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vendredi 10 juin 2011

Offenders Of The Faith (In Solitude, Portrait)

Putain. Enfin du bon heavy metal, du vrai, pas du happy meal (pun intended), mais du tout grim et frostbitten, avec des toiles d’araignées dans les coins et des relents de poussière de grimoire entre les cordes. Du bon vieux heavy européen donc, ce qui fera plaisir à tous, car nous venons tous de là… enfin, venions, car il semble qu'aujourd'hui certains p'tits jeunes ratent quelques étapes essentielles, tombant directement de l'arbre : résultat, un ADN incomplet. Pauvres de nous.

J'en reviens à mes croix renversées et à mes hurlements en falsetto : Portrait et In Solitude, suédois affichant une évidente parenté avec Mercyful Fate, Diamond Head, Iron Maiden et Judas Priest - voir à ce titre les vocaux du premier In Solitude - ont beau manier l'art des guitares harmonisées comme personne depuis Didier Demajean et Stéphane Dumont, ce sont aussi des groupes qui fraient avec Watain et consort dans l’attitude, dans le son (Necromorbus Studio pour Portrait, production signée Fred Estby pour In Solitude), et sur scène (cf les faux airs de Dead que l'on trouvera parfois à Pelle Ahman. Et ne lui offrez pas de hamster, car pour lui, un hamster, c'est un collier). Un bon bol d’air frais si j'ose dire, venant d’un genre pourtant archi-rebattu.

Achetez les versions vinyles, allumez un cierge aux quatre coins de votre chambre, et répétez avec moi : thou whom they call the desolate one / Thy face we need not see, for thy presence is yet so clear... Écoutez-Le, Lui et Sa parole : Portrait et In Solitude sont Ses nouveaux prophètes.

The World. The Flesh. The Devil (In Solitude, 2011) et Crimen Laesae Majestatis Divinae (Portrait, 2011) sont actuellement disponibles chez Metal Blade.

You know what's so great about fookin' 'eavy metal ? Well, like Jesus, or motherfuckin' Rasputin, you can't kill it. You're sure to be done with it, you swore to the Ancient Ones that you'll never hear again a single Rhapsody track in your life, and whoops !, next thing you know, here you are, sitting on your bed with Portrait and In Solitude's last LPs in front of you, reading goofy lyrics while listening to the arcanic heavy metal storm raging from your stereo. Gosh, I feel like I'm fifteen again. As sure as Rhapsody is shit, Portrait and In Solitude ist krieg, so worship and obey.

Le Myspace de In Solitude.
Le site et le Myspace de Portrait.

samedi 16 avril 2011

Un feu qui brûle toujours

Froid, d'un impersonnel normalisé seyant si bien à l'iconographie crypto-fasciste qui fait fureur aujourd'hui dans le graphisme, le masque à gaz est un objet (bientôt de tous les jours, j'en suis sûr) trop récupéré : jeux vidéos, films, BD, couvertures de bouquins et, par dizaines, jaquettes d'albums médiocres... n'en jetez plus, la coupe est pleine. Alors certes, son usage est parfois brillant - les Cerbères de Jin-Roh et les cédénazis de la franchise Killzone en sont un exemple. Reste qu'hormis sur la tête d'un poilu en 1917, le masque à gaz n'est jamais si bien porté que par Knarrenheinz, la géniale mascotte de Sodom. Votre serviteur n'a pas l'envie, ni vous l'heur, de vous infliger un article chiant développant in extenso la carrière de ces panses à bière ultra-rhénanes, mais Sodom, le groupe, est bien l'objet de cette notule et plus spécifiquement l'excellent documentaire Lords Of Depravity. Plusieurs heures au programme, réunies sur quatre DVD bourrés jusqu'à la gueule comme une bombe sale l'est de clous.

Exception faite des parties live (une compilation bien torchée sur le premier volume, l'intégralité du concert de Wacken 2007 sur le second), Lords Of Depravity est avant tout l'histoire de Tom Angelripper, et en filigrane celle d'une certaine working class... Celle qui cherche à tout prix à s'extirper, échapper à son sort, forcer son destin prévisible : la mine pour Sodom, les fonderies pour Judas Priest, l'usine Volkswagen pour Protector... A travers l’épopée de Sodom, c'est en contrepoint la mythologie du metal qui est contée ici. Pour nombre de metalheads élevés, maintenant, à bien d'autres sources que celles des pères fondateurs, Sodom est peut-être un petit groupe bruitiste de has, ou pire, never been, mais rien n'est moins vrai et c'est bien l'impossible qu'ils ont accompli : grand moment que celui ou Bogg Kopec, gros chat repu fondateur de Drakkar Productions, raconte avec la malice d'un gamin ravi du sale tour qu'il vient de jouer comment Sodom a explosé le top 50 allemand avec Agent Orange. Pour continuer sur le thème de la working class, on notera avec intérêt qu'après avoir quitté Sodom Monsieur Grave Violator (ne cherchez pas : Sodom a toujours eu les pseudos les plus cool que tous ceux que vous pourrez trouver) joua l'un des rôles principaux dans Verlierer, un film générationnel aujourd'hui culte, traitant des jeunes apaches d'alors (et des bandes de skins avec qui ils se cognaient, il me semble que Grave Violator est d'origine turque mais que l'on me détrompe si ce n'est le cas).

Un très grand documentaire sur lequel je n'ajouterai rien de plus, sachez seulement qu'il tient toutes les promesses annoncées dès son ouverture à base de vieilles photographies noir et blanc illustrant la sinistre Ruhr industrielle et... métallique. De quoi se réconcilier avec ces putain d'allemands, finalement, même si c'est toujours eux qu'ont commencé.

Ok, let's be short for once : Sodom's double-boxed rockumentary Lords Of Depravity (Part I and Part II) is a must-have for all sodomaniacs around. Smart-minded Tom Angelripper will grace you with his wits and tales of high adventure so that you'll soon join the cult (if not a member already). It won't hurt, as Sodom refers to the city and not to the game you used to play with your cousin.


...et toujours :
Killed by death !

mercredi 22 décembre 2010

Stade terminal pour 2010

Qu’on le veuille ou non le metal, musique populaire au sens premier du terme, est fortement marqué par, sinon teinté de christianisme – un fait avéré à chaque Noël. Il suffit de constater année après année les conneries d’initiatives genre « Rob Halford Chante Le Père Noël » (cette année je crois que c’est Udo qui s’y colle), ou de remarquer dans les bacs le énième album du Trans-Siberian Orchestra concurrençant Jack Lantier sur ses terres. J’avais moi-même pensé à mettre à l’occasion de chaque dimanche de l’Avent une notule anecdotique relative à cette célébration – en commençant par cette interview nostalgique du Priest narrant comment le groupe, dans ses débuts fauchés, avait arrêté son tour-bus minable en pleine autoroute pour aller couper un sapin aperçu derrière la bande d’arrêt d’urgence, tout miteux et grisé par les dépôts de gaz d’échappement. Cet arbre une fois décoré – on ne sait comment - avait permis aux musiciens de se réchauffer un peu le cœur (toujours utile, à la veille de conquérir le monde). Mais bref, je n’ai pas eu le temps de faire ces quatre articles et on se contentera donc d’un petit récapitulatif d’une autrement triste année (Dio, Steele, Palomäki…).

Artistiquement et selon votre serviteur 2010 a été écrasé par deux albums ayant explosé à vue toute concurrence. Triptykon d’abord ; Eparistera Daimones couronnant un come back (Tom G. Fischer) comme on en a peu vu depuis celui de De Gaulle en cinquante-huit. Plus que la survivance d’un Celtic Frost, Tritptykon est avant tout la troisième incarnation de Hellhammer et le capitaine de ce corbillard sonique prouve que tout le pouvoir créateur de ses précédents groupes lui appartenait – à lui seul. En revanche je suis beaucoup plus circonspect sur l’EP « de compagnonnage » paru récemment et espère que cela ne deviendra pas un gimmick commercial puisqu’une telle sortie était déjà prévue pour compléter (sic) Monotheist. La seconde sortie de l’année, c’est bien sûr l’extraordinaire Lawless Darkness de Watain, où comment ouvrager un black metal hautement esthétisant sans lui concéder cette odeur d’humus de cimetière, ni la laideur contrefaite originale de cette musique – un paradoxe donc comme l’est tout grand album de black metal. Et quelle violence mes aïeux ! Violence dont la bonne production n’est pas la seule responsable (cache-misère trop fréquent), non, ce sont bien les compositions qui « élèvent » Watain à ce nouveau degré d’extrémisme.

Voilà pour 2010 – vous noterez l’implémentation sur cette nouvelle formule d’un lecteur de musique qui devrait, à l’heure où j’écris, fonctionner un peu mieux que l’estomac de Bret Michaels.

Wow, is 2010 already gone ? Almost it seems – and what a short year it was, wasn’t it ? It was also a sad one, punctuated by multiple “departures from the mortal”, as Marduk would put it. Ah, let’s get away with it – spirit of the dead outlives memories of the mortal. Artistically speaking 2010 will be remembered, that’s for sure, as Triptykon and Watain both have released critically acclaimed, astonishing works of fury and hell in Eparistera Daimones and Lawless Darkness : occult and heavy as fuck will be my last comment on these. Ya have to read French for more ! Bye bye, so long.

mercredi 20 mai 2009

Un passé qui ne passe pas

Signe des temps pas fameux ? Avatar du phénomène gloubiboulga appliqué au metal, pourtant déjà assez régressif pour ne pas en rajouter une louche ? Ou triste constat symptomatique d'une vérité : la scène serait si chiante en ce moment, qu'entre deux productions formatées chez Andy Schnaps et trois pochettes photoshoppées montrant un putain de marmot sous un ciel apocalyptique (This Godless Endeavour aura fait quelques émules), rien ne serait meilleur que de se réfugier dans ce que l'on sait être toujours aussi bon - et je ne parle pas de votre copine ? Toujours est-il que la dernière mode est à l'exécution intégrale de Ton Album Culte sur scène. Après Slayer et Reign In Blood, Metallica et Master Of Puppets, Mötley Crüe et Dr. Feelgood, et quelques autres que j'oublie, c'est Aerosmith, Judas Priest et Forbidden qui « menacent » de jouer intégralement et respectivement Toys in the Attic, British Steel et le grand Twisted Into Form pendant leurs prochaines tournées. Quant à Testament, c'est par le biais d'un sondage que leurs légions d'héritiers (réfléchissez, ce n'est pas dur) sont appelés à entériner une setlist exhumée de The Legacy et The New Order.

Pas bien convaincu par ce genre d'initiatives, un peu du même tonneau que cette pénible mode qui voit de vieilles gloires ré-enregistrer leurs vieux tubes (chez Andy Schnaps)... En sus d'être un concept assez réducteur et limité, ça laisse perplexe sur l'état actuel - notamment économique - du metal et de ses amateurs bien sûr. Le message n'est pas des meilleurs non plus pour les artistes qui peuvent apparaître comme figés dans une époque et dépendant d'un public purement générationnel... alors que le metal est sensé être l'exact contraire du conservatisme. Personnellement j'échange largement un Angel of Death contre un Flesh Storm. Quoi qu'il en soit, Ton Album Culte joué en entier est certes un bon filon, mais finalement, si peu flatteur. Bien sûr, je me dédierai sans sourciller quand Guns tournera à cinq pour jouer tout Appetite For Destruction, mais ça me paraît peu probable, je soupçonne Steven d'être mort depuis quelques temps - simplement mû par quelque nécromancie le temps de ces occasionnelles téléréalités dans lesquelles il s'exhibe.

It’s a shame, but it seems the latest trend is seeing all our "vieilles gloires" of yore touring in its entirety their cult album. Talkin' 'bout the cash machine... Take Slayer, for example. Ok, I like Reign In Blood as much as you but I won’t mind them playing fuckin’ World Painted Blood from alpha to omega, ‘cause World Painted Blood is the decade’s utmost destructive thrasher coming from this side of the Atlantic (which is the left side for me, remember ? I eat bread every day). Alas, metal these days is plagued with conservatism – thinking of it, another common point with ol’ good Sheol.

mardi 19 juin 2007

Un bon petit diable

J'ai toujours aimé les seconds couteaux du metal, et Annihilator est le second coutal par excellence : le projet solo de Jeff Waters n'a jamais accédé au statut supérieur malgré sa qualité constante (à part une vraie baisse de forme entre 1996 et 1999), et il est clairement trop tard pour renverser la vapeur... C'est injuste mais c'est comme ça : alors qu'un Enemies of Reality aura permis à Nevermore d'exploser son carcan pour monter au premier plan, cas d'école de l'album providentiel pour booster une carrière, le nom d'Annihilator n'a jamais été assez vendeur pour les grosses couvertures médiatiques. Pas de masques, pas de maquillage, quelques polémiques ridicules agitées par de tristes ronds-de-cuir qui n'ont jamais compris que ce groupe n'en était pas un... Bref, malgré son très gros succès d'estime (demandez donc à Mustaine ce qu'il pense de cet album), Alice In Hell demeure un essai qui ne sera jamais transformé sur le terrain commercial. Ainsi va la vie, et Annihilator / Jeff Waters semble s'accommoder parfaitement de tout ceci. En témoigne sa position sur l'actuelle tournée de Trivium : ça fait mal au cœur, pour ne pas dire au culte, de voir ce génie ouvrir pour un groupe trendy qui n'a jamais apporté, n'apporte pas et n'apportera rien de significatif au metal. Bon, ok, exposition plus importante, découverte pour le jeune public, bla-bla-bla, je sais tout ça... Revenons au sujet : en 2001, il s'est passé trois choses importantes dans le monde. Une tour est tombée. Une autre tour l'a suivie. Et un peu plus au nord, Annihilator a sorti en catimini Carnival Diablos.

Ce huitième album occupe une place à part dans la disco de Jeff Waters : c'est un peu l'album de la résurrection, son Razor's Edge, son Painkiller ou son Get A Grip, après une traversée du désert peu inspirée et marquée par trois albums réalisés en apnée. À un moment où toute la scène se focalisait sur ses extrêmes, un combo thrash sans prétention et au potentiel vendeur déjà épuisé n'avait aucun espoir d'attirer (à nouveau) l'attention. A fortiori dans un paysage musical atteint de jeunisme forcené, où l'on se foutait comme d'une guigne de l'énième album d'un trentenaire canadien. Et pourtant... Waters, fraîchement épaulé par l'un des guitaristes d'Overkill (ici au micro), a fait le bon choix avec Joe Comeau : sous les dehors bonhommes du rondouillard new-yorkais se cachait un frontman et un hurleur de premier plan... Heavy-thrash hyper puissant, caractérisé comme toujours par l'extrême « crunchitude » des guitares (j'appelle ça le syndrome Flemming Rassmussen : chaque coup de médiator étouffé descend directement à la cave), Carnival Diablos est l'un de ces albums bons du début à la fin. Même au moment de Liquid Oval, qui commence pourtant comme une de ces pénibles ballades heavy metal dont les amerloques ont le secret, mais qui a le bon goût de ne rester qu'un correct instrumental. Quant au reste, carton plein, KO assuré, hold-up sur l'auditeur matraqué par la rifferie stylée, puissante et sans pitié de Jeff... Une bombe. Les anglo-saxons ont un mot intraduisible, pour ce genre de truc : powerhouse. À noter, cet hommage non déguisé à AC/DC où Joe « Bon Scott » Comeau et Jeff « Angus » Waters cassent la baraque au point que Shallow Grave, malgré sa relative jeunesse, s'est hissé instantanément au rang de classique. À souligner également, le plaisir que l'on prend à goûter, derrière une brutalité de façade mais non feinte (BatteredHunter Killer...), l'extrême mélodicité d'Annia. Comme toujours, quoi.

Et de fait, si les deux mamelles de la France selon Sully étaient « labourage et pâturage », celles auxquelles le petit Jeffrey a été sevré sont Maiden et Priest. Le trooper d'Annihilator pourrait aisément s'appeler Epic Of War, tandis que l'excessivement pesant et réussi Time Bomb convoque expressément l'esprit du Prêtre, tendance Metal Gods ou A Touch of Evil. Pour conclure ce petit hommage à un album indispensable à tout amateur ne connaissant pas encore Annihilator, voire ne connaissant que les derniers avec Padden (qui peut braquer par ses tonalités hardcore), je serai bref : Carnival Diablos est une putain de tuerie. Qui crucifie sur place une bonne partie de la jeune garde, si douée soit-elle (des fois). Trivium en sait quelque chose, car si les américains sont excellents sur scène, il semble qu'Annihilator leur fasse la leçon au moins un soir sur deux - en sonnant, au passage, beaucoup plus moderne. Qu'on se le dise !

Despite its blistering first two technical thrash metal attacks (namely Alice In Hell and Never, Neverland), Annihilator has been an underdog for the last two decades. And that’s a fuckin’ shame, an utter disgrace. I just can’t believe Jeff Waters and his capable commando are currently opening (fuck me) for fuckin’ Trivium. Ok, now I’d like you to buy 10 copies of Carnival Diablos, and here’s why you’ll gladly do it after reading Master Me. To begin with, Carnival Diablos is Annihilator’s own Painkiller : a sonic resurrection of an unexpected quality after years under the radar, meaning a vicious heavy-thrash metal attack of unrelenting, melodic violence. Secondly, Carnival Diablos is sung – or screamed – by Joe Fuckin’ Comeau, of the mighty Overkill fame. Joe will pierce your eardrum to crush your very worthless soul (and maybe he will eat you up after that). And in the third place, Carnival Diablos’ artwork is over the top – perfectly matching its overpowering content. What a fuckin’ powerhouse of an album… Still wondering why 10 copies ? Man, after having read that, you know you'll never get enough of Carnival Diablos.

Carnival Diablos (SPV, 2001)

01 Denied
02 The Perfect Virus
03 Battered
04 Carnival Diablos
05 Shallow Grave
06 Time Bomb
07 The Rush
08 Insomniac
09 Liquid Oval
10 Epic Of War
11 Hunter Killer

Le site (Waters est un membre très actif du forum et l'on est sûr d'obtenir une réponse, voire un vrai dialogue de sa part, autant dire que ça change et que ça fait plaisir) et le Myspace d'Annihilator.

...et toujours :
Ne lâche pas ta poupée, Alice !

mardi 13 février 2007

Un lac dans mon rétroviseur...

Il fallait bien le faire un jour car c'était dans l'ordre des choses : ces pages ayant pour seule et unique ambition de relayer ma passion pour le genre « metal » se devait, tôt ou tard, de proposer une notule sur Tales From The Thousand Lakes. J'y ai souvent pensé, mais ces velléités ont toujours été anéanties par la flemme - et aussi la peur de « mal traiter » ce sujet qui me tient particulièrement à cœur. Et finalement... je ne le ferai pas ! Terrorizer s'en est chargé pour moi. Morceaux choisis de cet article signé José Carlos Santos, paru dans la rubrique « Blasts from the past : Terrorizer's guide to classic albums » de l'actuel numéro 154 dudit magazine. Une rubrique qui se divise immuablement en cinq points - une forme très scolaire rattrapée par un réel didactisme :

Pourquoi est-ce un classique ?

Assez conservateur dans son genre, Karelian Isthmus, le premier album d'Amorphis, recelait néanmoins les germes annonciateurs de la maestria à venir du groupe. Malgré ces indices, peu nombreux étaient ceux qui s'attendaient à une oeuvre de cette ampleur : Tales... s'imposa comme rien de moins qu'un hommage monumental à l'héritage culturel de la Finlande, basé sur la saga fondatrice de la nation - le Kalevala (...). Du death metal basique des débuts, Amorphis n'en retint qu'un canevas de base sur lequel le groupe réussit à peindre l'exact état d'esprit que nécessitait chaque chanson (...). Growls alternés avec le chant clair, passages doom mélancoliques se délitant en de délicates mélodies folk avant d'exploser en un climax brutal, tout se tient et est exécuté avec une technique instrumentale virtuose. « Lorsqu'on lui a joué les morceaux, Tomas Skogsberg, le producteur, nous a demandé si notre label était vraiment au courant de ce que nous faisions », se souvient avec humour Esa Holopainen (guitariste et principal compositeur). « Quand on a terminé l'album, on savait qu'on avait pondu quelque chose de spécial. Notre écriture commençait à trahir de nouvelles influences, nous ne savions pas du tout comment le label allait réagir, mais on avait vraiment confiance dans ces chansons » (...).

Quelles sont ses inspirations ?

Indiscutablement, le Kalevala. Chargé en émotions, créativement stimulant, le Kalevala est devenu une source d'inspiration sans fin pour Amorphis, ainsi qu'un véritable trademark. Pas seulement thématique, mais aussi musical : en incorporant un background ethno-folk en tant qu'ingrédient de base de sa musique, Amorphis s'est forgé une identité qui n'appartient à personne d'autre. Le kantele, instrument traditionnel finnois, sera d'ailleurs utilisé pour les albums suivants (...). « Le death metal était jusqu'alors très in-your-face, presque punk, et nous avons commencé à injecter beaucoup plus de mélodies dans tout ça. Nous nous sentions, en tant que musiciens, un peu à la croisée des chemins : de ce carrefour, nous avons suivi la route la moins évidente », poursuit Holopainen. Aussi importants que soient le Kalevala et le folklore pour Tales..., il ne faut pas oublier les influences du rock progressif : les claviers très vintage et les parties de guitares élaborées doivent beaucoup aux seventies, et notamment à Pink Floyd (et Deep Purple ! NdSheol).

Comment a-t-il été reçu à l'époque ?

« Toutes ces réactions nous ont vraiment prises au dépourvu », explique Holopainen. « On n'avait pas d'attentes particulières (...), et voilà que toutes ces critiques dithyrambiques de tous les canards de l'époque nous tombaient dessus » (NdSheol : la valeur n'attendant point le nombre des années, précisons que la moyenne d'âge se situait entre dix-sept et vingt ans). Non seulement Tales From The Thousand Lakes fut un énorme carton pour le groupe (...), mais aussi pour Relapse. Avec plus de cent-mille exemplaires écoulés à sa sortie, il demeure à ce jour le best-seller du label, l'élément qui fit de l'obscur Relapse le géant qu'il est aujourd'hui. Esa précise : « on a fini dans le Top 50 finlandais, ce qui est devenu quasi-systématique de nos jours avec nos groupes de metal... Ce n'était pas aussi évident en 1994 » (NdSheol : sans mentionner le fait que nous ne sommes pas, avec Tales..., au rayon sucreries, loin de là, c'est bien de death metal dont nous parlons !).

Quelle importance la jaquette a-t-elle eue ?

Peinte par Sylvain Bellamare d'après de vagues instructions données par le groupe (« en gros, on savait qu'on voulait du bleu, un lac et un marteau », révèle le guitariste), cette pochette demeure aujourd'hui l'une des plus évocatrices, l'une des plus fortes de l'histoire du metal moderne. Peu d'illustrations parviennent à rendre avec autant d'acuité l'âme de l'album qu'elles ornent, à refléter à ce point sa musique - et inversement (...). Simple question : depuis 1994, combien d'autres pochettes se sont « inspirées » de celle-ci ?

A quel point s'est-il révélé influent pour la scène ?

L'impact qu'a eu Tales... est énorme à plus d'un titre. Amorphis y gagna une stature mondiale (...) et le metal finlandais en bénéficia comme d'un coup d'envoi, un starter, et c'est ainsi que les échos de Tales... y sont clairement perceptibles un peu partout, de Children of Bodom à Moonsorrow en passant par Kalmah ou autre Norther (...). Par-dessus tout, Tales... défiait frontalement l'orthodoxie du death metal et a ouvert la voie de l'exploration ethnique à un nombre incalculable de formations. Ce fut, finalement, l'un des fers-de-lance du mouvement de redéfinition artistique du genre, dans le milieu des 90's, aux côtés d'Opeth ou d'Arcturus. Un mouvement qui ouvrit les vannes à de nouvelles influences, atypiques, amenées par des artistes toujours plus créatifs.

(José Carlos Santos, traduction commentée de votre serviteur)

Que dire de plus ? Un article globalement juste, rendant bien compte de l'impact énorme de cet album en son temps. En revanche l'aspect folk, « ethnique » même, de l'affaire, me parait un peu exagéré ou du moins prématuré : ce n'est réellement qu'à partir du fabuleux Elegy (1996, Nuclear Blast) qu'Amorphis laissa parler le côté folk qui sommeillait en lui. Concernant l'influence de Tales From The Thousand Lakes sur ses compatriotes, elle est plus tangible que jamais, et j'y rajouterai les noms d'Insomnium, de Searing Meadow, d'Ensiferum... Un album fondateur et indispensable au même titre, toutes proportions gardées, que n'importe quelle galette de Metallica, de Maiden ou de Priest. Petite précision concernant la fin de l'article : attention à ne pas oublier les discrets mais géniaux In The Woods, largement aussi aventureux et avant-gardistes qu'Opeth et Arcturus ! Dernière chose, il faut bien comprendre que l'aspect folk d'Amorphis est tout sauf « gadget », personnellement mettre en avant ce type de particularité me fait plutôt fuir tant la scène folk est boursouflée aujourd'hui... Point question ici de guignols foutant de l'accordéon n'importe comment et n'importe où pour le simple plaisir de pouvoir l'écrire dans le livret - d'ailleurs y'a jamais eu d'accordéon chez les Amorphes ! Avant tout, avant même d'être un groupe de metal, Amorphis est juste un monstrueux groupe de rock, que l'amour du Kalevala n'empêche pas de reprendre du Hawkwind ou du Doors à l'occasion.

As you faithful reader already know, I love Amorphis’ Tales From the Thousand Lakes to death. Distinguished monthly metal compendium Terrorizer features a lengthy article about it in its current issue. I must say José Carlos Santos did a pretty good job here and I allowed myself to quote some of his prose. In French, yup. And if you’re lost in translation, well – read it in its extensive form and original language in issue #154 of said magazine. Either way, listen to Tales From the Thousand Lakes : each time you do it, you’re saving ten fuckin’ baby seals. Oh, you didn’t knew it ?

Le site et le Myspace d'Amorphis.

...et toujours :
Amorphis emmerde Darwin...
La fin de l'éclipse ?

mardi 3 janvier 2006

La connerie n'a pas de limite

Judas is rising (à nouveau)... mais le Prêtre n'a pas toujours été intouchable et il lui est arrivé de vaciller dangereusement sur ses fondations. En 1985, un fait divers effroyable plonge le groupe dans un enfer qui durera cinq longues années : deux adolescents fans du groupe se tirent une balle dans la tête après avoir écouté en boucle un album de leurs idoles. Le carnage est complet, l'arme utilisée étant un fusil à pompe à canon scié (douce Amérique...). Le premier meurt sur le coup, la tête volatilisée. Le second, malheureusement, survit trois longues années avec la moitié du visage soufflée comme un pop-corn avant de décéder d'une overdose médicamenteuse très certainement suicidaire. Les familles des deux morts attaquent Judas Priest en justice : il est si tentant de faire porter le chapeau à un groupe de heavy metal. Bref, l'album Stained Class - excellent au demeurant - dissimulerait des messages subliminaux incitant ses auditeurs à en finir avec l'existence. Messages subliminaux que l'on entendrait en faisant passer le disque à l'envers. Bon sang, mais c'est bien sûr, il est notoirement connu que les amateurs de musique aiment à écouter leurs galettes préférées... à rebours !

C'est un groupe uni, solidaire mais surtout dévasté par ce drame qui se présente au procès où il impressionnera la cour de par sa grande humilité et sa volonté de faire la lumière sur les véritables causes de cette tragédie. James Vance et Ray Belknap provenaient tous deux de foyers brisés, ruinés par la bêtise crasse, l'alcool, le chômage et au sein desquels ils étaient au mieux ignorés et méprisés, au pire maltraités. Halford se fendit d'un laconique « si nous avions mis un message subliminal dans notre album, il aurait incité nos auditeurs à acheter plus de disques de Judas Priest ; un message comme "Do it, Do it" étant pour le moins contre-productif ». Et le Metal God de rendre un vibrant hommage aux suicidés tout en stigmatisant les véritables coupables. « Ces deux jeunes gens ont perdu la vie en raison de leur engagement sur les chemins de la drogue et de l'alcool, vraisemblablement induit par les dysfonctionnements de l'unité familiale dans laquelle on ne leur réservait ni place ni attention. Ce procès n'est qu'une tentative de déplacer les responsabilités. Les victimes menaient une vie triste, pathétique, au moins leur avons-nous donné un peu de plaisir avec notre musique et j'en suis fier ».

Judas Priest gagna ce honteux procès en août 1990, lavé de toute accusation. Halford déclara « c'est un grand jour pour Judas Priest - plus encore, un grand jour pour les artistes de toute l'Amérique. Il était important que nous soyons là pour nous battre pour nous et notre musique, et dans une certaine mesure, pour les valeurs de la Constitution Américaine, ce qui est un peu ironique pour quatre anglais ». Le jugement, favorable à 100% au groupe, a désormais force juridique et c'est ainsi qu'il existe aux USA une « jurisprudence Judas Priest » relative au fameux et sacro-saint Premier Amendement. Un documentaire remarquable a été réalisé sur cette affaire, intitulé Dream Deceivers. Cette terrible épreuve reste le pire moment de la carrière du groupe, et plantera les graines d'une discorde qui aboutira au départ de Rob Halford, particulièrement affecté. On comprend mieux pourquoi l'album Painkiller, sorti à l'issu de cette histoire sordide, est aussi violent, vindicatif et énervé. De la rage, le groupe en avait accumulé, en cinq ans. Le slogan publicitaire accompagnant la parution de ce fameux « Tueur des Souffrances » ? Je vous le donne en mille : « A L'ENDROIT OU A L'ENVERS, PAINKILLER TUE ! »

What a horrendous case is the Vance Vs. Priest one. Everyone by now knows the facts related to young lads James Vance and Ray Belknap – their suicide pact, their love of the mighty Priest, and their broken houses’ background. Following the suicide of Belknap and the gorish, attempted one of Vance, Priest was taken to court and had to defend itself, heavy metal and its right of expression against what I would call the worst part of America. In a pathetic alla cappella attempt by Rob Halford to demonstrate the ridiculousness of pursuing a case that has no existing evidence (alleged reverse subliminal messages contained in Stained Class), the court finally settled in favor of Priest. I still can’t believe, to this day, how far it went – man, I do feel like Judas was the musical scapegoat of "moral" America (remember PMRC ?). Please do you a favour : watch the high-profile documentary Dream Deceivers, an account of these events praised by The New Yorker ("Dream Deceivers provides a nightmare glimpse into America's spiritual drought and the way people fill that void with diametrically opposed faiths... It is ghoulish Americana that makes fictions such as Blue Velvet and Wild At Heart seem like Mother care ads"). Ok now, here comes the best part : when Painkiller was released, its original tagline was "backwards or forwards, Painkiller kills" – which is absolutely fuckin’ true. Now, rewind !

dimanche 20 novembre 2005

Heureusement qu'on se faisait ch**r dans les centres de jeunesse allemands !

« Le groupe a commencé en 1982 comme un simple hobby. C'était ça ou passer notre temps à traîner dans les MJC. Aucun d'entre nous n'avait jamais eu l'ambition de réaliser un jour un album, et quand nous ne jouions pas nos chansons aux titres fameux comme Shoot them in the head, Shellshock ou Heavy Metal Fight, nous reprenions du Priest, Venom ou Twisted Sister. A un moment, nous faisions même Born To Be Wild de Steppenwolf. Notre version était atroce, mais je me souviens de ce biker qui l'avait vraiment appréciée lorsque nous avions joué à Velbert en première partie de Living Death, en 1984 - le premier concert officiel de Tormentor. Nous écoutions tous Mercyful Fate, et Ventor était ouvertement sous l'influence du King dans le morceau Armies of Hell extrait de notre première démo - End of the World (en fait, c'était plus précisément notre seconde démo, si vous comptez comme telle la Blitzkrieg tape enregistrée sur un transistor Woolworth dans la salle de répétition).

Le tape-trading était alors un vrai phénomène dans l'underground metal, et j'avais envoyé quelques démos à mes correspondants en échange d'un nouveau bootleg live de Raven et de quelques démos de black metal sud-américain. Stoney, qui a toujours été un peu un membre officieux du groupe, avait beaucoup aimé la démo de Tormentor et décida d'en faire deux copies pour les envoyer à SPV et à Noise Records. Étant perfectionniste et prompt à l'autocritique, je n'avais pas vraiment apprécié cette initiative car je pensais que nous devrions attendre d'avoir de meilleurs morceaux... Mais Stoney se ramena un jour avec une lettre de Karl Walterbach, le président de Noise Records, qui disait vouloir entendre plus de matériel car il pensait nous signer. Quelques-uns de mes groupes favoris comme Slime, Hellhammer et Celtic Frost étaient sur Noise/AGR, j'étais donc très excité à l'idée d'enregistrer un album pour cette compagnie (même si nous n'avions que six morceaux). Après quelques intenses séances de composition, une organisation digne d'un casse-tête chinois (aucun d'entre nous n'avait dix-huit ans, donc pas de permis, et le studio était à Berlin - j'ai dû demander au mari d'une cousine de nous emmener là-bas, entassés avec nos instruments dans son van), et d'interminables discussions avec les profs visant à leur expliquer qu'enregistrer un album était plus important qu'une interro d'histoire, nous sommes finalement arrivés aux CAT studios sans la moindre foutue idée de ce qui nous attendait... mais avec dix morceaux.

Durant la session, Walterbach nous dît qu'il fallait que nous changions notre nom : il existait déjà un autre Tormentor. Nous finîmes par choisir Kreator. Pour nous, être en studio et enregistrer un album, c'était totalement hallucinant et génial... Nous ne pensions même pas à l'éventualité d'un second album. Mais Endless Pain fut particulièrement bien reçu par la planète metal, et Walterbach nous rappela huit mois plus tard pour faire un autre album. Mais ceci est une autre histoire... »


Mille Petrozza, commentaire intégré à la réédition de Endless Pain (Noise, 2000).


"The band started as some kind of spare time fun in 82 as an alternative to hang out in youth centers all the time. None of us ever had the ambition to ever do an album whatsoever and when we didn't play our own songs with famous titles like Shoot Them in the Head, Shellshock or Heavy Metal Fight we would do Priest, Venom or Twisted Sister covers. We even did Steppenwolf's Born to Be Wild at one point in time which sounded awful, but the biker guy in the audience at our first official Tormentor gig in 84, supporting Velbert's Living Death, got really into it. We were all listening to Mercyful Fate, and Ventor was obviously influenced by the King on the song Armies of Hell from the first demo End of the World (well actually, it was already the second one, if you do count the Blitzkrieg tape which we had recorded on a Woolworth boombox in our rehearsal room). Tape trading was big in the metal underground back then and I had sent out some demos to my penpals in trade of the new Raven live tape or recordings of South American black metal bands : Stoney, who has always been a somewhat unofficial member of the band, liked the Tormentor demo very much and decided to make two copies and send them out to SPV and Noise Records. I - being very self-critical - did not like this idea too much thinking that we should wait until we have better songs, until Stoney showed up with a letter saying that Karl Walterbach, head of Noise Records, was interested in hearing more material because he wants to sign us. Some of my favourite bands like Slime, Hellhammer and Celtic Frost were on Noise/AGR, so I was pretty excited about the fact that we were going to make an album for them (even though we only had around six songs). After some heavy songwriting, complicated organisation (none of us was eighteen, so nobody had a driver's license and the studio was in Berlin - so I had to ask my cousin's husband to drive us as well as our equipment in his van) and discussions with our school teachers about the recording of an album being more important than history tests, we arrived at CAT studios with no fuckin' idea and 10 songs. During the session Walterbach told us that we had to change our name since there was another Tormentor somewhere - so we came up with the name Kreator. For us being in a studio, doing an album was so amazing and mind blowing... we didn't even think about the possibility of doing a second album. But Endless Pain was very well received by the metal world, and Walterbach called us again eight months later to do another album. But that's a different story..." (Mille Petrozza, Endless Pain re-release liner notes).