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mardi 5 mai 2009

Praeclarum Custodem Ovium Lupum


Photo par Mark Coatsworth

Dead Shape FigureTurisasMoonspell et Cradle of Filth. C'était l'autre soir, du côté de chez votre serviteur, et ça valait le coup. Je n'étais venu que pour les loups, ayant réintégré le troupeau voici quelques années... Ribeiro en bon maître de cérémonie a su se mettre un public très jeune, Cradle of Filth oblige, dans la poche dès Finisterra : Moonspell put dès lors se livrer à une interprétation passionnée de ses classiques récents. Quelques inévitables furent cependant de rigueur, et on aura apprécié la théâtralité de Ribeiro sur Vampiria et sa mythique résolution - ce hurlement féminin strident, auquel le chanteur prête une gestuelle dramatique.

On peut jouer au jeu des matriochkas : je n'étais venu que pour Moonspell. Mais si j'osais, je dirais que je n'étais là, en vérité, que pour entendre Alma Mater, hymne incontournable du dark metal et assurément mon morceau favori du groupe. Cette objectivation de l'âme lusitanienne de Moonspell fut délivrée dans une version dantesque, faisant honneur à toutes ses subtilités... Notamment cette dégradation vocale, à partir de At the moon mountain..., faisant dégringoler la chanson vers un black metal tellurique et païen comme jamais plus Moonspell n'en a fait. Fernando Ribeiro et Pedro Paixão ? Oh non, à cet instant, c'était bien Langsuyar et Neophytus que je voyais... Alma Mater (mal à ma Terre ?) résonna comme une incantation oubliée et interdite, avant de mourir comme la lune aux premières laudes*. Moonspell se laissa aller au tragique d'un Full Moon Madness - véritable Spleen du Loup-Garou - avant de quitter enfin une salle hérissée d'une marée de mano cornuta.

« Ahhh... the children of the night... What a sweet music they make... ». C'est sur cet emprunt à Bram Stoker, éructé d'une voix en provenance directe du trente-sixième dessous des géhennes, que Dani Filth et ses musiciens investissent la scène : une autre histoire qui, bien que beaucoup plus plaisante que ce que j'en attendais, m'a moins intéressée que la précédente. Je ne la raconterai donc pas : lorsque la lune est pleine, on ne voit qu'elle dans le ciel nocturne.

* Laurent Michelland, sort de ce corps !

Portugal once ruled the world, by making itself master of the seven seas... Well, some of its natives still rule my world. Tonight I attended a Moonspell gig, catching 'em on their Night Eternal tour. Well, to say it was worth it is an understatement - from Ribeiro's commanding presence to the exigent setlist, everything as a whole was a must-see, must-hear. Stuck between some skin-bearing, fiddler-wielding folkish fuckers and a bunch of tired vampires, the southern wolves totally stole the show, concluding on a mass-murdering rendition of their best tunes ever : Alma Mater and Full Moon Madness. Aooowww !

vendredi 27 mars 2009

Misère & cordes

Un jour morose de ma première année lycéenne, un vieil ami, D., a changé ma vie sans le savoir. Il ne m'a pas indiqué la sinistre planque du magot des Postiches (Michel l'avait déjà trouvé), ni ne m'a proposé un plan avec la milf qui lui servait de mère, et qui m'affolait. Il m'a simplement tendu une vieille K7 repiquée, sans boîtier et barrée d'un reste d'autocollant ayant jadis servi à l'identifier. « Tiens, ça te plaira peut-être comme t'aime la musique de corbeaux, je sais pas si tu connais ». Sur la bande, First And Last And Always, le premier Sisters Of Mercy. Dire que je l'ai adoré instantanément serait un euphémisme - j'ai écouté First And Last And Always plusieurs fois par jour pendant des mois, notamment dans ce sacré bus 3*. De peur d'altérer cette magie, j'ai longtemps évité de me documenter : pas de photos, pas de paroles si ce n'est celles que je croyais ou voulais entendre**, encore moins de bio à la con qui aurait dissipé la fumée nicotinique embrumant ce poster longtemps accroché au mur. Au fil des ans j'ai acheté l'intégrale de Sisters, des albums que j'aime mais dont aucun ne m'a redonné ce choc originel (et certainement pas les plus saturés - voir à ce sujet Christian Death, qui sombra en succombant à la tentation du metal). Un coup de foudre est la réunion de différents facteurs dont la convergence se nomme alchimie. Sisters m'a fait cet effet-là et j'ai fini par associer pour toujours First And Last... à une période particulière, parfois ingrate, parfois géniale, celle où « l'on erre, un peu par erreur ». Le genre d'album qui devient la bande-son d'une époque personnelle...

Sisters Of Mercy ne pouvait pas échapper à une entrée ici pour la bonne raison que j'aime ce groupe autant que Metallica ou Maiden... Pour respecter ma ligne éditoriale « industrie lourde », cela se fera sous l'angle des reprises metal, le groupe d'Eldritch ayant été fréquemment massacré par nos chevelus préférés (hormis quelques exceptions, force est de constater qu'il est plus souvent question de viol que d'hommage aux sœurs). On commencera par un de mes chouchous, Dan Swanö (Edge of Sanity), qui s'est frotté à Lucretia My Reflection. Malgré une intro bousillée par ce clavier que le bougre affectionne tant, sa version n'est pas mauvaise, proche de ce qu'un Cemetary époque Sundown aurait pu en faire. C'est donc une reprise acceptable que voici, mais préférez-lui cependant Sacrificed (sur The Spectral Sorrows) : l'un des meilleurs morceaux, dans la veine Doctor Jeep, que Sisters n'a... jamais écrit. Lucretia My Reflection étant fréquemment réinterprétée, passons à Kreator. Parue sur une obscure rétrospective, cette version dudit morceau est carrément intéressante. L'identité du Kreator aventureux d'alors (1999) imprime à Lucretia une patte industrielle du meilleur effet - je reste convaincu qu'un groupe allemand politisé ayant vécu la sinistrose berlinoise était ce qui pouvait arriver de mieux à Sisters Of Mercy. Enfin, ne nous attardons pas sur l'atroce version de Warrel Dane, le chanteur que l'on adore ou que l'on déteste : je déteste. Moins affreux que la reprise de Sound of Silence par Nevermore (« Simon & Garfunkel outragés », se serait écrié de Gaulle), ce Lucretia-là n'est vraiment pas terrible.

Passons sur In Extremo, groupe congénitalement malformé et dont il ne faut, par conséquent, rien attendre de la reprise de This Corrosion : le silence se fait devant ce clip plus gay qu'une soirée chez Michou. Si quelqu'un a eu la patience d'attendre la fin, qu'il me dise si oui ou non, Xena a fini par arriver. Après cette atrocité, il est temps de relever le niveau de manière inattendue puisque c'est au tour de Cradle Of Filth, que je ne goûte guère, de rentrer en piste. Étonnante relecture de No Time to Cry, morceau pour lequel j'ai un gros faible. Les anglais maîtrisent l'exercice, et tantôt j'adore (The Fire Still Burns, Sodomy and Lust), tantôt je hais (Hallowed Be Thy Name - remplacer les leads de Murray / Smith par un synthé devrait être puni de mort lente). Passée au mixer de Morticia Adams, la chanson conserve néanmoins sa substantifique moelle : une réussite. Comment ne pas aborder le cas Crematory ? Ce combo aura eu une importance capitale voici une quinzaine d'années, notamment avec le glauque Transmigration, avant de se perdre dans une trajectoire d'étoile fuyante, à l'instar d'Atrocity (on sauvera Awake et Illusions, pierres angulaires du death atmosphérique d'alors ayant, c'est vrai, très mal vieilli). Crematory honora les sœurs via la reprise archiconnue et pompière de Temple of Love, malheureusement dépourvue de sa pêche originale : l'occasion était belle, Temple... étant l'un des morceaux les plus énergiques de Sisters. Andre Matos, ange déchu du micro d'Angra, parlera à plus de monde que Felix Stass. C'est à More qu'il s'est attaqué avec Shaaman, et l'effort est louable : voici une réappropriation qui évite la trahison. Mais rien à faire, dès que j'entends Dédé, j'ai l'impression d'être à Recife en train de siroter une cachaça. Et ce qui sied parfaitement au heavy ensoleillé pour lequel le bougre est connu va, tout de suite, moins bien aux pâles Sisters.

On conclura cet article par l'une des meilleures reprises de Sisters Of Mercy proposée par un groupe de metal - Walk Away par Paradise Lost, trouvable sur l'EP paru à l'époque de Draconian Times. Le matériau de base, particulièrement solide, était tout indiqué pour nos ex-prochains Metallica (c'était alors ainsi que la presse parlait - mal - de Paradise Lost). A croire que Sisters l'avait écrit en pensant à eux. Ultra fidèle, s'intégrant tellement dans le répertoire des Perdus, Walk Away est ici magnifiée par le jeu sombre et acéré de Aedy et Mackintosh : les sœurs se voient traitées, enfin, avec le respect qui leur est dû. Paradise confirmera par la suite son talent pour l'exercice, voir notamment la brillante relecture de Small Town Boy (même si je lui préfère celle de Depressive Age). Si le metal se jette périodiquement sur Sisters Of Mercy comme la vérole sur le bas-clergé, ce n'est donc pas forcément avec une grande réussite... L'enfer est pavé de bonnes intentions. Je m'autorise une digression : comment ne pas citer, même si non metal, la sublime version de Alice par les étranges Celluloide ? L'electro-pop acidulée, froide mais sensuelle des français est encore ce qui va le mieux à Sisters, leur spleen originel étant trop souvent écrasé sous les power-chords de nos barbares préférés.

* L'Express A ou B m'arrangeait moins, d'autant que son plus court trajet ne permettait guère d'écouter plus qu'un Battle In The North.

** Certains comprendront - j'ai encore aujourd'hui l'impression que quelqu'un crie mon prénom, à un moment, dans Omnio (In The Woods) et je n'ai aucune envie de vérifier mon erreur sur metrolyrics.com.


Things sometimes happen that change the life of a grey teenager. Ok, having an unexpected blowjob performed in the back of the classroom by this skinny brunette you thought was a momma’s girl ranks first among said things.To be given your first Sisters Of Mercy record is also a very special moment – maybe some lucky fuckers got to experience these conjointly ! But enough bullshitting, what I’m trying to say is that First And Last And Always really did change my life : at last, another musical current entered my world, opening doors for Christian Death, Joy Division or the more commercial, yet excellent, Cure – Pornography still ranking as one of my all-time favourite records along with First And Last And Always. And I won’t change my barrel of goth for a barrel of fun (you know the fuckin’ song). So why is Sheol babbling about such non-metal, yet darkmongers, are you thinking ? Well, The Sisters Of Mercy have been regularly raped by hairy, axe-wielding motherfuckers such as Dan Swanö, Kreator, Cradle Of Filth, Atrocity, Paradise Lost, etc etc etc. See and hear for yourself by clicking on the links below, but as Pentagram would say, "be forewarned" : for better, for worst…

Lucretia My Reflection par The Sisters of Mercy, par Dan Swanö, par Kreator et par Warrel Dane (où est la basse ?).
This Corrosion par The Sisters of Mercy et par In Extremo (vais).
No Time To Cry par The Sisters of Mercy et par Cradle of Filth.
Temple of Love par The Sisters of Mercy et par Crematory (clip de Jean Rollin).
More par The Sisters of Mercy et par Shaaman.
Walk Away par The Sisters of Mercy et par Paradise Lost.
Alice par The Sisters of Mercy et par Celluloide (Naphtaline EP en libre téléchargement).

jeudi 25 octobre 2007

VULV : le cul(te) est vivant !

On dit que le facteur sonne toujours deux fois, et pourtant je n'ai pas entendu un seul coup de sonnette. Était-ce quelqu'un d'autre ? Toujours est-il que ce matin un méchant colis noir et anonyme se trouvait devant la porte de ma grotte, espérant la main libératrice qui découvrirait son contenu. La mienne. Je n'attendais pourtant rien, et encore moins quelque chose de ce genre ! Les grandes heures du tape trading sont passées, et avec elles s'est envolée une bonne partie de la magie de la découverte. Autrefois l'on attendait avec une délicieuse impatience sa copie de copie de copie de Temple of Offal (1), aujourd'hui on peste parce que le téléchargement du dernier Behemoth n'avance pas assez vite. Mais ceci est une autre histoire... Aussi quelle ne fut pas ma surprise de trouver dans ce colis deux cassettes (!) parées de jaquettes monochromes vintage, ainsi qu'un CD certes plus moderne d'apparence, mais au contenu aussi oldskull que les bandes précitées. Rien de moins que l'intégrale de la carrière turgescente de VULV. Comme dirait HPG (2), « VULV, son vit, son œuvre ».

Passons sur les oripeaux esthétiques de l'affaire - tout au plus dirons-nous que le ramage se rapporte impeccablement au plumage. Une fois mon étonnement passé je glissais l'une de ces cartouches chromatiques dans le seul compartiment encore valide de mon vieux lecteur double-cassette. Celui-là même que j'utilisais il y a quinze ans pour écouter l'enregistrement en vitesse rapide de Ride the Lightning ou de Schizophenia afin de rendre ces deux œuvres encore plus brutales (si quelqu'un pouvait faire l'inverse avec mon Dragonforce, je comprendrais peut-être quelque chose à ce skeud sans être vraiment sûr de le vouloir). Vaginal Black Art et Juicy Hole défilèrent alors, deux bastos de presque-black metal à l'ancienne, tendance Les Tontons Tringleurs. Vicié, vicieux et sérieusement dévissé. Mais attardons-nous surtout sur la giclée la plus récente, la seule en format CD et qui constitue l'actualité immédiate de VULV : Dirty Fingers...

Inutile de tourner autour du pot, cette troisième démo est une décharge black metal « à la papa », la bande originale d'un monde tourmenté par la marmaille dégénérée de Tsathoggua et d'Impaled Nazarene et dans lequel Cradle of Filth et Dimmu Borgir n'auraient jamais existé. Après l'intro de rigueur, caviardée par Katsuni et ses amies, déboule Angry Pussy. Possiblement le meilleur titre avec Fountain of Might, cet hymne early-BM mâtiné de thrash teuton cradingue (pléonasme !) remplit bien son o(ri)ffice : c'est un dépucelage en règle. Fountain of Might est véritablement excellent et particulièrement burzumesque tant dans ses vokills écorchés que dans sa rythmique lancinante. Ce titre meurt dans un final exquis qui n'est pas sans rappeler le Ancient de Cainan Chronicles. Scottish Bitch prend la relève et dépayse avec ses relents keupons, quasi rock 'n' roll. Dans cette étude sociologique consacrée au cœur des demoiselles du Trèfle, force est de constater que celles-ci sont quelque peu piquées aux as et finissent sur le carreau. On espère qu'Avril Laguigne reprendra Scottish Bitch : ça pourrait méchamment le faire. Sukkubus se voit embelli par la participation vocale d'un Type tr[O]p Négatif, précédant une outro au nom ignoblement drôle ! Le coït n'est cependant pas tout à fait interrompu car VULV, animal pas triste, nous gratifie en suce (...) de deux reprises : celle, sérieuse et révérencieuse, de Sorrows of the Moon (Celtic Frost) et celle, inénarrable performance vocale, de J'aime Regarder les Filles (Patrick Coutin, putain).

Les véritables responsables de cette orgie anale-logique ne seront pas démasqués aujourd'hui : se servant de plusieurs épaisseurs de latex pour garder l'anonymat (mais pas la vertu, perdue comme la sagesse depuis longtemps), ces lascars déculottés ne sont pas encore prêts à se décalotter. Qu'importe, retenez simplement que VULV, s'il n'est pas à mettre entre toutes les mains, se met en revanche dans toutes les bouches. En particulier écossaises - et le KVULT devint KILT. Salement vôtre !

(1) m'est avis qu'Absu n'est pas une référence méconnue de l'énigmatique Headfucking Migreich !

(2) Grand Bâtonnier du Barreau

Six-pack doesn’t only refer to a crate of beers nor to your humble servant’s muscular torso – there’s a third meaning to it. But Vulv only refers to harsh, crusty and, fuck me, tasty black metal. Eating your shit, injecting urine in your already decaying venous system and shitting on your grandma’s pink doormat is what you’ll do after listening to this. And oh, you’ll also, in a true Gorgon-esque fashion, “kill your family”. I don’t feel like adding anything to that stupendous description – just know that you’ll find enclosed a cover of one of France’s greatest songs ever made, “J’aime Regarder Les Filles” (which means, “I Want To Fuck You, And Hard With That”). Isn’t that wonderful ? Now open up and say… Ahh ! You dirty motherfucker.

Dirty Fingers (autoproduction, 2007)

01 Introducing the Vulv
02 Angry Pussy
03 Fountain of Might
04 Sukkubus
05 Outreaux
06 Sorrows of the Moon
07 J'aime Regarder les Filles


Le Myspace de VULV.

jeudi 1 mars 2007

Nature morte

Loin des huiles sur toile tapageuses sinon criardes qui ont orné tant de grands albums, du heavy metal vintage des eighties (Riggs, Wilkinson, etc) à sa frange obscure plus récente asphyxiée par les répétitifs travaux des Necrolord, Verwimp, Seagrave et cie ; loin des comiques pochettes photographiées et bigger than life du hard rock américain et ses excès (derrière un cliché de Mötley Crüe ou de Cinderella se cachent quinze sprays de laque, dix pots de gel, et pour les rails de coke, multiplier le nombre de prostituées présentes par le nombre de chicots restant encore accrochés dans la bouche de Mick Mars) ; plus loin encore de ces ignobles jaquettes photoshoppées/stéréotypées qui pullulent actuellement - en particulier l'infographie 3D, véritable catastrophe que l'on devrait réserver exclusivement aux albums présentant aussi peu d'âme que la technique en question (passez-moi les Mnemic)...

...Loin, très loin de tout cela donc, se situe cette pochette intemporelle au charme suranné, reproduisant une bien étrange photographie. Reflétant à merveille le contenu musical de l'œuvre qu'elle habille, cette scène atmosphérique, de laquelle sourd un sentiment diffus d'inquiétude et de malaise, reste avare de ses secrets. Où donc ce cliché a-t-il été pris ? Qui est cette femme, silhouette iconique statufiée pour l'éternité devant cette église dont le glas ouvre l'album ? Autant de questions qui ne méritent aucune réponse : le charme vénéneux de cette photo se suffit à lui-même. Aujourd'hui encore, il demeure mille fois plus impressionnant que les artifices d'une jaquette comme celle de l'excellent Dusk And Her Embrace (Cradle Of Filth), vraisemblablement très inspirée par le visuel de ce premier Black Sabbath. Une réussite totale, vieille de trente-sept ans (!) et dont la puissance évocatrice tient à son extraordinaire pouvoir de suggestion. Ce sont alors les « forces de l'esprit », chères à certains, qui prennent le relai.

« The cataract of darkness forms fully, the long black night begins, yet still, by the lake a young girl waits, unseeing she believes herself unseen, she smiles, faintly at the distant tolling bell, and the still falling rain... »

nota bene : Marcus Keef, auteur du cliché, a longtemps entretenu cette légende qui voudrait qu'aucun personnage n'ait été photographié ce jour-là, cette femme spectrale ne s'étant révélée qu'au stade du développement... Fear !

"The cataract of darkness forms fully, the long black night begins, yet still, by the lake a young girl waits, unseeing she believes herself unseen, she smiles, faintly at the distant tolling bell, and the still falling rain...". I don’t feel like adding anything to this eerie, evocative sentence, except that its profound darkness is more vivid than ever in this Marcus Keef’s Black Sab’ cover. Man, right now I only know two things : this is better than any of today’s over-photoshopped generic metal artwork, and, I never, ever want to see this solitary silhouette in my life ! Ya see, I’m a big boy now (well, sort of…), but it still gives me the fuckin’ creeps.


...et toujours :
Artistiquement vôtre !

samedi 17 février 2007

Hellénique ta mère

Le Christ pourrissant... Avec un tel patronyme, on aura vite compris que la bande à Sakis Tolis, stakhanoviste du black metal depuis bientôt vingt ans, se contrefout de pas mal de choses... et en particulier de ses rapports avec les États-Unis qui lui cherchent bien des poux dans la tête ! Lorsque ce pauvre Mustaine, dieu du metal mais imbécile patenté depuis sa reconversion en born-again christian (c'est très à la mode aux US chez les anciens alcoolos et ça rend deux fois plus con, cf Bush) interdit Rotting Christ de scène à cause de son nom, la réponse du berger à la bergère ne se fait pas attendre : « je me branle de ce que Dave Mustaine pense de Rotting Christ ». Quant à l'énorme pub faite au groupe par l'entremise de jets de vinaigre incontinents d'un sénateur du Congrès (merci au sentencieux Claude Imbert pour la formule), elle a multiplié par cent la popularité du groupe en Amérique, continent majeur pour le metal mais éternel parent pauvre de ses rejetons extrêmes - ces derniers trouvant souvent leurs sources et puisant leur inspiration dans un passé que n'ont pas les States. Bref, Rotting Christ s'en fout et continue de tracer avec une foi de croisé son petit bonhomme de chemin. Fort d'une dizaine d'albums au minimum bons sinon excellents - souvenons-nous de la petite révolution que fut Triarchy of the Lost Lovers à l'époque - Sakis vient d'enfanter d'un nouveau rejeton imparable, au moins pour votre serviteur. La première sortie majeure de 2007.

Pour la chronique à proprement parler de Theogonia, on repassera : beaucoup l'ont déjà faite ou la feront à ma place, il suffit de courir le net. Quoi qu'il en soit, voilà un album fort, racé, soigneusement ouvragé dans cette métallurgie sombre et mystérieuse qui demeure le dénominateur commun des grands groupes grecs. Une scène à part et qui, de Varathron à Necromantia en passant par Nightfall ou Thou Art Lord, exhale un parfum d'occultisme plus qu'aucune autre. Une tendance prophétiquement annoncée par le titre du premier Septic Flesh, Mystic Places of Dawn... Pour en finir, revenons à Theogonia : ce disque éminemment recommandable, brutal et mélodique, est la dernière preuve en date qu'il n'est point besoin d'un orchestre symphonique ni de chœurs wagnériens pour « sonner » plus puissant ou majestueux que n'importe quel récent Dimmu Borgir ou Cradle of Filth. Serait-ce d'ailleurs le sens caché de cette pochette crypto-motörheadienne ? Sans beaucoup de moyens, Lemmy a mis à l'amende tant de groupes énormissimes... Dans cette théogonie (quelle époque épique !), tout le monde en prendra pour son grade : blastbeats d'un côté, accents heavy metal rappelant le sublime A Dead Poem (dix ans déjà !) de l'autre, sans oublier quelques passages traditionnels voire world où l'on pourra chanter les louanges de la feta et communier avec Nana Mouskouri. Le plus gros truc en provenance d'Athènes depuis Demis Roussos.

When you christened (oups…) your band Rotting Christ, you pretty much don’t care what will, nor expect anything, to happen. Though, the future was a golden one for this greek band and much was achieved since its inception nearly 20 years ago. Despite its blasphemous patronym (of which Mustaine is not a fan, even busting the band out of a festival), the artistic quality of Rotting Christ’s works was always a stunning one. Theogonia has just been released and lemme tell ya it’s a true masterpiece. Born of the mythical, mystical greek black metal cauldron (remember Varathron or Necromantia ?), this record is infused with occultism and mysteries of old, and enriched by ethnic instruments and atmospheres while retaining the brutality factor we’re all expecting. In a word, this is top-notch fuckin’ melodic black metal, colourful (yup) and epic, without ever selling itself to current trends. As far as Greece is concerned, this is even bigger than Maria Menounos’ boobs. Worship and obey !


Theogonia (Season of Mist, 2007)

01 Χαος Γενετο (The Sign of Prime Creation)
02 Keravnos Kivernitos
03 Nemecic
04 Enuma Elish
05 Phobos' Synagogue
06 Gaia Tellus
07 Rege Diabolicus
08 He, the Aethyr
09 Helios Hyperion
10 Threnody

Le site et le Myspace de Rotting Christ.

vendredi 2 décembre 2005

L'Empereur Contre-Attaque

Photo - l'une de mes favorites car témoin de la furia adolescente de l'Empereur d'alors - prise en 1993 lors de la tournée avec les vampires de Cradle of Filth. Les norvégiens ouvraient pour les anglais (virez le directeur de casting).

Une bonne année métallique, ça s'évalue en fonction des albums sortis mais aussi au regard des annonces faites au public, certaines plus prometteuses que d'autres. En ce qui concerne le premier paramètre, 2005 aura été un millésime savoureux : quelques véritables chefs-d'œuvre ont paru ces derniers mois. En ce qui me concerne les blockbusters de l'année sont les derniers opus de Gojira, Destruction, Annihilator et Helloween (en gros 2005 est un remake de Papy fait de la résistance, si l'on exclut les jeunes français). Le second paramètre permettant de juger de l'intérêt de l'année, c'est donc son cortège de news. Et pour moi, incontestablement, l'événement c'est l'annonce du Retour du Roi, que l'on pourrait sous-titrer l'Empire Contre-Attaque. Bref, tout le monde a compris : l'ombre de l'Empereur s'étend à nouveau au-dessus du monde métallique, le monarque semble prêt à reprendre une couronne dont personne n'a été véritablement digne depuis son auto-sabordement. Et gageons qu'il le fera par la force ! Les shows récents semblent avoir ranimer la flamme : Ihsahn, Trym et Samoth pourraient bien revenir avec un album sous le bras avant qu'on n'ait le temps de dire « ouf ».

Alors quoi ? C'est un parjure ? Un défi ? Une erreur qu'il faudra commettre pour être réalisée ? C'est vrai que cette annonce semble plutôt incongrue... Emperor s'était retiré des affaires avec une classe seulement égalée par Immortal, entité ayant splittée elle-aussi au faîte de son excellence artistique. Deux groupes souffrant si peu la médiocrité, qu'ils ont préféré mettre un terme à leur carrière avant de commettre un éventuel faux-pas. Désormais l'attente succède à l'incrédulité et pour être tout à fait franc cette décision est un peu décevante question « attitude » : c'était si parfait de finir ainsi ! D'un autre côté un groupe aussi unique et intelligent ne pouvait pas avoir tout dit en si peu d'albums... à moins de se perdre ? Et le dernier chapitre - plus un album solo d'Ihsahn qu'un véritable Emperor - était si abscons, si dense, si impénétrable... qu'après tout il suggérait qu'un jour, les pièces manquantes au mystère Emperor seraient ajoutées. Et ce jour semble se concrétiser.

En tout cas si album il y a, ce n'est pas non plus pour demain : laissons d'abord l'Empereur se recomposer puis se réinventer. Espérons seulement qu'Ihsahn et Samoth nous préparent une troisième phase de carrière encore plus géniale que la deuxième (je mets délibérément de côté la première : la période 91-94 est indétrônable et l'Album de Black Metal Ultime s'appelle, pour encore de nombreux éons, In The Nightside Eclipse). Énigme à cent balles : comment faire mieux que Thus Spake the Nightspirit ou With Strenght I Burn ? Pour l'instant, ne je vois pas. Long live the mighty Emperor !

2005 was a good millesime for metal : I never thought I would fall in love with Gojira’s From Mars to Sirius, but this record’s a milestone in death metal history (as well as the long-awaited second coming of French death metal since the heydays of personal favorite Loudblast). Helloween and Destruction did put out pretty decent albums too, as well as Annihilator, ready to take over the world a second time – well, maybe. But isn’t the most important momentum of the year the return of fuckin’ Emperor ? Recent gigs went very well it seems, so why not imagine the mighty horde releasing a new album ? To tell the truth, I’m not so sure that would be a truly brilliant idea : the band’s split was a classy one, only matched by Immortal’s. Why the return now ? On the other hand, Prometheus remains so hermetic today – don’t you think it screams for a heir to be enthroned a second time ? But hey… if Emperor is ever likely to put out another release, how would it top Nightside Eclipse or Anthems to the Welkin – and is it only possible ?