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mercredi 9 avril 2014

Whatever That Hurts

Johan Edlund quittant Tiamat, ou encore Chat alors ! (auteur pas encore retrouvé, sera mentionné)

Assez incroyable annonce que ce communiqué publié ce jour par Johan Edlund. Dans son habituelle tonalité « après moi le déluge », le grand escogriffe désabusé (adepte d'un humour noir et auto-dévalorisant du strict même acabit que feu Pete Steele) annonce un double abandon. Celui de son enfant Tiamat, et celui de ses droits parentaux sur ledit enfant au profit de ses acolytes de longue date (Iwers, Sköld). Une énorme surprise à mon sens, car même si Edlund n'a jamais fait mystère de plutôt « bien vivre mal » de Tiamat, cette entité musicale née des cendres d'un groupe de proto-black metal très proche de Hellhammer ou Sarcófago (excellent Treblinka) lui doit absolument tout. Reste tout de même une probabilité de coup d'éclat promotionnel, voire de lubie passagère de la part d'un Edlund qui se dit fatigué (santé) et que l'on sait doté d'une drôle de personnalité - c'est un génie et il est ainsi fait.

Tiamat et plus particulièrement Wildhoney aura eu un immense impact artistique sur la scène metal des années quatre-vingt dix (et sur moi qui écoutait déjà ce groupe quand Edlund faisait trente kilos, avait des cheveux et portait un drôle de collier en os de poulet), poulain magique issu de cette écurie Century Media produite par Sorychta et dont je parle en filigrane depuis près de dix ans sur ce blog. Il faut réécouter Wildhoney (pochette à contre-courant de son style habituel signée Necrolord), qui prenait au nom de la liberté artistique tous les risques à une époque aventureuse mais toujours dominée par le black metal (encore) jeune et le death metal américain. Ce bijou ambré, à l'unique douce amertume, sera suivi d'un pur disque de studio, exigeant, mais que je lui préfère aujourd'hui ; A Deeper Kind Of Slumber, long voyage psychédélique mais glacé, ouaté, anesthésié. Merci d'écouter sans interruption Mount Marylin et A Deeper Kind Of Slumber... Difficile, très difficile d'imaginer la tronche voire même l'existence entière de certaines niches musicales sans des albums comme Wildhoney (bucolique. Solaire. Nocturne. Provocant. Sensuel), Mandylion (The Gathering), Ceremony Of Opposites (Samael) ou Wolfheart (Moonspell). Cette époque est révolue et ces géants tous encore vivants ne lui ont pourtant pas survécu (hormis Moonspell, drôle de phénix ayant toujours su s'adapter aux incessantes nouvelles règles du jeu). Les successeurs se nomment Aucun et Jamais.

Couldn't believe my eyes when I read Tiamat's Johan Edlund's statement on the band's facebook. Man, the big boy is leaving. Fuck me - he's just leaving ! Edlund seems tired, like he's had enough of everything Tiamat. At least, that's what I understand when reading his bitter and bemused words. Well, whatever. Tiamat will never top Wildhoney and A Deeper Kind Of Slumber. Yet, I hope this is just a bad joke, a late April Fools' Day prank played on us by good old Johan. Come on man, you're the best at what you're doing !

vendredi 21 mai 2010

Sicut Cadaver

The Apotheosis of War (Vasily Vereshchagin, 1871)

En 2010, malgré le marasme socio-économico-professionnel que nous connaissons, il en est une qui ne connaît pas la crise : si je la rencontre, ce ne sera pas, c'est sûr, dans le cadre de mon boulot. Elle fauche la scène, comme la grêle les blés. Après Peter Steele et notre vieux Ronnie (qui a connu les honneurs du canard local), après Debbie Abono (soutière du metal qui choisit, à l'âge où une dame prend censément sa retraite, de manager Exodus, Possessed et Vio-Lence) et quelques autres, voici que c'est Juhani Palomäki qui casse sa pipe (pas une news sur ce torche-cul qu'est Blabbermouth). Trente-deux ans, c'est jeune, c'est moins de moitié moins que Ronnie et je ne parle pas de l'âge canonique de Madame Abono. Cause non révélée (entre le suicide, le sida et la combustion spontanée, j'opte raisonnablement pour la première), mais effet déjà connu : un énorme coup de vieux dans les dents. Voici bien plus d'une bonne dizaine d'années que j'avais eu la chance de voir Yearning en concert avec Nightfall et SUP, et l'occasion de baragouiner quelques instants avec l'alors très jeune - mais moins que moi - chanteur-guitariste.

Yearning a sorti plusieurs albums et marcha plutôt bien en France, malgré le profil bas que s'est toujours imposé ce projet musical - difficile de parler de groupe. Parmi desdits albums, je recommande humblement With Tragedies Adorned, qui fait partie de la bande-son de mon adolescence, mais surtout Plaintive Scenes. Un album important dans la (re)construction de mes goûts, lorsque je suis passé du tout-américain aux genres et groupes plus confidentiels et « exotiques », fussent-ils du sud (Moonspell) ou du nord (Emperor). Et un disque que j'ai associé pour toujours, de façon incongrue vu son origine, à une traversée nocturne de l'Espagne. Seul éveillé dans un bus tout entier endormi filant vers Porto, mon amie d'alors calée à côté de moi, j'avais écouté en boucle ce chef-d'œuvre qui répondait à tout ce romantisme adolescent que j'avais au fond de moi. Je ne suis peut-être plus ni l'un, ni l'autre... mais amateur de Yearning, toujours. Salut l'artiste, tu es mort jeune, mais tu as fait beaucoup.

Naïveté de Yearning, le seul groupe finlandais qui savait utiliser les trémas et accents aigus dans son français.

What a sad year 2010 is – and a busy one for the reaper. Pete Steele, Ronnie Dio, Debbie Abono (an almost unknown figure whose role in the rise of American west coast thrash metal was an important one), the ‘Knot Paul Gray and other lesser-known people… It seems that wasn’t fuckin’ enough ‘cause now it’s young Juhani Palomäki’s turn to be swallowed into the void. What a pity – Yearning was a talented band criminally underrated ! Despite having never “made it” on the American market, Yearning did pretty well in Europe and especially France. I highly recommend Plaintive Scenes, the second release, which sums up everything that Yearning was : melodic yet heavy as fuck, while retaining an atmospheric and romantic touch which I call the “Finland style”. Sadly, the death of its founding member and mastermind is also the demise of Yearning.

dimanche 4 avril 2010

Gods of War (Interview Rotting Christ)

Cette entrée sera l'occasion d'inaugurer une nouvelle catégorie, celle des interviews - il ne coûte rien de demander aux artistes quelques éclaircissements sur leurs ténèbres. Et il ne leur coûte pas plus cher de répondre (sauf à Vreid !). Un petit mail à l'adresse de Sakis Tolis aura suffi et c'est avec une grande cordialité que le chanteur-guitariste-compositeur de Rotting Christ s'est prêté au jeu. Un personnage charismatique et attachant, qui donne du brother à tour de bras dans ses mails, mais surtout un « faiseur » dévoué à son art, qui parle avec passion de Aealo, digne successeur de Theogonia, de son pays et de musique au sens large du terme. Je profite de ce préambule pour le remercier car on peut dire que sa diligence à me répondre fut égale à sa sympathie. Many thanks Sakis - keep on creating. Here's to you !

Sh - Nous entendons beaucoup parler, ces derniers temps, de la situation économique et sociale de ton pays. Y a-t-il un degré de lecture « sociétal » derrière la noirceur de vos morceaux ? Je pense notamment à Primordial, un groupe qui travaille beaucoup ce niveau de lecture pour qui sait lire entre les lignes. Penses-tu avoir à endosser un tel rôle en tant qu'artiste ?

Sa - En tant qu'individu je m'intéresse à la situation politique mondiale, et en tant que citoyen à part entière j'aime à penser que j'ai une opinion qui compte. Et aujourd'hui particulièrement, au sortir de cette crise financière qui a frappé mon pays, je suis de plus en plus actif - c'est de notre qualité de vie qu'il est question. Mais ce n'est pas quelque chose que j'exprime par ma musique car la création artistique est ce qui nous permet d'échapper à tout ceci. Le metal a été inventé pour s'échapper du monde et non pour le changer. Je me sens chanceux d'avoir cette possibilité via mon groupe. Il n'est pas toujours bon de voir les choses trop sérieusement - tôt ou tard on deviendrait fou !

Sh - Parlons musique. Écoutes-tu toujours du black metal « pur et dur », notamment celui de la deuxième vague du genre (dont Rotting Christ est issu) ?

Sa - Absolument. J'écoute toujours les hordes issues de la deuxième génération du black metal et j'essaie de me tenir au courant de ce qu'il se passe sur la scène metal / black metal actuelle. Je continue de me considérer comme faisant partie de l'underground.

Sh - Rotting Christ est né d'une scène à mon sens unique : l'écurie Century Media des années quatre-vingt-dix (Samael, Tiamat, Moonspell, The Gathering...). Es-tu conscient, plus d'une décennie plus tard, de l'importance de cette scène ? Comment expliquer ce parfum occulte, « magique » qui imprègne tous ces grands albums que sont Wildhoney, Ceremony of Opposites, A Dead Poem, Mandylion, Wolfheart (j'ai tendance à y voir un dénominateur commun nommé Waldemar Sorychta) ?

Sa - Je me rends compte, évidemment, de l'importance de cette scène car elle a été annonciatrice de courants qui ont dominé plus tard. Alors certes, des choses auraient pu être faites autrement, mais n'oublions pas que nous étions au milieu des années quatre-vingt-dix... L'époque la plus anti-metal de toute l'histoire de cette musique !

Sh - Rotting Christ est un groupe multi-facettes, qui a fait montre d'une grande diversité stylistique tout en conservant cette patte immédiatement reconnaissable. Cependant penses-tu que le futur peut réserver des initiatives surprenantes, du genre album acoustique ou de reprises ?

Sa - Rotting Christ est d'un tempérament anxieux, toujours en recherche de nouvelles voies à explorer. Je ne sais pas si nous y parvenons mais au moins nous essayons. Chaque album est l'expression du côté le plus sombre de notre âme et par conséquent vous pouvez vous attendre à tout de notre part, tant que nous restons fidèles à nos racines obscures et apocryphes.

Sh - Une question très terre-à-terre : je sais que cela a pu être le cas par le passé, mais vivez-vous, en 2010, de Rotting Christ ?

Sa - Après deux décennies, le travail du groupe nous permet enfin de dégager de quoi vivre mais nous avons malgré tout besoin, de temps à autre, d'un job en parallèle : jouer dans un groupe ne t'apportera pas la sécurité financière. Et en particulier quand ça concerne des personnes comme nous, que je qualifierais de romantiques et d'idéalistes... Ca signifie que nous avons perdu un paquet de thunes dans notre vie mais enfin... l'argent n'est pas l'essentiel, n'est-ce pas ?

Sh - Depuis Theogonia, le son de Rotting Christ s'est fait plus épique et majestueux tout en retrouvant, à mon sens, le côté ténébreux qui caractérisait vos débuts. Penses-tu avoir totalement exploré l'identité actuelle du groupe avec les deux derniers albums, ce qui laisse à penser que le prochain serait le début d'un nouveau cycle (traditionnellement les périodes du groupe sont constituées d'une paire : Triarchy.../A Dead Poem, Sleep of.../Khronos, Genesis/Sanctus Diavolo, Theogonia/Aealo) ?

Sa - Je pense que nous sommes sur la bonne voie. Nous sommes actuellement dans notre troisième période artistique, une période plus influencée par l'histoire antique et qui nous donne ce son un peu plus « ethnique », tout en restant occulte et plus metal que jamais. J'ai l'impression qu'en tant que musiciens, c'est notre meilleure époque. Quant à savoir si, avec Aealo, nous en avons terminé avec cette période... La réponse viendra de mon esprit, dans quelque temps, quand j'aurais commencé à réfléchir à mes angoisses (NdSheol : lorsque la composition du prochain album aura commencé, donc). Pour l'instant je suis plus polarisé sur des aspects plus terre-à-terre, et notamment la préparation de la tournée mondiale.

Sh - J'apprécie beaucoup, sur Aealo, les interventions de l'ensemble Pleiades (ces lamentations traditionnelles quelque peu sinistres). Ces polyphonies me rappellent notamment le travail de Kenji Kawai sur la bande-son de Ghost in the Shell. Connais-tu ce musicien ?

Sa - J'aime découvrir d'autres musiques du monde... Celles qui ne proviennent pas forcément des civilisations connues, mais d'origines plus obscures. Et j'adore apprendre des gens qui créent : c'est pour cela que j'ai intégré le choeur Pleiades à l'album. Cet ensemble polyphonique grec est spécialisé dans les lamentations, un genre qui a ses racines dans la Grèce ancienne. Je crois qu'il existe, sur ce globe, des genres musicaux qui s'accordent bien avec les atmosphères que le dark metal peut créer. Je connais le travail de Kenji Kawai et je l'apprécie beaucoup, même si je n'y vois pas de point commun avec les Pleiades. Peut-être ce feeling polyphonique... mais rien d'autre (NdSheol : c'était donc la question conne de l'interview !).

Sh - Peux-tu m'éclairer sur le processus d'écriture de Rotting Christ, notamment au vu du côté « multi-texturé » des deux derniers albums ? De façon générale, tu commences par les paroles ou la musique ?

Sa - La musique me vient en premier : j'essaie ensuite d'y adapter des paroles. La façon d'écrire est quelque chose d'important pour Rotting Christ, et étant, a fortiori, le seul impliqué dans ce processus, je peux dire que c'est, de façon générale, un aspect important de ma vie. Si je ne créais pas je me sentirais vidé, c'est une profonde dépression qui me guetterait. Voilà pourquoi j'attache tant d'importance au song-writing : parfois je suis tellement obnubilé par mes idées que j'en deviens insomniaque. Je m'implique toujours énormément dans ce rôle, comme ce fut le cas pour le dernier album - tu sais, je me suis vraiment cru au beau milieu d'un champ de bataille pendant un bon bout de temps !

Sh - Quel est le dernier album de metal que tu aies adoré (et que tu écoutes encore) ?

Sa - J'ai beaucoup aimé le dernier Burzum... Belus... Un album vraiment old-school.

Sh - Le nom Rotting Christ dissimule bien plus de sens qu'il n'y parait : c'est un véritable sigillé, doublé d'une profession de foi contre les dogmes préétablis et l'étroitesse d'esprit à laquelle est confrontée la scène dite « extrême ». Mais c'est aussi - évidemment - une épine dans le pied du groupe (cf le problème avec Dave Mustaine). N'est-ce pas un suicide commercial permanent que de s'appeler ainsi ? Rotting Christ a-t-il jamais pensé, au fil de sa longue carrière, à se débaptiser ?

Sa - Il est évident que c'est une épine dans notre pied, un patronyme qui nous a fermé beaucoup de portes... C'est peut-être un suicide commercial mais sincèrement « mieux vaut régner en enfer que servir au paradis » (NdSheol : une citation de Milton). C'est le metal mon frère et nos rêves n'ont rien à voir avec une externalisation de notre ego. Metal on metal !

Sakis, au nom de Rotting Christ.

Sh - We recently heard a lot, in the news, about Greece's economico-social situation. Is there a level of social-consciousness beneath the darkness of your songs ? I'm thinking about Primordial, a band which makes statements about our world's state for whom can read between the lines. Do you believe you have that kind of role, as an artist ?

Sa - As an individual, I am really into these political situations that take part worldwide. I am an active society member and I want to believe that I have an opinion for everything that matters. Especially now, after the current financial crisis that hit our country I am getting more and more active, it simply has to do with the quality of our life. But it's something that I never express through my music cause creating art is the only way to escape from all that happens everyday. Metal was invented for this and not to change the world. I feel lucky that I have this opportunity with my band. It is not that good to see all things so serious. Sooner or later you will get crazy !

Sh - Let the music do the talking now. Do you still listen to pure black metal, such as the second-wave black metal from which you rose ?


Sa - Of course I do still listen to all those second generation Black Metal hordes and I am trying to follow as much as possible the current metal scene and Black Metal releases. I still consider myself as a part of underground community.


Sh - Rotting Christ is born of a magical, occult scene : the Century Media stable, with great artists such as Samael, Tiamat, Moonspell, The Gathering... Are you fully aware, more than a decade later, of the importance of that scene ? How would you explain that magic / scent of occultism which infused great records such as Wildhoney, Ceremony of Opposites, A Dead Poem, Mandylion... (I can see a common factor named Waldemar Sorychta) ?


Sa - Of course I am aware of the importance of the scene back then as it was the precursor of some styles that dominated later on. Ok, some things could have been different but do not forget that we were in the middle of 90's... The most anti metal era of Metal history !


Sh - Rotting Christ is a multi-dimensional band, stylistically speaking, which always managed to keep its sound and identity. However, do you think the future can hold some particular initiatives, such as an acoustic album (that would be a blast - don't know why but I'm sure about it), or a cover-album ?


Sa - Rotting Christ is an anxious band, always seeking for new directions. I do not know if we manage to do it but at least we try. Every album is an expression of the darkest side of our soul and you can expect everything from us in the future as long as it is faithful to our dark and apocryphal roots... because Rotting Christ will never sell out.


Sh - A very down-to-earth question : do you make a living out of Rotting Christ ? I know it had been the case in the past but what about now ?


Sa - Finally after two decades we manage to earn our living by playing in a band but even now we are forced to have some alternative jobs cause playing in a band can not ensure you anything financially. Especially when you are persons like we are, which I would call romantic and idealists... That means that we have lost a lot of money in our life - but money is not everything in this world. Don't you think ?


Sh - I believe that since Theogonia, Rotting Christ' sound shows a newfound deepness / epic majesty, while rediscovering its initial blackness. Do you think you have fully explored, with the last two albums, the current identity of Rotting Christ ? Will the next album be the beginning of a new cycle (as I believe Rotting Christ's periods are often defined by pairs of album : Triarchy...&A Dead Poem, Sleep of...&Khronos, Genesis&Sanctus Diavolo, Theogonia&Aealo) ?

Sa - I think that we are in the right way. We are currently crossing our third period as a band, a period more influenced by ancient history and making the band sounding a little bit ethnic but still occult and more Metal than ever. I feel this is the best season we are covering, as a band. I do not know if with Aealo we ended up this period... My soul will say the truth in some time, when I will start philosophize my anxieties. For the moment I am more concentrated in down-to-earth things like preparing our worldwide tour.


Sh - I am really enjoying the eerie, beautiful lamentations performed by the Pleiades choir throughout Aealo ! I'd like to point out that these polyphonies remind me some of Kenji Kawai's work (specifically the Ghost in the Shell soundtrack). Do you know him / his music ?


Sa - I am really into searching ethnic music... Music not coming from knowed-civilisations but from more « underground » places. I love to learn from people that create. This is the reason why I did incorporate the Pleiades. This Greek polyphonic choir is specialized in lament songs that have their musical roots back in ancient Greek. I think there is music around this globe that fits well with the dark atmosphere that Dark Metal can create. I am aware of Kenji Kawai's work and find it great even if I think that it doesn't sound like Pleiades. Maybe the polyphonic feeling... Nothing else...


Sh - What about the songwriting process in Rotting Christ, especially given the multilayered textures featured in your last albums ? And what comes first - the music or the lyrics ?


Sa - Music comes first and I am trying to adapt the lyrics to it. Song-writing process is an important thing in Rotting Christ, and being the only one involved in it, I can say that it is an overall important part of my life. If I was not creating I would feel empty and would fall in a deep depression. So I take this process really seriously and some ideas are stuck so much in my mind that I hardly can sleep for a long period of time. I am always getting into that role very deeply ; as I did with the last album - thinking for a long time that I was in the middle of a battlefield. Man...I believed it !!!


Sh - What is the last metal album you really loved and still listen to ?


Sa - I liked Burzum's last album... Belus... A really oldschool outcome.

Sh - The name Rotting Christ is more to the eyes than it seems : it is a true sigil, a statement against dogmas and narrow-mindedness. However it can also be a thorn in your side (we know about the, well, Mustaine problem). Isn't that name a permanent commercial suicide ? Have you ever thought, in Rotting Christ's extended career, about changing your band's name ?


Sa - Of course it is a thorn in our side which has closed many doors for us... It might be a commercial suicide but to be honest we prefer to rule in hell instead of serve in heaven. This is Metal bro, and our dreams have nothing to do with any ego externalisation. Metal on Metal !
Sakis, on behalf of Rotting Christ.


Aealo (Season of Mist, 2010)

01 Aealo
02 Eon Aenaos
03 Demonon Vrosis
04 Noctis Era
05 dub-sag-ta-ke
06 Fire Death and Fear
07 Nekron Iahes...
08 ...Pir Threontai
09 Thou Art Lord
10 Santa Muerte
11 Orders from the Dead

Le site et le Myspace de Rotting Christ.

...et toujours :
Hellénique ta mère

mardi 5 mai 2009

Praeclarum Custodem Ovium Lupum


Photo par Mark Coatsworth

Dead Shape FigureTurisasMoonspell et Cradle of Filth. C'était l'autre soir, du côté de chez votre serviteur, et ça valait le coup. Je n'étais venu que pour les loups, ayant réintégré le troupeau voici quelques années... Ribeiro en bon maître de cérémonie a su se mettre un public très jeune, Cradle of Filth oblige, dans la poche dès Finisterra : Moonspell put dès lors se livrer à une interprétation passionnée de ses classiques récents. Quelques inévitables furent cependant de rigueur, et on aura apprécié la théâtralité de Ribeiro sur Vampiria et sa mythique résolution - ce hurlement féminin strident, auquel le chanteur prête une gestuelle dramatique.

On peut jouer au jeu des matriochkas : je n'étais venu que pour Moonspell. Mais si j'osais, je dirais que je n'étais là, en vérité, que pour entendre Alma Mater, hymne incontournable du dark metal et assurément mon morceau favori du groupe. Cette objectivation de l'âme lusitanienne de Moonspell fut délivrée dans une version dantesque, faisant honneur à toutes ses subtilités... Notamment cette dégradation vocale, à partir de At the moon mountain..., faisant dégringoler la chanson vers un black metal tellurique et païen comme jamais plus Moonspell n'en a fait. Fernando Ribeiro et Pedro Paixão ? Oh non, à cet instant, c'était bien Langsuyar et Neophytus que je voyais... Alma Mater (mal à ma Terre ?) résonna comme une incantation oubliée et interdite, avant de mourir comme la lune aux premières laudes*. Moonspell se laissa aller au tragique d'un Full Moon Madness - véritable Spleen du Loup-Garou - avant de quitter enfin une salle hérissée d'une marée de mano cornuta.

« Ahhh... the children of the night... What a sweet music they make... ». C'est sur cet emprunt à Bram Stoker, éructé d'une voix en provenance directe du trente-sixième dessous des géhennes, que Dani Filth et ses musiciens investissent la scène : une autre histoire qui, bien que beaucoup plus plaisante que ce que j'en attendais, m'a moins intéressée que la précédente. Je ne la raconterai donc pas : lorsque la lune est pleine, on ne voit qu'elle dans le ciel nocturne.

* Laurent Michelland, sort de ce corps !

Portugal once ruled the world, by making itself master of the seven seas... Well, some of its natives still rule my world. Tonight I attended a Moonspell gig, catching 'em on their Night Eternal tour. Well, to say it was worth it is an understatement - from Ribeiro's commanding presence to the exigent setlist, everything as a whole was a must-see, must-hear. Stuck between some skin-bearing, fiddler-wielding folkish fuckers and a bunch of tired vampires, the southern wolves totally stole the show, concluding on a mass-murdering rendition of their best tunes ever : Alma Mater and Full Moon Madness. Aooowww !

vendredi 20 février 2009

Miika Tenkula 1974-2009

C'est officiel : Sentenced ne se reformera jamais. Miika Tenkula a passé l'arme à gauche hier 19 février 2009. Trente-cinq ans, c'est jeune, mais ce fut suffisant néanmoins pour lui permettre de composer une bonne partie des huit albums (plus quelques EP) des northernmost killers. Le guitariste joufflu aux faux airs de Sean Astin aurait vraisemblablement payé le prix du culte qu'il vouait à l'un des seuls démons véritablement dangereux dans le metal - la bouteille. Miika Tenkula avait formé Sentenced en 1989 à l'âge de quinze ans avec ses compères Sami (aujourd'hui dans le conseillé KYPCK) et Vesa, et orienta le death metal primaire de son groupe vers quelque chose de plus mélodique et mélancolique à partir du mini Love & Death. Cette sortie importante et concomitante à celle d'un autre EP fondateur (Black Winter Day d'Amorphis) donna le La à la scène finlandaise actuelle, alors en formation : impossible d'ignorer l'influence de Sentenced lorsque l'on écoute des formations telles que Yearning, Nightwish, Ensiferum ou les trop méconnus Searing Meadow.

Sentenced fait aussi partie de l'école des surdoués Century Media des années 1994-1998, aux côtés de Moonspell, Samael, The Gathering, Rotting Christ ou encore Tiamat - tous de nationalités différentes mais s'invitant fréquemment sur leurs albums respectifs, infusés d'une magie peu commune dont j'ai déjà assez parlé en ces pages - la patte « Woodhouse Studios », celle qui nous faisait encore acheter Metallian lorsque l'un de ces groupes se trouvait sur le sampler Metal Explosion. Miika Tenkula laisse une belle discographie truffée de pépites d'humour noir (Excuse Me While I Kill Myself, un titre qui me laisse toujours - c'est de circonstance - mort de rire), et notamment Amok, un des cinq albums que j'emmènerais sur l'île de la tentation (ça ferait au moins un truc de sexy). Salut l'artiste - mais cette fois, on ne t'excuse pas. Il s'en est fallu de peu pour que cette entrée ne soit classée dans les coups de gueule plutôt que dans la rubrique Memorial. Lâcheur !

Well what a brutal and unexpected bad news – Miika Tenkula from Sentenced is officially cooking for the Kennedys since yesterday, February 19, 2009. As he was the main composer of the Northernmost killers, I unfortunately believe it’s safe to say Sentenced will never rise from the void. I urge yourself to dig (sorry) the band’s material : you can’t miss Amok nor Down. So long Miika, “the spirit of the dead outlives memories of the mortal & the final cross you bore is nothing now but ashes”.

Le site et le Myspace de Sentenced.

New Age Messiah , troisième morceau de l'album Amok.

...et toujours :
Sentence de mort

jeudi 17 juillet 2008

Bad Moon Rising

Pour les trous du culte, dont j'ai longtemps - mea culpa - fait partie quant à ce sujet, Moonspell n'a rien fait de bien après Wolfheart. Allez, disons Irreligious (ironiquement l'album le plus « commercial » des portugais). Pour les pas-finis, ça peut même remonter jusqu'à Under The Moonspell : le ridicule ne tue pas, c'est parfois dommage. Pour ma part, j'ai redécouvert Moonspell sur le tard et si les expérimentations d'un papillon me laissent décidément de marbre, c'est avec plaisir que j'ai goûté aux bonnes feuilles de l'antidote, des ténèbres et de l'espoir. Bref, les sorties de Moonspell m'intéressent à nouveau, et Night Eternal n'a pas dérogé à la règle - le fait qu'il m'ait déçu est une autre histoire. Presque secondaire, finalement, mais tout de même...

Après le monument ombrageux qu'était Memorial, Night Eternal renoue avec un style mi-gothique, mi-dark metal sans vraiment choisir son camp et peine à afficher un caractère. Pour ainsi dire, c'est un album constamment assis entre deux chaises - le confort de l'auditeur ? A l'avenant. Si l'on rajoute à cela une relative panne d'inspiration (plus de fillers que d'habitude), on comprend la déception de certains, dont votre serviteur. A titre d'exemple, Night Eternal débute par un titre archi-convenu, bon au demeurant mais loin des bijoux qui ouvrent traditionnellement les albums du groupe. Dreamless (Lucifer and Lilith) n'est pas désagréable, mais trahit particulièrement cette redondance : l'autoplagiat n'est pas loin dans cette romance symbolique au riff mélancolique trop entendu. Histoire de ne pas être trop dur avec Moonspell, qui demeure un groupe fondamental pour moi, on notera cependant le duo plutôt réussi avec Anneke Van Giersbergen, ce qui n'est pas acquis dans ce genre d'exercice de style prisé par la bande (on demeure cependant bien en-deçà d'une certaine alchimie érotique avec Birgit Zacher). Scorpion Flower s'avère en tout cas bien supérieur à l'embarrassant Luna, seule éraflure sur le granit marmoréen de Memorial. La vigoureuse seconde partie de l'album est en revanche plus intéressante pour celui qui privilégie l'aspect plus « metal extrême » de Moonspell : Moon In Mercury (gageons que si Daemonarch se voyait un jour réactivé, ce serait dans cette veine), Hers Is the Twilight et Spring of Rage sont tous trois absolument excellents. Lorgnant sur un death metal occulte et orchestral, mais si personnel, ils nous rappellent que telle est, certainement, la robe dont Moonspell se pare le mieux - cette robe aux couleurs d'un hivers singulier tempéré par la braise lusitanienne. Et suis-je le seul à trouver que les accents de domination de Ribeiro, dans ces instants, rappellent la commande impérieuse de David Vincent ?

Night Eternal est ce poids lourd dont la sortie remarquée est plutôt saluée, mais ses défauts (orientation pas assez tranchée, inspiration parfois proche du néant) sont réels et laissent l'aficionado songeur : simple baisse de forme ou signe d'une routine trop installée chez une meute déjà vieille de quinze ans ? Ces anicroches sont, comme de bien entendu, masquées talentueusement par une production trop parfaite et une jaquette affreusement clichée signée par le pénible Seth Anton Spiro (faire carrière en refourguant toujours la même pochette, ça va un moment : n'est pas Joe Petagno qui veut...). Bref, des artifices qui ne tromperont que les amateurs novices de Moonspell (ce qui n'est évidemment pas une critique) et les apprentis-vampires qui se laissent aveugler par le premier médiocre soleil noir venu. Le Moonspell que j'aime, pour faire un clin d'œil à Amorphis, c'est le Moonspell « Magic and Mayhem » : si l'on a, en 2008, notre quota de brutalité, la magie est en revanche déficitaire sur ce nouveau sortilège. Sans théoriser à outrance, et pour conclure, je ferais juste remarquer perfidement que Waldemar Sorychta n'a pas produit Night Eternal.

Wolfheart struck me so hard when it came out that I really had a hard time with its successors, except the lighter-yet-wonderful Irreligious. Thank to Memorial, here I am again, holding Night Eternal in my tiny greasy little hands. And fuck, a bit disappointed I am. Night Eternal is quite a big departure from the Memorial sound : less monumental, less “Frostian”, less oldskull. The songs are much more luxurious in shapes and sounds, everything is polished and well-executed, more “gothic” if you want to put it that way : in that aspect, the cover is a great indicator of the album’s content. Night Eternal is a great album for many and sure, I can understand it – however I prefer the granite-like darkness displayed on Memorial. Those hurting, and not mellowing, when you fall upon them... But there’s no accounting for tastes (especially mines) !

Night Eternal (SPV, 2008)

01 At Tragic Heights
02 Night Eternal
03 Shadow Sun
04 Scorpion Flower
05 Moon In Mercury
06 Hers Is the Twilight
07 Dreamless (Lucifer and Lilith)
08 Spring of Rage
09 First Light
10 Age of Mothers (bonus track)
11 Scorpion Flower [Dark Lush Version]
12 Scorpion Flower [Feeble Cut]


Le Myspace de Moonspell.

...et toujours :

Hail the Hordes !
Le grand pardon

mardi 10 juin 2008

Hail the Hordes !

Cela fait déjà quatre ans, plus quelques jours, que Quorthon (ici avec Slayer) fut retrouvé mort dans son appartement de Stockholm, même pas quadra mais victime d'un cœur déjà défaillant. Loin de moi l'envie de convoquer une atmosphère endeuillée, mais je dois reconnaître que ça m'a fait quelque chose, comme on dit : ce trois juin 2004 m'a enlevé notamment la perspective, à jamais perdue, de voir un artiste continuer une œuvre qui me parlait naturellement (et peut-être la rehausser après quelques albums, ce n'est pas irrespectueux que de le dire, moins convaincants). Ce que je peux dire, c'est que Quorthon a démontré que l'on pouvait créer à partir de rien : un paradoxal nihilisme inversé qui caractérise également le punk - frère immédiat et évident du black metal. Une guitare, un ampli et trois accords pour une carrière à la fois musicale (Bathory et Quorthon), cosmétique (la définition d'une nouvelle esthétique du chaos musical aux côtés de quelques autres) et séminale (elle fera naître tant de vocations). Quorthon, c'est une vie dédiée à un art, peut-être mineur pour certains, mais majeur pour ceux qui le comprenne et l'aime. Et sans art... l'existence n'est rien.

Rendre hommage à quelqu'un peut s'avérer une tâche ardue, et c'est pourquoi je choisis lâchement de laisser la plume à Fernando Ribeiro de Moonspell. Par l'artifice d'un texte publié sur son blog en avril 2007, soit trois ans après la mort de Quorthon, Ribeiro a en effet su à merveille traduire, par les souvenirs qu'il invoque, l'effervescence de ces années adolescentes où le metal extrême représentait tout (ou presque) pour certains d'entre-nous ! Extraits plus ou moins librement traduits... :

« Les dernières heures du septième jour de juin finissent de s'écouler - ou ce sont déjà les premières du huitième - lorsque ce satané portable émet ce son merdique annonçant la réception d'un message. Inexplicablement naît en moi un pressentiment, la sensation que quelque chose cloche. Le SMS est bref : « Quorthon est mort ». L'expéditeur est une surprise : c'est Duarte, un ami et compagnon de longue date, que la vie s'est chargée d'éloigner mais pas d'effacer. Je le rappelle immédiatement et nous parlons de ce décès et d'autres choses encore, cependant que mon esprit commence un voyage dans le temps de quinze ans.

Les premières heures de cette même nuit, quinze ans plus tôt, finissent de s'écouler. Retentit alors la vieille sonnerie d'un téléphone qui était alors encore actuel. A l'autre bout du fil, Pedro Catarino, premier guitariste de Morbid God (qui a toujours été infoutu de se trouver un pseudo sérieux). Son ton hystérique contraste avec mon incrédulité : la rumeur de ces derniers jours a été confirmée noir sur blanc : sessions d'autographes, dates, lieux et horaires, confirmés par un encart dans Blitz ! Quorthon, donc Bathory, se rend au Portugal pour la promotion du prochain album, Hammerheart. Enthousiasmés, nous plongeons pour de bon dans l'"underground", moi et mes copains : Ares, qui s'appelait encore João Pedro, Nuno Saias, et Toureiro, qui n'avait pas encore acheté la batterie de Baalberith. Nous allons rencontrer notre idole, dont l'annonce de chaque album nous fait passer des mois d'attente impatiente, et pour qui nous sautons la cantine, préférant écouter des cassettes en grillant des clopes. Nous savons que nous n'oublierons jamais ce jour - et il allait changer nos vies à tout jamais.

Six heures du matin du jour dit, toujours quinze ans plus tôt. Je n'ai pas réussi à dormir, et je me dépêche de filer au rendez-vous, engoncé dans un t-shirt Sodom. J'aperçois Jó (Theriomorphic) à l'arrêt de bus, là où se tient aujourd'hui le plus grand centre commercial d'Europe. Nous sommes arrivés très tôt, et toute la bande, endormie et rêveuse, emprunte bus, métro et bateau jusqu'aux rues mythiques d'Almada. Il y a foule au Tubitek (le disquaire qui accueille l'évènement, ndSheol), et l'on aperçoit une haute stature blonde qui se dessine en haut de la rue, à côté de Boss, son père. Mon cœur bat la chamade, nous le hélons répétitivement dans un mauvais anglais. Non loin de lui, le charismatique Miguel Fonseca de Thormentor, que nous admirons. Quorthon est parti manger en sa compagnie, et nous les suivons tandis que certains d'entre-nous repartent chercher les albums que nous avons oublié de prendre pour la session de dédicaces. Et de se cacher derrière nos hot-dogs en buvant timidement quelques bières, heureux et fiers comme Artaban ! Nous arrivons tous en même temps à la session : Zé de Decayed est là, Belathauzer avec son t-shirt des Dead Kennedys, ainsi qu'un connard avec un t-shirt des JO de Barcelone. L'unique exemplaire promotionnel portugais de Hammerheart est à notre portée, et nous échangeons nos impressions et discutons jusqu'à l'heure fatidique du retour chez nous.

J'ai croisé bien des gens que je n'aurais jamais cru rencontrer, et j'ai parlé avec bien des gens avec qui jamais je n'aurais pensé discuter un jour. Je n'ai vu Quorthon qu'à cette occasion. Nous ne nous sommes jamais croisés à nouveau, je n'en ai pas eu l'opportunité. Mais j'ai vécu ce jour de la même façon que je le vivrais aujourd'hui, et ce que nous pensions tous à l'époque est encore valable aujourd'hui, comme une lumière qui ne s'éteindrait pas. Je me suis connecté sur ma boîte mail et j'ai reçu un message d'Ares, auquel j'ai répondu. Nous n'avions plus communiqué depuis peut-être sept ans. J'ai téléphoné à Duarte. J'étais encore il y a deux semaines attablé tranquillement avec Belathauzer à la FNAC. Nous sommes toujours ceux qui pensaient que « nous n'oublierons jamais ce jour », car il a changé nos vies à jamais . Et c'est ce jour-là, d'il y a quinze ans, que nous avons célébré et dont nous nous souviendrons - bien plus que celui de sa mort ».

nota bene 1 : une vidéo tournée au caméscope ce jour-là existe, les connaisseurs y reconnaîtront quelques pointures de la scène lusitanienne - parmi lesquelles Fernando Ribeiro, déjà le même nez, mais pas encore la même coupe.

nota bene 2 : en prime, le chouette 
hommage rendu à Quorthon par Abbath & Associés sur l'indispensable album Between Two Worlds (vous savez, le meilleur Immortal depuis At the Heart of Winter).

Already four years have passed since Quorthon’s death – boy, the man wasn’t even 40. I was genuinely saddened by this unexpected news – the departure of an artist in its own right. His music still speaks to me today, and will for my remaining time. Fernando Ribeiro of the Moonspell fame wrote down some time ago a truly moving tribute about Bathory and the man behind it – above it is, roughly translated from Portuguese by your humble servant. In French, bien sûr.

Le Myspace de Bathory.

...et toujours :

Album ou le repos du guerrier 
Le grand pardon

mardi 6 mars 2007

Ad Vacuum - Intimacy : vers un vide pourtant bien rempli...

Je pensais d'abord faire, avant l'après-midi studieuse qui m'attend à la B.U. (j'ai du Cannibal Corpse dans le lecteur mp3, je suis armé), une chronique du dernier Manowar. J'aurais même pu disserter sur l'état de santé mentale décidément préoccupant de l'ami Mustaine, qui vient de ré-enregistrer À Tout Le Monde avec miss Scabbia. Et finalement j'ai changé d'avis : plutôt que de gaspiller de l'encre numérique, tentons de faire rimer « essentiel » avec « confidentiel ». Et attardons-nous sur le troisième Ad Vacuum, Intimacy, faisant suite à Vertigo et Sweet Sour. Alors certes, ce focus sera du coup beaucoup moins lu que s'il s'était borné à décrire les slips glabres et les torses velus (ou vice et versa !) des « hommes de guerre ». Mais merde, récompensons le talent lorsqu'il se présente à nous de la meilleure des façons : en en parlant. Ad Vacuum propose un rock atmosphérique éthéré, se nourrissant d'influences diverses, allant des ténors de la scène metal / goth à la guitare folk / classique, en passant par une world music sombre évoquant parfois Dead Can Dance. Je pourrais faire mon Vincent Delerm et me risquer à un exercice de name-dropping (Tiamat, The Gathering ou encore Lacrimosa - écoutez la fin de Down), mais il est difficile de raccrocher Ad Vacuum à un genre précis sans limiter de façon létale son inspiration. Il est par ailleurs évident que les mentors du groupe sont pour certains des artistes que je ne connais pas ou peu. Le large spectre musical est donc un gage de surprise pour l'auditeur tout au long d'un album racé qui finit par mourir, à l'occasion de Saudavel, en une délicate bossa-nova.

Bien qu'Intimacy n'entretienne finalement que très peu de rapport au genre « d'origine » des musiciens de Ad Vacuum, à savoir le metal tendance extrême, de rares mais d'autant plus efficaces incursions métalliques viennent hanter la triste beauté acoustique de ces pièces... Incursions certes saturées mais demeurant extrêmement mélodiques (*), et qui sont un peu à Ad Vacuum ce que les démons de l'ancien monde sont à nous : le spectre d'un passé dont Ad Vacuum a besoin pour voir son avenir. Vu l'excellence et l'exquise beauté de ces passages, on se prend à fantasmer qu'Ad Vacuum accouche un jour d'un album foncièrement metal ! Il suffit d'écouter les bijoux que sont I'll slowly hate you ou encore Down dont le lyrisme des guitares nous entraîne quelque part entre Yearning et Tristitia - à ne pas confondre avec Tristania. Et si Away évoque l'Anathema récent, l'excellent Softly et son début à la fragrance de cœur de loup convoque directement l'esprit de Moonspell. A ce propos, le chant de Intimacy, dans la plus pure tradition goth, présente occasionnellement un mimétisme troublant avec celui du grand Fernando Ribeiro ! Il est néanmoins réussi, mieux posé que sur Vertigo, et confine parfois au sublime : quelle interprétation magnifique de Ajuda... Ce morceau a beau être une reprise (Madredeus), il est clairement l'un des sommets de l'album.

A l'heure du verdict, la balance de l'actif l'emporte sans coup férir sur le passif : malgré la profusion de références citées - il faut bien situer un groupe méconnu - Ad Vacuum possède un style, une patte personnelle très affirmée, et vient d'accoucher d'un album très pro malgré des moyens qui ne sont pas ceux de Nuclear Blast. Ouvrons le registre des griefs avant d'être accusé d'avoir reçu un chèque avec le cd : on pourra cependant regretter, paradoxalement, la trop grande richesse d'Intimacy : c'est un album très long (dix-sept morceaux !) qui cède parfois, fatalement, à quelques redondances - notamment sur certaines parties acoustiques instrumentales. Mais il vaudra toujours mieux un peu trop de tout que pas assez de rien : voici un grand album qui renferme un talent inversement proportionnel à la faible exposition dont il pâtira forcément. Bravo !

(*) finalement c'est peut-être cette évidence qui résume le mieux Ad Vacuum : un sens de la mélodie hors pair.

Ad Vacuum’s music is bittersweet and sometimes depressed, yet behind those beautifully composed acoustic songs interspersed with more powerful bits you’ll see the light of day. In fact, Ad Vacuum’s Intimacy manages to deal with somber, moody subjects (and I personally see a strong Anathema lyrical filiation) without ever giving it up to the darkest hour. Yet again, this tour-de-force is made possible through the use of nostalgic, yet solar and comfy guitar parts, always offsetting its gothic and sadder side. Ad Vacuum can’t be speak of as a metal band, despite some names coming to mind such as Moonspell, The Gathering, Tiamat – but whatever the fuck it is, it deserves your fullest attention. Do not miss songs such as Away, Softly, Down, nor the absolutely stunning take on Madredeus’ Ajuda. So do you a favour and use your next minute of life to roam Ad Vacuum’s Myspace.

Intimacy (autoproduction, 2007)

01 Entrance
02 Away
03 I will slowly hate you
04 I won't forgive a thing
05 Sleepless
06 Simply
07 Down
08 Less
09 What it seems
10 Softly
11 Tedio
12 Changes
13 Kill the lovely
14 Silver fine
15 Exit
16 Ajuda
17 Saudavel

Le Myspace de Ad Vacuum.

dimanche 30 juillet 2006

Le grand pardon

Certains ne sont jamais contents, et je dois sûrement faire partie de cette espèce vu le peu de considération que je porte à tout ce qu'à fait Moonspell depuis Irreligious... Mais aujourd'hui, c'est le jour du grand pardon. Moonspell, vraisemblablement conscient malgré le succès commercial de se perdre un peu plus à chaque sortie, a rectifié le tir. « A light at the end of the earth », nous hurle Fernando dans Finisterra. Traduction : la bête lusitanienne bouge encore. Memorial est sombre, beau, consistant et cohérent, mais surtout tellurique : cet album semble avoir été véritablement exhumé de l'humus crépusculaire de cette finisterra d'où nos amis nous envoient cette belle preuve de vie. Le metal selon Moonspell, en 2006, navigue entre dark, black, heavy et conserve bien sûr cette âme littéraire dont Ribeiro est l'indiscutable garant. Pilonné en quasi-permanence par une double grosse-caisse au son monstrueusement organique, Memorial regarde le futur tout en conservant le meilleur de son passé. Oubliées, les voix gothiques et toc. Oubliées, les compos bouche-trou, hormis ce Luna un peu trop mièvre. Les amoureux d'Under the Moonspell et de Daemonarch seront aux anges (hum...), et ceux de Wolfheart pourraient bien revenir au bercail - en particulier à l'écoute d'un titre comme Sanguine qui n'aurait pas dépareillé sur ce chef-d'œuvre.

Memorial ne serait pas ce qu'il est sans son producteur : Waldemar Sorychta le magnifique. Présent à tous les niveaux - tenant même la basse (ce qu'il faisait déjà, se murmure-t-il, sur Wolfheart), l'homme a permit de faire de cet album un véritable hommage aux arts métalliques noirs des mid-nineties, rappelant tour à tour les plus grands noms de l'écurie Century Media. Comment ne pas penser à Tiamat à l'écoute de Sons of Earth ou encore à Samael sur le génial Upon the Blood of Men ? Memorial fait aussi une belle révérence à Bathory. Le plus simple pour s'en apercevoir est de parcourir le livret, mais le plus intéressant est d'écouter attentivement la seconde partie de Best Forgotten, sur laquelle plane l'ombre tutélaire du maître Quorthon. Achetons Memorial, disponible depuis un petit moment déjà, et rendons à Moonspell l'honneur qu'il nous fait en proposant un tel album ! Voici un groupe véritablement composé d'artistes et mené par un esthète du metal, qui aura su reconquérir un de ses « vieux » fans. Bien sûr, Memorial n'est pas Wolfheart. Mais il reste essentiel.

Back in the, hum, "cattle" is how I feel when listening to Moonspell’s latest outing, Memorial. Having been disappointed by almost everything the band did after Irreligious, I truly wasn’t expecting anything by now. Well, let me be clear on that point : Memorial is an absolute fuckin’ monster of an album. I just can’t believe how it totally blows me away each time I listen to this friggin’ behemoth. As a matter of fact this blackest monolith is deeply rooted in the colder-than-death dark metal of the nineties, the very one from which Moonspell rose in the first place – no wonder this is Sorychta-produced. Spiriting away many ghostly names of yore and today, such as the Frost, Bathory, Tiamat, and Samael, Memorial is, to this day, Moonspell’s biggest achievement in this part of metal. You’ve been warned : this is occult, dark thrashing death metal, an ill-scented spell not for the faint-hearted. Once again, I just can’t believe it – I’d have never expected such a somber and violent return to form from the foggy wolves.

Memorial (SPV, 2006)

01 In Memoriam
02 Finisterra
03 Memento Mori
04 Sons of Earth
05 Blood Tells
06 Upon the Blood of Men
07 At the Image of Pain
08 Sanguine
09 Proliferation
10 Once It Was Ours !
11 Mare Nostrum
12 Luna
13 Best Forgotten
14 Atlantic (bonus track)


Le Myspace de Moonspell.

samedi 10 décembre 2005

A kind of magic


Waldemar Sorychta est un magicien. Son domaine ? Le son. Le petit plus qui fait que ce mec est un génie ? Assez inexplicable, et pourtant il existe bien une « patte » Sorychta. Il suffit d'écouter les albums qu'il a produits pour s'en convaincre. Pêle-mêle : Wildhoney de Tiamat, Mandylion de The Gathering, Wolfheart et Irreligious de Moonspell, Ceremony of Opposites et Passage de Samael, Amok et Down de Sentenced, A Dead Poem de Rotting Christ... liste non-exhaustive bien sûr. Des albums inspirés, occultes, mystérieux et tout simplement diablement efficaces qui forment le haut du panier en matière de metal des 90's. Les amateurs auront reconnu un autre dénominateur commun à tout ce petit monde, outre Sorychta et le Woodhouse Studio : Century Media. Certes, cette boîte est aujourd'hui un peu décriée et certains de ses poulains les plus prestigieux ont quitté l'écurie avec pertes et fracas. Mais Century Media aura permis à tous ces groupes d'enfanter de leurs meilleurs opus sous la houlette de ce maître-producteur. Avant Tägtgren et ses Abyss Studios, avant Nordström et le Fredman, ce mec avait tout compris au son qu'il fallait donner à cette génération montante, agressive et avant-gardiste (pendant ce temps-là le metal plus traditionnel et le « hard rock » se cassaient joliment la gueule : les mid-nineties auront vraiment été les années glorieuses des sous-genres plus « durs » ou plus originaux, pas encore étouffés dans l'œuf par le téléchargement et la surpopulation).

A l'instar de son collègue Dan Swanö, autre producteur de génie de l'époque (combien de classiques sont sortis du Unisound ?), Sorychta avait cette dimension maïeutique en cela qu'il a su faire accoucher ces groupes des albums susnommés, tous indispensables. Des producteurs sachant faire un « gros son », ça court les rues. Des producteurs sachant insuffler dans leurs travaux cette magie que possédait Sorychta sans pour autant vampiriser la personnalité des « patients », franchement c'est bien plus rare et pour ma part je n'en connais pas d'autre. Ne surtout pas louper les rééditions de Ceremony of Opposites (enrichi de l'EP Rebellion, voir la note Le mouvement perpétuel), de Amok (plus l'EP Love & Death), et de Mandylion ! Pour finir ajoutons que Sorychta est un artiste complet qui donne aussi dans l'illustration et la peinture, et qui sort ponctuellement des albums en tant que guitariste au sein du groupe de thrash Grip Inc. (éternel second couteau plutôt intéressant dont le principal titre de noblesse est de compter un certain Dave Lombardo dans ses rangs).

I just can’t get enough of Mr. Sorychta’s productions. Not surprising for a worshipper of the towering darkness of the ‘90s (Tiamat, Moonspell, Samael, Rotting Christ…), uh ? One can’t ignore the fact that all those now-classic, Sorychta-produced bands where part of the Century Media roster – where would be dark, gothic-tinged metal today without CM ? What I call “Sorychta’s magic touch” is his ability to preserve each band's personality, without ever phagocytizing it – the man respectfully stayed in the arty darkness of him while allowing bands like Moonspell to bloom the way they were meant to. As not only a gifted producer, but also a musician, Mr. Sorychta plays along Dave Lombardo in Grip Inc., a pissed-off “europamerican” thrash act !

Le site de Waldemar Sorychta.