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mercredi 11 avril 2007

Tempus Fugit - Songs in the Distant : mets des fleurs dans ta tête (de mort)

Après un premier cd-r qui m'avait surtout marqué par sa sublime pochette (Dalí ?) que par son contenu, me voici donc en train de chroniquer la seconde démo - quasi premier album - de ce groupe massivement central. Et le moins que l'on puisse dire est que depuis Tempus Fugit, paru en 2004, et l'adjonction d'une nouvelle et fichtrement douée chanteuse, la progression est vertigineuse tant ce Songs in the Distant est plaisant ! Trêve d'introduction, passons sur la pochette dont l'hermétisme très arty est inversement proportionnel à l'accessibilité de la musique, et entrons dans le vif du sujet.

Si l'atmosphère acidulée, onirico-féérique, chante et déchante un romantisme tantôt sombre, tantôt lumineux, nous ne sommes pas pour autant - loin s'en faut - dans le rose bonbon : il sera dit que la musique de Tempus Fugit, aussi « légère » semble-t-elle, reste tempérée en permanence par l'ombre noire qu'elle projette derrière elle. Et l'on serait surpris par le background passif ou actuel de certains de ses membres ! Mais que ce soit clair : nous sommes loin du genre habituellement traité dans ici, malgré la joie très divisée de Tempus Fugit (habile lecteur, sauras-tu retrouver le groupe minablement dissimulé dans la phrase précédente ?). Rock éthéré et élégant, flirtant avec une pop exhalant une douce amertume, Songs in the Distant égrène en de jolis arpèges ses notes claires et déliées, survolées par une voix évanescente mais pas évaporée. Le timbre rappelle parfois furieusement celui de Dolores O'Riordan des Cranberries (cf Deaf to the Echoes), et l'on peut même supputer, pour adorer cet album, que les passages les plus calmes et mélancoliques de No Need to Argue ont dû en marquer quelques-un(e)s dans la bande. Ce qui fait tout le délice de ce disque, au-delà de ce chant qui m'a totalement séduit, c'est aussi ce cadre électro-soft ouaté dans lequel il s'exprime. Les quelques rares guitares saturées qui interviennent par ci par là restent très feutrées et sont clairement destinées à muscler un peu le tout, sans pour autant apporter une once d'agression (Softly, emprunté à Ad Vacuum avec bonheur) ; elles ne jurent jamais avec l'homogénéité de l'album dont la grande force est de ne pas se perdre en route malgré de longs interludes instrumentaux... ou plutôt sonores.

Blindé de clins d'œils, volontaires ou non, à toute une contre-culture actuelle (jeux vidéos, cinéma, manga...), Tempus Fugit revendique plus ou moins clairement ses multiples influences et j'irais même jusqu'à dire que la ressemblance entre la onzième piste et le thème du moulin de Ocarina of Time ne peut pas être fortuite (à moins que je ne confonde avec l'un des morceaux de l'OST du Voyage de Chihiro) ! De la même façon, j'avais songé à Kenji Kawai avant même de le voir mentionné sur la jaquette : à l'évidence son influence transparaît dans certaines parties vocales pouvant rappeler - toutes proportions gardées - les sublimes polyphonies des OST de Ghost In the Shell. Inutile de mentionner les quelques passages purement atmosphériques, faits de nappes brumeuses et urbaines et tellement typiques des travaux du maître sur Patlabor ou Avalon... Enfin, et bien que n'intéressant généralement personne (c'est déplorable, mais c'est un autre débat), un mot sur les paroles : sympathiques et sans surprise, elles rappellent l'écriture désabusée d'une Anneke Van Giersbergen - dont la période actuelle de son groupe ne doit pas être inconnue à Tempus Fugit. M'enfin, comme le nombre moyen des lecteurs des paroles est à peu près égal à un, en tenant compte de leur auteur, n'insistons pas !

Songs in the Distant est un superbe album (ou demo), joliment produit malgré des moyens qu'on imagine réduits, preuve en est qu'il a passé brillamment le test de l'autoradio pourri (aussi appelé « j'écoute de la musique dans la 405 de Sheol et ça sonne toujours » ou encore « Rammstein perd son mur du con » ). Un cd qui ne demande qu'un peu d'audace à ses potentiels auditeurs : ça fait aussi du bien de se mettre au vert de temps en temps, de troquer les palm-muting effrénés et les 240 à la noire pour se reposer les tympans entre le dernier Watain et le prochain Mayhem ! Extrêmement plaisant, fréquemment enchanteur. Un groupe à soutenir haut et fort en achetant à prix très modique - quatre euros - cette galette. Un acte qui relève presque du militantisme de guerre, à l'époque du téléchargement massif.

Tempus Fugit is a band requiring your attention – more than ever now that Songs in the Distant has been released. French arty darkened pop, with a pinch of heavenly voices as well as some discreet metal incursions ! So rejoice (well, sort of), and enrolled yourself in the lost divisions of happiness. Highlights would be Softly, of the Ad Vacuum fame (what a superb song… I can’t get enough of it), as well as Deaf to the Echoes or the wheedling opener Cut, Paste And Delete Poetry. Fuck, there’s not only Mayhem in life. I don’t think you need to know anything else – you’re disciplined and obeying by now and heartily, blindly following my advices. You know it’s better that way and makes your life worth it all.

Songs in the Distant (autoproduction, 2007)

01 Cut, paste and delete poetry

02 Softly
03 Deaf to the echoes
04 The velvet cell
05 The tumble dryer song
06 When flesh and nails unite (tout n'est pas si noir version)
07 Choose to end here (remix)

Le site et le Myspace de Tempus Fugit.

mardi 6 mars 2007

Ad Vacuum - Intimacy : vers un vide pourtant bien rempli...

Je pensais d'abord faire, avant l'après-midi studieuse qui m'attend à la B.U. (j'ai du Cannibal Corpse dans le lecteur mp3, je suis armé), une chronique du dernier Manowar. J'aurais même pu disserter sur l'état de santé mentale décidément préoccupant de l'ami Mustaine, qui vient de ré-enregistrer À Tout Le Monde avec miss Scabbia. Et finalement j'ai changé d'avis : plutôt que de gaspiller de l'encre numérique, tentons de faire rimer « essentiel » avec « confidentiel ». Et attardons-nous sur le troisième Ad Vacuum, Intimacy, faisant suite à Vertigo et Sweet Sour. Alors certes, ce focus sera du coup beaucoup moins lu que s'il s'était borné à décrire les slips glabres et les torses velus (ou vice et versa !) des « hommes de guerre ». Mais merde, récompensons le talent lorsqu'il se présente à nous de la meilleure des façons : en en parlant. Ad Vacuum propose un rock atmosphérique éthéré, se nourrissant d'influences diverses, allant des ténors de la scène metal / goth à la guitare folk / classique, en passant par une world music sombre évoquant parfois Dead Can Dance. Je pourrais faire mon Vincent Delerm et me risquer à un exercice de name-dropping (Tiamat, The Gathering ou encore Lacrimosa - écoutez la fin de Down), mais il est difficile de raccrocher Ad Vacuum à un genre précis sans limiter de façon létale son inspiration. Il est par ailleurs évident que les mentors du groupe sont pour certains des artistes que je ne connais pas ou peu. Le large spectre musical est donc un gage de surprise pour l'auditeur tout au long d'un album racé qui finit par mourir, à l'occasion de Saudavel, en une délicate bossa-nova.

Bien qu'Intimacy n'entretienne finalement que très peu de rapport au genre « d'origine » des musiciens de Ad Vacuum, à savoir le metal tendance extrême, de rares mais d'autant plus efficaces incursions métalliques viennent hanter la triste beauté acoustique de ces pièces... Incursions certes saturées mais demeurant extrêmement mélodiques (*), et qui sont un peu à Ad Vacuum ce que les démons de l'ancien monde sont à nous : le spectre d'un passé dont Ad Vacuum a besoin pour voir son avenir. Vu l'excellence et l'exquise beauté de ces passages, on se prend à fantasmer qu'Ad Vacuum accouche un jour d'un album foncièrement metal ! Il suffit d'écouter les bijoux que sont I'll slowly hate you ou encore Down dont le lyrisme des guitares nous entraîne quelque part entre Yearning et Tristitia - à ne pas confondre avec Tristania. Et si Away évoque l'Anathema récent, l'excellent Softly et son début à la fragrance de cœur de loup convoque directement l'esprit de Moonspell. A ce propos, le chant de Intimacy, dans la plus pure tradition goth, présente occasionnellement un mimétisme troublant avec celui du grand Fernando Ribeiro ! Il est néanmoins réussi, mieux posé que sur Vertigo, et confine parfois au sublime : quelle interprétation magnifique de Ajuda... Ce morceau a beau être une reprise (Madredeus), il est clairement l'un des sommets de l'album.

A l'heure du verdict, la balance de l'actif l'emporte sans coup férir sur le passif : malgré la profusion de références citées - il faut bien situer un groupe méconnu - Ad Vacuum possède un style, une patte personnelle très affirmée, et vient d'accoucher d'un album très pro malgré des moyens qui ne sont pas ceux de Nuclear Blast. Ouvrons le registre des griefs avant d'être accusé d'avoir reçu un chèque avec le cd : on pourra cependant regretter, paradoxalement, la trop grande richesse d'Intimacy : c'est un album très long (dix-sept morceaux !) qui cède parfois, fatalement, à quelques redondances - notamment sur certaines parties acoustiques instrumentales. Mais il vaudra toujours mieux un peu trop de tout que pas assez de rien : voici un grand album qui renferme un talent inversement proportionnel à la faible exposition dont il pâtira forcément. Bravo !

(*) finalement c'est peut-être cette évidence qui résume le mieux Ad Vacuum : un sens de la mélodie hors pair.

Ad Vacuum’s music is bittersweet and sometimes depressed, yet behind those beautifully composed acoustic songs interspersed with more powerful bits you’ll see the light of day. In fact, Ad Vacuum’s Intimacy manages to deal with somber, moody subjects (and I personally see a strong Anathema lyrical filiation) without ever giving it up to the darkest hour. Yet again, this tour-de-force is made possible through the use of nostalgic, yet solar and comfy guitar parts, always offsetting its gothic and sadder side. Ad Vacuum can’t be speak of as a metal band, despite some names coming to mind such as Moonspell, The Gathering, Tiamat – but whatever the fuck it is, it deserves your fullest attention. Do not miss songs such as Away, Softly, Down, nor the absolutely stunning take on Madredeus’ Ajuda. So do you a favour and use your next minute of life to roam Ad Vacuum’s Myspace.

Intimacy (autoproduction, 2007)

01 Entrance
02 Away
03 I will slowly hate you
04 I won't forgive a thing
05 Sleepless
06 Simply
07 Down
08 Less
09 What it seems
10 Softly
11 Tedio
12 Changes
13 Kill the lovely
14 Silver fine
15 Exit
16 Ajuda
17 Saudavel

Le Myspace de Ad Vacuum.