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jeudi 20 novembre 2014

(still) Channeling the quintessence of quelque chose

Photo courtesy of Sheol

Channeling the quintessence of quelque chose, mais on ne sait plus exactement quoi... Ça fait si longtemps qu'on écoute du death metal, du black metal, et que l'on sait qu'Il n'existe que dans notre phantasmagorie - la vraie vie étant autrement plus hardcore que dans les paroles de Marduk ou Darkthrone. Merci Brel, merci Ferré, autres sidérurgistes  du réel ignorant le palm muting et le tremolo picking. Ça fait longtemps aussi qu'on fait la part des choses entre rébellion adolescente et soumission systémique, une place doit exister entre, on cherche notre air, on ne se rêve plus mais on espère toujours, on n'a que peu de temps, la vie est courte et la mort nous en guérira bien assez tôt. On a besoin d'acier pour mettre dans le roseau de notre squelette, d'argile pour combler les trous de notre estomac. Notre cerveau spongieux prendrait bien un peu de phosphore, mais du collagène ferait aussi bien illusion. Mais. Mais. Mais... Morbid Angel, à qui l'on pardonnera son satanisme original nourri aux sources américaines libéralo-LaVeyenne, demeure dans notre vie et sa puissance évocatrice aussi. Je ne renierai en aucun cas ce que j'écrivais ici, ou ce que je lisais ailleurs ; la musique de ces américains reste cette symphonie tellurique se nourrissant des racines de la Terre pour taquiner les Grands Anciens terrés dans ce coin, là, de notre esprit.

Dans une petite ville de Province Française j'ai vu le petit cirque de David et Trey, et toute la porcelaine de mon âme a été réduite à néant en l'espace de deux petites heures. J'ai de nouveau dix-sept ans, la vie devant moi, le temps est courbé par un trou de ver nommé Death Metal Supreme. Iron Maiden me déniaise, Metallica me terrasse mais Morbid Angel est un choc extrême ; Emperor viendra ensuite mais la bande à David et Trey et Pete et Mike et Richard et Steve et Eric reste un sigillé d'éternité et de puissance, un élixir de jouvence granitique, de montagnes hallucinées et de torrents indomptables. Encore et toujours, hier comme demain, loin du siècle dernier emprisonnant ces dix-sept ans dans une capsule lycéenne aux couleurs passées, j'écoute Morbid Angel les matins gris et les jours sombres. Un baume au cœur pour se rappeler que les secured limitations sont une vue de l'esprit et que, tout sac de chair et d'os que je sois, ma volonté existe. La nuit ? Que non, c'est bien la lumière qui point à l'horizon de cet art ancré au cœur de la montagne Death Metal, mais qui pourtant la surplombe. Morbid Angel, plus que bien d'autres Grands Anciens pour certains titans endormis (Nocturnus...), reste au firmament de mon panthéon non plus par la violence de sa musique, mais bien par la résonance qu'il créa jadis en moi et qui, en cette soirée de novembre, fait un écho assourdissant dans le silence de ma vie. Channeling the quintessence of quelque chose.

To be Limoged in Chaos, that's what happened to me some time ago, witnessing the extraordinary full display of Covenant by Morbid Fuckin' Angel. David Vincent and mastermind Trey Azagthoth are now flanked by drummer Tim Yeung and guitarist Destructhor (of Myrkskog and Zyklon fame), two beasts in their own rights (watching Destructhor bent over his guitar almost to breakpoint, windmilling as it to fly like some lovecraftian madman is a sight to be seen !). From Rapture to God Of Emptiness everything went according to the grimmest plan, meaning a full-blast attack of ripping, mineral, esoteric death metal. Following the interpretation of Covenant, the band tore through some classic shit such as you-name-it, including some gems from the mighty Tucker / Rutan era. Absolutely sick while retaining the occult, obsidian magick deeply engrained in Morbid Angel's ravenous heart.

Le site de Morbid Angel.

...et toujours :
L'ère Tucker, chat tue
Morbid Angel : un bon coup de pied occulte

samedi 19 avril 2014

Nox nomenclatura

Triton satanique à ventre rouge fan de Morbid Angel découvrant qu'il ne vivra pas assez longtemps pour entendre l'album Z de son groupe fétiche

Je n’ai jamais vu le death metal autrement que comme une démonstration de force brute, mais qui ne doit pas être dépourvue de sens. Un manifeste de puissance (ou volonté de, pour faire écho au philosophe cité à tort et à travers par ceux qui n’ont pas lu icelui). Et si je n’ai jamais été fan de « street death metal » comme je l’appelle, celui qui ne sait parler que de zombies ou de démons, c’est bien à cause de la conception précise que j’en ai. Un cahier des charges, auquel un groupe doit répondre pour remporter l’appel d’offre.

Une dimension spirituelle ouvrant sur des tréfonds (obscurs ou lumineux, là n’est pas la question. Chacun voit minuit à sa porte) que d’autres n’explorent pas, tout occupés à raconter la même invasion de morts-vivants sur dix morceaux trop proches. Pas de méprise – je n’ai rien contre Cannibal Corpse, génial à sa façon et qui symbolise de belle manière ce death sans prise de tête (souvent virtuose instrumentalement). Mais j’attends autre chose du style : une connexion, une résonance – si les guitares de Morbid Angel sont accordées si bas, ce n’est pas seulement par extrémisme musical : c’est bien parce qu’elles s’adressent aux fondations. Morbid Angel n’est pas qu’un groupe qui a mangé du cureton sur ses quatre ou six premiers albums, c’est avant tout la traduction musicale d’un self improvement bien particulier – celui de son guitariste-compositeur et de ses bassistes-chanteurs (Steve Tucker - ne jamais oublier que ce mec, avec Erik Rutan, a sauvé Morbid Angel alors que tout était réuni pour l'enterrement en première classe). J’ai racheté assez récemment Altars of Madness, et décidément, hormis quelques autres grands noms comme Immolation, Brutality parfois, et quelques seconds couteaux pourtant premières lames (Akercocke… écouter, voir et lire), je n’ai jamais trouvé mieux dans ce genre précis et exigeant qui devient pour le coup, avec Morbid Angel en particulier, très, très proche de ce qu'Emperor a pu faire sur Anthems... 

Outre cette profondeur réfléchissante (si. vraiment), le death metal tel que j’aime l’entendre doit aussi participer de l'agenda esthétique de l’extrême : on ne pratique pas un tel style, avec une telle exigence, pour le simple plaisir de faire du bruit (c’est très exactement ce que ni vous ni moi n’arriverons jamais à faire comprendre au profane méprisant. J’ai arrêté deux choses : essayer de faire comprendre au profane méprisant, et essayer d’écouter la musique du profane méprisant. La vie est si simple). Non, cette cacophonie du bizarre relève forcément d’une autre quête, moins triviale – et là, chacun y mettra ce qu’il voudra, mais je suis convaincu qu’une esthétique du chaos existe ici comme ailleurs (peinture notamment), qu’elle est aussi tordue que séduisante, et qu’elle est spécifiquement recherchée, travaillée, étudiée par les groupes de death que j’ai en tête. Un point de convergence majeur, même pas musical mais que je qualifierai « d’intention », avec le black metal - ce cousin machin si loin, si proche. J’omets volontairement de cette notule toute la scène scandinave la plus évidente, dont j’aime particulièrement certains noms – mais elle ne procède pas de la même évolution, n’est pas née dans les mêmes éprouvettes, et possède dans ses chromosomes un ADN foncièrement infusé de rock n’ roll que l’on ne retrouve pas dans le death me(n)tal ici concerné. Cette fameuse nomenclature - une perspective en profondeur finalement - ne s’y retrouve pas.

What should death metal be all about... Everyone of us might offer a different take on such an issue. Well, mine is just mine, but here it is. I strongly believe that potent death metal should be as agressive as thoughtful, explaining why I never really fell for the mass-produced, gorish generic DM. Favorites of mine include first and foremost Morbid Angel, Immolation, Brutality, as well as newer things such as Gojira when it comes to killer tracks such as Backbone (the circle is complete, as we just came back to Morbid Angel with that one !). To make a long statement short, "my" death metal should provoke empowerment by internal monologue, dealing with the strenght (rage ?) to overcome oneself. You won't get that feeling when listening to stories about how to kill a zombie by shoving a broom up his arse into his brains. But listening to Summoning Redemption, or At One With Nothing, that's the way to start the day. That's the fuckin' way, man.

mardi 11 mars 2014

Augures : l'autre spécialité de Liège...

...et celle-ci, c'est pas dans l'assiette, mais dans la gueule. Mais avant l'impact, un peu d'histoire. Les augures, c'était ces prêtres influents de l'antiquité romaine que l'on consultait à tout propos et qui, finalement, faisaient la pluie et le beau temps par leurs messages parfois abscons mais tant écoutés que respectés. Acquérir un tel statut dans sa sphère musicale est bien tout le mal que je souhaite à cette teigneuse formation belge qui m'a plu tant dans l'agression que par sa dispense d'atmosphères neurosiennes faisant rimer planant avec dérangeant. Au point, parfois, de remonter un étrange chemin qui tire presque sur un black metal maladif et expérimental. Puis mince, la dernière fois que j'ai écouté un album (il s'agit ici d'un EP digital et... cassette !) du plat pays me ramènerait peut-être à ...Memoriam Draconis d'Avatar, c'est dire l'évènement !

Nul doute que beaucoup parleront ici de post-quelque chose (« ou comment qualifier le néant »). C'est du metal, moderne ! Et c'est déjà pas mal comme description. Disons simplement qu'Augures, au fil tragique de son Inauguration, honore quelques pères fondateurs comme Neurosis, Sepultura (osez me dire que l'on ne discerne pas, derrière la lisière désenchantée propre à cette scène headbanguant au rythme de sa désolation mi-punk metallisé, mi-downbeat doomy, l'ombre tutélaire de Chaos AD), voire même les immenses Earth dans ces instants désincarnés où la disto laisse entrevoir ce squelette cendreux et consumé des riffs propres à cette scène. Inutile de se faire long sur cette notule, car il est évident que beaucoup des références récentes d'Augures m'échappent (je suis un gars basique ; avec Maiden et Morbid Angel, je tiens vingt ans sans passer par Primal Fear ou Behemoth), mais si les noms évoqués et l'envie de découvrir un jeune groupe prometteur dans le sillon qu'il s'est choisi (et qu'il ne creusera, j'espère, pas qu'en profondeur) vous titillent, Augures est pour vous. A capter aussi en live - je n'ai vu que quelques vidéos sur le net mais le charisme à la Gojira - toute proportion gardée - qu'il s'en dégage finit de convaincre. Dernière chose ; ne pas avoir picolé avant de mater la jaquette, vous seriez tenter d'y chercher des Triforces planquées. Y'en a pas !

Well well well... I was never a huge fan of "post-whatever-the-fuck-you-want-metal", and Augures may easily be trapped into that corner of the world. It would be a shame, as Augures is a really hearfelt and talented band hailing from Liège, Belgium (yup man. Beers and chocolate and metal, who needs sex and drugs and rock n' roll ?). The boys sure can deliver the goods all the way down their Inauguration EP, packed with punishing red-as-death riffing and agressive, bleak vokills ranging from early american hardcore to painstaking european black metal rasp. So come on, jump in the fire.

Inauguration (Black Basset Records, 2013)

01 Grey Sky
02 Wondering
03 Sense Of Guilt
04 Earth's Last Letter
05 Fall
06 Eye Of The Storm

Le site et le Bandcamp d'Augures.

jeudi 24 janvier 2008

To Protect And To Slay

On a tous, dans cet immense chaos néanmoins systémique, constitué des différentes écoles métallurgiques, nos petits chouchous. Ces groupes un peu moins connus, un peu moins cités et donc synonymes, dans nos petites caboches, d'injustice du siècle. Oui, celui-là par exemple, qui est aussi important pour toi qu'anecdotique pour moi. Vous voyez l'idée. J'en ai plusieurs, mais me contenterai aujourd'hui de mettre sur la table de dissection le cadavre - refroidi depuis quelques éons - de Protector. Un combo né, comme tous ses confrères allemands, dans une MJC vert-de-gris (merveilleux pays) et qui frappe fort dès son patronyme. Protector ; il faut reconnaître que ça claque comme doit claquer celui de tout bon défenseur de la foi. Probablement trouvé pendant le cours d'anglais, il va sans dire - après tout, le logo a bien été dessiné pendant le cours de maths. L'école allemande ? Un vrai bienfait pour le metal (tu trouves le nom de ton groupe le matin et t'enregistres ta première démo l'après-midi dans la MJC sus-citée. Le jeu ? On verra ensuite, on a dit qu'on faisait du metal) !

Plusieurs raisons alimentent mon amour pour Protector, mais ce qui demeure pour moi son principal attrait et son unicité, c'est l'inexorable dévastation de son thrash-death slayerien, et surtout cette mise en place complètement américaine à partir de Golem. Oui, Protector est éminemment brutal, oui, Protector bastonne avec une efficacité toute germanique, et oui, mille fois oui, Protector est crade et roots comme tout brûlot de thrash européen de l'époque qui se respectait. Oui, mais Protector demeure carré et plus précis que n'importe lequel de ses frères d'armes, à l'exception notable du Kreator post-Coma. Et à l'inverse de la bande à Mille, Protector n'a pas perdu, en contrepartie de cette mécanique de haute précision, sa part la moins avouable : celle du diable. Bien sûr j'adore Sodom, Kreator plus que tout, Destruction, Assassin et tous les grands noms du thrash teuton (qui a aussi ses moins grands, qui se souvient des horribles Poltergeist ?), mais Protector demeure mon petit... protégé. Plus de densité, plus d'embardées vers le death, un penchant notable et pas encore si courant pour truffer ses morceaux de passages mid-tempo ravageurs, et donc ce côté « horlogerie suisse » qui n'était pas, loin s'en faut quand on parle du thrash ultra-rhénan des années 80, une option standardisée... Il faudra en effet attendre des influences aussi énormes que celle d'un Morbid Angel ou d'un Cannibal Corpse pour que quelques tours de clé soient donnés aux charmantes approximations procédant des Possessed, Hellhammer et autres Venom.

A Shedding of Skin, tuerie à la bestialité inégalée sur laquelle tous les démons de la terre semblent rugir par le gosier de Wiebel, reste pour moi l'album le plus marquant. Une fois terminée son intro arpèges/bruitages bucoliques très tiamatesque, déboule une quarantaine de minutes de folie furieuse, flirtant régulièrement avec le black metal lorsque tous les potards sont à onze... Whom Gods Destroy (c'est pas metal ça comme titre ?), Mortuary Nightmare et Retribution In Darkness demeureront les hymnes les plus puissants du Protectorat mais tout le reste est à l'avenant. L'incontournable instrumental, passage obligé de tout grand disque thrash, est présent sous le nom de Necropolis. Un album « no fillers, just killers ». La production âpre et crunchy de Harris John (quelle surprise...) et la pochette du futur célèbre Joachim Luetke parachèvent un chef-d'œuvre... qui ne doit cependant pas éclipser le reste de la discographie du groupe - en particulier le très misanthropique premier mini. Cependant le talent ne fait pas tout et A Shedding of Skin, prétendant au trône obsédé par la cruauté musicale, ne parvînt pas à s'imposer commercialement en cette année 1991 déjà surchargée en la matière. Rien n'avait commencé... que tout était déjà fini !


Que retenir du groupe aujourd'hui ? Simplement que l'extrême agression du blackened-thrash teuton (abreuvé directement à la source du Styx, à l'instar de son frérot sud-américain), la précision virtuose du death metal made in Tampa (confere les faux airs canniboulesques du morceau A Shedding...) et l'énergie des thrasheurs de la Bay Area, à l'instar de Calgon 3 en 1, ça existait... et ça se trouvait chez Protector. Aujourd'hui Hansi Müller et Olly Wiebel sont retirés de la scène et travaillent dans l'usine locale des Voitures du Peuple (ou comment le metal peut changer votre destin... ou pas !), Michael Hasse ne risque pas de revenir de là où il est, et seul le sympathique Martin Missy maintient une timide flamme au moyen d'un groupe-hommage, The Protectors, et d'une page web très documentée qui n'intéresse que les pelés dans mon genre. Le golem est inerte, mais ses enfants sont légion : Urm est toujours fou et hurle sa superbe schizophrénie thrash / death au détour des riffs d'un Blood Red Throne, pour n'en citer qu'un. Sa campagne est terminée depuis bien longtemps, alors que le Protectorat repose en paix sans sombrer dans un bien irrespectueux oubli.

Wow, man, do I love fuckin’ Protector. I can’t believe how this metallic german war machine is forgotten by all nowadays – fuck it, they were true defenders of the faith, absolutely flawless throughout their career, and yet we’re still talkin’ about fuckin’ Tankard. Go figure ! So yeah, I wholeheartedly confess my unconditional love for the Protectorate’ slayerian thrash death metal attack. Brutal as fuck and as mercilessly nailed as Jesus was on the cross, deadly precise (the american way !) while retaining the savageness of the German thrash metal acts, what more can you wish for ? Inexorable devastation, yup, that’s what Protector had to offer and be sure that two decades later it will still blow you far, far away. I’m particularly fond of A Shedding of Skin, a nasty motherfucker released in Holy Metal Year 1991, A.D. Olly Wiebel really screams his guts out on this one ! Just listen to Whom Gods Destroy (can a song’s name get more metal than that for fuck’s sake ?), Mortuary Nightmare or Retribution In Darkness, then suffer and obey your new masters… Unfortunately A Shedding of Skin failed to reach its audience and the mighty Protector began to fall from metal grace. A real letdown for these talented musicians – please keep the oriflamme of the once powerful Protectorate burning high and bright : their doing shall not be buried by time and dust !

A Shedding Of Skin (Major Records, 1991)

01 Intro
02 Mortuary Nightmare
03 A Shedding of Skin
04 Face Fear
05 Retribution In Darkness
06 Doomed To Failure
07 Thy Will Be Done
08 Whom Gods Destroy
09 Necropolis
10 Tantalus
11 Death Comes Soon
12 Unleashed Terror
13 Toward Destruction

Le
mausolée-Myspace (malheureusement aucun morceau de A Shedding of Skin, album déjà hors-canal historique suite au départ, pour cause d'agoraphobie, de Martin Missy) de Protector.


Le
Myspace de The Protectors, groupe-hommage emmené par ledit Missy.

dimanche 5 août 2007

L'ère Tucker, chat tue

L'autre jour, alors que j'étais en mode easy sur la terrasse en train de siroter une mousse avec deux compères mélomanes (et pas mélanome, on n'est pas resté assez longtemps sous le soleil de Satan pour ça), le sujet est arrivé sur le tapis sans crier gare. Un sujet dont l'importance capitale n'échappera à personne, reléguant loin derrière les infirmières lesbiennes ou libyennes, je ne sais plus, et encore plus loin notre cher Tour de France dont les participants semblent prendre plus à cœur que jamais le célèbre adage never stop the madness. Voire même directement dans le cœur, d'ailleurs ! Parait que c'est encore plus efficace, cf Pulp Fiction.

Bref, à l'ordre du jour, la période « Tucker » de Morbid Angel. Et quelle période. Du coup, je me suis récité l'alphabet et ai donc ressorti les albums G et H, ne possédant pas - à tort - le millésime F. Histoire de réécouter tout ça au lieu de tourner inlassablement sur les quatre premiers. Et même si je le savais, fichtre, que ces deux skeuds sont terribles ! Gateways To Annihilation, de loin le plus traditionnel des deux, est finalement une suite logique à Covenant (d'autant plus si l'on prend en considération la fin de cet album mythique), après l'intermède quasi expérimental de Domination. Puissant, rampant, exhalant une sourde atmosphère tantôt cryptique tantôt céleste, parcouru par les spasmes rythmiques de Trey Azagthoth - ceux-là mêmes qui insufflent une vie au combo là où tant de groupes de death demeurent aussi froids qu'un cénotaphe sous la lune de janvier -, Gateways To Annihilation est clairement l'un des sommets créatifs et artistiques de notre disciple de Van Halen. Heretic demeure quant à lui unique, longue coulée magmatique convoyée par des guitares sans attaque, lui conférant cet aspect liquide et organique au point que l'on entend presque respirer le monstre. Paradoxalement abrupt (car peu d'aspérités auxquelles se raccrocher), Heretic porte finalement bien son nom et participe totalement de cette distinction qu'a toujours opéré Morbid Angel entre lui-même et le reste de la scène death metal américaine. D'un côté il y a des groupes de death, de l'autre il y a Morbid Angel.

En un mot comme en cent, Steve Tucker n'a pas à rougir de sa prestation et a su rentrer parfaitement dans des rangers certes bien cirées et bien rangées (à droite sous l'évier, certainement à côté des T-shirts Sailor Moon), mais pas faciles à enfiler après Vincent parti chez les torticouilles. Le genre de situation où il faut d'abord faire pour prouver ensuite que c'était possible ! Cette intéressante période est terminée : après quelques années discoflash (sic) passées en compagnie de sa bombe de femme (Genitorturers), David Vincent est désormais de retour. Les a-t-il vus, cette fois-ci ? Je ne sais pas, mais deux choses sont sûres : le titre de la prochaine évocation débutera par un I, et elle sera mienne dès sa sortie. Une petite pensée pour mon voisin qui jardine paisiblement à quelques mètres de moi et qui vient de se taper deux fois d'affilée l'intégralité de Gateways To Annihilation. Ou l'irruption du Dyonisiaque dans l'Apollinien, quoi !

Hearing someone reciting the alphabet always makes me think about Morbid Angel, undisputable king of all kings as far as “spiritual” telluric death metal is concerned. I totally worship Ab, Al, B, C and D (E being a formidable live captation) but I have to say that I also dig the Tucker period. It is a funny and interesting thing to compare G and H, as the former is a rock-solid, heavier-than-thou motherfucker, while the latter is an almost liquid beast splattered all over with watery, fretless guitar lines – fuck, you can hear this carnal, lovecraftian beat pulsing under the music. Filling in for David Vincent is not an easy task but hey, didn’t Tucker pull it off wonderfully ? Morbid Angel remains to this day a unique death metal act and, undoubtedly, my absolute favourite one when it comes to that corner of music. Extreme, valid art performed by extreme artists.

Le site et le Myspace de Morbid Angel.

...et toujours :

Morbid Angel : un bon coup de pied « occulte »

samedi 15 octobre 2005

Morbid Angel : un bon coup de pied « occulte »

De gauche à droite sur la photo : Steve Tucker, Pete Sandoval (rendez-lui ses frites svp) et le toujours classe Trey Azagthoth.

Groupe séminal dans son genre (et l'un des premiers à s'en revendiquer ouvertement en dédiant Altars of Madness à l'underground death & black metal, bien avant que les deux termes ne soient communément employés), Morbid Angel nait en 1984 et enregistre son premier album en 1989. Au départ très inspiré par Slayer et ses semblables (en particulier Possessed !), Morbid Angel se forge rapidement un style propre et ouvre de nouvelles voies dans un genre alors très codifié. Entre autres travaux plus expérimentaux, voire « progressifs », que ce que le death metal proposait alors, Trey Azagthoth et sa bande enfantent l'une des pierres angulaires du genre en 1991 : le monstrueux Blessed Are The Sick. Album extraordinairement brutal, vicieux, alambiqué et technique, BATS est un concentré de death complexe et obscur, traitant entre autre des anciennes divinités sumériennes. Les structures musicales classisantes des compositions (par opposition au traditionnel schéma rock) ont marqué au fer rouge le petit monde du metal extrême, et il suffit pour s'en convaincre d'écouter n'importe quel album d'Emperor ou d'Immortal (deux groupes qui connaissent leur Petit Morbid Angel Illustré par cœur). Mais finalement, le meilleur choix pour qui voudrait découvrir le groupe serait probablement d'écouter le live Entangled In Chaos paru en 1997, dont voici un petit tour d'horizon.

On lance le CD et la messe vient à peine de commencer... qu'elle est déjà dite ! Le show débute à la manière d'Altars Of Madness sur le cultissime Immortal Rites, mais avant tout, c'est l'immensité du son qui scotche au plafond. Bien au-delà des enregistrements studio antérieurs, le son de ce live est d'une puissance toute tellurique, seyant tout à fait à l'esprit Morbid Angel. On jurerait que les quatre lascars ont convoqué l'énergie de l'Univers lui-même, et comme aime à le dire le sieur Azagthoth, ce sont bien les vibrations de la planète qui déferlent dans ce maelström sonique et mystique qu'est la musique de Morbid Angel. Marquée de ce sceau très particulier qui reste la « griffe » de l'Ange Morbide, la brutale symphonie dispensée ici semble être vieille comme le monde, ancestrale, attendant simplement d'être réveillée par le quartet américain en ce soir de 1997. Le groupe transcende totalement son genre musical et fait exploser le carcan death metal bien trop étroit pour lui. C'est bien de death qu'il s'agit pourtant... mais il y a autre chose. Qui d'autre sait faire ça ? Peut-être Emperor, et encore...


Les principes régissant Morbid Angel sont perceptibles : mysticisme des compositions (toujours aussi brutales qu'elles sont spirituelles), démonstration de force imparable (qui oserait fouler la scène après ceci ?) et interprétation sans faille sont au rendez-vous. Les morceaux s'enchaînent à merveille, sans jamais laisser passer la moindre approximation que la musique ne saurait de toute façon souffrir. Les guitares du duo Azagthoth / Rutan taillent dans le vif, la batterie de Pete Sandoval (sûrement le meilleur batteur de la scène metal extrême) ne connaît aucune faiblesse. A noter : deux versions incroyables des morceaux Lord of All Fevers & Plague et Day of Suffering. Le coup de grâce est incontestablement asséné par l'ogre David Vincent qui fait trembler la scène avec sa basse monstrueuse et sa voix unique. Quasiment incantatoire, sa prestation hallucinée a dû ravir les dieux oubliés vénérés par l'Ange Morbide : les Grands Anciens, du fond des temps, ont du apprécier ce CD autant que les fans. Morbid Angel vainqueur par KO, dès la première plage.


Morbid Angel always had that unique vibe to them, both occult and brutal at the same time. Among blockbuster acts, Morbid Angel is only matched, in that aspect, by the mighty Emperor. Entangled In Chaos is a truly blistering live album and is as essential now as it was in 1997. Beginning with the now timeless classic Immortal Rites, Entangled In Chaos sports a telluric sound, perfectly fitting to the band’s aesthetics. But is that brutal, spirited symphony really “death metal” ? Man, there’s really something else in Morbid Angel’s stuff… You can pinpoint each principle by which Morbid Angel goes : mysticism and spirituality of the music, inexorable grinding force and, of course, flawless execution. To top it all, David Vincent’s powerful, incantatory delivery acts as a brutal prayer to the Old Ones of yore... Absolutely necessary if you ever pretended to be a metal head.

Entangled In Chaos (Earache, 1996)

01 Immortal Rites
02 Blasphemy of the Holy Ghost

03 Sworn to the Black

04 Lord of All Fevers and Plague

05 Blessed Are the Sick

06 Day of Suffering

07 Chapel of Ghouls

08 Maze of Torment

09 Rapture

10 Blood On My Hands

11 Dominate


Le site et le Myspace de Morbid Angel.