Death Unites Us. Je vous dirais bien que « tant de beauté a coulé de source, et n'a rien coûté à ceux qui l'ont produite », mais il sera assurément difficile de succéder à Tragic Idol !

Sorry for the title's lame-ass wordplay - I just couldn't resist. That being said, let's be serious for "one second" : Tragic Idol is prolly the most solid body of work ever released by Paradise Lost since the Draconian Times era, and I really mean it. So gather and listen up, ye crossed doomsayers, for Tragic Idol is the new black anno 2012 : a somber jewel exuding a distant, faint light within its heart of sabbathic darkness. Which means... buy of die !

Tragic Idol (Century Media, 2012)

01 Solitary One
02 Cruelty
03 Fear Of Impending Hell
04 Honesty In Death
05 Theories From Another World
06 In This We Dwell
07 To The Darkness
08 Tragic Idol
09 Worth Fighting For
10 The Glorious End

Le site et le Myspace de Paradise Lost.

lundi 14 mai 2012

Voir Metallica et mourir


Il y a des choses à faire dans la vie : on n’est pas sur ce rocher pour rien. Il y a aussi des choses à voir : pour votre serviteur, assister à un concert de Metallica faisait partie de la liste. C’est donc fait. La grande objectivité qui caractérise ces pages dès qu’il est question des San-Franciscains sera de rigueur : (ne) comptez donc (pas) sur un live report des plus impartiaux ! Un mot sur le Stade De France, structure impressionnante et équipée de trois immenses écrans HD, chacun plus grand qu’un terrain de tennis : sans eux, je n’aurais absolument rien distingué du concert car trop loin sur les gradins (et placé au plus haut : vertigineuse impression quand on s’installe). Fin du quart-d'heure provincial...

Passons sur Gojira, à nouveau présent sur une tournée Metallica : ces mecs, dont la rifferie mécanique et métronomique doit beaucoup au jeu de Hetfield, doivent vraiment vivre un rêve éveillé. Cependant et bien que très client, impossible de vraiment apprécier : un son catastrophique m’aura contraint à bouger la tête de mémoire plus que de ressenti. J’avais l’impression d’être un de ces petits chiens en plastique à l’arrière des voitures, opinant du chef sans trop savoir pourquoi (les Japonais font ça très bien aussi). Mais entendre, plus qu’écouter, Gojira dans ces conditions n’était rien en comparaison de ce qui allait suivre… The Kills. Perplexité totale à la « what the fuck » : pourquoi eux ? Pourquoi ici ? Pourquoi cette place (j’opte pour un calcul machiavélique) ? Ce fut atroce : inutilement bruitiste (je sais la tendance noisy du groupe mais là…), et juste chiantissime, le tout desservi par un son horrible. Gros, énorme plantage de The Kills, qui n’avait rien à gagner ce soir-là : ouvrir de cette façon pour un groupe comme Metallica, c’est se donner aux lions dans une arène à l’exclusivité pourtant connue. Alison Mosshart, à qui on pincerait néanmoins bien les fesses, conclut tant bien que mal à grand renfort de doigts d’honneur adressés à une foule bien élevée et patiente, qui finit néanmoins par siffler à l’approche de l’heure fatidique. Il semble que je sois condamné aux premières parties pénibles sur les gros concerts en stade (le pire avait été atteint sur la tournée Early Years de Maiden, au Parc des Princes : j’avais du me tartiner Within Temptation, mais surtout, enfer et damnation, Dream Theater : une agonie mes amis. Une agonie)…

« Vos acouphènes ont vingt ans », proclame la bannière géante accrochée sur les flancs du stade. Vingt ans, peu ou prou, c’est bien la date de sortie (1991) de Metallica, cet album calibré pour le carton (approche quasi scientifique en la matière de Bob Rock, cf les fameux Un An Et Demi De La Vie De…) vendu à plus de trente millions d’exemplaires et qui aura propulsé Metallica à sa périhélie. Le Black Album, c’est aussi celui par lequel nombre d’entre-nous avons découvert gamins le groupe (vous vous souvenez quand vous expliquiez à vos copains que Metalloche c'est mieux que Guns ?), et c’est surtout celui qui aura clairement démocratisé le heavy metal « grand public » malgré son paradoxe (un contenu aussi noir que sa pochette en termes de paroles). Philippe Manœuvre, toujours visionnaire, n’a pas mis Metallica mais le Garage Days dans sa « discothèque idéale ». Présent ce soir-là, j’espère que cela lui aura soufflé l'idée de publier un second tome. Ou pas, en fait.

Metallica n’a plus rien à prouver depuis longtemps… Metallica n’a plus besoin d’argent depuis longtemps (sortir un machin dadaïste comme Lulu, vous pensez vraiment que c’était pour le vendre ? Si c’est le cas, think twice, think better. Idem pour la place : un groupe de cette stature, dans un tel lieu, la fait plutôt payer entre 100 et 200 euros que 65)… Je les attends, ils arrivent. Ca y est, les Saints-Pères prennent la scène. Oh putain. Ce n’est pas tout les jours qu’on assiste à une révélation mystique : je me fais l’effet d’être Paul Claudel derrière son pilier de Notre-Dame de Paris. Pour la set-list, vous la trouverez partout, mais attaquer à 200 à l’heure avec Hit The Lights, Master Of Puppets et No Remorse, ça donne le ton… Metallica est en forme, ça joue serré, et Jaymz a ressorti la veste à patches bardée de Saxon, Venom, Tank et autres Motörhead… le charisme extraordinaire de cet improbable saltimbanque redneck partagé entre le cambouis des moteurs qu’il affectionne bricoler et ses penchants pour l’art et l’essai opère et frappe : ses ouailles sont tout ouïes et la grand-messe qui s’annonce, bordel, promet le Grand Tremblement.

Le morceau de bravoure, bien sûr, c’est la célébration du Black Album après une vidéo commémorative sympathique bien que squeezant mesquinement Jason : quelle idée géniale que de l’entreprendre à rebours pour finir, avant les rappels, sur l’apothéose Enter Sandman (foule au bord de l’apoplexie) ! Le son étonnamment bon pour un stade ainsi que la bonne diction de Jaymz permettent, j’insiste, de se rendre compte de la qualité des paroles de l’album noir (Holier Than Thou, My Friend Of Misery, Sad But True, The God That Failed, Wherever I May Roam magique et pour l’occasion accompagnée d’une chouette vidéo…). On aura même bien supporté Nothing Else Matters qui, quoi qu’on en pense, reste traversée par cette fulgurance : elle invalide d’elle-même depuis vingt ans la première des critiques qu’on pourrait lui faire car, justement et loin de compter fleurette comme les dégoulinantes power-ballads de l’époque, la chanson traite de l’importance de rester soi-même sans se compromettre par rapport à ce qu’attendent les autres de vous. En clair, une ballade qui dit qu’elle vous emmerde. Joli subterfuge, non ?

Jaymz… que dire de plus ? A-t-il trouvé la fontaine de jouvence dans son jardin (qui serait sûrement classé Parcs & Forêts en France) de Marin County ? S’est-il libéré définitivement de ses mauvais génies ? Sa prestation fut impériale : vocale, instrumentale, et quel Monsieur Loyal – on avait l’impression d’être ses hôtes ce 12 mai 2012… On se serait passé des discours un peu démago (« Metallica family », on l’aura entendu un trop grand nombre de fois !), mais après tout c’était un passage obligé : ce qui choquerait, ce serait d’entendre ça de la bouche de Mortuus à un concert de Marduk. Je ne suis pas assez musicien pour juger de la prestation de Lars qui, bien qu’éreinté par beaucoup (qui certainement ne doutent pas jouer mieux que lui…), n’a pas été ridicule malgré quelques flottements sur les parties de double (One), mais ça passait à l’aise de façon générale. Reste Kirk, que je trouve toujours un peu « transparent » : la faute à son attitude limite désinvolte alors qu’il enquille quand même de sacrés soli, ou à ma faiblesse pour Hetfield dont le jeu rythmique focalise immanquablement mon attention ? Rien à dire sur Rob Trujillo : paraît qu’il faut un bassiste dans un groupe. Eh bien, Metallica a un bassiste. Blague à part, Trujillo est un monstre d’attitude, et on pressent, avec un sentiment diffus d’injustice, que Newsted est en passe d’être relégué au rang du troisième bassiste de Metallica (on oublie Mc Govney) en termes d’importance. Rude au regard des états de service impeccables de ce bon vieux Jason : le malaise entre lui et Metallica aura été permanent, couvant pendant 15 ans.

Bref, au-delà de la confirmation de l’extrême générosité du groupe (qui, je le rappelle, donne gratuitement tous ses concerts qualité soundboard sur son site), son excellente tenue sur scène rassure et promet : plus de deux heures apocalyptiques mais bon enfant pour un rêve réalisé… N’écoutez pas les pisse-froids (gageons que les Inrocks et autres prescripteurs de goûts auront vu en The Kills le principal attrait de la soirée dans le papier qu’ils écriront en se bouchant le nez) ! Car Metallica continue son miracle « Robert Hossein » permanent : faire du grand spectacle, pour le grand public, sans compromettre son art. De 7 à 77 ans, de Nothing Else Matters à Battery, tout le monde a vu son Metallica sur scène.  Judge not lest ye be judged yourself ; c’est avec Leur Sainte Parole que je conclurai cet article, encore une fois et sans surprise, d’une parfaite objectivité sur le sujet.

Un grand merci à Nicolas Gaire qui m'a permis d'utiliser ses chouettes photos pour les images placées en lien sur les noms des musiciens : retrouvez la totale ici. Les deux clichés visibles directement sont l'oeuvre de votre serviteur.

Hey friends… Just saw ‘Tallica last Saturday and believe me, ‘twas great. I mean, reeeaaally great. I just wrote an extended article ‘bout it in French so I don’t feel like translating it just for the sake of translating it but I wasn’t let down by the guys. As a commemorating gig mostly dedicated to the Black Album’s 20th anniversary, the four horsemen fiercely tore backwards into it, nailing each number down from Struggle Within to Enter Sandman. Bullet after bullet, it all went down "straight between the eyes". Baaad motherfuckers…

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vendredi 11 mai 2012

Kröße konfussion

Grosse confusion, bizarre constitution, je tire des conclusions… Attractif, illégal, supersonique, atomique, neutronique ? Pour sûr. Tout ce que vous voulez. Mais rendons à l’Armée Rouge ce qui est à l’Armée Rouge (ou aux Cosaques)… sans dénier à Helloween le talent d’en avoir fait ce qui demeure pour moi – si l’on parle de heavy metal (mon dieu) au sens le plus traditionnel du terme – l’un des hymnes indépassables de ce style. Lyrique, libertaire et passionné : un peu comme la Russie... ou à un mot près !

Helloween, only when at the peak of their action potential (I insist on that point, mind you), is one of my guilty pleasures… especially on their first outputs. Did you know “Eagle Fly Free”, hands down one of the band’s best songs, was an unashamed rip-off of military chant “The Cossaks Ride Over The Danube” ? Stay tuned for more, you bunch of uneducated fools.

Le site et le Myspace d'Helloween.

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vendredi 24 février 2012

Thank you for the cool aid, Reverend Jim

Pour mille raisons trop évidentes pour être détaillées ici, je n'ai jamais aimé Manowar - ce groupe a toujours osé le ridicule que même Spinal Tap s'est refusé : Joey DeMaio et ses associés, car nous parlons ici d'hommes d'affaires, font parfois passer Gene Simmons pour un ascète mormon. Et c'est sans compter l'archéo-machisme sempiternel - tellement outrancier qu'il en est d'ailleurs, excusez-moi, hautement suspect - et les piteuses bravades et autres tirades lénifiantes (« et toi, es-tu prêt à mourir pour le metal ? ») qui finissent de m'éloigner depuis toujours des hommes de guerre.

Cependant tout idiot a son éclair de génie (sauf Rhapsody qui n'a que des éclairs de connerie) et Sign Of The Hammer, album tout à fait tolérable une fois les poils enlevés, cache en son coeur barbare un des rares trésors de Manowar. Guyana (Cult Of The Damned) est une chanson-fleuve évoquant la célèbre secte suicidaire de Jim Jones, une communauté baba-fascisante qui a eu la bonne idée de se rayer de la carte du monde en 1978. Perdu entre les habituels récits fantastico-guerriers chers à ManowarGuyana est un poignant message épousant le point de vue des protagonistes et victimes (consentantes ? Le mystère des sectes ne sera jamais percé) de cette affaire où une utopie communautaire et benoîte, baignée du soleil de Guyane, s'est achevée en apothéose de sang ; couronnée d'un triste show-down final durant lequel un membre du congrès américain fut flingué à bout portant.

Il est dommage que Guyana ne soit surtout connue que pour son intro de basse : la fin de Jim Jones et de son culte de buveurs de kool-aid constitue, à mon sens, un de ces évènements importants et négatifs qui clôturent souvent les décennies. A l'instar de l'assassinat de Sharon Tate qui sonna le glas des insouciantes sixties, l'affaire du Temple du Peuple referme définitivement la porte des années soixante-dix et ouvre celle des années quatre-vingts, plus sombres, plus froides (vous voyez une autre décennie plus propice à l’avènement de la new wave, vous ?), et pourtant, malheureusement, simple prélude à la suite. Par les mots de Joey DeMaio, Eric Adams questionne la folie de Jim Jones et celle du monde : une chanson émouvante, désespérée, inespérée aussi de la part de Manowar.

All right, all men play on ten. I know that (myself, I play on 11, like fuckin' Tufnel). That being said, Manowar is also capable of writing good tunes amongst their goofy songs about how an axe in a head sounds great. Guyana is one of them, dealing with mass-murderer Jim Jones and his apocapyptic, crazy-as-fuck cult of followers known as the Temple of the People. Good riddance, Jim, and thank you for the cool Mano song. I hope you'll be doing better next time.

Le site et le myspace de Manowar.

vendredi 17 février 2012

Reich morbide

Le black metal au sens où je l'entends - et comme je l'entends au sens propre - n’est pas fait pour être beau ; d'esthétique il ne connaît que celle du chaos ; invertie et non-euclidienne ; rejetée par nature et par destination. Le black metal est un cadavre qui vit encore, un cancéreux en phase terminale qui ne mourra jamais et qui en a la superbe assurance, parfois la morgue : un éclair méchant au fond de ses prunelles putréfiées nous en donne régulièrement la preuve pour peu qu’on sache le trouver et l'écouter. Le black metal n'a rien d'une statue marmoréenne, laissant cela à ses cousins bien portants que sont le death puissant et victorieux ou le doom séculaire figé dans son hiver ; tout au contraire il est un transi asticoté, abscons et contrefait ; sa chair bleuie n’effraie peut-être plus grand-monde mais continue à provoquer hauts-le-cœur et malaise : vermoulue et spasmatique, le pus qu’elle exècre est pour certains, un nectar. Les repères esthétisants n’ont plus cours, car il leur échappe : les références sont déplacées et le sommet devient le fond comme l’éructe Vorphalack dans l'incantation lugubre qu’est Ceremony of Opposites. La crasse et la pisse maculent son ignoble corps dont la chétivité continue de surprendre – à l'inverse du death metal qui se manifeste dans la démonstration de force ; le black metal cultive le vice et rampe sournois dans la fange qui le nourrit et dans sa plus totale déréliction, il ne se laisse entendre qu’à l'état de glaire auditive telle l’horreur liquide coulée sur MoRT, ainsi régurgitée ponctuellement par certains de ses plus misérables hérauts.

Cet immondice musical n’est pas fait pour être compris et d’ailleurs, n'aime pas à s’expliquer ; restant pantois devant la piteuse littérature prétendument analytique produite actuellement à son envers ; préférant être subi ou apprécié généralement sans milieu ni demi teinte – comme toute forme d’expression extrême il a quelque chose d’une déclaration de guerre intime et en provoquera beaucoup ; dont quelques-uns seulement sauront capituler et s’abîmer dans son adulation (voire sa reproduction) comme je l’ai fait avec Samael, Emperor, AbigorOccultImmortal, Mayhem, Marduk et tant d’autres voici maintenant quelques lunes. Le black metal n’a jamais été musique mais avant, toujours, état d’esprit et survit traîtreusement dans la tête de ceux qui ont su l’accueillir une nuit - il meurt passagèrement mais existe toujours et bien qu’écoutant tant de choses différentes aujourd’hui, avec parfois du soleil et des couleurs, demeure pour moi une silencieuse et bruyante énigme qui continue à se faire, par-delà les années, son propre et sinistre écho. Récemment révélés ; Ondskapt (Arisen From The Ashes), Arckanum (Helvìtismyrkr), Saturnian Mist (Gnostikoi Ha-Shaitan).

Hard to find, these days, your dose of real black metal as you want it to be - amongst masses of uniformly played-and-produced records, though, it still lives. Crude and raw, foul smelling and evil sounding, that's how I love it to be - sometimes horror intertwines itself with an elegant form of cadaveric, hurling beauty and to me, that's what black metal is all about - definitely one of the strangest and strongest forms of artistic expression found on this side of the world.

...et toujours :