vendredi 20 février 2009

Miika Tenkula 1974-2009

C'est officiel : Sentenced ne se reformera jamais. Miika Tenkula a passé l'arme à gauche hier 19 février 2009. Trente-cinq ans, c'est jeune, mais ce fut suffisant néanmoins pour lui permettre de composer une bonne partie des huit albums (plus quelques EP) des northernmost killers. Le guitariste joufflu aux faux airs de Sean Astin aurait vraisemblablement payé le prix du culte qu'il vouait à l'un des seuls démons véritablement dangereux dans le metal - la bouteille. Miika Tenkula avait formé Sentenced en 1989 à l'âge de quinze ans avec ses compères Sami (aujourd'hui dans le conseillé KYPCK) et Vesa, et orienta le death metal primaire de son groupe vers quelque chose de plus mélodique et mélancolique à partir du mini Love & Death. Cette sortie importante et concomitante à celle d'un autre EP fondateur (Black Winter Day d'Amorphis) donna le La à la scène finlandaise actuelle, alors en formation : impossible d'ignorer l'influence de Sentenced lorsque l'on écoute des formations telles que Yearning, Nightwish, Ensiferum ou les trop méconnus Searing Meadow.

Sentenced fait aussi partie de l'école des surdoués Century Media des années 1994-1998, aux côtés de Moonspell, Samael, The Gathering, Rotting Christ ou encore Tiamat - tous de nationalités différentes mais s'invitant fréquemment sur leurs albums respectifs, infusés d'une magie peu commune dont j'ai déjà assez parlé en ces pages - la patte « Woodhouse Studios », celle qui nous faisait encore acheter Metallian lorsque l'un de ces groupes se trouvait sur le sampler Metal Explosion. Miika Tenkula laisse une belle discographie truffée de pépites d'humour noir (Excuse Me While I Kill Myself, un titre qui me laisse toujours - c'est de circonstance - mort de rire), et notamment Amok, un des cinq albums que j'emmènerais sur l'île de la tentation (ça ferait au moins un truc de sexy). Salut l'artiste - mais cette fois, on ne t'excuse pas. Il s'en est fallu de peu pour que cette entrée ne soit classée dans les coups de gueule plutôt que dans la rubrique Memorial. Lâcheur !

Well what a brutal and unexpected bad news – Miika Tenkula from Sentenced is officially cooking for the Kennedys since yesterday, February 19, 2009. As he was the main composer of the Northernmost killers, I unfortunately believe it’s safe to say Sentenced will never rise from the void. I urge yourself to dig (sorry) the band’s material : you can’t miss Amok nor Down. So long Miika, “the spirit of the dead outlives memories of the mortal & the final cross you bore is nothing now but ashes”.

Le site et le Myspace de Sentenced.

New Age Messiah , troisième morceau de l'album Amok.

...et toujours :
Sentence de mort

lundi 16 février 2009

Allez venez, Milorg (attention : cet album tue les nazis)

Vreid, ça signifie « colère » en norvégien. Milorg, c'est la contraction d'usage pour « Militær Organisasjon », c'est-à-dire la résistance nationale coincée, à l'instar de nos FFI, entre le marteau nazi et l'enclume collaborationniste. Vreid est un phénix que je découvre sur le tard, à l'occasion de ce quatrième album : n'étant pas amateur de Windir, des cendres duquel Vreid s'est levé, j'avais ignoré les premières sorties du commando. Et pourtant, Milorg est remarquable... Reprenant avec culot mais sans provocation - le faux-pas est facile, sinon tentant pour certains - les codes esthétiques de l'art totalitaire, Vreid les détourne sur sa classieuse pochette et chante la résistance à l'oppression nazie en consacrant un album entier à ladite « Militær Organisasjon » opérant pendant la seconde guerre mondiale.

Ultra-nationaliste, dans le sens où l'honneur et la survie du territoire norvégien est exalté dans chacune des huit chansons, galvanisé par un romantisme guerrier quelque peu suranné mais tout indiqué (sacrifice, ténacité, résistance, cf l'excellent Speak goddamnit [« Parle, nom de dieu ! »] décrivant un interrogatoire sauce Gestapo), l'album se situe à la croisée du black metal norvégien traditionnel et des racines rock / heavy metal de la bande. On peut légitimement penser à un Motörhead ayant mangé tout cru Satyricon, après avoir saupoudré le plat d'un peu de Metallica et de Stooges - des influences revendiquées haut et fort. La filiation Windir fait le reste, amenant de nombreuses respirations atmosphériques qui permettent, par contraste, de décupler la hargne hypnotique des morceaux. Étant plus qu'amateur des deux excellents albums des rigolos Disiplin (à laisser traîner sur la table basse quand le copain gauchiste de votre sœur passe à la maison), j'ai trouvé que Vreid s'en rapprochait parfois tout en ne laissant aucune place à cette ambiguïté qui amuse tant les Disciplinés (et moi). Enfin, la voix déchirée et vindicative du géant Sture (rappelant parfois dans la diction et le débit celle du pauvre Valfar) parachève le climat militaro-sibérien du disque.

Milorg n'est pas l'album de l'année (on a parfois une impression de léger bâclage sur certaines compositions accompagné d'un sentiment persistant de potentiel non utilisé - manque de temps ?), mais il demeure bien meilleur que lesdites grosses sorties du moment, ne serait-ce qu'en regard du passionnant canevas qui lui sert de trame. On soulignera la sincère passion du compositeur principal pour le sujet traité - le bougre est prof (comme la moitié des musiciens de black metal en Norvège) et avoue que l'une des missions premières de Milorg est d'amener ses auditeurs à prendre un bouquin pour se rencarder un peu plus sur cette période de l'histoire. Vœu pieu mais qui mérite d'être signalé : c'est devenu trop rare de tomber sur du black metal intelligent et cultivé sans qu'il ne sombre dans la prétention ou la posture intellectualiste. Revenons au copain gauchiste de la sœur qui, prompt à sortir le mot « résistance » dès qu'un ministre centre-droit ouvre la bouche, risque cependant de ne pas plus apprécier Vreid que Disiplin s'il ne s'arrête qu'à la pochette. Mais on s'en fout : de toute façon, il a toujours tort.

Far away the sound of a symphony
Wagner the soundtrack to my tragedy
Broken ribs and bloody feet
Ripped off hair and knocked out teeth

Brutal assault with sadistic methods
Hell-bent for my knowledge
No means are too extreme
But I am not a rat

That will sell out my country
I'll rather die
Than contribute to your
Empirical dream

I will never lay at your feet
My lips are sealed
My will you cannot defeat
Goddamnit I will not speak

Marks of cigarettes burnt into my skin
Symbols of how I never gave in
My knowledge is limited to my own cell
To make my comrades avoid this hell

Death camp the last level
I will disappear in nacht & nebel
Disbanded like a devilish creation
I will die for my Norwegian nation

I will never lay at your feet
My lips are sealed
My will you cannot defeat
Goddamnit I will not speak

nota bene : pardon à MetalSucks, à qui j'ai piqué la moitié de mon titre - eux-mêmes l'ayant certainement emprunté à la compilation de Relapse « This Comp Kills Fascists ».

Having never been a big Windir fan I wasn’t familiar with Vreid’s material until now. What a fucktard can I be sometimes… Vreid is just pure fuckin’ genius – a black ‘n’ roll kind of metal, backed with a strong imagery relying on WWII aesthetics. Milorg is the brigade’s last release and stands easily as one of the year’s best releases. Revolving on Scandinavian Resistance and displaying a fascist, yet left-wing inspired artwork and layout (yup, that’s possible – just ask Kamarad Joseph), you’ll either think Motörhead or a thrashier, militaristic Satyricon while listening to it. Add a pinch of Windir-scented atmospheres, and here we go, only wishing it’s WWII again to spill some German blood in the nearby camping… Yeah, you’re right – this is not for the faint-hearted ! Suffering of suicidal, er, homicidal tendencies ? So come on, join the army ! Let’s mass-rape the world to the soundtrack of its tragedy.

Milorg (Indie Recordings, 2009)

01 Alarm

02 Disciplined
03 Speak Goddamnit
04 Blucher
05 Blucher Pt. ll
06 Heroes and Villains
07 Argumentum Ex Silentio
08 Milorg

Le
Myspace de Vreid.

jeudi 12 février 2009

Le retour des fils d'Uisliu

Cela fait maintenant quelques années qu'Amorphis est revenu, peut-être pas à son meilleur niveau puisqu'une telle expression ne veut ici rien dire - les différentes périodes du groupe (au moins trois selon votre serviteur) rendent difficile l'établissement d'une échelle de comparaison -, mais au moins au sommet de son potentiel actuel. Tandis qu'Eclipse restera comme l'album de l'intronisation de Tomi Joutsen, Silent Waters aura enfoncé le clou avec brio malgré quelques redondances par rapport à la carrière du groupe - au point que le disque puisse parfois apparaître comme le grand-frère bien élevé de Tales From the Thousand Lakes, à qui l'on aurait appris quelques bonnes manières et demandé de ne plus roter à table. Tour à tour fragile et délicat (Silent Waters), puissant et épique (Shaman ou A Servant, que l'on jurerait retravaillés à partir de morceaux datant de 1994), mais sachant aussi se faire plus folk à l'occasion (Enigma et son parfum celtique), Silent Waters est un album auquel il sera difficile de succéder... Son aspect synthétique (quant au passé d'Amorphis) et sa finalité (asseoir définitivement Joutsen au poste de vocaliste) laissent présager pour son successeur le début d'une nouvelle période.

En attendant d'en savoir plus, mais surtout d'entendre les premiers extraits du déjà baptisé Skyforger, le fan éploré pourra toujours traîner ses guêtres sur le blog du groupe faisant office de studio report... La pochette, en revanche, est déjà dévoilée et malgré mon peu d'enthousiasme pour les compositions trop numériques, elle s'annonce superbe (et certainement signée Travis Smith tant sa patte semble évidente). L'album, déjà le neuvième, est programmé pour le milieu d'année 2009.

You know by now how a big Amorphis fan I am. Unlike when it comes to Metallica, I am not, however, blinded by my allegiance and it’s fair to say Amorphis’ golden years are behind them… or maybe not. ‘Cause Tomi Joutsen is a real monster of a frontman, blessed with a monstrous, naturally death-metal voice which fits oh so well the band’s back catalogue. After the aptly-named Silent Waters, a moody album contrasting with the blistering Eclipse, here comes Skyforger. I didn’t hear a single bit of it yet – I just cross my fingers for it to even Silent Waters out, hence foreshadowing a new golden period for these folkish metal masters. I just can’t wait !

Le site et le Myspace d'Amorphis.

...et toujours :
Un lac dans mon rétroviseur...
Amorphis emmerde Darwin...
La fin de l'éclipse ?

samedi 7 février 2009

« I thought what I'd do was, I'd listen to more early nineties death metal »

J'ai souvent la nostalgie du « DDD metal » des deux premiers tiers des années quatre-vingt-dix - D au cube pour dark, doom et death. Beaucoup de cadors synthétisaient alors ces trois aspects en un maelström musical à l'identité fortement européenne ; que ce soit au nord, en partant d'ici, au sud du paradis (le particularisme régional de la scène grecque, aujourd'hui quelque peu retombée dans un anonymat reflétant son nouveau conformisme), ou, bien sûr, au pays de la pluie - est-ce utile de mentionner la Sainte-Trinité du Bureau des Pleurs, dont les premières sorties étaient autant d'albums-mausolées dédiés au romantisme tragique d'un death metal en quête d'horizons plus littéraires, moins « clichés » ? Alors quand un album du calibre de The Chalice of Ages (Deathevokation) me tombe dessus, telle la misère sur le triste, je ne peux que me réjouir de la découverte et tenter de lui faire une modeste publicité.

Confinant à l'exercice de style, The Chalice... respecte tous les préceptes poussiéreux de la scène précédemment évoquée - pour moi son point fort, pour d'autres, sa limite assurément. Le but premier du fondateur monomaniaque Götz Vogelsang est de se faire plaisir en composant d'austères hymnes funéraires faits de riffs pachydermiques et doomesques, traversés par quelques accélérations slayeriennes passées au filtre Unleashed / Entombed - pour ne pas dire Nihilist / Grotesque. Tout y est : des titres contenant plein de mots rigolos du genre rites, acherontic, desecration, epitaph, chunk, carrion (dont les potentiels agencements fleurent immanquablement les relents putrides du Père-Lachaise), un son gras « metal zoné », un timbre rocailleux au croisement des deux normes qu'étaient les vokills anglais et suédois... Deathevokation (nom à prendre au pied de la lettre, et probable clin d'œil à une démo de Dismember) n'oublie donc pas que faire du bon death metal, c'est avant tout savoir écrire de sombres mélodies - on pensera ici aux premiers Amorphis, sinon Abhorrence (on subodore l'énorme impact qu'ont du avoir Karelian Isthmus et Privilege of Evil sur le bougre), Sentenced, Pentacle, Asphyx et autres premières démos de The Gathering...

L'antidote à la crise / bérézina / hérésie dite deathcore en quelque sorte. Car Deathevokation, comme les Grands Anciens dont il prétend perpétuer le culte vivace mais confidentiel (reprendre du Antropomorphia sur son premier album, c'est un peu comme si un groupe de black français honorait aujourd'hui un titre de Malveliance), prône l'exact contraire de cette nouvelle scène - la suprématie du feeling sur la technique, et préfère le discours du riff mélodique mid-tempo au ratatinage imbécile et supersonique de tympans. Inutile de dire que le résultat, outre la noirceur retrouvée, reste aussi brutal que la déposition d'un T-800 dans un commissariat. A voir, en lien, le site Internet de la bande, reprenant l'esthétique monochrome des fanzines d'époque et parsemé de flyers historiques (celui annonçant la sortie du premier Thou Shalt Suffer vaut des points). Pour les fous, les vrais, l'album est disponible en cassette avec pochette bicolore en trois volets. Amen. The Chalice of Ages, par Deathevokation, est une véritable dévolution - pour ne pas dire devilution.

I mourn the the old DDD metal of yore – ya know, dark-doom-death à la Sentenced, Amorphis or in the good ol’ british way of doing things : early Paradise Lost, Anathema, My Dying Bride… The Chalice of Ages (Deathevokation) is a tribute, as the names of the band and record suggest, to this sinister, yet melodic, haunting scene. Ya got it all : Slayer meets Unleashed meets Abhorrence fucking with Pentacle while being sodomized by early The Gathering. Melodic and heavy as fuck while retaining the original, sick brutality of true death metal ! I just can’t believe some still listen to deathcore (yeah I’m seeing a doctor for my Bad Obsession – he says I’m sick in the head) while you can bathe in such wonderfully-executed Death.Fucking.Metal. ! That’s the way I am - I just can’t resist to songtitles such as Rites of Desecration or Acherontic Epitaph. Even the foulest of names generator wouldn’t find such exciting, juicy combinations ! The Chalice of Ages ? Not a revolution for sure, but indeed, a true devolution. To tell you the truth, if one day the mad people of the Gallic Republic (I’m talking ‘bout France, you fucker) puts me at the head of our already devastated country, The Chalice of Ages would be taught in music classes. And in jails – we need to re-educate musical tastes in jails, don’t we ?

The Chalice of Ages (Xtreem Music, 2007)

01 Rites of Desecration
02 Acherontic Epitaph
03 The Monument
04 Embers of a Dying World
05 The Chalice of Ages
06 Infinity Blights the Flesh
07 Carrion (et non pas Carry On, ça c'est Angra ou Manowar)
08 Chunks of Meat (Antropomorphia cover)
09 As My Soul Gazes Skywards

Le
site et le Myspace de Deathevokation.

mercredi 4 février 2009

« Triptykon cannot be stopped ! Nothing can stand in its way ! »

Quand j'étais gamin, j'imaginais parfois que la voiture du pater familias était un transformer, un decepticon, évidemment - les autobots étaient bien trop gays pour mériter ma considération, n'est-il pas ? La vieille guimbarde, que j'ai récupérée entre-temps, a rendu l'âme la semaine dernière, sans s'être transformée une seule fois en vingt-et-un an. More than meet the eyes... Tu parles ! J'aurais pourtant cru qu'au moins, le robot à l'intérieur se serait manifesté au moment de passer à la casse mais même pas - c'est sûr, ce devait être une merde d'autobot. Un decepticon ne se serait pas laissé toucher le filtre à huile sans répliquer. Bref... La machine m'aura au moins rendu, dans ses derniers instants, une vieille cassette de Rust In Peace (ironique, non ?), perdue voici quelques éons car tombée dans un interstice qu'encore une fois, aucun decepticon ne m'aurait laissé explorer comme ça.

Je reste perplexe devant la décision de Tom G. Fischer de nommer son nouveau projet Triptykon, car enfin, nous le savons tous, Triptykon, dont la taille est comparable à celle d'une ville, est l'un des plus féroces decepticons qui soit ! J'espère simplement que l'oncle Tom ne foutra pas sa case en l'air une fois de plus. Et même si ce nom de baptême n'a évidemment rien à voir avec cette vieille série qui remonte à une époque où le metal n'était pas encore mon principal centre d'intérêt (le sens ici serait plutôt « troisième image / troisième icône », après Hellhammer et Celtic Frost), c'est plus fort que moi, ce sont les vils et puissants Decepticons qui m'apparaissent en voyant son logo. Et en attendant de juger sur pièce ce que donnera Triptykon, on peut toujours se rappeler la petite catchphrase so metal de Soundwave : « cries and screams are music to my ears »...

Man, I got thrown back in time when I first heard the name of Tom G. Fischer’s new band, Triptykon. Fuck, wasn’t Triptykon the name of a mechanized, deadly overlord in Transformers ? I still remember its motto, which went “Trypticon cannot be stopped ! Nothing can stand in my way !”… Let’s hope Triptykon, the band, will be as mean and deadly as fuckin’ Megatron. By the way, do you remember that gay motherfuckin’ piece of shit named Soundwave ? Poor bastard could be turned into a convertible shitty boombox – more interesting was its motto : “cries and screams are music to my ears”...

Le site et le Myspace de Triptykon.

...et toujours :
Are You Morbid ? Into the Pandemonium of Celtic Frost
« Toi qui entre ici, abandonne toute espérance... »

mercredi 14 janvier 2009

Le (dé)goût des autres

Je lisais récemment une intéressante interview de Hoest, misanthrope polémique et talentueux si l'on juge son art à l'aune de la carrière de Taake. Après l'incontournable promotion de son dernier méfait (Taake, chez Dark Essence), la conversation dévia vers les périls qui guettent le black metal moderne - un peu les mêmes que ceux qui sont en train de tuer une seconde fois la scène death : une asphyxie du genre, pris d'assaut, dans le cas du death metal, par une multitude d'ignominies dites « deathcore » (pardon ?) et alliant look tektonik, tronches de geeks américains et gruik gruik en carton.

Dans le cas du black metal, outre l'inanité musicale menaçante (bien qu'actuellement la scène semble chercher un nouveau souffle - qu'il vienne des émanations psychédéliques que l'on entend chez Enslaved, Nachtmystium et autre Wolves In The Throne Room ou du nouveau cauchemar urbain expressionniste dessiné par The Howling Wind, BAN et consort), c'est aussi son esthétique que Hoest agonit. « La frontière avec le ridicule est si ténue. Je hais ces photos d'abrutis alignés tous en corpsepaint - il y en a toujours au moins un qui se démerde pour avoir l'air absolument ridicule ». Difficile de lui donner tort : combien de photos de groupes de black metal, recherchant la majesté ténébreuse qu'ils aimeraient aussi projeter dans leur musique, sont pourries par un Bela Lugosi s'étant trompé de film, un obèse aux cheveux courts n'ayant rien à foutre là, ou pire (on pensera, parmi les plus célèbres, à cette piteuse session de Dimmu Borgir infiltrée par le fils de Gérard Majax et un extraterrestre à la con) ? Ce qui est piquant, en revanche, c'est que Hoest semble avoir oublié sa propre photo ridicule... Le voilà désormais assuré pour l'éternité d'avoir une place dans le top 10 des plus cocasses clichés du black metal. Et l'éternité, c'est long... surtout vers la fin.

Listen, I love black metal as much as I hate it. We all know ridicule never did anyone any real harm but still – there’re some exceptions to this statement. Like, for example, that old well-known photoshoot of Dimmu Borgir involving The Man With The Fuckin’ Top Hat – legend has it that he finally got eaten by said hat, something that can’t happen when you play good music (explaining why Slash is still alive and, er, almost well). Click on the link if you wanna see the lolest ever taken picture of Taake's Hoest.

samedi 20 décembre 2008

Uzi Suicide

Slash a beau écrire aussi mal qu'il joue bien de la guitare (on est loin du style destroy, férocement drôle et irrévérencieux d'un The Dirt - peut-être qu'une traduction française signée Despentes rehausserait un peu la qualité littéraire de l'ouvrage, cf sa chouette version de la bio des Ramones), sa biographie reste intéressante et passionnera n'importe quel fan des Gunners. On en aura pour son argent, bien que votre serviteur ne soit pas peu fier d'avoir payé son exemplaire neuf, quatre euros au lieu de trente, grâce à une supposée marque sur la tranche, invisible à réception... A consommer sans modération, avec une bouteille de Nightrain à portée de main.

Les inconditionnels du GNFNR canal historique seront comblés - la genèse des plus grands titres est dévoilée, beaucoup de demi-mystères sont levés (qui est la brune fatale au regard de feu immortalisée sur l'épaule d'Axl, pourquoi ne faut-il jamais honorer une demoiselle en tandem avec Izzy Stradlin, qu'est devenue My Michelle...), et malgré les écueils inhérents au genre, difficile de poser le pavé pour qui s'est un jour intéressé à la carrière de Guns N' Roses, ce cirque ambulant et autodestructeur plus instable qu'un pain de nitroglycérine convoyé par Yves Montand et Charles Vanel. En voici un très court extrait, plutôt étonnant et relevant carrément du domaine du fantasme :

« I crashed wherever I could, and did whatever came to mind, and there was a point in there when I hooked up with Dave Mustaine of Megadeth. We became friends ; he was strung out on smack and crack and he lived in the same neighbourhood, so we hung out and wrote songs. He was a true, complete fucking maniac and a genius riff writer. We'd hang out, smoke crack, and come up with major heavy metal riffs, just fucking dark and heavy as hell. Sometimes Dave Ellefson would join us ; we got along great, we wrote some great shit. It got to the point, in our drug-fueled creative zone, that we started seriously entertaining the idea of my joining Megadeth. Guns was in a holding pattern, after all, and I was high enough to consider all kinds of bad decisions. Dave Mustaine is still one of the most genius musicians I have ever jammed with, but still, in my heart of hearts, I knew I couldn't leave Guns ».

Slash, par Slash et Anthony Bozza, édité chez Harper Collins (2007)

I like Slash since forever : the man has always been a classy motherfucker ready to crash and burn - he just won’t ever learn. Like everyone these days it seems, he just released his bio. Badly written, but oh so fuckin’ trippin’. Have a drink or ten of Nightrain, and enjoy the ride in downtown L.A. from 1983 to 1991 (we don’t give a flyin’ fuck about what comes before and after, don’t we ?), when GNR was the (other) meanest, harshest bunch of lewd motherfuckers you can imagine. Now, who said “never stop the madness” ?

...et toujours :
Régime sec
With your bitch slap rappin' and your cocaine tongue / You get nuthin' done

lundi 27 octobre 2008

We are death (magnetic)... Fukk you !

L'heure est venue de faire la chronique impossible. Celle de Death Magnetic, qui n'en sera pas une puisque je vais délaisser l'analyse clinique - ce qui arrangera d'ailleurs toutes les parties, on n'est pas là pour réfléchir. Autrement j'aurais chroniqué le SUP. Comment ne pas commencer par ce constat : on a beau en penser ce qu'on veut, verser sa bile ou faire dans son fute en rosissant d'émotion, Metallica, en 2008, ne laisse toujours personne indifférent, et surtout pas ceux que l'on a entendu le plus - vous savez ? Ceux qui ont feint l'indifférence, ces lols-là qui nient en bloc à cent lieues de se douter que les silences et la jalousie ne les guettent plus, ils leur sont déjà tombés dessus depuis un bail.

Commençons donc par emmerder suprêmement les petits croûtons métrosexuels de Deathstars, qui sont à l'indus en carton-pâte ce que le Johnny Walker / coca est au bourbon, c'est-à-dire de la merde. Et qui ont piteusement tenté de récupérer l'actu en chougnant que la typographie du titre et la tonalité de couleurs de Death Magnetic leur auraient été volées - pensez-donc, il y a même un titre qui s'appelle Cyanide. On rappellera donc à Deathstars, dont l'unique titre de gloire est que le frère de Jon Nödveidt en fait partie, qu'ils se masturbaient encore sur la photo de leur cousine quand Jaymz sautait leurs mamans après un concert à Copenhague en 1986. Et pour ceux qui s'en souviennent, on rappellera aussi qu'Ophthalamia, c'était de la merde. On passera tout aussi vite sur l'avis péremptoire et abruti de la horde Averse Sefira, en leur rappelant que non, Death Magnetic ne ressemble pas à ...Justice, et que non, l'album ne recycle pas les riffs de Master. Jouer du black metal rend sourd, se masturber aussi, difficile de prendre sérieusement en compte l'avis de Deathstars (ont-ils piqué le mot death dans Creeping Death ?) et d'Averse Sefira. Et d'abord, on ne joue pas de black metal en Amérique, encore moins au Texas. Non mais. A moins de s'appeler Absu, mais eux c'est pas pareil, ils ont des noms occultes et des pochettes signées Marschall ; ils ont le droit. Et à ma connaissance, personne dans Averse Sefira n'a auditionné pour Slayer.

Bref, impossible d'esquiver le tsunami : la une du Monde (qui s'est fendu d'un article pédagogique sur le thrash, saluons un geste que ne feront jamais, on l'espère, les Inrocks), une chronique sur France Info, quelques TV dont un Taratata voyant Jaymz imiter avec malice Mustaine (simple : pincez-vous le nez et dites une saloperie sur Metallica)... On aura donc pris Death Magnetic en pleine poire. L'album est plutôt très bon, avec quelques classiques instantanés (Broken, Beat & Scarred, morceau le plus heavy de Metallica depuis Sad But True ; The End of the Line ; le slayerien My Apocalypse), mais aussi quelques ratés (The Day That Never Comes, qui n'arrive effectivement jamais, ou encore l'affreux Unforgiven III). Outre sa structure classique (tueries en ouverture, longue power-ballad en quatrième position, instrumental antépénultième bousculé par une méchante boucherie à la fin), Death Magnetic nous rappelle pourquoi nous nous sommes tant aimés : le parfum de ...Justice est bien là, c'est vrai, mais le disque est tout sauf mécanique, peut-être même trop groovy à mon goût - ce qui ruine notamment le potentiel de Cyanide. Lars fait du Lars, Jaymz sait parfaitement comment faire rimer machine avec gasoline et Kirk abuse de sa wah-wah comme Emile Louis d'une jeune COTOREP : pas de surprise, c'est l'obus calibré que la battery se devait de tirer. Death Magnetic a cependant cela de magique qu'il est sincère, ça s'entend et ça se voit sur ses géniteurs. Parait que le bassiste a changé, mais nous parlons de Metallica : on s'en fout.

Death Magnetic n'est pas l'album de la décennie (qui est assez fou pour le penser ?), mais il est signé Metallica, et aucun de ses riffs plombés n'auraient pu être pondu par quelqu'un d'autre qu'Hetfield. We die hard, crache-t-il sur Broken, Beat & Scarred - et c'est vrai que ce sont des putain de durs-à-cuire. Les groupes d'émoi-shit à la In This Moment I Was Dying Beyond The Horizon sévissant actuellement auront crevés la bouche ouverte depuis longtemps que les kids du monde entier continueront d'accrocher les horsemen aux murs de leur chambre. C'est sans espoir : l'apostasie n'existe pas dans cette religion. Les chiens aboient, la planète-caravane passe, et moi, comme Coluche, je-me-marre. 

Just fuckin’ buy fuckin’ Death Magnetic. There’s “Metallica” written all over it, so JUST FUCKIN’ BUY FUCKIN’ DEATH MAGNETIC. And learn French if you want to know more – I’m too tired to explain the unexplainable.

Death Magnetic (Vertigo / Universal, 2008)

01 That Was Just Your Life

02 The End of the Line
03 Broken, Beat & Scarred
04 The Day That Never Comes
05 All Nightmare Long
06 Cyanide
07 The Unforgiven III
08 The Judas Kiss
09 Suicide & Redemption
10 My Apocalypse

Le site et le Myspace de Metallica.


...et toujours :

Habemus Metal...
Hammer of Justice still crushes you
Read the Lightning
Vingt ans déjà !
SKOM : un divan pour le monstre

dimanche 12 octobre 2008

Folk You !

Martin Walkyier (troisième sur la photo en partant de la gauche), c'est un mec que j'ai toujours aimé, et pas qu'à cause de sa chouette carrière marquée par les excellents Sabbat (dans lequel officiait aussi Andy Sneap) et Skyclad. C'est un peu le père tranquille du folk metal, le sage revenu de tout qui dispense désormais ses réflexions au coin d'un pub, loin de la scène dont il est aujourd'hui (presque) retiré, pour peu qu'un bock se trouve à portée de main. Que pense-t-il de ses enfants terribles, les Finntroll et autres Turisas actuels ? Peut-être pas grand-chose, après tout. Dans le dernier Terrorizer, monsieur Walkyier remet ainsi plaisamment quelques pendules à leur place (pour citer notre Johnny plus très national, fiscalement parlant) et nous livre sa définition du folk metal, que je partage totalement. Car enfin et nom de dieu, ça me fait chier, ce glissement sémantique qui s'est produit au fil des ans et qui a finit par confondre totalement folk, viking, pagan metal. Pour ces deux derniers, je n'ai besoin d'aucun Ensiferum ou autre Korpiklaani (qui me font immanquablement penser au Cocu magnifique de Crommelynck, certainement la faute aux cornes et aux bois d'élan) - la trilogie miraculeuse de Bathory me suffit amplement.

Non. Le folk, c'est d'abord et avant tout la chanson populaire qui raconte l'histoire du pauvre Joe, qui vient de se faire larguer, qui n'a plus un penny mais qui va quand même le dépenser au pub pour oublier qu'en plus, son job est merdique. Et ça, c'est Skyclad. Comme le dit Martin, « I'm a working class guy and this music strikes a chord in people's hearts. Metal and folk both have the same kind of energy and honesty, it's the music of the people, it's about the suffering of working for a living ». Bref, le folk, c'est la pop d'antan : une forme d'expression populaire qui parle des gens, aux gens, et qui ne nécessite qu'une guitare aussi débranchée que désaccordée pour, malgré tout, retourner un pub (demandez aux baleines silencieuses qui croisent sur la Lune, elles confirmeront). Toutes ces considérations et ce recentrage étymologique ne doivent cependant pas occulter la réalité du caractère profondément païen et mystique de Skyclad : c'est bien en cela que lui sont affiliés de nombreux groupes de metal plus actuels, souvent qualifiés, parfois par abus de langage, de « folk ». Mais dénaturer la vraie signification d'un terme, je crois que ça me gonfle autant que d'être en camping à côté d'une famille allemande.

Enfin et pour finir... une pensée pour Keith Baxter, premier batteur et membre fondateur de Skyclad, décédé il y a quelques mois. Après avoir enregistré les cinq premiers albums du groupe, il s'était illustré ensuite, notamment, dans Therapy?. That's all... folks !

We’re not hearing that much from Martin Walkyier these days, and that’s a shame ‘cause the man is the real deal when it comes to real folk metal (I’m thinking of Skyclad here and not carnival bands playing in stags skins with a part-time accordion babe). You don’t need no Ensiferum nor Korpiklaani when you got Bathory and Skyclad, don’t you ? And, isn’t folk in the first place songs about poor ol’Joe losing his work and wife and drowning his sadness in the nearby pub ? As Walkyier once said, « I'm a working class guy and this music strikes a chord in people's hearts. Metal and folk both have the same kind of energy and honesty, it's the music of the people, it's about the suffering of working for a living ». Ok Martin, let your music do the talking (and, ok darling, hand me a beer while I’m listening to fuckin’ Skyclad, ‘cause drinking water while listening to it is a well-known cause of slow death).

Le site de The Clan Destined, le dernier projet musical connu de Martin Walkyier.
Le Myspace de Skyclad.

vendredi 10 octobre 2008

Deutschland über alles

« La réaction du monde métallique à Endless Pain fut extraordinaire. Nous avons joué pour la première fois sous le nom Kreator à Velbert (Allemagne), avec nos copains Violent Force qui faisaient aussi partie du HMFCV (Velbert Heavy Metal Fan Club). Ensuite, nous avons été invités à faire des premières parties en Belgique, au Danemark et en Bavière, ce qui était un truc énorme pour nous. L'underground se manifestait via des lettres venant du Brésil, du Chili, de l'Amérique du Nord et même de l'Europe de l'Est - mon cercle de correspondants s'élargissait rapidement... Nous savions que le deuxième album que Walterbach nous avait commandé, dont la sortie était programmée dix mois après le premier, se devait d'être encore plus violent et intense que tout ce qui s'était fait jusque là.

Walterbach avait embauché aux manettes Harris John, qui avait travaillé avec Helloween et Slime. L'enregistrement de Pleasure to Kill fut un peu plus discipliné que celui de Endless Pain, malgré la présence de nos copains Stoney et Grave Violator venus nous accompagner à Berlin (histoire de s'amuser un peu après les sessions). Finalement, on avait un peu l'impression de partir en voyage en famille ! L'album fut bouclé en deux semaines et le mixage final dépassa toutes nos espérances, jamais nous n'aurions imaginé avoir un tel son. Après la parution de l'album, on a fait quelques concerts, notamment avec nos héros de Celtic Frost. La presse spécialisée soutenait Pleasure to Kill et, chose bien plus importante, les fans l'ont adoré ! Le jour où j'ai appris qu'une tournée se montait avec Rage et Destruction fut un vrai choc, mais là où j'ai presque eu une attaque, c'est quand j'ai appris que VoiVod comptait nous amener aux États-Unis. »

Mille Petrozza, commentaire intégré à la réédition de Pleasure to Kill / Flag of Hate (Noise, 2000).

After Endless Pain had been released the response in the metal world was pretty amazing. We played our first concert under the name kreator in Velbert, Germany, with our HMFCV friends of Violent Force and were invited to play shows in Belgium, Denmark and Bavaria which was very exciting for us. The underground scene reacted with letters from Brazil, Chile, North America and even Eastern Europe as my circle of penpals was growing rapidly.... We knew that the second album Walterbach had asked for ten months after the release of the first one had to be even more brutal and intense than anything there was in metal up to that point. Walterbach hired Harris Johns who had worked with Helloween and Slime and the production was a little more disciplined than our first one, even though our old friends Stoney and Grave Violator came to Berlin with us just to hang out and party after the sessions - so the whole thing turned out to be a little bit like a family trip. After two weeks the album was done, and when we heard the final mixes for the first time we were more than happy since the sound was even better than we thought it could ever be. After the release we played shows with our faves Celtic Frost and the press seemed to be really into Pleasure To Kill. But way more important - the fans loved it! On the day I heard that there is gonna be a real tour with Destruction and Rage I almost freaked out, but when I heard that VoiVod were planning to take us out in the United States I almost had a heart attack (Mille Petrozza, Pleasure To Kill re-release liner notes).

...et toujours :

Kreator : des croches accrocheuses qui caracolent dans mon crâne...
Stream of (social) Consciousness
Heureusement qu'on se faisait ch**r dans les centres de jeunesse allemands !