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samedi 7 février 2009

« I thought what I'd do was, I'd listen to more early nineties death metal »

J'ai souvent la nostalgie du « DDD metal » des deux premiers tiers des années quatre-vingt-dix - D au cube pour dark, doom et death. Beaucoup de cadors synthétisaient alors ces trois aspects en un maelström musical à l'identité fortement européenne ; que ce soit au nord, en partant d'ici, au sud du paradis (le particularisme régional de la scène grecque, aujourd'hui quelque peu retombée dans un anonymat reflétant son nouveau conformisme), ou, bien sûr, au pays de la pluie - est-ce utile de mentionner la Sainte-Trinité du Bureau des Pleurs, dont les premières sorties étaient autant d'albums-mausolées dédiés au romantisme tragique d'un death metal en quête d'horizons plus littéraires, moins « clichés » ? Alors quand un album du calibre de The Chalice of Ages (Deathevokation) me tombe dessus, telle la misère sur le triste, je ne peux que me réjouir de la découverte et tenter de lui faire une modeste publicité.

Confinant à l'exercice de style, The Chalice... respecte tous les préceptes poussiéreux de la scène précédemment évoquée - pour moi son point fort, pour d'autres, sa limite assurément. Le but premier du fondateur monomaniaque Götz Vogelsang est de se faire plaisir en composant d'austères hymnes funéraires faits de riffs pachydermiques et doomesques, traversés par quelques accélérations slayeriennes passées au filtre Unleashed / Entombed - pour ne pas dire Nihilist / Grotesque. Tout y est : des titres contenant plein de mots rigolos du genre rites, acherontic, desecration, epitaph, chunk, carrion (dont les potentiels agencements fleurent immanquablement les relents putrides du Père-Lachaise), un son gras « metal zoné », un timbre rocailleux au croisement des deux normes qu'étaient les vokills anglais et suédois... Deathevokation (nom à prendre au pied de la lettre, et probable clin d'œil à une démo de Dismember) n'oublie donc pas que faire du bon death metal, c'est avant tout savoir écrire de sombres mélodies - on pensera ici aux premiers Amorphis, sinon Abhorrence (on subodore l'énorme impact qu'ont du avoir Karelian Isthmus et Privilege of Evil sur le bougre), Sentenced, Pentacle, Asphyx et autres premières démos de The Gathering...

L'antidote à la crise / bérézina / hérésie dite deathcore en quelque sorte. Car Deathevokation, comme les Grands Anciens dont il prétend perpétuer le culte vivace mais confidentiel (reprendre du Antropomorphia sur son premier album, c'est un peu comme si un groupe de black français honorait aujourd'hui un titre de Malveliance), prône l'exact contraire de cette nouvelle scène - la suprématie du feeling sur la technique, et préfère le discours du riff mélodique mid-tempo au ratatinage imbécile et supersonique de tympans. Inutile de dire que le résultat, outre la noirceur retrouvée, reste aussi brutal que la déposition d'un T-800 dans un commissariat. A voir, en lien, le site Internet de la bande, reprenant l'esthétique monochrome des fanzines d'époque et parsemé de flyers historiques (celui annonçant la sortie du premier Thou Shalt Suffer vaut des points). Pour les fous, les vrais, l'album est disponible en cassette avec pochette bicolore en trois volets. Amen. The Chalice of Ages, par Deathevokation, est une véritable dévolution - pour ne pas dire devilution.

I mourn the the old DDD metal of yore – ya know, dark-doom-death à la Sentenced, Amorphis or in the good ol’ british way of doing things : early Paradise Lost, Anathema, My Dying Bride… The Chalice of Ages (Deathevokation) is a tribute, as the names of the band and record suggest, to this sinister, yet melodic, haunting scene. Ya got it all : Slayer meets Unleashed meets Abhorrence fucking with Pentacle while being sodomized by early The Gathering. Melodic and heavy as fuck while retaining the original, sick brutality of true death metal ! I just can’t believe some still listen to deathcore (yeah I’m seeing a doctor for my Bad Obsession – he says I’m sick in the head) while you can bathe in such wonderfully-executed Death.Fucking.Metal. ! That’s the way I am - I just can’t resist to songtitles such as Rites of Desecration or Acherontic Epitaph. Even the foulest of names generator wouldn’t find such exciting, juicy combinations ! The Chalice of Ages ? Not a revolution for sure, but indeed, a true devolution. To tell you the truth, if one day the mad people of the Gallic Republic (I’m talking ‘bout France, you fucker) puts me at the head of our already devastated country, The Chalice of Ages would be taught in music classes. And in jails – we need to re-educate musical tastes in jails, don’t we ?

The Chalice of Ages (Xtreem Music, 2007)

01 Rites of Desecration
02 Acherontic Epitaph
03 The Monument
04 Embers of a Dying World
05 The Chalice of Ages
06 Infinity Blights the Flesh
07 Carrion (et non pas Carry On, ça c'est Angra ou Manowar)
08 Chunks of Meat (Antropomorphia cover)
09 As My Soul Gazes Skywards

Le
site et le Myspace de Deathevokation.

dimanche 28 janvier 2007

Les Misérables

Dans ma courte et misérable existence, j'ai un jour découvert plus misérable encore que moi. Vous connaissez Bertrand Labévue, le collègue dépressif de Gaston Lagaffe qui passe ses journées terré au fond d'une poubelle ? Eh bien je pense que dans les profondeurs de sa retraite parfumée, il écoute The Angel And The Dark River. C'est comme Droopy : ce canidé enjoué qui croque la vie comme on croque dans une pomme véreuse doit passer l'essentiel de ses journées neurasthéniques à écouter The Angel And The Dark River, de My Dying Bride. En attendant d'être piqué, certainement... Si vous tendez bien l'oreille, je suis sûr que, du fond de sa niche Ikea - ceci explique peut-être cela -, vous entendrez monter la complainte du violon de Martin Powell.

Moi qui d'habitude aime user et abuser de superlatifs et autres adjectifs d'adjectifs, point de tout cela aujourd'hui, point même de chronique musicale à proprement parler. Juste cette affirmation concernant un album qui ne me lasse toujours pas, douze ans après sa sortie (merci Eléonore) : du côté de la branche mortuaire du doom, celle qui a fait sécession avec l'esprit fondamentalement rock 'n' roll de Black Sabbath pour flirter avec les rivages sans vie du death metal tout en refusant sa trivialité, The Angel And The Dark River est plus qu'une référence : c'est le dieu tutélaire du genre. Le disque miraculeux qui ajoute une nouvelle couleur à la palette chromatique, une couleur sans nom à côté de laquelle le noir semble lumineux. Si le doom était un alchimiste, alors The Angel And The Dark River serait sa pierre philosophale.

Hormis son successeur, l'immense et victorien Like Gods Of The Sun, My Dying Bride (qui est en fait un groupe de joyeux drilles, j'ai une photo d'Andrew Craighan en train de faire les oreilles de lapin à Aaron Stainthorpe ! Et puis dans le tour-bus, qu'est-ce qu'on rigole ! Pensez donc : un jour, Martin a pété, quelle poilade !) n'a jamais plus approché de près comme de loin la qualité de The Angel And The Dark River. Un album à écouter un dimanche après-midi pluvieux, la télé allumée sur Drucker, un whisky dans la main droite - n'oubliez pas, cinq valiums pour un glaçon - et le flingue dans la main gauche. Ne reste plus qu'à décider lequel on porte à la bouche en premier. Ce qui me permet de finir sur une note positive : c'est beau d'avoir le choix ! Bang.

nota bene : par une étrange prescience, le groupe a choisi en 1990 un patronyme qui n'aurait pas dépareillé dans la scène metalcore des années 2000...

The Angel And The Dark River was my first encounter with doom metal and even if I don’t really listen to it anymore, it did impress me so much that I often find myself humming some of its melodies (yeah, you can hum My Dying Bride). As a moody, shy teenager, that piece of utter darkness, yet still lyric and epic, was all I was looking for back then. Though I have now a preference for more rock-oriented doom, hence my absolute love for Black Sab's early records, I really dug My Dying Bride’s early works and highly recommend the monumental, Victorian follower of “…Angel”, namely Like Gods of The Sun. To me and forever, these two albums are the philosopher’s twin stones of british doom metal. Do not listen when in a sad mood (have you find the palindrome in that last sentence ?) !

The Angel And The Dark River (Peaceville Records, 1995)

01 The Cry Of Mankind
02 From Darkest Skies
03 Black Voyage
04 A Sea To Suffer In
05 Two Winters Only
06 Your Shameful Heaven

Le site et le Myspace de My Dying Bride.

vendredi 9 juin 2006

« Toi qui entre ici, abandonne toute espérance... »

Cette célèbre phrase extraite de la Divine Comédie est on ne peut plus appropriée pour situer d'emblée la teneur de ce nouveau Celtic Frost, attendu comme le messie par certains mais redouté, en cas de retour raté, par à peu près tous. Ce n'est absolument pas le cas... Après une parenthèse d'une quinzaine d'années, Tom G. Fischer et Martin Eric Ain nous livrent rien de moins qu'une nouvelle évangile écrite en lettres de sang, une pièce maîtresse du metal contemporain de laquelle est absente, donc, la moindre lueur d'espoir. Inutile de revenir sur le passé glorieux de Celtic Frost, précisons simplement que Monotheist est totalement moderniste et avant-gardiste en cela qu'il jette avec parfois beaucoup d'audace de nouvelles bases pour le dark metal, tout en conservant des racines charbonneuses profondément ancrées dans l'identité du groupe suisse.

Refusons-nous à faire un track by track stérile et sans intérêt : dissocier individuellement les morceaux de Monotheist n'aurait aucun sens. Monotheist, c'est avant tout un manifeste, une profession de foi alternativement gémie, criée, chantée, vomie par un Tom G. Fischer absolument impérial et qui confère à nouveau ce côté très « dominateur » à la musique de Celtic Frost. On est assez loin du proto-black (rien d'autre que du thrash morbide, finalement) pratiqué sur les premiers albums. Les guitares sont excessivement lourdes, le tempo est volontiers modéré malgré quelques accélérations thrashisantes (Ain Elohim), l'atmosphère est à la peine, au recueillement mais aussi à la colère : il est parfaitement clair que l'objectif - largement atteint - de Celtic Frost était de reconquérir un trône perdu depuis longtemps. Notons l'excellente prestation de Franco Sesa à la batterie : son jeu est inspiré, sobre et inventif, on décèle de rares passages presque tribaux suggérant parfois l'idée d'un « culte » païen célébré par quelque étrange peuplade oubliée - de celles que l'on trouverait chez Lovecraft plutôt que chez Lévi-Strauss. Doom ? Death ? Dark ? Black ? Oui, quatre fois oui, mais avant tout unique.

Monotheist est un album qui fait peur et qui n'a besoin pour cela d'aucun artifice : en d'autres termes, on est loin du folklore habituel. Le sentiment prégnant d'écouter une œuvre « adulte » enfantée par des « adultes » ayant particulièrement réfléchi à leur art perdure pendant les soixante-huit terribles minutes de l'album. Monotheist écrase, pilonne, traumatise son auditeur. Ce bloc de noirceur ultra-dense se refuse catégoriquement à ne laisser filtrer ne serait-ce qu'un infime rayon de soleil... Ce qui n'empêche pas Celtic Frost de conserver son lyrisme et sa beauté froide habituelle : au milieu des riffs pachydermiques, des saillies bruitistes et de la plainte morbide de Tom G. Fischer bat le cœur du groupe - un lyrisme certes froid comme une nuit d'hiver, mais néanmoins beau comme la lune et ses tristesses (cf Into the Pandemonium). Mentionnons notamment, outre la fabuleuse pièce finale Winter, cet extraordinaire morceau qu'est Obscured et dans lequel se mêlent, en une sublime complainte désincarnée, le râle de Fischer et la supplique de Simone Vollenweider. Monotheist est un tombeau, sépulcral et quasiment « sacré » par instants... Mon amie absolument profane en matière de metal ne m'a-t-elle pas dit, à l'écoute de ce disque, « dis-moi, c'est presque religieux, ça ! » ?

Monotheist est un rêve expressionniste, certes froid et obscur, mais décidément loin du cauchemar redouté par certains. Un album historique, à côté duquel le My Dying Bride époque The Angel and the Dark River passe pour la Bande à Basile. Ne fêtons donc pas ce coup de maître(s), préférons observer une minute de silence bien plus adéquate en l'honneur du grand retour de Celtic Frost !

Fifteen years of waiting – but it was worth it, for Monotheist is an astonishing second coming. More, it is an instant classic, a new landmark in dark metal music. Will Celtic Frost finally reclaim the place its rocky history prevented him from keeping ? Monotheist is a slow-pace grinder, diffusing its utter darkness in an artsy, almost german-expressionism kind of way – the Frosty way. Its music is heavy as fuck, with low-tuned guitars supporting Fischer’s commanding voice and backed by Franco Sesa’s monstrous, in some cases almost ethnic-coloured, drums and percussions. A storming piece of miserable darkness it is indeed. Complete with an almost religious feeling – a requiem, that is – Monotheist does not contain one second of optimism and is the perfect embodiment of the band’ spirit. Hear its winter-scorched, blackened heart pulsing in Obscured ! To buy or to die in eternal doom and gloom.

Monotheist (Century Media, 2006)

01 Progeny
02 Ground
03 Dying God Coming into Human Flesh
04 Drown in Ashes
05 Os Abysmi Vel Daath
06 Obscured
07 Domain of Decay
08 Ain Elohim
09 Totengott
10 Synagoga Satanae
11 Winter: Requiem/Chapter Three: Finale


Le site et le Myspace de Celtic Frost.