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mardi 29 décembre 2015

Lemmy Kilmister 1945 - 2015 : born to lose, live to win

J'aime éviter le pathos et espère ne pas sombrer dans cet écueil mais le décès de Lemmy - inutile de revenir sur le personnage et ses soixante-dix années atteintes on ne sait trop comment - m'a touché. La  disparition d'un personnage inconnu personnellement, seulement vu de loin en concert dans un Zénith, mais qui fait partie de ma vie depuis si longtemps. Forcément il emporte quelque chose de moi-même. Gamin, à 12 ans, 1916 fut avec Let There Be Rock et Hysteria le premier album que j'empruntais à la bibliothèque municipale pour le copier sur support cassette.

J'ai toujours cette vieille BASF sur laquelle figure l'album d'AC/DC en face A, celui de Motörhead en face B. Ce 1916 que je tiens pour l'un des chefs-d'œuvre des Anglais. Nul en sport, bon à l'école sans me fouler et toujours fourré dans un bouquin, j'ai passé comme beaucoup quelques vrais mauvais moments sur les bancs du collège. Le hard rock - comme on disait - est une musique de marginal, et le metal extrême, a fortiori le black metal, est celle des vilains petits canards : on y vient car on a été poussé vers la frange qu'on s'est trouvé - je me comprends. Mais suffit de la digression. Mon intérêt pour le « hard rock » se répandit vite dans la classe et me rendit « cool »... l'espace de quelques mois. 1916 fut ainsi prêté, écouté, repiqué plus qu'à son tour. Un petit camarade se procura une image de tête de mort, sur le blanc du front de laquelle nous écrivîmes en lettres attachées : « AC/DC : Let There Be Rock / Motörhead : 1916 ». Pas assez réceptif à l'album des Australiens, je regrettais vite mon erreur d’ordonnancement et passais mon temps à accélérer la face A pour arriver plus vite à 1916. Mon père mit à contribution la photocopieuse de son bureau et nous réinventions, sans le savoir, cette charte graphique si chère aux démos black / death metal de l'époque : la sempiternelle photocop' monochrome lo-fi de chez lo-fi (plus tard, mon côté rain man me poussera à abattre un travail de titan en recréant, « chartant », standardisant toutes mes vieilles jaquettes via WordArt). Nous n'avions pas encore de lecteur CD à la maison... Lorsque cet appareil révolutionnaire intégra enfin le foyer familial, je possédais déjà mon premier « compact-disc » : A Real Dead One d'Iron Maiden, acheté plus tôt en prévision de cette acquisition que je savais voulue par mon père (mais ce fut Rust In Piece, sorti de la même bibliothèque, qui étrenna l'appareil). Concernant 1916, j'appréciais tout l'album et notamment l'étrange piste Nightmare / The Dreamtime. Quelques nappes de synthé à la sourde mélancolie et une ambiance aussi éthérée que menaçante au milieu du chaos habituel. Dans un genre très différent et toutes proportions gardées, c'est bien certains de ces éléments qui me firent succomber plus tard au black metal symphonique...

Quelques mois après la découverte de 1916, un oncle lyonnais d'un âge assez avancé me fit un magnifique cadeau qui trône actuellement sur ma bibliothèque : le vinyl original de Bomber, ayant appartenu à son fils cadre quarantenaire. Dire que je n'imaginais pas que ce vieil appartement modeste abrite en son sein un tel artéfact est un euphémisme et ma surprise n'eût d'égale que ma joie (je récupérais aussi Born Again de Sabbath, sur lequel Gillan vocifère magistralement Neon Knights et Digital Bitch entre autres perles). Il faut relire White Line Fever (l'expression d'une sagesse rabelaisienne et désabusée qui émergea de cette vie de dingue), écouter aussi Head Cat qui complète tellement Motörhead. Lemmy est un personnage important dans ma mythologie personnelle : j'ai bu quelques whiskies à sa mémoire, en matant des vidéos sur YouTube, et en regrettant le temps qui passe.

So sad to have learned about Lemmy's "untimely" (?) passing. The man was a wise, adventure-ridden old rock n' roller and lived true to his famous motto "Born to lose, live to win". My first encounter with the gentleman and his motley crew was through 1916, a great release and personnal masterpiece. Eversince that day, Lemmy was a prominent figure in my personnal pantheon, and I do not have powerful enough words to pay him the tribute he deserves. You don't know me man, but I love you. May the earth rest lightly upon you. So sad. So sad.

...et toujours :

lundi 14 mai 2012

Voir Metallica et mourir


Il y a des choses à faire dans la vie : on n’est pas sur ce rocher pour rien. Il y a aussi des choses à voir : pour votre serviteur, assister à un concert de Metallica faisait partie de la liste. C’est donc fait. La grande objectivité qui caractérise ces pages dès qu’il est question des San-Franciscains sera de rigueur : (ne) comptez donc (pas) sur un live report des plus impartiaux ! Un mot sur le Stade De France, structure impressionnante et équipée de trois immenses écrans HD, chacun plus grand qu’un terrain de tennis : sans eux, je n’aurais absolument rien distingué du concert car trop loin sur les gradins (et placé au plus haut : vertigineuse impression quand on s’installe). Fin du quart-d'heure provincial...

Passons sur Gojira, à nouveau présent sur une tournée Metallica : ces mecs, dont la rifferie mécanique et métronomique doit beaucoup au jeu de Hetfield, doivent vraiment vivre un rêve éveillé. Cependant et bien que très client, impossible de vraiment apprécier : un son catastrophique m’aura contraint à bouger la tête de mémoire plus que de ressenti. J’avais l’impression d’être un de ces petits chiens en plastique à l’arrière des voitures, opinant du chef sans trop savoir pourquoi (les Japonais font ça très bien aussi). Mais entendre, plus qu’écouter, Gojira dans ces conditions n’était rien en comparaison de ce qui allait suivre… The Kills. Perplexité totale à la « what the fuck » : pourquoi eux ? Pourquoi ici ? Pourquoi cette place (j’opte pour un calcul machiavélique) ? Ce fut atroce : inutilement bruitiste (je sais la tendance noisy du groupe mais là…), et juste chiantissime, le tout desservi par un son horrible. Gros, énorme plantage de The Kills, qui n’avait rien à gagner ce soir-là : ouvrir de cette façon pour un groupe comme Metallica, c’est se donner aux lions dans une arène à l’exclusivité pourtant connue. Alison Mosshart, à qui on pincerait néanmoins bien les fesses, conclut tant bien que mal à grand renfort de doigts d’honneur adressés à une foule bien élevée et patiente, qui finit néanmoins par siffler à l’approche de l’heure fatidique. Il semble que je sois condamné aux premières parties pénibles sur les gros concerts en stade (le pire avait été atteint sur la tournée Early Years de Maiden, au Parc des Princes : j’avais du me tartiner Within Temptation, mais surtout, enfer et damnation, Dream Theater : une agonie mes amis. Une agonie)…

« Vos acouphènes ont vingt ans », proclame la bannière géante accrochée sur les flancs du stade. Vingt ans, peu ou prou, c’est bien la date de sortie (1991) de Metallica, cet album calibré pour le carton (approche quasi scientifique en la matière de Bob Rock, cf les fameux Un An Et Demi De La Vie De…) vendu à plus de trente millions d’exemplaires et qui aura propulsé Metallica à sa périhélie. Le Black Album, c’est aussi celui par lequel nombre d’entre-nous avons découvert gamins le groupe (vous vous souvenez quand vous expliquiez à vos copains que Metalloche c'est mieux que Guns ?), et c’est surtout celui qui aura clairement démocratisé le heavy metal « grand public » malgré son paradoxe (un contenu aussi noir que sa pochette en termes de paroles). Philippe Manœuvre, toujours visionnaire, n’a pas mis Metallica mais le Garage Days dans sa « discothèque idéale ». Présent ce soir-là, j’espère que cela lui aura soufflé l'idée de publier un second tome. Ou pas, en fait.

Metallica n’a plus rien à prouver depuis longtemps… Metallica n’a plus besoin d’argent depuis longtemps (sortir un machin dadaïste comme Lulu, vous pensez vraiment que c’était pour le vendre ? Si c’est le cas, think twice, think better. Idem pour la place : un groupe de cette stature, dans un tel lieu, la fait plutôt payer entre 100 et 200 euros que 65)… Je les attends, ils arrivent. Ca y est, les Saints-Pères prennent la scène. Oh putain. Ce n’est pas tout les jours qu’on assiste à une révélation mystique : je me fais l’effet d’être Paul Claudel derrière son pilier de Notre-Dame de Paris. Pour la set-list, vous la trouverez partout, mais attaquer à 200 à l’heure avec Hit The Lights, Master Of Puppets et No Remorse, ça donne le ton… Metallica est en forme, ça joue serré, et Jaymz a ressorti la veste à patches bardée de Saxon, Venom, Tank et autres Motörhead… le charisme extraordinaire de cet improbable saltimbanque redneck partagé entre le cambouis des moteurs qu’il affectionne bricoler et ses penchants pour l’art et l’essai opère et frappe : ses ouailles sont tout ouïes et la grand-messe qui s’annonce, bordel, promet le Grand Tremblement.

Le morceau de bravoure, bien sûr, c’est la célébration du Black Album après une vidéo commémorative sympathique bien que squeezant mesquinement Jason : quelle idée géniale que de l’entreprendre à rebours pour finir, avant les rappels, sur l’apothéose Enter Sandman (foule au bord de l’apoplexie) ! Le son étonnamment bon pour un stade ainsi que la bonne diction de Jaymz permettent, j’insiste, de se rendre compte de la qualité des paroles de l’album noir (Holier Than Thou, My Friend Of Misery, Sad But True, The God That Failed, Wherever I May Roam magique et pour l’occasion accompagnée d’une chouette vidéo…). On aura même bien supporté Nothing Else Matters qui, quoi qu’on en pense, reste traversée par cette fulgurance : elle invalide d’elle-même depuis vingt ans la première des critiques qu’on pourrait lui faire car, justement et loin de compter fleurette comme les dégoulinantes power-ballads de l’époque, la chanson traite de l’importance de rester soi-même sans se compromettre par rapport à ce qu’attendent les autres de vous. En clair, une ballade qui dit qu’elle vous emmerde. Joli subterfuge, non ?

Jaymz… que dire de plus ? A-t-il trouvé la fontaine de jouvence dans son jardin (qui serait sûrement classé Parcs & Forêts en France) de Marin County ? S’est-il libéré définitivement de ses mauvais génies ? Sa prestation fut impériale : vocale, instrumentale, et quel Monsieur Loyal – on avait l’impression d’être ses hôtes ce 12 mai 2012… On se serait passé des discours un peu démago (« Metallica family », on l’aura entendu un trop grand nombre de fois !), mais après tout c’était un passage obligé : ce qui choquerait, ce serait d’entendre ça de la bouche de Mortuus à un concert de Marduk. Je ne suis pas assez musicien pour juger de la prestation de Lars qui, bien qu’éreinté par beaucoup (qui certainement ne doutent pas jouer mieux que lui…), n’a pas été ridicule malgré quelques flottements sur les parties de double (One), mais ça passait à l’aise de façon générale. Reste Kirk, que je trouve toujours un peu « transparent » : la faute à son attitude limite désinvolte alors qu’il enquille quand même de sacrés soli, ou à ma faiblesse pour Hetfield dont le jeu rythmique focalise immanquablement mon attention ? Rien à dire sur Rob Trujillo : paraît qu’il faut un bassiste dans un groupe. Eh bien, Metallica a un bassiste. Blague à part, Trujillo est un monstre d’attitude, et on pressent, avec un sentiment diffus d’injustice, que Newsted est en passe d’être relégué au rang du troisième bassiste de Metallica (on oublie Mc Govney) en termes d’importance. Rude au regard des états de service impeccables de ce bon vieux Jason : le malaise entre lui et Metallica aura été permanent, couvant pendant 15 ans.

Bref, au-delà de la confirmation de l’extrême générosité du groupe (qui, je le rappelle, donne gratuitement tous ses concerts qualité soundboard sur son site), son excellente tenue sur scène rassure et promet : plus de deux heures apocalyptiques mais bon enfant pour un rêve réalisé… N’écoutez pas les pisse-froids (gageons que les Inrocks et autres prescripteurs de goûts auront vu en The Kills le principal attrait de la soirée dans le papier qu’ils écriront en se bouchant le nez) ! Car Metallica continue son miracle « Robert Hossein » permanent : faire du grand spectacle, pour le grand public, sans compromettre son art. De 7 à 77 ans, de Nothing Else Matters à Battery, tout le monde a vu son Metallica sur scène.  Judge not lest ye be judged yourself ; c’est avec Leur Sainte Parole que je conclurai cet article, encore une fois et sans surprise, d’une parfaite objectivité sur le sujet.

Un grand merci à Nicolas Gaire qui m'a permis d'utiliser ses chouettes photos pour les images placées en lien sur les noms des musiciens : retrouvez la totale ici. Les deux clichés visibles directement sont l'oeuvre de votre serviteur.

Hey friends… Just saw ‘Tallica last Saturday and believe me, ‘twas great. I mean, reeeaaally great. I just wrote an extended article ‘bout it in French so I don’t feel like translating it just for the sake of translating it but I wasn’t let down by the guys. As a commemorating gig mostly dedicated to the Black Album’s 20th anniversary, the four horsemen fiercely tore backwards into it, nailing each number down from Struggle Within to Enter Sandman. Bullet after bullet, it all went down "straight between the eyes". Baaad motherfuckers…

...et toujours :

samedi 9 avril 2011

1916, une bien belle année (demandez à mon arrière-grand-père)

Dire que Motörhead sort toujours le même album est presque aussi con qu’énoncer la même assertion au sujet d’Iron Maiden. Presque, parce que c’est malgré tout un peu plus vrai, mais à la fois toujours aussi faux. Je vous laisse méditer. Avez-vous vu l’estimable documentaire récemment sorti sur Mister Kilmeister, comme l’appelle Nikki Sixx ? Lemmy le dit lui-même : « on a tout fait dans le genre. Des cuivres, des ballades, de l’acoustique, et même des morceaux ne comportant que des cordes ». C’est vrai, comme en témoigne l’excellent album 1916 cher à votre serviteur pour diverses raisons n’ayant pas trait qu’au sexe animal.

1916, à l’instar d’un transsexuel de la rue Tabaga, possède tout - et même un peu plus. Par exemple, le tube-à-côté-duquel-le-monde-est-passé : No Voices In The Sky. Rajoutez-y le boogie-woogie qui vous botte le cul comme Khaled botte celui de sa femme (Going To Brazil, comparable au Nothing Better To Do de L.A. Guns), et le Snaggletooth version 1991 commence déjà à avoir une sacrée gueule… Une sacrée gueule d’atmosphère, même, en comptant l’étrange et planant dyptique Nightmare/The Dreamtime. Inutile de citer le pur keupon qu’est R.A.M.O.N.E.S., venant contrebalancer la ballade (oui) Love Me Forever : il me semble plus utile, pour boucler la boucle de cet article, de m’attarder sur 1916. Clôturant l’album, ce titre « n’est qu’une » nappe de violons rythmée par un roulement martial, sur laquelle Lemmy pose un chouette texte - lisez-le.

En fin de compte, 1916 est à ranger au côté d’Another Perfect Day : un album qui parvient à sortir des sentiers battus (pas pour les mêmes raisons : c’est son côté mélodico-léché voire un peu glitter qui singularise APD, Brian Robertson oblige – réécoutez cette bombe qu’est Shine), mais que seul Motörhead pouvait faire. Non, vraiment, son seul défaut est l’étrange omission du drapeau français sur la couverture, mais je laisse passer : Lemmy fait partie des rares anglais à qui je n’en veux pas de naissance. Je m’indignerais – puisque l’heure est à l’indignation - que vous ne l’ayez pas.

When talkin' 'bout Motörhead, the name "1916" isn't exactly popping out of your mind. Am I wrong ? Well, that's a shame and I can prove it. Not a naff album, just a forgotten one, this monster is packed with everything you need : blunt force trauma-metal (Shut You Down), bluesy-greased tunes (The One Who Sings The Blues), pure punkish madness (R.A.M.O.N.E.S.)... Well, you'll even get a mid-paced ballad with Love Me Forever. 1916 ? Essential - as often with Motörhead.

1916 (WTG Records, 1991)

01 The One To Sing The Blues
02 I'm So Glad (baby I Don't Care)
03 No Voices In The Sky
04 Going To Brazil
05 Nightmare/the Dreamtime
06 Love Me Forever
07 Angel City
08 Make My Day
09 Ramones
10 Shut You Down
11 1916

lundi 16 février 2009

Allez venez, Milorg (attention : cet album tue les nazis)

Vreid, ça signifie « colère » en norvégien. Milorg, c'est la contraction d'usage pour « Militær Organisasjon », c'est-à-dire la résistance nationale coincée, à l'instar de nos FFI, entre le marteau nazi et l'enclume collaborationniste. Vreid est un phénix que je découvre sur le tard, à l'occasion de ce quatrième album : n'étant pas amateur de Windir, des cendres duquel Vreid s'est levé, j'avais ignoré les premières sorties du commando. Et pourtant, Milorg est remarquable... Reprenant avec culot mais sans provocation - le faux-pas est facile, sinon tentant pour certains - les codes esthétiques de l'art totalitaire, Vreid les détourne sur sa classieuse pochette et chante la résistance à l'oppression nazie en consacrant un album entier à ladite « Militær Organisasjon » opérant pendant la seconde guerre mondiale.

Ultra-nationaliste, dans le sens où l'honneur et la survie du territoire norvégien est exalté dans chacune des huit chansons, galvanisé par un romantisme guerrier quelque peu suranné mais tout indiqué (sacrifice, ténacité, résistance, cf l'excellent Speak goddamnit [« Parle, nom de dieu ! »] décrivant un interrogatoire sauce Gestapo), l'album se situe à la croisée du black metal norvégien traditionnel et des racines rock / heavy metal de la bande. On peut légitimement penser à un Motörhead ayant mangé tout cru Satyricon, après avoir saupoudré le plat d'un peu de Metallica et de Stooges - des influences revendiquées haut et fort. La filiation Windir fait le reste, amenant de nombreuses respirations atmosphériques qui permettent, par contraste, de décupler la hargne hypnotique des morceaux. Étant plus qu'amateur des deux excellents albums des rigolos Disiplin (à laisser traîner sur la table basse quand le copain gauchiste de votre sœur passe à la maison), j'ai trouvé que Vreid s'en rapprochait parfois tout en ne laissant aucune place à cette ambiguïté qui amuse tant les Disciplinés (et moi). Enfin, la voix déchirée et vindicative du géant Sture (rappelant parfois dans la diction et le débit celle du pauvre Valfar) parachève le climat militaro-sibérien du disque.

Milorg n'est pas l'album de l'année (on a parfois une impression de léger bâclage sur certaines compositions accompagné d'un sentiment persistant de potentiel non utilisé - manque de temps ?), mais il demeure bien meilleur que lesdites grosses sorties du moment, ne serait-ce qu'en regard du passionnant canevas qui lui sert de trame. On soulignera la sincère passion du compositeur principal pour le sujet traité - le bougre est prof (comme la moitié des musiciens de black metal en Norvège) et avoue que l'une des missions premières de Milorg est d'amener ses auditeurs à prendre un bouquin pour se rencarder un peu plus sur cette période de l'histoire. Vœu pieu mais qui mérite d'être signalé : c'est devenu trop rare de tomber sur du black metal intelligent et cultivé sans qu'il ne sombre dans la prétention ou la posture intellectualiste. Revenons au copain gauchiste de la sœur qui, prompt à sortir le mot « résistance » dès qu'un ministre centre-droit ouvre la bouche, risque cependant de ne pas plus apprécier Vreid que Disiplin s'il ne s'arrête qu'à la pochette. Mais on s'en fout : de toute façon, il a toujours tort.

Far away the sound of a symphony
Wagner the soundtrack to my tragedy
Broken ribs and bloody feet
Ripped off hair and knocked out teeth

Brutal assault with sadistic methods
Hell-bent for my knowledge
No means are too extreme
But I am not a rat

That will sell out my country
I'll rather die
Than contribute to your
Empirical dream

I will never lay at your feet
My lips are sealed
My will you cannot defeat
Goddamnit I will not speak

Marks of cigarettes burnt into my skin
Symbols of how I never gave in
My knowledge is limited to my own cell
To make my comrades avoid this hell

Death camp the last level
I will disappear in nacht & nebel
Disbanded like a devilish creation
I will die for my Norwegian nation

I will never lay at your feet
My lips are sealed
My will you cannot defeat
Goddamnit I will not speak

nota bene : pardon à MetalSucks, à qui j'ai piqué la moitié de mon titre - eux-mêmes l'ayant certainement emprunté à la compilation de Relapse « This Comp Kills Fascists ».

Having never been a big Windir fan I wasn’t familiar with Vreid’s material until now. What a fucktard can I be sometimes… Vreid is just pure fuckin’ genius – a black ‘n’ roll kind of metal, backed with a strong imagery relying on WWII aesthetics. Milorg is the brigade’s last release and stands easily as one of the year’s best releases. Revolving on Scandinavian Resistance and displaying a fascist, yet left-wing inspired artwork and layout (yup, that’s possible – just ask Kamarad Joseph), you’ll either think Motörhead or a thrashier, militaristic Satyricon while listening to it. Add a pinch of Windir-scented atmospheres, and here we go, only wishing it’s WWII again to spill some German blood in the nearby camping… Yeah, you’re right – this is not for the faint-hearted ! Suffering of suicidal, er, homicidal tendencies ? So come on, join the army ! Let’s mass-rape the world to the soundtrack of its tragedy.

Milorg (Indie Recordings, 2009)

01 Alarm

02 Disciplined
03 Speak Goddamnit
04 Blucher
05 Blucher Pt. ll
06 Heroes and Villains
07 Argumentum Ex Silentio
08 Milorg

Le
Myspace de Vreid.

mardi 8 avril 2008

Hammer of Justice still crushes you

Pour beaucoup, ...And Justice For All n'est qu'une collection foutraque de riffs dont la frénésie n'a d'égale que l'ennui. Pour d'autres, c'est le kouglof de Metallica : aussi indigeste que le célèbre étouffe-chrétien alsacien, ...And Justice For All serait anéanti par sa propre densité - un trou noir au centre de l'ensoleillée Frisco. Et pour les principaux concernés, c'est un album injouable, qui ruina de par sa complexité et sa mise en place métronomique un ou deux concerts de la tournée Damaged Justice et occasionna quelques tendinites au maître incontesté du downpicking - M. Hetfield. Mais pour moi, ...And Justice For All est le sommet créatif de Metallica : une pièce majeure d'extrémité musicale contemporaine, doublée d'un album visionnaire qui contenait déjà, avec parfois quinze ans d'avance, tous les Meshuggah, Coprofago et Necrophagist de la terre - le technodeath moderne et les maîtres de la polyrythmie à la suédoise existeraient-ils dans leurs incarnations actuelles sans un morceau comme The Frayed Ends of Sanity ou les spasmes maladifs et colériques de la chanson-titre ? J'en doute. Et le phrasé guitaristique syncopé d'un Dino Cazares, le latino obsédé, doit certainement quelque chose à l'extrême et tranchante précision d'un Blackened - jusque dans le son quasi blanc, couleur majeure du disque, dès sa puissante illustration de couverture.

Le contexte musical de 1988, c'est-à-dire l'apothéose du hair metal et, bien pire encore, des synthés niaiseux du hard-FM, ne doit pas être oublié : ...And Justice For All réussît à coiffer au poteau des sucreries telles que New Jersey ou Open Up And Say... Aah ! Et pourtant, difficile de moins se compromettre : couler la violence de Venom dans des structures quasi prog et écrire un hit basé sur Johnny Got His Gun à l'heure où des camés péroxydés vendaient des palettes entières sur les roses et leurs épines, c'est largement aussi définitif qu'une déclaration du genre no fun, no mosh, no core. Et pour moi, ça les dédouane pour toujours de ce qu'ils feront plus tard - Metallica est une bête brutale mais intelligente ; c'est bien cette dualité-là qui continue de les perdre parfois. Ne comportant véritablement qu'un seul straight-thrasher (Dyers Eve), ...And Justice For All est certes intimidant de par sa richesse (il y a plus de riffs dans Justice et le monstrueux Eye of the Beholder que dans toute la carrière de Motörhead - mais c'est aussi pour ça qu'on aime Motörhead) ; plus alambiqué qu'une rhétorique soviétique et plus aigu qu'un angle à quinze degrés, mais il continue de botter le cul à neuf albums de metal sur dix, tous styles confondus, qui paraissent aujourd'hui. Enfin, preuve que les grands disques ne révèlent qu'à contrecœur tous leurs petits secrets, je n'ai remarqué que la semaine dernière que la Justice de la pochette (appelez-la Doris) était seins nus. Et pourtant, voici un album que j'écoute depuis dix-sept ans !

Metallica est aujourd'hui un groupe qui a bon dos, concentrant sur lui une quantité astronomique d'attaques (la plus absurde et ridicule étant l'épisode Napster : accuser la bande d'être âpre au gain, c'est oublier qu'elle est déjà multimilliardaire pour les cinq-cents prochaines années) et malheureusement dédaigné par pas mal de nouveaux fans de metal extrême... C'est ainsi, on ne peut pas rééduquer tout le monde (la République Populaire de Chine s'en chargera peut-être un jour), mais, question extrémisme, n'oubliez pas de me prévenir quand The Berzerker ou Xasthur (ou comment le black metal est mort) feront quelque chose d'aussi violent, sombre et artistique que Disposable Heroes ou Battery (pour citer d'autres travaux que ...Justice). Putains d'américains... On aimerait parfois tous les détester mais on ne pourrait pas vivre sans ces quatre-là.

I have had a complex relationship with ...And Justice For All, which is an extremely demanding record - I received it as a Christmas gift when I was 10 and it just took me years (years !) to get into it. Same story goes with Rust In Peace, a commanding and exigent chef-d'œuvre - now, both of them are firmly enthroned in my personal pantheon and I do believe they easily rank among top-five all-time best metal albums. But let's go back to Justice... As a pissed-off, angst-ridden yet mature record, exhaling a mecanic and inexorable rage aimed at the Big Machine, this masterpiece have its spinal cord continuously shaken by desperate spasms - those of a beast who wouldn't die after suffering the loss of one of its main limbs (Cliff Burton). Much and more has been written about its sound, a "love it or loathe it" affair - I choose the former, as I think its sharpened, clinical, almost industrially-cold chugga-crunchiness  only serves its purpose too well. I have listen to that towering, utter piece of modern extremism so many times - I still do and I always will do, 'cause hammer of justice still crushes every-fuckin-thing.

...And Justice For All (Vertigo, 1988)

01 Blackened

02 ...And Justice For All
03 Eye of the Beholder
04 One
05 The Shortest Straw
06 Harvester of Sorrow
07 The Frayed End of Sanity
08 To Live Is To Die
09 Dyers Eve

Le site et le Myspace de Metallica.

...et toujours :

Read the Lightning
Vingt ans déjà !
SKOM : un divan pour le monstre

mardi 25 décembre 2007

De Mysteriis Dom Sapinus (Merry Mayhem)

Je n'ai pas l'habitude, dans ces colonnes, de rédiger des comptes-rendus de concerts. Primo, je n'ai jamais été fan de l'exercice. Une hérésie pour certains qui ne conçoivent, ne consomment le metal que comme une musique live avant tout - une vision quelque peu limitative à mon sens. Rajoutons à ce peu de motivation le fait que je ne goûte que très peu au public dit « metal » de base (on n'est pas prêt de me voir à un festival par exemple, synonyme pour moi d'enfer sur terre), et l'enfer est dans le sac. Néanmoins ce manque d'intérêt n'est pas une règle : j'en « fais » tout de même régulièrement quelques-uns, et la récente et classieuse date d'Anathema à laquelle j'ai eu l'honneur d'assister (et de vexer Jamie Cavanagh, mais ceci est une autre histoire) aurait méritée quelques lignes ici - une notule qui restera finalement lettre-morte.

Mais... Mais j'ai vu Mayhem il y a quelques jours, en pleine Gaule Centrale, pour cette tournée Ordo Ad Chao placée sous le signe de l'outrance costumière. Une expérience. Comme d'habitude, je n'ai pas eu une envie folle de raconter la soirée ici : après tout quoi de plus éloigné qu'un concert et son bête et méchant compte-rendu « papier » ? Cependant que je digérais le choc, ma volonté de ne rien en faire vacillait. J'attendais un signe : et pourquoi pas, pour une fois ? Après tout, seuls Obituary et Samael ont eu droit à un article live dans ces colonnes. Pourquoi pas Mayhem, qui représente tant de choses pour votre serviteur ? Ce signe arriva par deux fois. Premièrement, j'ai rencontré le Père Noël en ville - c'était une femme. Tout se perd. « Avec de gros seins, en plus », fis-je remarquer d'un air porcin à ma copine. Je me suis dit, « c'est bon, la mère Noëlle et / ou sa poitrine lollobrigidienne - c'était ça ton signe. Fais-le ce report ». Un second signe, absolument évident, me fut envoyé un peu plus tard dans la journée : fouillant dans le bric-à-bacs d'un disquaire qui se prétend agitateur kulturel (passez-moi mon revolver), je tombe sur le dernier Mütiilation (à la FNUCK, véridique !). Association d'idées, chaise roulante de Meyhna'ch sur Black Millenium, chaise roulante d'Attila sur quelques dates de cette tournée Deconsecrate Europe... Je n'avais plus le choix. Seulement un devoir : celui de servir le lecteur. Et tel Charles Dexter Ward, je prends maintenant mon stylo d'une main tremblante, pour livrer les mystérieux et sataniques secrets déflorés en cette funeste soirée. On passera vite sur l'insipide Pantheon I (ou plutôt, Pantheon aie aie aie, pour la brunette violoniste qui rejoindra Mayhem sur deux morceaux).

Je m'attendais à tout au niveau visuel, ayant eu vent des facéties de Monsieur Csihar. Je m'attendais à tout.... sauf à ça ! Attila s'est pointé déguisé en putain de sapin de Noël ! Avec des guirlandes électriques et tout le toutim ! C'était bien fait et l'on ne voyait rien de lui, que ce roi des forêts probablement scié par Blasphemer un peu plus tôt au bord de la route. Ça clignotait, c'était enguirlandé, je suis sûr qu'un petit renne devait être suspendu quelque part - la totale. Jusqu'à son sommet, occupé par une boule plus grosse que les autres (on croit rêver). Effet garanti de l'apparition : les trois compères assénaient déjà le premier titre depuis un moment lorsque l'on vît le conifère se mouvoir lentement vers le centre de la scène et entamer une sinistre mélopée, rehaussée d'un écho avec encore plus de réverb' qu'un chorus de Def Leppard en 1987. Surréaliste, et après menue réflexion (n'allons pas nous faire mal), j'oserais même dire « dadaïste ». Alors qu'en dire ? Eh bien... passé la surprise, c'était « glauque » de voir ce végétal, traditionnellement associé à un moment festif, éructer les morceaux du dernier album et expectorer sans hargne, mais avec une colère froide et terrifiante, les infernales litanies mayhemiques (truth ?). Ordo Ad Chao fut transfiguré par son interprétation, si bien que j'ai redécouvert cet album étrange - et au sujet duquel je n'ai point changé mon avis d'un iota. Le son du groupe était très correct, avec une prédominance de la rythmique au détriment des mélodies peu gênante vu la physionomie de la dernière œuvre. De toutes façons le père fouettard de Budapest était l'attraction principale - sa présence capte, magnétise, accroche. Je n'avais jamais vu Attila auparavant (ni Mayhem), mais une chose est sûre, c'est qu'au niveau vocal il est unique et, c'est vrai, assez effrayant. C'est aussi simple que cela... Et pourtant, le public n'aura rien « vu » de lui : seulement ce déguisement forestier. La voix, caractérisée par ce timbre effroyable et séculaire, est conforme à sa légende - sans équivalent ou en tout cas pas dans le black metal. Bien sûr, la réverb' parachevait son impact et l'effet, mais quel malaise tout de même...

Le coup du sapin de Noël aura ses détracteurs, c'est certain, car la frontière entre le « bon » effet et le ridicule est ténue - on touche là du doigt l'un des problèmes majeurs du metal, tous styles confondus, celui qui pousse à répondre par un laconique « du rock » quand on se voit demander ce que l'on écoute. Reste que j'ai adoré (quelle gageure que de maintenir une telle présence dans cet accoutrement), et cela pour plusieurs raisons que je ne détaillerai pas - il serait question de contre-pied, d'attitude, de recul, du privilège de l'âge, et d'un sens de l'autodérision rafraîchissant dans une scène ou rangers, ceinturons cloutés et bras croisés résument trop souvent, justement, « l'attitude ». Et dire que certains autoproclamés experts à la petite semaine voudraient donner, à l'heure du goûter, des leçons de black metal à Mayhem, Satyricon ou Darkthrone... Le black metal n'a jamais été défini par sa musique, mais par son esprit d'opposition. Une opposition à ce qui se trouve en face, fût-ce des ados se donnant un air trop sérieux avec... rangers, ceinturons cloutés et bras croisés. En l'occurrence, le black metal, ramené depuis quelques années par ses parangons les plus célèbres à ses racines punk et rock n' roll (vous reprendrez bien un peu de Motörhead et de Bathory ?), a retrouvé son essence et peut-être sa vocation première : l'entertainment nihiliste. Être black metal en 2007 - et Mayhem est le black metal -, c'est peut-être, effectivement, se ramener sur scène accoutré en gros lapin rose (rabbit death's curse ?) ou en proxo « bling-bling » entouré de pétasses. Une substantifique moelle que certains ont su isoler et extraire plus tôt que les autres - on pense très fort à Impaled Nazarene, à l'oublié Demoniac ou à Deströyer 666 ! Et on remarque au passage que le patronyme complet de la horde, The True Mayhem, fait aussi et malicieusement office de doigt d'honneur adressé aux esprits étroits.

J'en reviens à cette soirée du 22 décembre après cette digression : beaucoup ont du rater Mayhem sur cette date... Censés tenir le haut de l'affiche après quatre premières parties (Pantheon I, Aabsinthe, Kronos et The Old Dead Tree), les norvégiens ont finalement joué en deuxième position pour regagner leurs pénates durant la nuit. En pâtira la set-list, abrégée pour ne durer qu'une heure durant laquelle furent moulinés Ordo Ad Chao et quelques classiques (dont Freezing Moon bien sûr, annoncée superbement et agrémentée d'un solo simpliste et bien vu). Les morceaux de l'ère Maniac y gagnent au change : une répugnante version de To Daimonion fut délivrée par le sapin chantant. Un concert trop court mais intense, ponctué de morceaux de bravoure (ce monstrueux et impromptu break qui laisse Attila psalmodier d'une voix blanche « odium humani generis »), et pas forcément brutal mais tellement... black metal. Moins sauvage que lorsque mené par Maniac, Mayhem est (re)devenu plus vicieux, plus finaud et à nouveau dérangeant. Pas mal pour un groupe passé à la postérité pour toutes les mauvaises raisons du monde, et englué dans une caricaturale légende depuis trop d'années ! Une chose est sûre : la frange dérangée ( infinitésimale) du public de Mayhem semble ne goûter que très peu aux fantaisies esthétiques du moment, et Attila prend bien plus de risques, devant les puristes-true-du-kvlt, à jouer en gros lapin qu'en dictateur chaplinesque (déguisement auquel je suis content d'avoir échappé, pas pour de stupides raisons, mais simplement parce que ce qui a déjà été fait par d'autres n'est plus à faire). Je renvoie le lecteur intéressé à une passionnante interview donnée pour le Terrorizer d'avril 2007, dans laquelle Necrobutcher expliquait que la mort de Dimebag Darrell avait vraiment eue une résonance dans le camp Mayhem (« on joue devant un public et dans une scène qui rend cela possible, c'est un fait, je cherche des yeux le canon d'un éventuel flingue sur certaines dates américaines »).

...Mais ce sapin, putain, ce sapin qui vouait Noël aux gémonies pendant tous les morceaux avec cette voix de ténor décomposé... « I would like to dedicate that show to all the trees that we human scum cut down for fuckin' christmas... fuck him... fuck christmas... fuck him... ». Je rappelle que c'était le traditionnel festival de Noël de Execution Management - au fait on ne le dira jamais assez mais... bravo les gars. Et je signale aussi que Mayhem ne s'en prend pas forcément au christianisme sur scène (vous parlez d'une ambulance... ça n'est plus subversif depuis longtemps, mais est-ce même encore drôle ?), mais à chacune des grandes religions révélées. Et y'a pas à dire, dans l'état actuel des choses, c'est plus dangereux de brûler certains symboles que d'autres - je n'avancerai pas plus sur ce terrain miné. Reste le plus important pour conclure : la musique de Mayhem exhale réellement quelque chose, et quand Attila souffle, dans un murmure d'infrabasses, « dedicated to the trees », on fait comme les interlocuteurs de Lino Ventura dans ses films : on ferme sa gueule, on écoute. Et on se dit qu'en effet, les arbres de la forêt voisine doivent l'entendre.

Well I am not what you can call a gig-addict. But attending a Mayhem’s performance is always an event, isn’ it ? So here I was and man, total mindfucking madness it was. The boys were headlining some Christmas Fest (wtf ?!?), or supposed to (the running order was modified on the last minute). Musically Mayhem ripped the place apart but hey, for fuck’s sake, fuckin’ Attila was dressed as a Christmas tree for the whole gig !!! Well, it would be more accurate to say he was entangled, more than disguised, in a fuckin’ firtree ! Of course the thingy was complete, adorned with fairy lights and coloured bulbs and, therefore, powered by electricity. Fuck me ! I swear on your sister’s chastity this is absolutely fuckin’ true ! I was more expecting a pink rabbit or a greasy pimp, like on the rest of the tour, but hey, Christmas it was, wasn’t it ? The assistance was divided, pros and cons – what I do know is that what Attila did that night was truly black metal in the most twisted kind of way – isn’t this music about shocking people off and breaking every rule ? That bein’ said, I wish all of you sickfucks a merry Christmas and a happy Mayhem.

Le site et le Myspace de Mayhem.

...et toujours :
Un nouveau suicide chez Mayhem

samedi 27 janvier 2007

Sushi avarié !

Gallhammer, groupe signé chez Peaceville et venant de commettre The Dawn of... (une anthologie très « attendue » après un unique album), est l'archétype de l'arnaque métallique absolue. Ça bouffe à tous les râteliers, tentant de pêcher le maximum de poissons (d'avril ?) dans ses filets de fort mauvais goût. Le nom attirera l'attention des gens pour qui Hellhammer, Master's Hammer ou Warhammer veut dire quelque chose. La composition et l'allure du groupe, trois jeunes nipponnes bien de leurs personnes (ben tiens) mais savamment enlaidies par un look crado-punk très tendance, en appellera autant aux amateurs de keupon, de Motörhead ou de Darkthrone qu'aux curieux friands de combos féminins thrash et trash. Ne parlons même pas du large public, ici particulièrement ciblé, atteint de priapisme à la vue de japonaises bien gaulées... La pochette, intelligemment neutre, attirera beaucoup tout en ne braquant personne : bref, le savoir-faire est indéniable et l'étude de marché, parfaite.

La musique ? Un pillage en règle de divers pères fondateurs, avec un accent prononcé pour un black metal noisy, presque crust. Speed of Blood, morceau honteux figurant sur le sampler 37 de Terrorizer, est un plagiat flagrant de Mythos (par exemple), mal joué et flanqué de vocaux qui vont au-delà du ratage total. Conscient de l'ineptie du produit, le producteur, pardon, les commerciaux en charge du projet ont rajouté partout des larsens-qui-font-peur (dans un sens, c'était déjà bien assez effrayant). Autant ressortir les premiers enregistrements de Sigh si l'on veut flipper à la sauce japonaise, là au moins, ça vaut le coup. Au final, une daube que rien ne sauve, exemple supplémentaire prouvant que tout, absolument tout, peut-être récupéré, y compris les codes dits « nécro ». The Dawn of Gallhammer ne procède de rien d'autre qu'une racoleuse pêche en eau douce... L'une des filles arbore en permanence un beau t-shirt Celtic Frost, au fait. Histoire de convaincre les derniers réfractaires de la « trouïtude » (pardon je ségolénise un peu en ce moment) de la chose ? Sur le promo, on peut lire « Gallhammer reigns » (Fenriz, Darkthrone). Je rajoute : « Fenriz est souvent saoul » (Sheol, Les Notules Métalliques). A éviter plus encore que la peste !

Man, Gallhammer may well be the greatest swindling in extreme metal history since Evol. Nonetheless it will sell a few thousands, no doubt about that – it is oh so well marketed. From its name calling forth several old masters of sepulchral metal to its aesthetics (threesome, anyone ?), Gallhammer will, at least commercially, be. While Mötley puts out two anthologies a year, this Japanese act is releasing a best-of after, fuck me, only one fuckin’ album… Shall I really  proceed on commenting about the music ? Nope... it really reeks of a swindle in here.

Le Myspace de Gallhammer.

jeudi 23 février 2006

Shag it up, it's only rock n' roll...

C'était un matin d'hiver. Il faisait froid, il faisait gris, et notre père Shagrath gambergeait intensément devant son nesquik (le café, croit-il, lui irrite la gorge, mais ne seraient-ce pas plutôt les vocalises de Dimmu Borgir les responsables, ou bien ce vieux chat matagot au coin du feu ?). Bref ! Notre chérubin, mal remis qui plus est d'une réaction allergique au corpsepaint - Nattefrost lui a pourtant conseillé mille fois de changer de marque pour tester Goathorns Special Care, « tu verras, l'essayer c'est l'adopter, en plus tu peux te mettre le stick dans le cul » - se fit la réflexion suivante : « enough of black fuckin' metal ! Let's fuckin' wock n' woll ! » La journée avait mal commencé, soit, mais un bon nesquik et une envie de rock binaire bien graisseux avaient considérablement ragaillardi notre pépère. Rebaptisé au terme d'un épuisant brainstorming « Shag », notre bougre décida par la même occasion d'aller chercher au grenier la guitare du grand-père Harald, ce vieux truc poussiéreux qui pétait quand il avait trop bu (le grand-père).

Le reste ? Il appartiendra bientôt à l'histoire. Ou pas. Quelques coups de fil passés à ses petits copains et Shag venait de monter un line-up en béton armé. Spécialité : terrorisme sonore. Nom : Chrome Division. Signes particuliers : ça sent la bière, les patches et les perfectos. Ça s'écoute en cinq titres vomis sur le site officiel de la horde, et ça fait pour l'instant très mal ! En un mot comme en cent : réussite sur toute la ligne - en espérant que l'album qui suivra logiquement tienne la durée. A prendre comme il se doit : c'est-à-dire comme un hommage à tous les grands groupes sans qui notre style chéri n'aurait pas ce visage. Le premier morceau est un énorme clin d'œil à Motörhead, le deuxième convoque directement l'esprit WASP - on pense furieusement à Hellion, le troisième est le digne rejeton d'un accouplement contre-nature entre AC/DC et Thin Lizzy... and so on, and so on. Ils n'ont rien inventé, c'est sûr. Mais ils n'ont rien oublié non plus, pas même le rot post-houblon qui clôt de la meilleure des façons l'assaut musical. Bravo les gars, merci papi, merci Groquik.

“There’s not only corporate, blockbusting black metal in life”, muttered Shagrath while preparing his coffee on this grey, cold winter morning. “No, there has to be something else, and that something else may well be greasy fuckin’' rock ‘n’ roll !” And so was born Chrome Division, a sonic terrorist unit specialized in blitzkrieg, Motörhead-type blistering songs - an infernal offspring of hellish (mis)conception. You can’t miss it if you like Lemmy, WASP, and whatever rectal-born bastard-spawns of troublemakers such as AC/DC and Thin Lizzy. An inspiring coffee indeed, wasn’t it ?

Le site et le Myspace de Chrome Division.

mercredi 23 novembre 2005

Un début à tout (en attendant la fin de tout)

Début 1991 (ou fin 1990 ?). J'ai une dizaine d'années, et en tant que jeune lecteur insatiable à l'époque (aujourd'hui je ne lis plus que la page people du Point), je fréquente régulièrement la petite bibliothèque municipale de mon bled. Un mercredi après-midi, en ramenant un fameux Dictionnaire des Monstres du Cinéma, je remarque une K7 dont la pochette flashy et énigmatique m'attire inexorablement l'œil... Diantre ! Qu'est-ce donc ? Un espèce de visage déformé, des lignes fluo bariolant une jaquette très arty (comprendre : « années 80 » )... On ne distingue pas grand-chose mais la graine de la curiosité a été semée. Croyez-moi, elle pousse encore. Je déchiffre le logo non sans peine (j'ai obtenu depuis le grade Champollion à ce petit jeu, black metal oblige) : Def Leppard. J'apprendrai un peu plus tard que ce nom signifie Léopard Sourd. Ni une, ni deux, j'embarque le trésor analogique chez moi pour l'écouter dans mon petit magnétophone... Et là, c'est le choc total, l'hallucination auditive, un coup de foudre qui ne s'est depuis jamais démenti. Ma mère ne semble pas fan puisque pour la première fois de ma vie j'entends une phrase qu'elle ne cessera de décliner des années durant : « c'est de la musique de sauvages quand même » (même si certains trouveront grâce à ses oreilles comme Theatre of Tragedy ou Therion bien plus tard)...

Dès les premières secondes, une ambiance à la fois chaude et synthétique s'installe et perdure tout l'album. Des notes surgies de je-ne-sais quel instrument (guitares électriques bien évidemment) résonnent dans un vide spatial (réverb' à la Mutt Lange donc) avant de lancer le premier morceau. C'est extraordinairement puissant, évocateur, j'ai la sensation d'une porte ouverte sur un imaginaire insoupçonné. Cet album, c'est Hysteria, j'en suis tombé instantanément amoureux et bien plus encore. Un monde musical s'ouvrait à moi, et inutile de dire que ça me changeait des thèmes de jeux vidéos copiés sur K7. Après m'être renseigné sur le genre auquel la bête était affiliée, à savoir le « hard » comme on disait alors, plus rien ne fut jamais comme avant.. En quelques semaines j'avais copié tout ce que la bibliothèque possédait - c'est-à-dire peu de chose : New Jersey de Bon Jovi, Rust In Peace de Megadeth (un album que j'ai apprivoisé sur plusieurs années avant de finalement le vénérer), le 1916 de Motörhead - un album indispensable et méconnu - et Let There be Rock d'AC/DC (j'ai encore toutes ces vieilles K7 repiquées quelque part). C'est à cette époque que j'ai découvert l'un des meilleurs albums de tous les temps (Appetite For Destruction), ainsi que Metallica par le biais d'un copain partageant la même passion. Et quelques mois plus tard, voici que je découvrais un groupe qui reste depuis mon totem, que je soutiendrais envers et contre tout (je peux même vous expliquer pourquoi No Prayer For The Dying est un album génial) : Iron Maiden.

Pour en revenir brièvement à Hysteria, il est évident que je n'ai rien à dire d'objectif dessus, de la même façon que Proust ne pouvait pas savourer objectivement une madeleine ! Reste que cet album est fréquemment donné comme étant le meilleur du groupe (dont je ne suis par ailleurs pas spécialement client), et possède une production singulière, unique même, signée Mutt Lange, l'un des grands sorciers du son de l'époque. Difficile de décrire le résultat, à la fois organique et synthétique, dont le disque bénéficie. Une chose est sûre, malgré les milliers d'albums que j'ai écouté depuis je n'ai plus jamais ré-entendu un tel son. Pour l'anecdote la gestation de Hysteria dura quatre longues années marquées par un tragique événement (pas le dernier qu'allait connaître le groupe) : le batteur perdit un bras dans un choc routier. Il conserva cependant son poste, qu'il tient encore à ce jour - unique et admirable. Que dire de plus ? Écoutez Hysteria. En ce qui me concerne, ce n'est pas Lautréamont qui a allumé la mèche, mais c'est cet album !

It all began in my remote village’s tiny public library, in ’90 or ’91, when, as a curious little boy, I was hooked by a strange record cover. Flashy colors, an eerie face melting into strange screaming features… Man, that was it, I had just found Def Leppard’s Hysteria, an album that means so much in my life. As soon as I put the strange fucker in my crappy boombox, the metal seed did instantly grow in me, never, ever to be gone since. So Hysteria began playing : atmospheric, synthetic albeit aggressive in terms of sound, it just totally blew me away – totally. I was then mainly listening to video games soundtracks, and, as a hint of my future love, I was secretly fond of Michael Jackson’s Beat It. From there it was just a succession of genuine, passionate discovers as I borrowed LPs such as New Jersey, Rust In Peace, 1916, Let There Be Rock… But more was to come when I stumbled upon Metallica, GNR and Iron Maiden. A classic gone-too-far affair : you can’t go back – you just have to discover more. And more. And more. Do not expect me to say anything, good or bad, about Hysteria : as the starter of it all, it truly is, since then, ma petite madeleine de Proust. I am not a big fan of Def Leppard but hey, what a sound those guys had in these days – thanks to Mutt Lange, sonic wizard extraordinaire. So what about you ? What was it that forever turned you into a true metalhead ?