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dimanche 27 décembre 2015

Un bon livre, qui soul un peu

The Book Of Souls... dès le titre, un sacré programme. Il faut pour ce premier double-album : tenir la distance quand on se nomme ainsi ; et il faut pour le fan plus forcément vache-à-lait : faire fi d'une grandiloquence titulaire qui garantit toujours le pire comme le meilleur chez les anglais. La mission est accomplie compte-tenu de ce qu'on attend aujourd'hui. C'est le principe de réalité, cette aptitude à ne pas attendre la satisfaction pulsionnelle mais à composer avec une réalité objective. On est en 2015, Iron Maiden ne joue plus au Ruskin Arms depuis longtemps, les gamins pensent que Bring Me The Horizon est un groupe de metal et les clochards de Soulfly ont sorti plus d'albums que Sepultura.

Il faut oublier cet habituel premier single rapide et peu inspiré (Speed Of Light est une horreur) : l'album s'ouvre sur If Eternity Should Fail, bijou de fer ouvragé à la respiration ample et puissante... La chanson exhale un souffle épique qui porte le reste du disque : ce début est aussi son sommet. Le reste est un terrain conquis, avec ces touches folk présentes depuis plus d'une quinzaine d'années qui font partie de l'ADN de Maiden au même titre que les twin guitars attack d'antan. L'excellence des dérapages rock n' roll de l'album est à signaler, entre Thin Lizzy et Gary Moore dont les ombres planent sérieusement sur When The River Runs Red... Dans une drôle de symétrie, on n'échappe pas, en revanche, aux longueurs qui caviardent l'écriture depuis Brave New World, surtout lorsque remplies de rien (The Red And The Black se traîne insensément, arrosé de chœurs faisandés que mon petit corps de fan ne digère plus. Sorel n'aurait jamais baisé la mère De Rênal s'il avait été si lourd). La seconde partie de l'album commence bien, en forme d'hommage au Maiden NWOBHM - celui de votre père éventuellement, celui que j'aime passionnément. Entendre l'ambiance Aces High ou Tailgunner dans Death Or Glory... Quant à Shadows Of  The Valley, c'est l'esprit de Somewhere In Time qu'il convoque brièvement... le temps de céder sa place au Maiden actuel trop avisé de sa recette pour en dévier bien plus longtemps.

C'est donc sans surprise, absolument aucune, que Maiden propose un plat « grand scope et mid-tempo » dans l'exacte continuité de ce qu'ils font depuis l’avènement de leur quatrième période (2000). Une ère miraculeuse, pas tant en termes de qualité - bien qu'A Matter Of Life And Death soit un grand album - mais bien de succès commercial insolent faisant mentir toute règle établie : Maiden aligne les premières places de tous les billboards, et réussit l'extraordinaire tour de force de se survivre sans se réinventer et de rameuter de nouvelles légions fanatisées comme je l'étais moi-même... Le principe d'immuabilité qui régit Steve Harris est le secret (pas bien gardé) de Maiden... Quand c'est pas cassé, faut pas réparer.

Well, well, well... Here's the new Maiden coming our way. The Book Of Souls is, as usual, a gargantuan release packed in a very nice special two-cd set (I urge you to get hold of the special edition). As always, there's the good (If Eternity Should Fail), the bad (The Red And The Black) and the ugly (Empire Of The Clouds - a bloated song emphasising everything I don't like anymore in Maiden). But hey ! Raise the hammers and fly high the iron banner nonetheless, 'cause Maiden will always be Maiden and still manages to be versatile despite its english immutability. There's high grounds and low ends to be found in this epic big fuckin' Book Of Souls, meaning fans will get the dose of (good) metal they need. Yep. Being a fan, how cool is that ? I ask you...

...et toujours :
Considérations théologiques

samedi 12 septembre 2015

Dans ton Zoon Zoon Zoon

Zoon est à Fields Of The Nephilim ce que ses vacances sont à M. Hulot. Une histoire a priori accessoire et pourtant essentielle, comme une récréation d'a(u/r)tiste où chaque détail n'en est plus un, à force de converger vers un Tout. Nefilim, hors-champs, coule dans ces microsillons labourés sous d'autres astres que les siens habituels un metal arcanique et ouvragé ; une boite à secret dont seul quelque cow-boy sorcier possède la clé. Un arbre de Sephiroth occulte mais évitant l'hermétisme une fois repérées ses bouches de métropolitain. On y rentre et on s'y perd, sur cet arbre de vie ; au gré de ses niveaux et de ses cercles dantesques. Ici sur des branches supérieures plus aériennes à la fragrance connue (Shine), là pris au piège de racines plongeant dans un humus séculaire et sinistre d'où vient, aussi, Fields Of The Nephilim (Venus Decomposing).

On échappe, avec une reconnaissance soulagée, à l'auteurisme prétentieux qui reste l'écueil redouté pour ce type de niches musicales (Christian Death échouera plusieurs fois à se saisir d'un Graal métallique trop opportuniste pour embarquer avec lui ses légions intransigeantes arborant Rozz au fusil). Si le metal n'est pas un bac à sable dans lequel on peut se vautrer l'espace d'un album facile en espérant le chef-d'oeuvre, Zoon sauve plus que l'honneur et reste une cabale passagère, mais fomentée avec talent par Carl McCoy. Doublé d'un secret bien mieux gardé que Julie Gayet.

Zoon is Carl McCoy's succesful attempt at creating a genuine metal album whilst remaining true to what Fields Of The Nephilim is all about. I won't bother to dwell much deeper into that discreet, unbeknownst-to-most record ; if you like to indulge in such sonic landscapes do yourself a favor and buy it, 'cause Zoon shoot straight and speak the truth.

jeudi 20 novembre 2014

(still) Channeling the quintessence of quelque chose

Photo courtesy of Sheol

Channeling the quintessence of quelque chose, mais on ne sait plus exactement quoi... Ça fait si longtemps qu'on écoute du death metal, du black metal, et que l'on sait qu'Il n'existe que dans notre phantasmagorie - la vraie vie étant autrement plus hardcore que dans les paroles de Marduk ou Darkthrone. Merci Brel, merci Ferré, autres sidérurgistes  du réel ignorant le palm muting et le tremolo picking. Ça fait longtemps aussi qu'on fait la part des choses entre rébellion adolescente et soumission systémique, une place doit exister entre, on cherche notre air, on ne se rêve plus mais on espère toujours, on n'a que peu de temps, la vie est courte et la mort nous en guérira bien assez tôt. On a besoin d'acier pour mettre dans le roseau de notre squelette, d'argile pour combler les trous de notre estomac. Notre cerveau spongieux prendrait bien un peu de phosphore, mais du collagène ferait aussi bien illusion. Mais. Mais. Mais... Morbid Angel, à qui l'on pardonnera son satanisme original nourri aux sources américaines libéralo-LaVeyenne, demeure dans notre vie et sa puissance évocatrice aussi. Je ne renierai en aucun cas ce que j'écrivais ici, ou ce que je lisais ailleurs ; la musique de ces américains reste cette symphonie tellurique se nourrissant des racines de la Terre pour taquiner les Grands Anciens terrés dans ce coin, là, de notre esprit.

Dans une petite ville de Province Française j'ai vu le petit cirque de David et Trey, et toute la porcelaine de mon âme a été réduite à néant en l'espace de deux petites heures. J'ai de nouveau dix-sept ans, la vie devant moi, le temps est courbé par un trou de ver nommé Death Metal Supreme. Iron Maiden me déniaise, Metallica me terrasse mais Morbid Angel est un choc extrême ; Emperor viendra ensuite mais la bande à David et Trey et Pete et Mike et Richard et Steve et Eric reste un sigillé d'éternité et de puissance, un élixir de jouvence granitique, de montagnes hallucinées et de torrents indomptables. Encore et toujours, hier comme demain, loin du siècle dernier emprisonnant ces dix-sept ans dans une capsule lycéenne aux couleurs passées, j'écoute Morbid Angel les matins gris et les jours sombres. Un baume au cœur pour se rappeler que les secured limitations sont une vue de l'esprit et que, tout sac de chair et d'os que je sois, ma volonté existe. La nuit ? Que non, c'est bien la lumière qui point à l'horizon de cet art ancré au cœur de la montagne Death Metal, mais qui pourtant la surplombe. Morbid Angel, plus que bien d'autres Grands Anciens pour certains titans endormis (Nocturnus...), reste au firmament de mon panthéon non plus par la violence de sa musique, mais bien par la résonance qu'il créa jadis en moi et qui, en cette soirée de novembre, fait un écho assourdissant dans le silence de ma vie. Channeling the quintessence of quelque chose.

To be Limoged in Chaos, that's what happened to me some time ago, witnessing the extraordinary full display of Covenant by Morbid Fuckin' Angel. David Vincent and mastermind Trey Azagthoth are now flanked by drummer Tim Yeung and guitarist Destructhor (of Myrkskog and Zyklon fame), two beasts in their own rights (watching Destructhor bent over his guitar almost to breakpoint, windmilling as it to fly like some lovecraftian madman is a sight to be seen !). From Rapture to God Of Emptiness everything went according to the grimmest plan, meaning a full-blast attack of ripping, mineral, esoteric death metal. Following the interpretation of Covenant, the band tore through some classic shit such as you-name-it, including some gems from the mighty Tucker / Rutan era. Absolutely sick while retaining the occult, obsidian magick deeply engrained in Morbid Angel's ravenous heart.

Le site de Morbid Angel.

...et toujours :
L'ère Tucker, chat tue
Morbid Angel : un bon coup de pied occulte

lundi 2 juin 2014

Thrashers AOC

Pourquoi un slip français ? Parce que les groupes dont on va parler maintenant sont putain de burnés mec. Et putain de Français aussi ! Vive la maille normande.

Mais qu'est il arrivé à Loudblast ? Pas mauvais du tout, ce dernier-né Burial Ground, mais il est étonnamment dénué de l'esprit habituel ; cette patte de compositeurs (Buriez / Leclercq, puis Buriez) ; cette couleur que le groupe a toujours eu même sur ce produit industriel qu'était Disincarnate. J'ai torché une première écoute sur les petites enceintes minables de mon vieux PC (une machine désirante qui ne veut pas mourir, même si elle est à peine capable de faire tourner Metroid sur NES), et je me suis dit « tiens, Loudblast s'est mis au black metal ». Puis je me suis rappelé que sur lesdites enceintes, même The Wall sonne comme My Journey To The Stars. Du coup, hop ; j'ai pris le temps d'une écoute au casque plus respectueuse, celle-ci, du travail accompli. Eh bien il y a de tout, dans cet album : du death metal, oui, mais aussi du heavy et du thrash doomy. Comme la pochette l’annonçait d'ailleurs, avec son côté old school proto-black. Voir notamment Ascending Straight In Circles qui tape complètement dans un punk épico-bathorien (si. Ecoutez le morceau en entier au lieu de zapper, putain de génération Y) ! Burial Ground n'est, finalement, pas si black metal que ce qu'on a bien voulu en dire ici où là même si, j'imagine efficacement secondé par une jeune garde issue de la géhenne, Buriez a teinté de noir sa rifferie (The Path, clôture magnifique) qui conserve cependant cet accordage et ce son qu'on lui connait. Mais enfin, la patte glissée-torturée (mieux que le coupé-décalé) si caractéristique du groupe n'est pas vraiment là - c'est du reste, pour un vrai amateur de Loudblast (suivis depuis l'ultime mini-LP Cross The Threshold), une très curieuse sensation que d’écouter ce respectable et satisfaisant Burial Ground. Qui n'est donc pas le digne successeur de l'immense album précédent.

Massacra ! Sans jouer au puriste, il est presque difficile aujourd'hui de revendiquer son amour pour ces affreux dont l'heure de gloire, si elle a jamais sonné un jour, est passée depuis longtemps : à défaut de les avoir suivis de leur vivant, il peut sembler pédant de s'en être amouraché sur le tard (époque Sick Humanize Human me concernant). Un décès plus tard (Fred D.), et c'en fut fini de cette aventure qui ne prend un grand A que si on la juge à l'aune de ce que l'on appelle underground. Car au grand jamais Massacra n'a approché le succès insolent de Loudblast dont la presse avait réussi à faire des frères ennemis (le verbe est créateur...). Aujourd'hui par le biais de Century Media, utérus naturel de cette renaissance compte-tenu de la position de Jean-Marc T., ce sont les démos qui sont rééditées, avant, j'imagine, de ressortir l'artillerie lourde des albums (j'espère que les décriés mais honorables deux derniers y passeront - être en avance n'est pas toujours évident). La notoriété du groupe a toujours été entretenue avec une certaine mélancolie par ses aficionados voire plus (j'ai souvenir d'un message caché dans une pub pour Century Media), et c'est une bonne chose. Massacra était cette bête féroce à l'appétit d'ogre, entre chien et loup, qui décida de se repaître de l'Allemagne et de tenter sa chance à l'Est tandis que la France restait sourde à ses sirènes hurlantes. Il faut se (re)plonger dans ces démos furieuses, du speed-death haute-pression pas toujours en place mais dont, selon l'expression consacrée, « le charme naïf excuse les défauts de jeunesse ». La réédition Day Of The Massacra est de qualité, et vaut notamment pour l'interview du livret qui mentionne les oubliés Morsüre, brutes aujourd'hui préhistoriques dont la vélocité confinait presque à un avant-gardisme arty. Au bon souvenir de cette époque où un groupe se faisait les dents jusqu'à se trouver avant de passer à la phase album !

Just had to mention the recent Massacra reissues courtesy of Century Media. If old skull death thrashin' metal is what turns you on, you will dig Day Of The Massacra, a collection of demos once revered in the European underground. Also, I have a thought for Mr Fred D., a savage string master whose passing put the band on an eternal hiatus. Ok for the departed, on to the living : Loudblast have just released Burial Ground, a new album quite interesting and very well produced as usual. Not anywhere as good as Frozen Moments Between Life And Death (possibly the second best Loudblast output after Cross The Threshold), but nevertheless worth your money. Et voilà !

...et toujours :

jeudi 3 avril 2014

Tiens, voilà du boudin (noir)

« Ma passion pour le heavy metal des années quatre-vingt, c'est la clef de voûte de Gift Of Gods (...). En tant que guitariste, composer et jouer de la guitare dans ce style, c'est juste énorme. Et si cher à mon cœur ». C'est rien de le lire (extrait du livret de l'EP qui nous intéresse), c'est rien de le dire, le mieux c'est de l'entendre. Mais qu'on le veuille ou non, le premier de nos sens, c'est la vue (demandez à Shiryû), et la première chose qui frappe chez Gift Of Gods, c'est cette magnifique pochette peinte (par un français, sacré nom de Dieu) dans la grande tradition du vrai, du bon heavy metal. Car le heavy metal, c'est comme les chasseurs, mieux vaut tomber sur du bon que du mauvais sous peine de passer un sale moment. Pour mémoire, et instant proustien, cette illustration m'a immédiatement rappelée celle ornant le premier volume du Sorcier Majdar, chouette série Dont Vous Étiez Le Héros. Oh, non pas que la ressemblance soit absolument frappante, c'est plus une question d'ambiance et d'atmosphère...

Receive ne fait pas que se contempler, il s'écoute aussi... Champions des plaisirs coupables dévoilés au fil des dernières et parfois étonnantes sorties de Darkthrone (sans parler d'un DVD nombriliste dans lequel Vieux Culto s'exhibe en pêchant au sens le plus alimentaire du terme), Fenriz et Nocturno Culto donnent régulièrement à voir d'autres facettes que l'ignoble face qu'on leur a longtemps connu - ce black metal monochromatique giclé en basse définition depuis A Blaze In The Northern Sky. Et qui culmina, à mon sens, sur Transilvanian Hunger... En l'occurence, Gift Of Gods est plutôt l'affaire du Vieux Culto, qui fait ronfler ici un véhicule musical sans prétention laissant parler (jaillir !) l'amour du heavy metal, cette musique qui transpire par tous leurs pores au point d'avoir littéralement colonisé l'esprit du dernier Darkthrone. Sans crier au génie, car réinventer la roue n'est pas le genre de la maison, Receive est un bel hommage à ce genre que je n'affectionne vraiment que dans sa forme pure et originelle (comme le boudin noir est l'épitomé de la charcuterie), sans les additifs actuels de merde genre cavalcades power metal dopées aux voix soit-disant extrêmes et enrubanné de pochettes ignoblement photoshoppées (putain de décennie 1995-2005). Ça tombe bien : Gift Of Gods n'a beau être que ça, du heavy metal primal et sincère, mais croyez moi, c'est déjà ça. A acheter en vinyle, et à écouter aux bougies un soir de pleine lune. Ça vous changera de Youporn.

"This project was first planned 6 years ago, but was at first to be very different from how it turned out to be. My interest in heavy metal music from the 80's is the corner stone for Gift Of Gods (...). Writing and playing guitars in the heavy metal style, is for me, as a guitarist just pure awesomeness, it sits so close to my heart. Gift Of Gods is my new cave to explore. Enjoy of not, it won't stop here (...)". (Nocturno Culto, Receive's liner notes).

Receive (Peaceville, 2013)

01 Enlightning Strikes
02 Receive
03 Looking For An Answer
04 Last Solstice

mardi 11 mars 2014

Augures : l'autre spécialité de Liège...

...et celle-ci, c'est pas dans l'assiette, mais dans la gueule. Mais avant l'impact, un peu d'histoire. Les augures, c'était ces prêtres influents de l'antiquité romaine que l'on consultait à tout propos et qui, finalement, faisaient la pluie et le beau temps par leurs messages parfois abscons mais tant écoutés que respectés. Acquérir un tel statut dans sa sphère musicale est bien tout le mal que je souhaite à cette teigneuse formation belge qui m'a plu tant dans l'agression que par sa dispense d'atmosphères neurosiennes faisant rimer planant avec dérangeant. Au point, parfois, de remonter un étrange chemin qui tire presque sur un black metal maladif et expérimental. Puis mince, la dernière fois que j'ai écouté un album (il s'agit ici d'un EP digital et... cassette !) du plat pays me ramènerait peut-être à ...Memoriam Draconis d'Avatar, c'est dire l'évènement !

Nul doute que beaucoup parleront ici de post-quelque chose (« ou comment qualifier le néant »). C'est du metal, moderne ! Et c'est déjà pas mal comme description. Disons simplement qu'Augures, au fil tragique de son Inauguration, honore quelques pères fondateurs comme Neurosis, Sepultura (osez me dire que l'on ne discerne pas, derrière la lisière désenchantée propre à cette scène headbanguant au rythme de sa désolation mi-punk metallisé, mi-downbeat doomy, l'ombre tutélaire de Chaos AD), voire même les immenses Earth dans ces instants désincarnés où la disto laisse entrevoir ce squelette cendreux et consumé des riffs propres à cette scène. Inutile de se faire long sur cette notule, car il est évident que beaucoup des références récentes d'Augures m'échappent (je suis un gars basique ; avec Maiden et Morbid Angel, je tiens vingt ans sans passer par Primal Fear ou Behemoth), mais si les noms évoqués et l'envie de découvrir un jeune groupe prometteur dans le sillon qu'il s'est choisi (et qu'il ne creusera, j'espère, pas qu'en profondeur) vous titillent, Augures est pour vous. A capter aussi en live - je n'ai vu que quelques vidéos sur le net mais le charisme à la Gojira - toute proportion gardée - qu'il s'en dégage finit de convaincre. Dernière chose ; ne pas avoir picolé avant de mater la jaquette, vous seriez tenter d'y chercher des Triforces planquées. Y'en a pas !

Well well well... I was never a huge fan of "post-whatever-the-fuck-you-want-metal", and Augures may easily be trapped into that corner of the world. It would be a shame, as Augures is a really hearfelt and talented band hailing from Liège, Belgium (yup man. Beers and chocolate and metal, who needs sex and drugs and rock n' roll ?). The boys sure can deliver the goods all the way down their Inauguration EP, packed with punishing red-as-death riffing and agressive, bleak vokills ranging from early american hardcore to painstaking european black metal rasp. So come on, jump in the fire.

Inauguration (Black Basset Records, 2013)

01 Grey Sky
02 Wondering
03 Sense Of Guilt
04 Earth's Last Letter
05 Fall
06 Eye Of The Storm

Le site et le Bandcamp d'Augures.

samedi 7 décembre 2013

Inquisition Symphony (ou comment j'ai trouvé un Grand Ancien flottant dans ma baignoire après l'écoute de OVFTM)

Inquisition... Connaissant bien ses nom et logo, je sais trop bien pourquoi je suis longtemps passé à côté de ce groupe. USBM. Pas ma came, et c'est un euphémisme. Un genre typiquement affublé d'une production hyper compressée mais baveuse comme l'encrage de vieux comics, parfois prétentieux comme pas deux (le BM canonique nord-américain n'a pas d'histoire autre que récente - comme le pays dont il émane -, il faut bien compenser et c'est souvent par l'arrogance), régulièrement lo-fi par destination comme pour se faire pardonner son insignifiance lors de l’avènement de la seconde vague... Bref, le visa USBM me fait fuir à quelques exceptions près (Leviathan, ou cette crasseuse scène urbaine à la The Howling Wind qui parvient à extirper Satan des égouts fumants de la Fifth Avenue). Si je rajoute à ça le trip ritualistico-machin-chose dédié aux Grands Anciens dérivant dans le cosmos qui me casse bien les couilles car surreprésenté, Inquisition n'avait vraiment pas ses chances avec moi. Et puis merde, j'ai déjà tellement écouté de bons trucs en « -tion »... En un mot comme en cent, j'avais catalogué Inquisition comme un duo de black metal ricain générique ; dont on passe les boîtiers à cent-à-l'heure dans les bacs sans s’arrêter une seconde. Et surtout sans se demander pourquoi, justement, on ne s'y arrête jamais. La rencontre s'est faite au gré d'errances dans le web profond, là où la lumière ne brille plus. J'ai finalement entendu Inquisition - ça m'a même donné envie de les écouter...

Je me suis procuré Ominous Doctrines Of The Perpetual Mystical Macrocosm (avec sa pochette qui pourrait figurer un boss dans les vieux Contra) et surtout le dernier éjaculat Obscure Verses For The Multiverse. Nom de dieu... J'ai fait trois fois le tour de mon slip petit bateau sans toucher les bords, les amis. C'était tellement bon que j'ai remis ça, et j'ai refait trois fois le tour de vous-savez-quoi dans l'autre sens. Si la musique c'est des maths, à l'évidence celle crachée par Inquisition est régie par des théorèmes non-euclidiens. C'est, pour commencer, un putain de déluge, mes aïeux... Absolument furibard de chez furibard, une violente expectoration de couleurs hors du chromatisme terrestre, qui déferle en un torrent mystique ravagé de spasmes slidés dégueulasses. Ce maelstrom se ventile horriblement d'arpèges saturés interdits, autant de filtres sales et granuleux qui préparent en extemporanéité les assauts suivants de cette odieuse symphonie soufflée par Erich Zann - je parlais de couleurs, mais kaléidoscope halluciné est plus approprié encore.

L'aspect rituel, avéré, est renforcé par le coassement sinistre d'une bête maussade enfantée par Abbath et le gauchiste Rob Darken - plus encore que le son, je vous laisse imaginer la scène célinienne. On pensera globalement, outre la voix et le son de guitare, à la meilleure période d'Immortal (les montagnes russes glacées d'At The Heart Of Winter, cet indétrônable bonhomme de neige), ésotérisme en plus. Inquisition, en termes d'ambiance et par les ténèbres parfois solaires qu'il exsude, se situe là où il veut exister ; cette zone grise entre true black et death rigoriste, celui qui s'écoute aux chandelles et où les baskets montantes n'ont jamais été permises (joyeusetés type Necros Christos, Teitanblood...). Pas flagrante objectivement, la furia cabalistique de Limbonic Art cinglera pourtant l'oreille de l'initié - c'est un ressenti. La consistance des guitares et l'exécution frénétique de ces circonvolutions en mode mineur trahit l'arbre généalogique duquel Inquisition s'est joliment cassé la gueule (le duo a tué sa précédente incarnation colombienne donnant dans le thrash) ; le génotype est complet.

A croire que les habituels passeurs de plats américains (je sais c'est dur), plutôt tièdes comme l'archétype vitrinesque Abigail Williams doté pourtant du même arsenal sur Becoming, ne sont là que pour cacher l'immontrable, le tératogène, l'escamoté... Je n'ai jamais douté qu'il existait un véritable BM américain, mais je n'ai jamais douté non plus le détester, hormis exceptions notoires dont Inquisition fera désormais partie. Du vrai, du très grand black metal qui honore son genre, de l'art absolument dégénéré qui, si je l'avais relativement évité jusqu'à présent, a su venir à moi.

Wow. Maybe I'm late to the game, but I just found out Inquisition were actually great. I thought they were turd just because they're yankees, see how narrow-minded I can be sometimes ? In fact, Inquisition is sooo good that I'm sure I'll exclusively listen to them for the next two weeks or so (not couting the Christmas Carols). Searching for some black metal madness, packed with occultism, rigorism, extremism (and tentacles) ? Well, the quest is over for today. Help yourself and bow to these masters of cosmic destructivism, architecturers of agression.And don't fuck around with Cthulu.

Obscure Verses For The Multiverse (Season Of Mist, 2013)

01 Force Of The Floating Tomb
02 Darkness Flows Towards Unseen Horizons
03 Obscure Verses For The Multiverse
04 Spiritual Plasma Evocation
05 Master Of The Cosmological Black Cauldron
06 Joined By Dark Matter, Repelled By Dark Energy
07 Arrival Of Eons After
08 Inversion Of Ethereal White Stars
09 Infinite Interstellar Genocide
10 Where Darkness is Lord and Death is the Beginning (limited edition bonus track)

samedi 30 novembre 2013

Satyricon exécutionne Limoges

Je n'avais encore jamais vu Satyricon sur scène, c'est chose faite (ma check list se réduit, il sera bientôt temps d'y aller...) grâce à Execution Management, véritable Monsieur Loyal Inc. des Lémovices. M. Wongraven est dans un bon soir car on sait l'élégant inégal, et l'on comprend vite que ça va bûcheronner dur et grave comme dans un discours de François Hollande sur l'inversion de la croix (du chômage). Satyricon... Une toujours féroce bestiole issue des bois de Septentrion, mangeuse de moumines à ses heures, qui tombe parfois sur une formule facile dont elle abuse sur quelques albums mais peut se targuer de ne pas en avoir commis de mauvais. A l'instar de nombreux groupes de sauvageons scandinaves de la légendaire deuxième vague, qui, bien que surpris alternativement à ronronner ou à se réinventer au mépris des dogmes, restent inspirés par un ADN profond et obsidien dont ils ne se départent pas.

Fin de la digression et retour à l'agression : ça enquille sec et dur, ça secoue les sapins comme EDF un lendemain de tempête, tout ça contremaîtrisé avec maestria par M. Wongraven qui n'oublie pas, tout bourgeois du black qu'il est, qu'il vient de là il vient du froid. On se paie donc dans la gueule, servis par une interprétation et un son énormes, des Hvite Krists Død et des Forhekset comme si les pains pleuvaient en une biblique multiplication. Tout ça rehaussé en permanence par le charisme Hugo Boss d'un Satyr venimeux, impérial et dominateur. Particularité notoire de Satyricon, on a beau opiner du chef sur des structures souvent rock sinon binaires, Frost est toujours là, derrière, bête humaine ou de somme, assommoir, montagne hallucinée derrière son kit de cuisine norvégien, passant allègrement de plans à la Phil Rudd à des brutalités tou-pa-tou-pa de derrière les fagots tout en blastant à la 1993 à la noire sans coup férir. Un véritable docteur-ès-avalanches qui tape, tape, tape jusqu'au bout de la nuit. Je ne sais pas si ce mec est autiste, dingue ou prof de math mais dans la catégorie moissonneuse batteuse, il fait du John Deere et j'adore (cette fin de phrase n'est que pure coquetterie).

Maestro parmi les maîtres, Satyr a le génie pour concocter la bonne setlist, ce qui en metal extrême comme ailleurs est pour moi une science exacte - mieux vaut un set floppy mais bien agencé qu'une série de frappes chirurgicales mal placées. Là encore plus Kadhafi (mon idole de petit garçon, mais c'est gênant à expliquer) que George Bush, Satyricon a malmené ses sujets cons pliants au gré de son diktat imparable ; tu en trouveras, lecteur, la litanie sur d'autres chroniques. Sache simplement que si Mother North (qui vire à la Fear Of The Dark, mais c'est un compliment-hommage à mes idoles sans compter qu'on aime tous pousser la chansonnette en pensant à Monica Bråten) fut habilement jetée en pâture au public, elle fut suivie avec à-propos par Fuel For Hatred, un combo comme on n'en fait plus depuis Street Fighter II (le premier évidemment - "The World Warrior". Eh oui, 1991 n'est pas que l'année des Use Your Illusions).

Raiding Europe est un bon titre de tournée, oldskull et surtout bien porté - même si Dans La Tête Yvette eut pu convenir. A voir en ville dans la vieille Europe même pour les pas-fan de Satyricon, l'album. Un concert de plus comme ça, et je me risquerai peut-être à goûter le vin du satyre cornu, tiens. Photo en tête de notule de votre serviteur.

Recently went to an amazing Satyricon gig, or should I say recently witnessed a statement of what black metal shoud be and should stay - thanks to the norwegian wolverine horde. Dark, frosty and punishing forest-scented black metal, meaning honey for the ears. And yes, Mother North is still one of the best black metal song ever spirited, a sonic embodiement of the original darkness oozing from scaldic lands during the nineties.

Le site et le Myspace de Satyricon.

vendredi 18 mai 2012

Tragic Idle

Désolé pour le pénible jeu de mots, mais c'était trop tentant... et pourtant tout à fait hors de propos. Car on en connait, des groupes qui nous baladent un peu à chaque nouvelle sortie, évoquant opportunément tel ou tel album majeur de leur discographie parfois fatiguée  pour nous mettre l'eau à la bouche - et tel maitre corbeau, l'odeur alléchée, on se fait souvent avoir par ce teasing qui s'avère, trop souvent, pas très honnête. Paradise Lost vient de faire l'exact inverse : Tragic Idol, situé avec justesse par ses géniteurs entre Icon (le granit) et Draconian Times (le marbre), tient toutes ses promesses puisque c'est à mon sens et de loin la meilleure réalisation du groupe depuis ledit Draconian Times, ce qui ne nous rajeunit pas particulièrement - c'est bien en 1996 (dix-sept ans !) que l'on a entendu pour la première fois l'arpège perlé de piano qui ouvre l'un des meilleurs albums du style heavy metal / doom sauce anglaise.

Doom que je préfère, en fait ; fils valétudinaire d'un death tourmenté et d'un heavy cachexique, loin du lyrisme parfois hors de propos de certains ténors du style - une tendance, de toute façon, à jamais interdite à Paradise Lost compte-tenu de la voix de Nick Holmes. A ce sujet - et c'était déjà criant sur Icon et Draconian Times -, on ne peut s’empêcher de relever encore le timbre étonnamment hetfieldien du chanteur (voir le bonus Never Take Me Alive notamment) ! Comme d'habitude, on s'évitera un pénible track-by-track (horrible manie des magazines. J'écoute un album, putain. Pas des bouts), mais sachez que l'ambiance déclinée renvoie totalement à True Belief et autres impérissables (Colossal Rains, Ember's Fire...) sans négliger les morceaux de bravoure guitaristique chers aux shadowkings : on parle ici d'une véritable tapisserie gothique et victorienne tissée par Aedy et Mackintosh, une rifferie épique et mélancolique (Paradise Lost excelle en ce mélange pas si simple), plus polie que l'agression abrupte de l'album précédent, et qui fait fi de toute mode : après tout, un Monsieur n'a pas besoin de lire H For Men pour savoir comment s'habiller. J'aime à noter, car ce groupe vit en Paradise Lost, l'influence discrète de Sisters Of Mercy, certes moins présente que sur des albums comme Symbol Of Life - mais écoutez attentivement Tragic Idol, la chanson. Les plus nostalgiques (ou bourrins) apprécieront aussi Theories From Another World et son intro ; embardée nostalgique vers les contrées plus âpres d'où vient Paradise Lost...

En guise de conclusion, mon avis sur ce bijou est dithyrambique (et quel emballage, au fait !), d'autant que je n'ai pas été toujours tendre avec la série d'albums parue depuis le retour aux affaires de 2005 à l'exception de Faith Divides Us... Death Unites Us. Je vous dirais bien que « tant de beauté a coulé de source, et n'a rien coûté à ceux qui l'ont produite », mais il sera assurément difficile de succéder à Tragic Idol !

Sorry for the title's lame-ass wordplay - I just couldn't resist. That being said, let's be serious for "one second" : Tragic Idol is prolly the most solid body of work ever released by Paradise Lost since the Draconian Times era, and I really mean it. So gather and listen up, ye crossed doomsayers, for Tragic Idol is the new black anno 2012 : a somber jewel exuding a distant, faint light within its heart of sabbathic darkness. Which means... buy of die !

Tragic Idol (Century Media, 2012)

01 Solitary One
02 Cruelty
03 Fear Of Impending Hell
04 Honesty In Death
05 Theories From Another World
06 In This We Dwell
07 To The Darkness
08 Tragic Idol
09 Worth Fighting For
10 The Glorious End

Le site et le Myspace de Paradise Lost.

lundi 14 mai 2012

Voir Metallica et mourir


Il y a des choses à faire dans la vie : on n’est pas sur ce rocher pour rien. Il y a aussi des choses à voir : pour votre serviteur, assister à un concert de Metallica faisait partie de la liste. C’est donc fait. La grande objectivité qui caractérise ces pages dès qu’il est question des San-Franciscains sera de rigueur : (ne) comptez donc (pas) sur un live report des plus impartiaux ! Un mot sur le Stade De France, structure impressionnante et équipée de trois immenses écrans HD, chacun plus grand qu’un terrain de tennis : sans eux, je n’aurais absolument rien distingué du concert car trop loin sur les gradins (et placé au plus haut : vertigineuse impression quand on s’installe). Fin du quart-d'heure provincial...

Passons sur Gojira, à nouveau présent sur une tournée Metallica : ces mecs, dont la rifferie mécanique et métronomique doit beaucoup au jeu de Hetfield, doivent vraiment vivre un rêve éveillé. Cependant et bien que très client, impossible de vraiment apprécier : un son catastrophique m’aura contraint à bouger la tête de mémoire plus que de ressenti. J’avais l’impression d’être un de ces petits chiens en plastique à l’arrière des voitures, opinant du chef sans trop savoir pourquoi (les Japonais font ça très bien aussi). Mais entendre, plus qu’écouter, Gojira dans ces conditions n’était rien en comparaison de ce qui allait suivre… The Kills. Perplexité totale à la « what the fuck » : pourquoi eux ? Pourquoi ici ? Pourquoi cette place (j’opte pour un calcul machiavélique) ? Ce fut atroce : inutilement bruitiste (je sais la tendance noisy du groupe mais là…), et juste chiantissime, le tout desservi par un son horrible. Gros, énorme plantage de The Kills, qui n’avait rien à gagner ce soir-là : ouvrir de cette façon pour un groupe comme Metallica, c’est se donner aux lions dans une arène à l’exclusivité pourtant connue. Alison Mosshart, à qui on pincerait néanmoins bien les fesses, conclut tant bien que mal à grand renfort de doigts d’honneur adressés à une foule bien élevée et patiente, qui finit néanmoins par siffler à l’approche de l’heure fatidique. Il semble que je sois condamné aux premières parties pénibles sur les gros concerts en stade (le pire avait été atteint sur la tournée Early Years de Maiden, au Parc des Princes : j’avais du me tartiner Within Temptation, mais surtout, enfer et damnation, Dream Theater : une agonie mes amis. Une agonie)…

« Vos acouphènes ont vingt ans », proclame la bannière géante accrochée sur les flancs du stade. Vingt ans, peu ou prou, c’est bien la date de sortie (1991) de Metallica, cet album calibré pour le carton (approche quasi scientifique en la matière de Bob Rock, cf les fameux Un An Et Demi De La Vie De…) vendu à plus de trente millions d’exemplaires et qui aura propulsé Metallica à sa périhélie. Le Black Album, c’est aussi celui par lequel nombre d’entre-nous avons découvert gamins le groupe (vous vous souvenez quand vous expliquiez à vos copains que Metalloche c'est mieux que Guns ?), et c’est surtout celui qui aura clairement démocratisé le heavy metal « grand public » malgré son paradoxe (un contenu aussi noir que sa pochette en termes de paroles). Philippe Manœuvre, toujours visionnaire, n’a pas mis Metallica mais le Garage Days dans sa « discothèque idéale ». Présent ce soir-là, j’espère que cela lui aura soufflé l'idée de publier un second tome. Ou pas, en fait.

Metallica n’a plus rien à prouver depuis longtemps… Metallica n’a plus besoin d’argent depuis longtemps (sortir un machin dadaïste comme Lulu, vous pensez vraiment que c’était pour le vendre ? Si c’est le cas, think twice, think better. Idem pour la place : un groupe de cette stature, dans un tel lieu, la fait plutôt payer entre 100 et 200 euros que 65)… Je les attends, ils arrivent. Ca y est, les Saints-Pères prennent la scène. Oh putain. Ce n’est pas tout les jours qu’on assiste à une révélation mystique : je me fais l’effet d’être Paul Claudel derrière son pilier de Notre-Dame de Paris. Pour la set-list, vous la trouverez partout, mais attaquer à 200 à l’heure avec Hit The Lights, Master Of Puppets et No Remorse, ça donne le ton… Metallica est en forme, ça joue serré, et Jaymz a ressorti la veste à patches bardée de Saxon, Venom, Tank et autres Motörhead… le charisme extraordinaire de cet improbable saltimbanque redneck partagé entre le cambouis des moteurs qu’il affectionne bricoler et ses penchants pour l’art et l’essai opère et frappe : ses ouailles sont tout ouïes et la grand-messe qui s’annonce, bordel, promet le Grand Tremblement.

Le morceau de bravoure, bien sûr, c’est la célébration du Black Album après une vidéo commémorative sympathique bien que squeezant mesquinement Jason : quelle idée géniale que de l’entreprendre à rebours pour finir, avant les rappels, sur l’apothéose Enter Sandman (foule au bord de l’apoplexie) ! Le son étonnamment bon pour un stade ainsi que la bonne diction de Jaymz permettent, j’insiste, de se rendre compte de la qualité des paroles de l’album noir (Holier Than Thou, My Friend Of Misery, Sad But True, The God That Failed, Wherever I May Roam magique et pour l’occasion accompagnée d’une chouette vidéo…). On aura même bien supporté Nothing Else Matters qui, quoi qu’on en pense, reste traversée par cette fulgurance : elle invalide d’elle-même depuis vingt ans la première des critiques qu’on pourrait lui faire car, justement et loin de compter fleurette comme les dégoulinantes power-ballads de l’époque, la chanson traite de l’importance de rester soi-même sans se compromettre par rapport à ce qu’attendent les autres de vous. En clair, une ballade qui dit qu’elle vous emmerde. Joli subterfuge, non ?

Jaymz… que dire de plus ? A-t-il trouvé la fontaine de jouvence dans son jardin (qui serait sûrement classé Parcs & Forêts en France) de Marin County ? S’est-il libéré définitivement de ses mauvais génies ? Sa prestation fut impériale : vocale, instrumentale, et quel Monsieur Loyal – on avait l’impression d’être ses hôtes ce 12 mai 2012… On se serait passé des discours un peu démago (« Metallica family », on l’aura entendu un trop grand nombre de fois !), mais après tout c’était un passage obligé : ce qui choquerait, ce serait d’entendre ça de la bouche de Mortuus à un concert de Marduk. Je ne suis pas assez musicien pour juger de la prestation de Lars qui, bien qu’éreinté par beaucoup (qui certainement ne doutent pas jouer mieux que lui…), n’a pas été ridicule malgré quelques flottements sur les parties de double (One), mais ça passait à l’aise de façon générale. Reste Kirk, que je trouve toujours un peu « transparent » : la faute à son attitude limite désinvolte alors qu’il enquille quand même de sacrés soli, ou à ma faiblesse pour Hetfield dont le jeu rythmique focalise immanquablement mon attention ? Rien à dire sur Rob Trujillo : paraît qu’il faut un bassiste dans un groupe. Eh bien, Metallica a un bassiste. Blague à part, Trujillo est un monstre d’attitude, et on pressent, avec un sentiment diffus d’injustice, que Newsted est en passe d’être relégué au rang du troisième bassiste de Metallica (on oublie Mc Govney) en termes d’importance. Rude au regard des états de service impeccables de ce bon vieux Jason : le malaise entre lui et Metallica aura été permanent, couvant pendant 15 ans.

Bref, au-delà de la confirmation de l’extrême générosité du groupe (qui, je le rappelle, donne gratuitement tous ses concerts qualité soundboard sur son site), son excellente tenue sur scène rassure et promet : plus de deux heures apocalyptiques mais bon enfant pour un rêve réalisé… N’écoutez pas les pisse-froids (gageons que les Inrocks et autres prescripteurs de goûts auront vu en The Kills le principal attrait de la soirée dans le papier qu’ils écriront en se bouchant le nez) ! Car Metallica continue son miracle « Robert Hossein » permanent : faire du grand spectacle, pour le grand public, sans compromettre son art. De 7 à 77 ans, de Nothing Else Matters à Battery, tout le monde a vu son Metallica sur scène.  Judge not lest ye be judged yourself ; c’est avec Leur Sainte Parole que je conclurai cet article, encore une fois et sans surprise, d’une parfaite objectivité sur le sujet.

Un grand merci à Nicolas Gaire qui m'a permis d'utiliser ses chouettes photos pour les images placées en lien sur les noms des musiciens : retrouvez la totale ici. Les deux clichés visibles directement sont l'oeuvre de votre serviteur.

Hey friends… Just saw ‘Tallica last Saturday and believe me, ‘twas great. I mean, reeeaaally great. I just wrote an extended article ‘bout it in French so I don’t feel like translating it just for the sake of translating it but I wasn’t let down by the guys. As a commemorating gig mostly dedicated to the Black Album’s 20th anniversary, the four horsemen fiercely tore backwards into it, nailing each number down from Struggle Within to Enter Sandman. Bullet after bullet, it all went down "straight between the eyes". Baaad motherfuckers…

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dimanche 11 décembre 2011

Un soir de pluie, et de brouillard

Désolé pour le titre (vous n'avez plus qu'à vous rafraîchir la mémoire en disant Blues Trottoir à M. Gougueule), mais j'ai pas osé Nuit Et Brouillard - déjà pris, dans plusieurs langues. Désolé aussi pour la photo, mais ça vous donnera une idée de ce que je voyais de la scène, puisque c'est bien d'un concert que traite cette notule : The Sisters Of Mercy, attrapées au vol lors de la tournée commémorative des trente ans. Spécial, quand on y pense, puisque les Sisters en vrai de vrai, c'est 1981-1985 et rien d'autre. M'enfin.

Par où commencer ? Avant les marionnettes - remplissant fort bien leur rôle : ceci n'est sincèrement pas péjoratif - d'Andrew Eldritch, un mot du théâtre d'ombres de la soirée. La salle est petite, pas vraiment blindée, loin d'être vide : les corbeaux de mon coin, un public d'initiés entre vingt et quarante ans, se sont donné le rendez-vous et ont rappliqué à tire-d'ailes. Après tout, on a plus de chances d'être renversé par une voiture que de voir Andrew Eldritch en vrai. Voir, ai-je dit ? Comprenez discerner : dès le début du set, les crachoirs de fumée l'ont joué steampunk, faisant un concours de Ruhr industrielle, et rien n'émergea réellement de cette nimbe oscillant du bleu au vert... On distingue bien, autour d'André, deux avatars sui generis aux guitares (Doktor Avalanche s'occupant sempiternellement de la basse et de la batterie - dire ça à Pete Sandoval, c'est comme dire à un belge qu'il y a une frite dans le coin d'une pièce ronde), mais vraiment, difficile d'y voir plus loin que le bout de son nez. Andrew, en même temps, n'a jamais vraiment cherché plus loin que ça. Astuce pour temps de crise : le récent remake de Fog peut aussi servir de DVD live : vous coupez le son et vous mettez Sisters derrière (magique et économique).

Grande est ma surprise sur le plan musical (au contraire du visuel, car toute plaisanterie mise à part je savais à quoi m'attendre - suffit de taper Sisters Of Mercy live sur le net et vous verrez. Rien). Loin, très loin des arpèges faméliques et synthétiques du Sisters canal historique, c'est une bouillie proto-metal qui m'est assénée et First & Last & Always, notamment, est totalement massacré : Cemetary post-Sundown faisait mieux, franchement. Émergeant quand il le veut bien, André se penche sur le micro, chante à sa façon qui influencera tant (c'est comme pour le Velvet : pas plus de cinq-cent péquins ont acheté le premier Sisters, mais tous ont formé un groupe), et repart dans sa brume électrique tel un gorille mal léché. Aïe. Pour un fanatique du « son » Sisters, la note est salée et passe assez mal. Les premiers titres s'enchaînent et je reste dubitatif, pas vraiment déçu car n'attendant en fait pas grand-chose. Et puis... et puis le deuxième souffle. André pousse, pousse, et finalement ça mousse ! Un second concert commence, ni plus ni moins, à partir de Dominion : ça y est, la sauce monte, le son est bon et je me fais à cet ersatz de metal / batcave qu'est Sisters aujourd'hui. Il faut dire que l'ère post-First & Last & Always se prête mieux à ce traitement de choc : This Corrosion et Vision Thing (datant de l'époque où tout le monde mettait du metal dans son gothique, quitte à en crever comme Christian Death) explosent comme deux bombes majeures de la soirée. Soulagé je suis, jusqu'au rappel - cinq titres tout de même, clôturant un concert finalement... très bon.

Perplexe je reste néanmoins : The Sisters Of Mercy, ce gigantesque groupe, rejeton bâtard de Père Ubu, des Stooges, et d'une époque où la nuit était « couleur télé, calée sur un émetteur hors-service », n'est depuis longtemps plus qu'une pantomime divine (commandée par Andrew Eldritch) au service d'une légende défunte - un théâtre d'ombre réanimé par opportunisme certainement plus que pour l'amour de l'art. Reste Doktor Avalanche, cette machine dans ma tête : c'est bien lui qui s'en tire le mieux. Ne connaissant pas le poids des années, celui dont la frappe mécanique, stakhanoviste, n'en a jamais mis une à côté en trente ans est aujourd'hui le seul à n'avoir véritablement pas changé...

Well... what a dick I can be sometimes. What the fuck is this idea of me, to write a boring, badly-expressed, bloated english version of each and every fuckin' notule ? I don't know. Sisters Of Mercy rules the world, OK ? Tonight I really don't feel like writing anything more, so fuck off and die, as would nicely put Impaled Nazarene.

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Misère & cordes

samedi 19 novembre 2011

Mustaine, c’est comme les grands-parents (faut en profiter tant qu’il est encore là)

Megadeth en roue libre, ça ne date pas d'hier. Megadeth en roue libre, ça reste souvent pas si mal, c’est pas nouveau non plus. Thirteen (pourquoi avoir succombé au kikoolol en le graphiant Th1rt3en ?) est une cartouche de plus à la ceinture de Dave, et un skeud de plus dans notre escarcelle. Je me pose parfois cette question ; pourquoi être con au point d’attendre quelque chose de neuf de nos vieilles gloires ? Faire partie du mythique carré d’as ciseleur du thrash tel que la planète le connaît est plus qu'honorable, et si Mustaine veut passer ses vieux jours à faire une redite de ce qu’il sait faire de mieux… pourquoi pas. Ca me va. Après tout, World Painted Blood n’est pas seulement l’album le plus brutal de Slayer, c’est aussi le meilleur (pour m'écrire, c'est à droite). Mais reprenons.

Attendu que le principal suspect n’a plus l’âge de composer un Peace Sells... Attendu que le principal suspect se drogue maintenant à la tisane. Et attendu que le principal suspect a trouvé dieu (amen), Thirteen est, très simplement, tout à fait honorable – c’est mon humble avis. Puis aujourd’hui, t’es même plus obligé d’acheter l’album, non ? Je déconne. Mais enfin, de qui se fout-on lorsqu'on tombe sur ces complaisantes chroniques fleurissant ici et là sur le mode geignard et blasé ? Mustaine mérite un respect absolu et sa production récente, après tout, poursuit la ligne directrice qui définit la seconde partie de carrière du groupe – c'est-à-dire l’orientation hard rock / heavy metal mélodique et maidenienne du dyptique Youthanasia / Cryptic Writings (immensément sous-estimé, tellement bien-nommé). Un chemin sans trop de cahots si ce n’est deux nids-de-poules aux trajectoires inverses : le grave accident The World Needs A Hero (« tiens, ce matin j’ai décidé de faire de la merde ») et la sortie de route inspirée The System Has Failed (une rechute stupéfiante si vous me pardonnez le jeu de mots, ou comment, vingt ans après, pondre le jumeau fiévreux du déjà malade Rust In Peace. Dave n’est jamais aussi bien que lorsqu’il est mal). 

Vous l’avez remarqué, cette chronique parle de tout sauf de l’album Th1rt3en, (et pas plus de son line-up, seule remarque notable, Junior est de retour), et c’est bien normal puisqu’il n’y a rien à en dire : c’est un Megadeth Mark II honnête, un point c’est tout, un point c’est marre. Comme une belle femme un peu vulgaire, il a tout ce qui faut, opportunément et exactement là où il faut (pour les nostalgiques y’a même un morceau construit sur la mythique succession d’accords en ré mineur de Ktulu et Hangar 18 : Public Enemy No. 1, et une ligne de chant piquée à The Thing That Should Not Be sur Guns, Drugs & Money. On y revient toujours, mais je ne les citerai pas ici). Et puis, arriver à faire rimer jailbreaker et smokin’ guns, seul le gnarl de Mustaine rend ça possible. Et ça, c’est comme un épisode de Joséphine Ange Gardien : c’est magique.

Megadeth is Dave Mustaine and Dave Mustaine is Megadeth, so we don't give a fuck about who's playin' there as long as Dave is pulling (guitar) strings.Thirteen is the bunch's thirteenth album (duh...), which I believe to be a bit stronger than previous effort Endgame. We're in a case of "same old story" here : Megadeth tunes you want, Megadeth tunes you'll get. And I really think it's unfair to blame Megadave about that : the guy perfectly knows what he is good at, and he does it well once again. Not by far the best record he has done, but anyway, good enough for my tastes given what I expect from a Megadeth CD in 2011.

Th1rt3en (Roadrunner, 2011)

01 Sudden Death
02 Public Enemy No. 1
03 Whose Life (Is It Anyways ?)
04 We The People
05 Guns, Drugs & Money
06 Never Dead
07 New World Order
08 Fast Lane
09 Black Swan
10 Wrecker
11 Millenium Of The Blind
12 Deadly Nightshade
13 13

Le site et le Myspace de Megadeth.

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