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mercredi 22 décembre 2010

Stade terminal pour 2010

Qu’on le veuille ou non le metal, musique populaire au sens premier du terme, est fortement marqué par, sinon teinté de christianisme – un fait avéré à chaque Noël. Il suffit de constater année après année les conneries d’initiatives genre « Rob Halford Chante Le Père Noël » (cette année je crois que c’est Udo qui s’y colle), ou de remarquer dans les bacs le énième album du Trans-Siberian Orchestra concurrençant Jack Lantier sur ses terres. J’avais moi-même pensé à mettre à l’occasion de chaque dimanche de l’Avent une notule anecdotique relative à cette célébration – en commençant par cette interview nostalgique du Priest narrant comment le groupe, dans ses débuts fauchés, avait arrêté son tour-bus minable en pleine autoroute pour aller couper un sapin aperçu derrière la bande d’arrêt d’urgence, tout miteux et grisé par les dépôts de gaz d’échappement. Cet arbre une fois décoré – on ne sait comment - avait permis aux musiciens de se réchauffer un peu le cœur (toujours utile, à la veille de conquérir le monde). Mais bref, je n’ai pas eu le temps de faire ces quatre articles et on se contentera donc d’un petit récapitulatif d’une autrement triste année (Dio, Steele, Palomäki…).

Artistiquement et selon votre serviteur 2010 a été écrasé par deux albums ayant explosé à vue toute concurrence. Triptykon d’abord ; Eparistera Daimones couronnant un come back (Tom G. Fischer) comme on en a peu vu depuis celui de De Gaulle en cinquante-huit. Plus que la survivance d’un Celtic Frost, Tritptykon est avant tout la troisième incarnation de Hellhammer et le capitaine de ce corbillard sonique prouve que tout le pouvoir créateur de ses précédents groupes lui appartenait – à lui seul. En revanche je suis beaucoup plus circonspect sur l’EP « de compagnonnage » paru récemment et espère que cela ne deviendra pas un gimmick commercial puisqu’une telle sortie était déjà prévue pour compléter (sic) Monotheist. La seconde sortie de l’année, c’est bien sûr l’extraordinaire Lawless Darkness de Watain, où comment ouvrager un black metal hautement esthétisant sans lui concéder cette odeur d’humus de cimetière, ni la laideur contrefaite originale de cette musique – un paradoxe donc comme l’est tout grand album de black metal. Et quelle violence mes aïeux ! Violence dont la bonne production n’est pas la seule responsable (cache-misère trop fréquent), non, ce sont bien les compositions qui « élèvent » Watain à ce nouveau degré d’extrémisme.

Voilà pour 2010 – vous noterez l’implémentation sur cette nouvelle formule d’un lecteur de musique qui devrait, à l’heure où j’écris, fonctionner un peu mieux que l’estomac de Bret Michaels.

Wow, is 2010 already gone ? Almost it seems – and what a short year it was, wasn’t it ? It was also a sad one, punctuated by multiple “departures from the mortal”, as Marduk would put it. Ah, let’s get away with it – spirit of the dead outlives memories of the mortal. Artistically speaking 2010 will be remembered, that’s for sure, as Triptykon and Watain both have released critically acclaimed, astonishing works of fury and hell in Eparistera Daimones and Lawless Darkness : occult and heavy as fuck will be my last comment on these. Ya have to read French for more ! Bye bye, so long.

dimanche 11 avril 2010

A ma gauche...

Tom G. Fischer - ou plutôt Warrior à nouveau, tel qu'il apparaît dans les crédits de Eparistera Daimones - est un personnage duel, tantôt posé et réfléchi, tantôt poseur et péremptoire. Un fond de masochisme (et un penchant inavouable pour son style d'écriture) me pousse à lire régulièrement son journal. Sentencieux et d'une gravité affectée souvent irritante, son épanchement prosaïque demeure intéressant pour qui apprécie l'art du musicien, et c'est mon cas. Je pardonne finalement beaucoup à Tom G. Fischer, tout en continuant de m'étonner de l'extraordinaire blanc-seing dont il bénéficie après des années passées à renier sinon mépriser le genre qu'il a contribué à créer - avant d'y revenir tel un mythique père fondateur, acclamé et révéré par la marmaille infernale qu'il a enfanté. Triptykon me contraint à prolonger cette mansuétude, car le tout récent Eparistera Daimones n'est pas une réussite, ni même un bon album : c'est un instant classic, un chef-d'œuvre qui prolonge directement la nuit commencée par Monotheist sans pour autant être lui être redondant.

Beaucoup plus dense et ramassé, moins expérimental, cet album est majoritairement constitué d'un thrash noirci dans les flammes de l'enfer et parcouru de soubresauts doom rappelant fréquemment les plus grandes heures de Paradise Lost - un juste retour des choses, finalement, pour boucler la boucle. Simone Vollenweider est toujours là, ainsi que ce feeling goth très allemand dont le Frost (et Triptykon) ne se départira jamais. Tom G. Warrior ne tombe dans aucun des panneaux qui émaillaient sa presque nouvelle route, et parvient à réaliser le tour de force de n'être jamais là où on l'attend tout en y étant très exactement ; c'est à peine si l'on notera un « ough ! » au beau milieu d'un morceau. Je ne suis pas assez musicien pour m'éterniser de façon objective sur Eparistera Daimones. Je sais simplement que cet album est la meilleure chose que j'ai entendue, dans son genre et bien plus encore, depuis, allez, 2006 et un certain Monotheist. S'il vous faut tuer pour l'avoir, faites-le ! Y'a beaucoup de place à gauche, en ce moment.

Holding Eparistera Daimones in my tiny, greasy little hands, idly barking at the moon, I can’t help but thinking how a good thing it was to finally put the Frost at rest. I can’t see any satisfying evolution after Monotheist, except a probably redundant Monotheist pt. II. The demise of Celtic Frost finally allowed Tom G. Fischer to create a new, valid vehicle to his art and Triptykon’s debut is a solid, black-as-the-night SOB : less opaque and experimental, more guitar-oriented, this is blackened-thrash metal the way it should be, nothing more, nothing less. Exhaling a discreet goth touch, Eparistera Daimones sometimes brings forth memories of Paradise Lost’s greatest hours, while avoiding the genre-traps and too frequent nods to the Frost. Ough !

vendredi 3 avril 2009

La case (en moins) de l'oncle Tom

Zazie dans le métro. Une photo très nouvelle vague signée Anders Odden et prise à Osaka.

La case de l'oncle Tom, j'y fais régulièrement un tour. Ce journal intime est toujours intéressant, souvent touchant (perclus de paradoxes et de regrets, meister Tom semble inapte au bonheur), et parfois inquiétant (on zappe de façon cyclothymique d'une entrée pleine d'espoir et d'entrain à une sortie mélancolique et tournée vers le passé, le gâchis et le ressentiment. Pas besoin d'aller en fac de psy pour identifier la manifestation évidente d'une profonde bipolarité). Une constante, et l'objet de cette notule, dans cet élégant weblog en noir et blanc (au propre comme au figuré, donc) tenu par Tom G. Fischer : cette haine inextinguible vouée à Franco Sesa, dernier et excellent batteur de Celtic Frost, au travers de billets ampoulés et vitriolés. Certes, les amateurs/admirateurs du Frost ont bien entendu qu'une irrattrapable mésentente entre les deux musiciens avait fait voler en éclat le groupe pourtant refondé avec brio (voir et écouter Monotheist, toujours aussi génial en 2009 qu'en 2006).

Mais tout de même. La rancune envers Sesa, qui, désolé de le remarquer, n'a jamais prononcé un mot ni sur le sujet ni contre Fischer dans les médias, laisse perplexe : c'est une réelle obsession. La perfidie remâchée avec laquelle Tom G. Fischer s'acharne sur Sesa (au détour de remarques méprisantes travesties en informations distillées dans le billet - notamment au sujet du « statut » de barman de Sesa dans l'établissement de Martin Eric Ain) est presque gênante pour qui lit ses fréquents épanchements. On a beau savoir que l'incroyable gâchis qui a conclu la période Monotheist a laissé des traces indélébiles, on a beau prendre la mesure de la déception de Fischer, voyant une fois encore sa plus grande réussite artistique consumée avant d'être consommée... tout de même. Pourquoi ne pas avoir viré Sesa, quelque faute eût-il commise, pour faire vivre le Frost ? Son verbiage alambiqué nous emmerde quelque peu et, surtout, ne nous intéresse pas : Fischer, tout grand artiste soit-il - et que j'admire en tant que tel - apparaît sous son plus mauvais jour dans ces billets répétitifs et acrimonieux.

Il ne tenait qu'à lui de poursuivre l'épopée de Celtic Frost. Mais au regard de la légende du groupe et en cohérence avec celle-ci, une question dérangeante s'impose d'elle-même : le souhaitait-il vraiment ?

I really appreciate wandering on Tom G. Fischer’s blog – these introspective, depressive and sometimes ego-bloated lines nonetheless give an interesting hindsight to the man’s musical works. It is a shame, though, how theses entries have become a regular vehicle for Fischer’s hatred toward Franco Sesa. We all get the story and, more importantly, we Frostheads just don’t give a flying shit about what really happened here. Diva-like dramas have always been a huge, lack-lustering part of the Frost’s otherwise wonderful legacy/career but hey, enough is enough, don’t ya think ? How embarrassing, really.

mercredi 4 février 2009

« Triptykon cannot be stopped ! Nothing can stand in its way ! »

Quand j'étais gamin, j'imaginais parfois que la voiture du pater familias était un transformer, un decepticon, évidemment - les autobots étaient bien trop gays pour mériter ma considération, n'est-il pas ? La vieille guimbarde, que j'ai récupérée entre-temps, a rendu l'âme la semaine dernière, sans s'être transformée une seule fois en vingt-et-un an. More than meet the eyes... Tu parles ! J'aurais pourtant cru qu'au moins, le robot à l'intérieur se serait manifesté au moment de passer à la casse mais même pas - c'est sûr, ce devait être une merde d'autobot. Un decepticon ne se serait pas laissé toucher le filtre à huile sans répliquer. Bref... La machine m'aura au moins rendu, dans ses derniers instants, une vieille cassette de Rust In Peace (ironique, non ?), perdue voici quelques éons car tombée dans un interstice qu'encore une fois, aucun decepticon ne m'aurait laissé explorer comme ça.

Je reste perplexe devant la décision de Tom G. Fischer de nommer son nouveau projet Triptykon, car enfin, nous le savons tous, Triptykon, dont la taille est comparable à celle d'une ville, est l'un des plus féroces decepticons qui soit ! J'espère simplement que l'oncle Tom ne foutra pas sa case en l'air une fois de plus. Et même si ce nom de baptême n'a évidemment rien à voir avec cette vieille série qui remonte à une époque où le metal n'était pas encore mon principal centre d'intérêt (le sens ici serait plutôt « troisième image / troisième icône », après Hellhammer et Celtic Frost), c'est plus fort que moi, ce sont les vils et puissants Decepticons qui m'apparaissent en voyant son logo. Et en attendant de juger sur pièce ce que donnera Triptykon, on peut toujours se rappeler la petite catchphrase so metal de Soundwave : « cries and screams are music to my ears »...

Man, I got thrown back in time when I first heard the name of Tom G. Fischer’s new band, Triptykon. Fuck, wasn’t Triptykon the name of a mechanized, deadly overlord in Transformers ? I still remember its motto, which went “Trypticon cannot be stopped ! Nothing can stand in my way !”… Let’s hope Triptykon, the band, will be as mean and deadly as fuckin’ Megatron. By the way, do you remember that gay motherfuckin’ piece of shit named Soundwave ? Poor bastard could be turned into a convertible shitty boombox – more interesting was its motto : “cries and screams are music to my ears”...

Le site et le Myspace de Triptykon.

...et toujours :
Are You Morbid ? Into the Pandemonium of Celtic Frost
« Toi qui entre ici, abandonne toute espérance... »

vendredi 10 octobre 2008

Deutschland über alles

« La réaction du monde métallique à Endless Pain fut extraordinaire. Nous avons joué pour la première fois sous le nom Kreator à Velbert (Allemagne), avec nos copains Violent Force qui faisaient aussi partie du HMFCV (Velbert Heavy Metal Fan Club). Ensuite, nous avons été invités à faire des premières parties en Belgique, au Danemark et en Bavière, ce qui était un truc énorme pour nous. L'underground se manifestait via des lettres venant du Brésil, du Chili, de l'Amérique du Nord et même de l'Europe de l'Est - mon cercle de correspondants s'élargissait rapidement... Nous savions que le deuxième album que Walterbach nous avait commandé, dont la sortie était programmée dix mois après le premier, se devait d'être encore plus violent et intense que tout ce qui s'était fait jusque là.

Walterbach avait embauché aux manettes Harris John, qui avait travaillé avec Helloween et Slime. L'enregistrement de Pleasure to Kill fut un peu plus discipliné que celui de Endless Pain, malgré la présence de nos copains Stoney et Grave Violator venus nous accompagner à Berlin (histoire de s'amuser un peu après les sessions). Finalement, on avait un peu l'impression de partir en voyage en famille ! L'album fut bouclé en deux semaines et le mixage final dépassa toutes nos espérances, jamais nous n'aurions imaginé avoir un tel son. Après la parution de l'album, on a fait quelques concerts, notamment avec nos héros de Celtic Frost. La presse spécialisée soutenait Pleasure to Kill et, chose bien plus importante, les fans l'ont adoré ! Le jour où j'ai appris qu'une tournée se montait avec Rage et Destruction fut un vrai choc, mais là où j'ai presque eu une attaque, c'est quand j'ai appris que VoiVod comptait nous amener aux États-Unis. »

Mille Petrozza, commentaire intégré à la réédition de Pleasure to Kill / Flag of Hate (Noise, 2000).

After Endless Pain had been released the response in the metal world was pretty amazing. We played our first concert under the name kreator in Velbert, Germany, with our HMFCV friends of Violent Force and were invited to play shows in Belgium, Denmark and Bavaria which was very exciting for us. The underground scene reacted with letters from Brazil, Chile, North America and even Eastern Europe as my circle of penpals was growing rapidly.... We knew that the second album Walterbach had asked for ten months after the release of the first one had to be even more brutal and intense than anything there was in metal up to that point. Walterbach hired Harris Johns who had worked with Helloween and Slime and the production was a little more disciplined than our first one, even though our old friends Stoney and Grave Violator came to Berlin with us just to hang out and party after the sessions - so the whole thing turned out to be a little bit like a family trip. After two weeks the album was done, and when we heard the final mixes for the first time we were more than happy since the sound was even better than we thought it could ever be. After the release we played shows with our faves Celtic Frost and the press seemed to be really into Pleasure To Kill. But way more important - the fans loved it! On the day I heard that there is gonna be a real tour with Destruction and Rage I almost freaked out, but when I heard that VoiVod were planning to take us out in the United States I almost had a heart attack (Mille Petrozza, Pleasure To Kill re-release liner notes).

...et toujours :

Kreator : des croches accrocheuses qui caracolent dans mon crâne...
Stream of (social) Consciousness
Heureusement qu'on se faisait ch**r dans les centres de jeunesse allemands !

jeudi 25 octobre 2007

VULV : le cul(te) est vivant !

On dit que le facteur sonne toujours deux fois, et pourtant je n'ai pas entendu un seul coup de sonnette. Était-ce quelqu'un d'autre ? Toujours est-il que ce matin un méchant colis noir et anonyme se trouvait devant la porte de ma grotte, espérant la main libératrice qui découvrirait son contenu. La mienne. Je n'attendais pourtant rien, et encore moins quelque chose de ce genre ! Les grandes heures du tape trading sont passées, et avec elles s'est envolée une bonne partie de la magie de la découverte. Autrefois l'on attendait avec une délicieuse impatience sa copie de copie de copie de Temple of Offal (1), aujourd'hui on peste parce que le téléchargement du dernier Behemoth n'avance pas assez vite. Mais ceci est une autre histoire... Aussi quelle ne fut pas ma surprise de trouver dans ce colis deux cassettes (!) parées de jaquettes monochromes vintage, ainsi qu'un CD certes plus moderne d'apparence, mais au contenu aussi oldskull que les bandes précitées. Rien de moins que l'intégrale de la carrière turgescente de VULV. Comme dirait HPG (2), « VULV, son vit, son œuvre ».

Passons sur les oripeaux esthétiques de l'affaire - tout au plus dirons-nous que le ramage se rapporte impeccablement au plumage. Une fois mon étonnement passé je glissais l'une de ces cartouches chromatiques dans le seul compartiment encore valide de mon vieux lecteur double-cassette. Celui-là même que j'utilisais il y a quinze ans pour écouter l'enregistrement en vitesse rapide de Ride the Lightning ou de Schizophenia afin de rendre ces deux œuvres encore plus brutales (si quelqu'un pouvait faire l'inverse avec mon Dragonforce, je comprendrais peut-être quelque chose à ce skeud sans être vraiment sûr de le vouloir). Vaginal Black Art et Juicy Hole défilèrent alors, deux bastos de presque-black metal à l'ancienne, tendance Les Tontons Tringleurs. Vicié, vicieux et sérieusement dévissé. Mais attardons-nous surtout sur la giclée la plus récente, la seule en format CD et qui constitue l'actualité immédiate de VULV : Dirty Fingers...

Inutile de tourner autour du pot, cette troisième démo est une décharge black metal « à la papa », la bande originale d'un monde tourmenté par la marmaille dégénérée de Tsathoggua et d'Impaled Nazarene et dans lequel Cradle of Filth et Dimmu Borgir n'auraient jamais existé. Après l'intro de rigueur, caviardée par Katsuni et ses amies, déboule Angry Pussy. Possiblement le meilleur titre avec Fountain of Might, cet hymne early-BM mâtiné de thrash teuton cradingue (pléonasme !) remplit bien son o(ri)ffice : c'est un dépucelage en règle. Fountain of Might est véritablement excellent et particulièrement burzumesque tant dans ses vokills écorchés que dans sa rythmique lancinante. Ce titre meurt dans un final exquis qui n'est pas sans rappeler le Ancient de Cainan Chronicles. Scottish Bitch prend la relève et dépayse avec ses relents keupons, quasi rock 'n' roll. Dans cette étude sociologique consacrée au cœur des demoiselles du Trèfle, force est de constater que celles-ci sont quelque peu piquées aux as et finissent sur le carreau. On espère qu'Avril Laguigne reprendra Scottish Bitch : ça pourrait méchamment le faire. Sukkubus se voit embelli par la participation vocale d'un Type tr[O]p Négatif, précédant une outro au nom ignoblement drôle ! Le coït n'est cependant pas tout à fait interrompu car VULV, animal pas triste, nous gratifie en suce (...) de deux reprises : celle, sérieuse et révérencieuse, de Sorrows of the Moon (Celtic Frost) et celle, inénarrable performance vocale, de J'aime Regarder les Filles (Patrick Coutin, putain).

Les véritables responsables de cette orgie anale-logique ne seront pas démasqués aujourd'hui : se servant de plusieurs épaisseurs de latex pour garder l'anonymat (mais pas la vertu, perdue comme la sagesse depuis longtemps), ces lascars déculottés ne sont pas encore prêts à se décalotter. Qu'importe, retenez simplement que VULV, s'il n'est pas à mettre entre toutes les mains, se met en revanche dans toutes les bouches. En particulier écossaises - et le KVULT devint KILT. Salement vôtre !

(1) m'est avis qu'Absu n'est pas une référence méconnue de l'énigmatique Headfucking Migreich !

(2) Grand Bâtonnier du Barreau

Six-pack doesn’t only refer to a crate of beers nor to your humble servant’s muscular torso – there’s a third meaning to it. But Vulv only refers to harsh, crusty and, fuck me, tasty black metal. Eating your shit, injecting urine in your already decaying venous system and shitting on your grandma’s pink doormat is what you’ll do after listening to this. And oh, you’ll also, in a true Gorgon-esque fashion, “kill your family”. I don’t feel like adding anything to that stupendous description – just know that you’ll find enclosed a cover of one of France’s greatest songs ever made, “J’aime Regarder Les Filles” (which means, “I Want To Fuck You, And Hard With That”). Isn’t that wonderful ? Now open up and say… Ahh ! You dirty motherfucker.

Dirty Fingers (autoproduction, 2007)

01 Introducing the Vulv
02 Angry Pussy
03 Fountain of Might
04 Sukkubus
05 Outreaux
06 Sorrows of the Moon
07 J'aime Regarder les Filles


Le Myspace de VULV.

vendredi 15 juin 2007

Are You Morbid ? Into the Pandemonium of Celtic Frost

Enfin lue, cette bio du Frost écrite par Fischer himself (on n'est jamais si bien servi que par soi-même, mais nous y reviendrons) ! Avis aux fans : malgré un impensable melon par moments, ce bon vieux Tom n'y va pas par quatre chemins et commence par démolir, sur une cinquantaine de pages, le mythe Hellhammer. Il est ainsi assez drôle de lire ces lignes pleines de recul sur ce groupe de gamins formé par le vilain petit canard de l'école, qui allait devenir vingt ans plus tard, et malgré deux petites années de vie, l'une des références absolues de la scène extrême - au moins européenne et sud-américaine. Bref, selon les propres termes de Fischer (et l'on pensera immanquablement à Quorthon qui jugeait tout aussi sévèrement les premiers Bathory), Hellhammer n'était qu'un petit groupe merdique tellement étriqué dans ses aspirations et limité dans ses possibilités que lui et Ain eurent tôt fait de le dissoudre - pour le ressusciter sous le nom de Celtic Frost la nuit suivante. Un combo appelé à ne respecter aucun des standards de l'époque, ni dans le fond, ni dans la forme, et dont on regrettera que le choix du superbe patronyme ne soit pas plus explicité.

L'histoire du Frost, racontée avec humour et style (cf la jolie description d'un morne Berlin-Est, traversé nuitamment pour se rendre en studio), se taille donc la part du lion comme l'indique le sous-titre du livre. Très vite, le lecteur éberlué comprend à quel point ce groupe a été massacré, tué, gâché par l'incompétence à peine croyable d'une maison de disques (Noise Records) pourtant révérée par bien des metalheads - et en premier lieu par votre serviteur... Entre les tournées fauchées interrompues subito presto, le refus de financer le clip qui aurait pu changer le cours des choses pour nos frustrés frosties (Mexican Radio), la totale incompréhension de ce que tentait de faire le groupe au moment de l'enregistrement de Into The Pandemonium, j'en passe et des meilleures, on n'en revient tout simplement pas. Celtic Frost, pendant près de vingt ans, n'aura été qu'un saumon exténué - passez-moi l'image, mais quand on s'appelle Fis(c)her - qui s'est épuisé à nager à contre-courant. En aval, notre petit poisson qui deviendra gros malgré tout ; en amont, l'ahurissante politique menée par Noise. On n'ose imaginer, à la lecture de l'excellent chapitre consacré à l'élaboration de Into The Pandemonium, ce qu'aurait été cet album sans ce frein constant... Avec cette connaissance nouvelle, je m'explique enfin, par exemple, ce son que j'ai toujours haï, et je sais désormais que le Frost ne l'aime pas plus que moi. Bien sûr ce disque reste un monument, mais enfin, après ce passage modestement intitulé The making of a breakthrough album, on a vraiment l'impression de ne connaître que l'ombre de ce qui aurait du être (*). Et pourtant, c'est bien ce feeling art-rock et aventurier, méprisé par Noise Records, qui aura constamment tiré Celtic Frost vers le haut - ou comment concilier l'intellectualisme le plus littéraire avec le cri primal du metal dit « extrême ».

Malgré sa grosse tête (difficile de ne pas être amusé / agacé par la mégalomanie de Tom, cependant que l'on ne peut que lui reconnaître un véritable génie avant-gardiste), l'auteur accroche son public et excelle dans la galerie de portraits qui gravite autour du Frost : les obsédés sexuels de Coroner (le crew du Frost en tournée), les ingénieurs du son tchécoslovaques plus « stupid » que « morbid », les groupies prêtes à tout pour cinq minutes en compagnie du beau gosse Reed St. Mark, les chanteuses de session nymphomanes prêtes à tout pour cinq minutes en compagnie du beau gosse Reed St. Mark (si vous avez une impression de répétition, c'est normal), etc. Sur ce point essentiel au cahier des charges de toute bio rock qui se respecte, l'objectif est largement atteint et l'on passe franchement un bon moment. Plus intéressant est le regard sans concession, souvent mi-figue mi-raisin, que pose Tom sur sa petite troupe : on rit fréquemment aux passages consacrés à St. Mark, jovial M. Catastrophe qui aura apporté au Frost autant de peps que d'emmerdes, on est particulièrement intrigué par le personnage érudit et tourmenté de Martin Eric Ain, et on se dit que les pauvres Ron Marks et Curt Victor Bryant sont un peu injustement oubliés aujourd'hui. Tom G. Fischer, en bon Warrior qu'il est, sait aussi se montrer intransigeant envers lui-même lorsqu'il le faut. A ce titre, les pages consacrées à Cold Lake (« une merde monumentale ») sont particulièrement masochistes. Putain, mais comment le Frost a-t-il cru pouvoir vendre un seul instant à ses fans un album presque glam ? Le voile est levé sur cette affaire que Fischer n'a pas cherché à escamoter - et pourtant, que ce disque est embarrassant...

L'odyssée de Celtic Frost, gros poisson dans un petit étang - soyons réalistes - est ainsi racontée sans fard et nous laisse à entrevoir les dessous d'une histoire qui perd en « culte » ce qu'elle reprend à la vérité... J'aurai du mal désormais à me représenter le Frost comme avant, tant Fischer balaie cette poussière cryptique et cette aura obscure au profit d'une réalité beaucoup plus terre-à-terre - saviez vous que Martin Eric Ain ne pouvait quitter une ville après un concert sans avoir goûté au kebab local, jusqu'au jour où cette pénible manie lui valut d'être abandonné sur un parking par le tour bus ? Ces petites histoires qui font la grande n'enlèvent rien aux hommes derrière le monstre, et si l'on ne peut que fantasmer sur l'avorté Under Apollyon's Sun (cet album était un potentiel monument, cf Idols of Chagrin et Under Apollyon's Sun disponibles sur la compilation testamentaire Parched With Thirst I Am... And Dying), je me dis cependant que si ce sont toutes ces couleuvres avalées, tous ces changements dramatiques de line-up, toutes ces galères de vingt ans qui sont ressorties dans cette catharsis vénéneuse qu'est Monotheist, eh bien oui, tout ceci en valait la peine. Le pot de terre contre le pot de fer ? C'est toute l'histoire du Frost. Laer Si Htaed Ylno !

(*) Tristesses de la Lune, lecture passionnée et habitée du poème de Baudelaire, sera ainsi jugée trop « spéciale » et retirée abusivement de l'album original... Il faudra attendre sa récente réédition pour voir enfin inclus dans le tracklisting ce morceau de bravoure... Pour info, la performance sur ce morceau est signée Manü Moan, par ailleurs chanteuse des étranges Vyllies.

Come on, there’s not only metal music in life. There’s also metal literature. Just finished reading Are You Morbid ?, the undying beast’s bio written by Tom G. Warrior. After destroying the mythic Hellhammer (a not-so-surprising move – the man have tried to stray from its legacy for many years), things become serious with the Frost’s birth. I have to say that despite his sometimes heavy and inflated style, and an ounce of megalomania (but hey, fuck it, the man is a total artist after all), Tom’s account of these events are witty, interesting and as dark and depressive as they can be funny if not hilarious at times. You will know everything ; from Noise’s incredibly stupid way of "handling" things to Reed St. Mark’s fetishist antics (you have to see that picture with all these high heels hanged all over his drum set !). Maybe the most interesting parts of it are the chapters dealing with Into The Pandemonium, an overbloated but visionary record those inception crystallised many of the Frost’s underlying issues. I have to warn you though : reading this will sweep forever some of that cryptic dust covering this monumental beast that is Celtic Frost – learning its secrets is losing some of its mysteries…

Le site et le Myspace de Celtic Frost.
Le site et le Myspace de Hellhammer.
Le Myspace des Vyllies, parce qu'elles le valent bien !Le blog de Tom G. Fischer.


...et toujours :
« Toi qui entre ici, abandonne toute espérance... »

vendredi 1 juin 2007

Un nouveau suicide chez Mayhem...

...mais commercial, cette fois-ci. Âpre, rugueux, inconfortable, Ordo Ad Chao est en un mot comme en cent un album difficile. A tel point que le chroniquer sans tomber dans les lieux communs les plus éculés, faute de mieux, du genre « tellement méchant qu'il en est bon » ou « c'est dans la déconstruction primaire de sa structure anticosmique qu'Ordo Ad Chao touche au génie », se révèle encore plus ardu que d'habitude pour votre pauvre serviteur. Qui s'est donc donné le temps d'apprivoiser la bête avant de l'exécuter ou l'adouber sans la comprendre. Dont acte.

Impossible de ne pas commencer par le (re)commencement : Attila Csihar est de retour et sa performance extraordinaire (mots pesés) ne fera regretter Maniac à personne. Ses râles déclamatoires, insolites incantations intervenant tardivement dans chaque composition, sont peut-être la première raison de se procurer Ordo Ad Chao. Survolant l'album ou au contraire semblant surgir de par en-dessous des entrailles de la musique, sa prestation est proprement ahurissante... Ce timbre si étrange frappe à nouveau par sa particularité, qui est de paraître constamment « à côté », non pas lié à la trame instrumentale mais au contraire détaché au point d'offrir un second versant à l'album, pour qui ne se concentrerait que sur la partie vocale. Un sentiment ineffable, qu'il ne sert à rien d'essayer de décrire. Car il faut l'entendre, ce croque-mitaine hongrois : il est d'ailleurs toujours aussi amusant de constater à quel point la voix du black metal n'est pas black metal. N'en demeure pas moins que cette éructation tour à tour haineuse, accusatrice, douloureuse, plaintive, déglutie puis régurgitée tel un cancer mortifère que l'on éjecterait par la bouche, est bien la seule voix qui fasse encore peur dans le petit monde du black metal. Que voulez-vous, à l'heure où d'ignobles combo emocore US, après avoir pillé Carcass et At the Gates, adoptent des vocaux parfois plus harsh que ceux des grands noms de la seconde vague de black metal norvégien, il faut bien cultiver sa différence.

S'il n'y avait que la voix... Ordo Ad Chao est musicalement tout aussi ensorcelant et, il faut bien l'écrire, horrible, que vocalement. Encore une fois, difficile d'émettre une critique qualitative objective, tant l'album est finalement aussi raw qu'expérimental. Quant à le décrire... Ordo Ad Chao renverse la célèbre maxime ordo ab chao (l'une des deux devises maçonniques, mes bien chers frères) et se propose donc d'aller de l'ordre au chaos. Chose qu'il faut prendre aussi au pied de la lettre, après un Chimera un peu trop propret et l'intermède vaseux et vaguement raté qu'était Ava Inferi pour Rune Eriksen (Blasphemer). Compositeur en chef et chef-compositeur, ce dernier opère ici une déconstruction systématique et méthodique - donc sale et brouillonne - de tout l'album Ordo Ad Chao. Vous savez, celui que l'on attendait après Chimera... Comprenne qui pourra, pour moi la clé est ici. Bref, Mayhem n'est pas seulement « contre » (cf Anti), il casse, il défait, il conte la destruction et contre la construction. Ainsi, et même si en matière de son et d'exécution Ordo Ad Chao est l'antithèse absolue d'un Grand Declaration of War, il rejoint cependant son aîné sur ce point. Avec en prime, Attila Csihar oblige, le retour de cet esprit ancestral qui caractérisait De Mysteriis Dom Sathanas, cette saleté séculaire qui émerge à nouveau du sombre passé.

Expérimental - ce qu'a toujours été Mayhem, groupe qui tissait de complexes arpèges derrière d'étranges riffs à l'heure où le black metal s'écrivait pour longtemps encore sur une ou deux cordes en trémolo -, Ordo Ad Chao est aussi psychédélique, mais je parle d'un psychédélisme de cauchemar qui serait le négatif du sens habituellement placé dans ce mot. Absolument, volontairement immonde au niveau du son, magma assourdi semblant agrafé dans la rouille de prises brutes pas même mixées, Ordo Ad Chao adresse un gros majeur tendu à son auditeur lors des premières écoutes. C'est simple : comparé à la batterie de Hellhammer, on pourrait croire que le fabuleux son de Lars Ulrich sur St Anger est le produit d'une prise de tête def leppardienne. Voire. S'il faut un point de repère, et encore, peut-être oserais-je citer Wolf's Lair Abyss, et encore... Wolf's Lair Abyss avait un côté découpé que ne possède sciemment pas Ordo Ad Chao : ce n'est pas pour rien que je ne cite aucun titre en particulier, cela n'a aucun intérêt dans le cas présent. Pour vraiment enfoncer le clou - car le son est réellement choquant - il faut insister sur le fait qu'à côté de la production de ce disque, De Mysteriis Dom Sathanas est une superproduction, un album de blackened thrash hyper léché. Si.

Difficile de conclure de façon claire la chronique d'un tel monstre... Repoussant et hideux, Ordo Ad Chao n'en demeure pas moins un album paradoxalement esthétisant dans cette recherche du Laid. Ce nouveau rejeton de Mayhem, contrefait et tératologique, est au final assez proche dans sa démarche (et parfois même musicalement) d'un Monotheist - sans pour autant approcher le niveau d'excellence du dernier Celtic Frost, n'exagérons rien. Quel que soit son accueil - il jouit pour l'instant, semble-t-il, d'un consensus trop large pour être tout à fait honnête et objectif -, cet album restera à n'en point douter une pierre angulaire de la discographie des norvégiens. Au-delà du retour de celui qui demeure pour moi le vocaliste de Mayhem, son mérite premier, à l'heure de l'avènement commercial avéré de ce que j'appellerais le clean BM, est de nous rappeler ce qu'est le black metal à la base (et pas ce qu'il doit être) : un chaos sonore et anticonformiste. Ordo Ad Chao ne ressemblant à rien d'autre, ou si peu, c'est déjà gagné sur ce dernier point ! Suicide commercial et / ou réussite artistique, c'est en tout cas plus intéressant qu'une réussite commerciale (ce qu'il sera peut-être) ou qu'un suicide artistique (ce qu'il n'est pas). Celtic Frost, dont nous parlions plus haut, avait malheureusement réussi l'un tout en ratant l'autre en 1988. No fun. No mosh. No core.

There’s this word, "obdurate", that I like so much when it comes to dark, hermetic, fuck-off black metal. Well, it can’t even apply to Mayhem’s last excretion Ordo Ad Chao. This is total commercial suicide, and a ugly one, at that. And man, do I love it. To sum it up, Attila is back and it feels like Maniac never was here. I’m sorry ‘cause I  very much like Grand Declaration, but no one can compare to Attila – the bearded Hungarian boogyman delivers such an astounding performance... What he does here is mouth-expelling the most abominable, venomous words, in the most ugly way you can imagine. Fuck, this is a skin-crawling declamation, nothing less, screamed or muttered in utterly twisted ways. Musically speaking Ordo Ad Chao is the dirtiest, lo-fi motherfucker you can think of – and I’m not talkin’ ‘bout your average necro sound : this is how shall sound the most dreadful of tales, dealing about mankind’s fall while invoking the very same utter darkness that dwelt in De Mysteriis Dom Sathanas. This is head-on experimental extremism, this is a monumental fuck-off to the music industry (somewhat reminiscent, though not musically, to the move Ulver took with Nattens Madrigal, or Celtic Frost with Monotheist). No fun, no mosh, no core, just pure fuckin’ armaggedon.

Ordo Ad Chao (Season of Mist, 2007)

01 A Wise Birthgiver
02 Wall Of Water
03 Great Work Of Ages
04 Deconsecrate
05 Illuminate Eliminate
06 Psychic Horns
07 Key To The Storms
08 Anti


Le site et le Myspace de Mayhem.

samedi 27 janvier 2007

Sushi avarié !

Gallhammer, groupe signé chez Peaceville et venant de commettre The Dawn of... (une anthologie très « attendue » après un unique album), est l'archétype de l'arnaque métallique absolue. Ça bouffe à tous les râteliers, tentant de pêcher le maximum de poissons (d'avril ?) dans ses filets de fort mauvais goût. Le nom attirera l'attention des gens pour qui Hellhammer, Master's Hammer ou Warhammer veut dire quelque chose. La composition et l'allure du groupe, trois jeunes nipponnes bien de leurs personnes (ben tiens) mais savamment enlaidies par un look crado-punk très tendance, en appellera autant aux amateurs de keupon, de Motörhead ou de Darkthrone qu'aux curieux friands de combos féminins thrash et trash. Ne parlons même pas du large public, ici particulièrement ciblé, atteint de priapisme à la vue de japonaises bien gaulées... La pochette, intelligemment neutre, attirera beaucoup tout en ne braquant personne : bref, le savoir-faire est indéniable et l'étude de marché, parfaite.

La musique ? Un pillage en règle de divers pères fondateurs, avec un accent prononcé pour un black metal noisy, presque crust. Speed of Blood, morceau honteux figurant sur le sampler 37 de Terrorizer, est un plagiat flagrant de Mythos (par exemple), mal joué et flanqué de vocaux qui vont au-delà du ratage total. Conscient de l'ineptie du produit, le producteur, pardon, les commerciaux en charge du projet ont rajouté partout des larsens-qui-font-peur (dans un sens, c'était déjà bien assez effrayant). Autant ressortir les premiers enregistrements de Sigh si l'on veut flipper à la sauce japonaise, là au moins, ça vaut le coup. Au final, une daube que rien ne sauve, exemple supplémentaire prouvant que tout, absolument tout, peut-être récupéré, y compris les codes dits « nécro ». The Dawn of Gallhammer ne procède de rien d'autre qu'une racoleuse pêche en eau douce... L'une des filles arbore en permanence un beau t-shirt Celtic Frost, au fait. Histoire de convaincre les derniers réfractaires de la « trouïtude » (pardon je ségolénise un peu en ce moment) de la chose ? Sur le promo, on peut lire « Gallhammer reigns » (Fenriz, Darkthrone). Je rajoute : « Fenriz est souvent saoul » (Sheol, Les Notules Métalliques). A éviter plus encore que la peste !

Man, Gallhammer may well be the greatest swindling in extreme metal history since Evol. Nonetheless it will sell a few thousands, no doubt about that – it is oh so well marketed. From its name calling forth several old masters of sepulchral metal to its aesthetics (threesome, anyone ?), Gallhammer will, at least commercially, be. While Mötley puts out two anthologies a year, this Japanese act is releasing a best-of after, fuck me, only one fuckin’ album… Shall I really  proceed on commenting about the music ? Nope... it really reeks of a swindle in here.

Le Myspace de Gallhammer.

vendredi 9 juin 2006

« Toi qui entre ici, abandonne toute espérance... »

Cette célèbre phrase extraite de la Divine Comédie est on ne peut plus appropriée pour situer d'emblée la teneur de ce nouveau Celtic Frost, attendu comme le messie par certains mais redouté, en cas de retour raté, par à peu près tous. Ce n'est absolument pas le cas... Après une parenthèse d'une quinzaine d'années, Tom G. Fischer et Martin Eric Ain nous livrent rien de moins qu'une nouvelle évangile écrite en lettres de sang, une pièce maîtresse du metal contemporain de laquelle est absente, donc, la moindre lueur d'espoir. Inutile de revenir sur le passé glorieux de Celtic Frost, précisons simplement que Monotheist est totalement moderniste et avant-gardiste en cela qu'il jette avec parfois beaucoup d'audace de nouvelles bases pour le dark metal, tout en conservant des racines charbonneuses profondément ancrées dans l'identité du groupe suisse.

Refusons-nous à faire un track by track stérile et sans intérêt : dissocier individuellement les morceaux de Monotheist n'aurait aucun sens. Monotheist, c'est avant tout un manifeste, une profession de foi alternativement gémie, criée, chantée, vomie par un Tom G. Fischer absolument impérial et qui confère à nouveau ce côté très « dominateur » à la musique de Celtic Frost. On est assez loin du proto-black (rien d'autre que du thrash morbide, finalement) pratiqué sur les premiers albums. Les guitares sont excessivement lourdes, le tempo est volontiers modéré malgré quelques accélérations thrashisantes (Ain Elohim), l'atmosphère est à la peine, au recueillement mais aussi à la colère : il est parfaitement clair que l'objectif - largement atteint - de Celtic Frost était de reconquérir un trône perdu depuis longtemps. Notons l'excellente prestation de Franco Sesa à la batterie : son jeu est inspiré, sobre et inventif, on décèle de rares passages presque tribaux suggérant parfois l'idée d'un « culte » païen célébré par quelque étrange peuplade oubliée - de celles que l'on trouverait chez Lovecraft plutôt que chez Lévi-Strauss. Doom ? Death ? Dark ? Black ? Oui, quatre fois oui, mais avant tout unique.

Monotheist est un album qui fait peur et qui n'a besoin pour cela d'aucun artifice : en d'autres termes, on est loin du folklore habituel. Le sentiment prégnant d'écouter une œuvre « adulte » enfantée par des « adultes » ayant particulièrement réfléchi à leur art perdure pendant les soixante-huit terribles minutes de l'album. Monotheist écrase, pilonne, traumatise son auditeur. Ce bloc de noirceur ultra-dense se refuse catégoriquement à ne laisser filtrer ne serait-ce qu'un infime rayon de soleil... Ce qui n'empêche pas Celtic Frost de conserver son lyrisme et sa beauté froide habituelle : au milieu des riffs pachydermiques, des saillies bruitistes et de la plainte morbide de Tom G. Fischer bat le cœur du groupe - un lyrisme certes froid comme une nuit d'hiver, mais néanmoins beau comme la lune et ses tristesses (cf Into the Pandemonium). Mentionnons notamment, outre la fabuleuse pièce finale Winter, cet extraordinaire morceau qu'est Obscured et dans lequel se mêlent, en une sublime complainte désincarnée, le râle de Fischer et la supplique de Simone Vollenweider. Monotheist est un tombeau, sépulcral et quasiment « sacré » par instants... Mon amie absolument profane en matière de metal ne m'a-t-elle pas dit, à l'écoute de ce disque, « dis-moi, c'est presque religieux, ça ! » ?

Monotheist est un rêve expressionniste, certes froid et obscur, mais décidément loin du cauchemar redouté par certains. Un album historique, à côté duquel le My Dying Bride époque The Angel and the Dark River passe pour la Bande à Basile. Ne fêtons donc pas ce coup de maître(s), préférons observer une minute de silence bien plus adéquate en l'honneur du grand retour de Celtic Frost !

Fifteen years of waiting – but it was worth it, for Monotheist is an astonishing second coming. More, it is an instant classic, a new landmark in dark metal music. Will Celtic Frost finally reclaim the place its rocky history prevented him from keeping ? Monotheist is a slow-pace grinder, diffusing its utter darkness in an artsy, almost german-expressionism kind of way – the Frosty way. Its music is heavy as fuck, with low-tuned guitars supporting Fischer’s commanding voice and backed by Franco Sesa’s monstrous, in some cases almost ethnic-coloured, drums and percussions. A storming piece of miserable darkness it is indeed. Complete with an almost religious feeling – a requiem, that is – Monotheist does not contain one second of optimism and is the perfect embodiment of the band’ spirit. Hear its winter-scorched, blackened heart pulsing in Obscured ! To buy or to die in eternal doom and gloom.

Monotheist (Century Media, 2006)

01 Progeny
02 Ground
03 Dying God Coming into Human Flesh
04 Drown in Ashes
05 Os Abysmi Vel Daath
06 Obscured
07 Domain of Decay
08 Ain Elohim
09 Totengott
10 Synagoga Satanae
11 Winter: Requiem/Chapter Three: Finale


Le site et le Myspace de Celtic Frost.

dimanche 20 novembre 2005

Heureusement qu'on se faisait ch**r dans les centres de jeunesse allemands !

« Le groupe a commencé en 1982 comme un simple hobby. C'était ça ou passer notre temps à traîner dans les MJC. Aucun d'entre nous n'avait jamais eu l'ambition de réaliser un jour un album, et quand nous ne jouions pas nos chansons aux titres fameux comme Shoot them in the head, Shellshock ou Heavy Metal Fight, nous reprenions du Priest, Venom ou Twisted Sister. A un moment, nous faisions même Born To Be Wild de Steppenwolf. Notre version était atroce, mais je me souviens de ce biker qui l'avait vraiment appréciée lorsque nous avions joué à Velbert en première partie de Living Death, en 1984 - le premier concert officiel de Tormentor. Nous écoutions tous Mercyful Fate, et Ventor était ouvertement sous l'influence du King dans le morceau Armies of Hell extrait de notre première démo - End of the World (en fait, c'était plus précisément notre seconde démo, si vous comptez comme telle la Blitzkrieg tape enregistrée sur un transistor Woolworth dans la salle de répétition).

Le tape-trading était alors un vrai phénomène dans l'underground metal, et j'avais envoyé quelques démos à mes correspondants en échange d'un nouveau bootleg live de Raven et de quelques démos de black metal sud-américain. Stoney, qui a toujours été un peu un membre officieux du groupe, avait beaucoup aimé la démo de Tormentor et décida d'en faire deux copies pour les envoyer à SPV et à Noise Records. Étant perfectionniste et prompt à l'autocritique, je n'avais pas vraiment apprécié cette initiative car je pensais que nous devrions attendre d'avoir de meilleurs morceaux... Mais Stoney se ramena un jour avec une lettre de Karl Walterbach, le président de Noise Records, qui disait vouloir entendre plus de matériel car il pensait nous signer. Quelques-uns de mes groupes favoris comme Slime, Hellhammer et Celtic Frost étaient sur Noise/AGR, j'étais donc très excité à l'idée d'enregistrer un album pour cette compagnie (même si nous n'avions que six morceaux). Après quelques intenses séances de composition, une organisation digne d'un casse-tête chinois (aucun d'entre nous n'avait dix-huit ans, donc pas de permis, et le studio était à Berlin - j'ai dû demander au mari d'une cousine de nous emmener là-bas, entassés avec nos instruments dans son van), et d'interminables discussions avec les profs visant à leur expliquer qu'enregistrer un album était plus important qu'une interro d'histoire, nous sommes finalement arrivés aux CAT studios sans la moindre foutue idée de ce qui nous attendait... mais avec dix morceaux.

Durant la session, Walterbach nous dît qu'il fallait que nous changions notre nom : il existait déjà un autre Tormentor. Nous finîmes par choisir Kreator. Pour nous, être en studio et enregistrer un album, c'était totalement hallucinant et génial... Nous ne pensions même pas à l'éventualité d'un second album. Mais Endless Pain fut particulièrement bien reçu par la planète metal, et Walterbach nous rappela huit mois plus tard pour faire un autre album. Mais ceci est une autre histoire... »


Mille Petrozza, commentaire intégré à la réédition de Endless Pain (Noise, 2000).


"The band started as some kind of spare time fun in 82 as an alternative to hang out in youth centers all the time. None of us ever had the ambition to ever do an album whatsoever and when we didn't play our own songs with famous titles like Shoot Them in the Head, Shellshock or Heavy Metal Fight we would do Priest, Venom or Twisted Sister covers. We even did Steppenwolf's Born to Be Wild at one point in time which sounded awful, but the biker guy in the audience at our first official Tormentor gig in 84, supporting Velbert's Living Death, got really into it. We were all listening to Mercyful Fate, and Ventor was obviously influenced by the King on the song Armies of Hell from the first demo End of the World (well actually, it was already the second one, if you do count the Blitzkrieg tape which we had recorded on a Woolworth boombox in our rehearsal room). Tape trading was big in the metal underground back then and I had sent out some demos to my penpals in trade of the new Raven live tape or recordings of South American black metal bands : Stoney, who has always been a somewhat unofficial member of the band, liked the Tormentor demo very much and decided to make two copies and send them out to SPV and Noise Records. I - being very self-critical - did not like this idea too much thinking that we should wait until we have better songs, until Stoney showed up with a letter saying that Karl Walterbach, head of Noise Records, was interested in hearing more material because he wants to sign us. Some of my favourite bands like Slime, Hellhammer and Celtic Frost were on Noise/AGR, so I was pretty excited about the fact that we were going to make an album for them (even though we only had around six songs). After some heavy songwriting, complicated organisation (none of us was eighteen, so nobody had a driver's license and the studio was in Berlin - so I had to ask my cousin's husband to drive us as well as our equipment in his van) and discussions with our school teachers about the recording of an album being more important than history tests, we arrived at CAT studios with no fuckin' idea and 10 songs. During the session Walterbach told us that we had to change our name since there was another Tormentor somewhere - so we came up with the name Kreator. For us being in a studio, doing an album was so amazing and mind blowing... we didn't even think about the possibility of doing a second album. But Endless Pain was very well received by the metal world, and Walterbach called us again eight months later to do another album. But that's a different story..." (Mille Petrozza, Endless Pain re-release liner notes).

mardi 25 octobre 2005

Le mouvement perpétuel

Enfin ! J'ai pu mettre la main récemment sur l'EP Rebellion de Samael lors d'une foire aux disques. Bien qu'en connaissant les morceaux pour les avoir quelque part sur une K7 datant d'Hérode, il fallait que je le possède en version originale. Car Samael ne mérite pas d'être dupliqué. Album après album, cette entité (trop réducteur de parler de groupe) a construit un socle servant de fondation à une bonne partie de la scène dark metal actuelle... bien qu'elle se soit depuis longtemps affranchie de quelque style que ce soit. Samael fait du Samael, point. Après avoir sorti deux albums lorgnant du côté de Celtic Frost, Hellhammer et autres combos typés Bathory première époque, le masque tombe et le monstre se dévoile en 1994 avec le terrifiant album Ceremony of Opposites. Depuis, chaque nouvelle offrande ne fait que confirmer une métamorphose perpétuelle, brillante, et si Samael a récemment insufflé un groove à sa musique en perdant un peu de son côté martial, sa puissance évocatrice ne faiblit pas.

Désormais vétéran, Samael poursuit son cheminement et ce n'est pas le démentiel Reign of Light qui démentira cette ascension. Reign of Light... Si on avait dit il y a dix ans à Vorph and co. qu'ils nommeraient ainsi un de leurs albums, ils auraient probablement éclatés de rire... mais en se disant tout de même « et pourquoi pas ? ». Samael a toujours été richissime de lui-même et son potentiel est infini : de l'ombre à la lumière, pour s'en retourner inexorablement vers l'ombre, son parcours est cyclique, mais d'une intelligence tout simplement bluffante. Cultivant le paradoxe, le goût pour les oxymores et la réunion systématique des opposés dans ses paroles, Samael a aussi joué avec le feu... mais ce passé parfois sulfureux n'est qu'une richesse de plus à envisager dans la globalité de la carrière de ces surdoués. Et les esprits chagrins sont priés de consulter les paroles de On Earth avant de cracher leur venin sur un groupe respecté... car respectable.

Pour en revenir à Rebellion, ce mini vaut principalement pour son morceau-titre (« Rebellion / Instinct is not the path of man ! »), par la nouvelle version de Into The Pentagram (trois accords et une ambiance pour un morceau qui figure au panthéon du metal sombre), mais aussi pour la reprise très personnelle du I Love The Dead d'Alice Cooper, qui donna pour la première fois la possibilité à Samael d'exprimer son sens de l'humour très spécial. Que dire de plus sur ces suisses perpétuant la tradition d'excellence de leur pays après Celtic Frost et les immenses Coroner ? Et surtout qu'est-ce que Samael, au fond ? Un manifeste pour la libre-pensée, une philosophie de vie, un refus du dogmatisme systématique, et encore tant de choses... Mais finalement Samael peut être résumé en un seul mot : liberté. Intellectuelle, physique, artistique et musicale. Liberté.


At last ! I finally got hold of Samael’s Rebellion in a second-hand records fair. I already own it since forever, but hey, how do I read my worn-out tapes in the XXIth century ? I am a long-time fan of this Swiss act, an entity clever enough to reinvent itself with every fuckin’ new album they put out. Watch out for the newfound “infectious groove” they implemented in their music with Reign of Light, an album which reeks of artistic freedom from the beginning straight to the end ! In hindsight, it must be a funny thing for these guys to name a record Reign of Light – come on, Samael was so fuckin’ dark and gloom and sad for so many years ! But it’s no surprise, yet, since the band loves to trick-and-treat its audience with daring endeavours since the monstrous Ceremony of Opposites. And please, if you don’t like some things now belonging to their past, shut the fuck up and show at least some respect, you deathcore listener… But let’s hark back to Rebellion and let me tell you why you can’t miss it : first of all, the title-track is a helluva one, complete with its fist-pumping chorus and rampant, mean riffing. Secondly, you will fall from grace by listening to the reworked classic Into The Pentagram. And finally, you’ll gladly sell your worthless soul for the cunning cover of I Love The Dead, borrowed from Alice Cooper. Is that enough ? What the fuckin’ fuck are you still standing there for ? Indeed, a case of buy-or-die affair. Run !