...le S étant pour Shining, cette fois. Enfin, uniquement si vous aimez les évolutions musicales et stylistiques. En principe, j'aime pas : mes œillères sont XXL, j'ai pas trouvé plus grand à l'époque où je les ai achetées. Mais tout change et je suis tout de même moins allergique qu'auparavant à ce discours lénifiant qui, s'il fait parfois passer des vessies pour des lanternes, cache quelquefois de surprenantes mutations. Et dans le cas présent, c'est réussi.
Semées précautionneusement dans le très bon IV - The Eerie Cold, les raisons (sic) de la colère ont depuis germées pour transfigurer son successeur, V - Halmstad. Ok, il s'agit toujours de black metal déprimé, mais le moins que l'on puisse dire est que ça rocke sévère, chez Shining, en 2007. Si le feeling katatonien et burzumesque est toujours là, et si Shining reste ce qu'il est thématiquement parlant (une auto-introspection douloureuse et destructrice de Niklas Kvarforth, certainement moins dérangé que vous [surtout] et moi mais passé maître dans l'art de faire parler de lui), nous sommes désormais loin de la transe quasi-hypnotique du choc qu'était III - Angst. Ca riffe, ça groove à mort - les bassistes vont se régaler et c'est tout de même assez exceptionnel de dire cela d'un album de black metal -, ça part dans des digressions tantôt jazzy tantôt bluesy, bref, autant vous dire que les habituels forumeurs intégristes (ceux qui avaient huit ans à la sortie de I - Into Deep Dark Chambers) sont très, très énervés par cette haute trahison.
Quant à moi, loin d'être agacé, j'écoute V - Halmstad (le nom du bled d'où Kvarforth est originaire, autant vous dire que pour ceux qui sont nés dans le Cantal ou le Limousin y'a des coins où ça le ferait pas du tout, imaginez un peu V - Couillères), et je me dis que c'est de la belle ouvrage, rehaussée d'une finition impeccable, et qu'après tout, malgré cette rifferie accrocheuse, cette section rythmique bondissante et ces soli parfois totalement hard-rock à l'ancienne (sur l'un d'eux je pense furieusement à Slash), ça reste plus noir que beaucoup de trve machins qui se contentent de décliner Under A Funeral Moon à l'infini. Car en fait, V - Halmstad reste malgré tout utterly fuckin' grim. Je finirai en précisant que la cinquième piste est une interprétation de l'un des plus beaux airs à avoir jamais été créé par un mortel, à savoir la Sonate au Clair de Lune (et aussi l'un des plus utiles, puisque cette pièce nous permettait de récupérer l'Emblème Doré dans le premier Resident Evil !). Stay morbid !
nota bene 1 : pour les amateurs avides de ce type de black metal moderne, dépressif et urbain, les italiens de Forgotten Tomb œuvrent dans un créneau assez proche et suivent une évolution comparable vers un son certes plus mainstream, mais tout est relatif... Comment dire ? Des albums certes plus « grand public » mais ne s'adressant qu'à un « petit milieu ».
nota bene 2 : le sous-titre de l'album peut se traduire par « Nicolas à propos de Nicolas », confirmant l'aspect cathartique de la chose.
IV – The Eerie Cold was as good as it was all gloom-and-doom, with its bluesy parts coming from out of the… blue and thus adding an extra ugly "shining" to top it all. Well, Kvarforth and his merrymen have decided to trod that path again and to further things on V- Halmstad. To the already-known heavy rock, yet blackened riffaging, you’ll find in here jazzy and bluesy breaks without ever feeling an ounce of “hope” in that shithole of an album. Yeah, definitely, V – Halmstad is black metal with fuckin’ attitude. Fist edition comes with a random dead-and-stuffed pet.
V - Halmstad (Niklas angående Niklas) (Osmose, 2007)
01 Yttligare Ett Steg Närmare Total Jävla Utfrysning (Yet another step towards complete fuckin' desolation)
02 Längtar Bort Från Mitt Hjärta (Longing away from my heart)
03 Låt Oss Ta Allt Från Varandra (Let us take all from each other)
04 Besvikelsens Dystra Monotoni (The dismal monotony of disappointments)
05 Åttiosextusenfyrahundra (Eightysixthousandfourhundred)
06 Neka Morgondagen (Deny the day of tomorrow)
Le Myspace de Shining.
...mais commercial, cette fois-ci. Âpre, rugueux, inconfortable, Ordo Ad Chao est en un mot comme en cent un album difficile. A tel point que le chroniquer sans tomber dans les lieux communs les plus éculés, faute de mieux, du genre « tellement méchant qu'il en est bon » ou « c'est dans la déconstruction primaire de sa structure anticosmique qu'Ordo Ad Chao touche au génie », se révèle encore plus ardu que d'habitude pour votre pauvre serviteur. Qui s'est donc donné le temps d'apprivoiser la bête avant de l'exécuter ou l'adouber sans la comprendre. Dont acte.
Impossible de ne pas commencer par le (re)commencement : Attila Csihar est de retour et sa performance extraordinaire (mots pesés) ne fera regretter Maniac à personne. Ses râles déclamatoires, insolites incantations intervenant tardivement dans chaque composition, sont peut-être la première raison de se procurer Ordo Ad Chao. Survolant l'album ou au contraire semblant surgir de par en-dessous des entrailles de la musique, sa prestation est proprement ahurissante... Ce timbre si étrange frappe à nouveau par sa particularité, qui est de paraître constamment « à côté », non pas lié à la trame instrumentale mais au contraire détaché au point d'offrir un second versant à l'album, pour qui ne se concentrerait que sur la partie vocale. Un sentiment ineffable, qu'il ne sert à rien d'essayer de décrire. Car il faut l'entendre, ce croque-mitaine hongrois : il est d'ailleurs toujours aussi amusant de constater à quel point la voix du black metal n'est pas black metal. N'en demeure pas moins que cette éructation tour à tour haineuse, accusatrice, douloureuse, plaintive, déglutie puis régurgitée tel un cancer mortifère que l'on éjecterait par la bouche, est bien la seule voix qui fasse encore peur dans le petit monde du black metal. Que voulez-vous, à l'heure où d'ignobles combo emocore US, après avoir pillé Carcass et At the Gates, adoptent des vocaux parfois plus harsh que ceux des grands noms de la seconde vague de black metal norvégien, il faut bien cultiver sa différence.
S'il n'y avait que la voix... Ordo Ad Chao est musicalement tout aussi ensorcelant et, il faut bien l'écrire, horrible, que vocalement. Encore une fois, difficile d'émettre une critique qualitative objective, tant l'album est finalement aussi raw qu'expérimental. Quant à le décrire... Ordo Ad Chao renverse la célèbre maxime ordo ab chao (l'une des deux devises maçonniques, mes bien chers frères) et se propose donc d'aller de l'ordre au chaos. Chose qu'il faut prendre aussi au pied de la lettre, après un Chimera un peu trop propret et l'intermède vaseux et vaguement raté qu'était Ava Inferi pour Rune Eriksen (Blasphemer). Compositeur en chef et chef-compositeur, ce dernier opère ici une déconstruction systématique et méthodique - donc sale et brouillonne - de tout l'album Ordo Ad Chao. Vous savez, celui que l'on attendait après Chimera... Comprenne qui pourra, pour moi la clé est ici. Bref, Mayhem n'est pas seulement « contre » (cf Anti), il casse, il défait, il conte la destruction et contre la construction. Ainsi, et même si en matière de son et d'exécution Ordo Ad Chao est l'antithèse absolue d'un Grand Declaration of War, il rejoint cependant son aîné sur ce point. Avec en prime, Attila Csihar oblige, le retour de cet esprit ancestral qui caractérisait De Mysteriis Dom Sathanas, cette saleté séculaire qui émerge à nouveau du sombre passé.
Expérimental - ce qu'a toujours été Mayhem, groupe qui tissait de complexes arpèges derrière d'étranges riffs à l'heure où le black metal s'écrivait pour longtemps encore sur une ou deux cordes en trémolo -, Ordo Ad Chao est aussi psychédélique, mais je parle d'un psychédélisme de cauchemar qui serait le négatif du sens habituellement placé dans ce mot. Absolument, volontairement immonde au niveau du son, magma assourdi semblant agrafé dans la rouille de prises brutes pas même mixées, Ordo Ad Chao adresse un gros majeur tendu à son auditeur lors des premières écoutes. C'est simple : comparé à la batterie de Hellhammer, on pourrait croire que le fabuleux son de Lars Ulrich sur St Anger est le produit d'une prise de tête def leppardienne. Voire. S'il faut un point de repère, et encore, peut-être oserais-je citer Wolf's Lair Abyss, et encore... Wolf's Lair Abyss avait un côté découpé que ne possède sciemment pas Ordo Ad Chao : ce n'est pas pour rien que je ne cite aucun titre en particulier, cela n'a aucun intérêt dans le cas présent. Pour vraiment enfoncer le clou - car le son est réellement choquant - il faut insister sur le fait qu'à côté de la production de ce disque, De Mysteriis Dom Sathanas est une superproduction, un album de blackened thrash hyper léché. Si.
Difficile de conclure de façon claire la chronique d'un tel monstre... Repoussant et hideux, Ordo Ad Chao n'en demeure pas moins un album paradoxalement esthétisant dans cette recherche du Laid. Ce nouveau rejeton de Mayhem, contrefait et tératologique, est au final assez proche dans sa démarche (et parfois même musicalement) d'un Monotheist - sans pour autant approcher le niveau d'excellence du dernier Celtic Frost, n'exagérons rien. Quel que soit son accueil - il jouit pour l'instant, semble-t-il, d'un consensus trop large pour être tout à fait honnête et objectif -, cet album restera à n'en point douter une pierre angulaire de la discographie des norvégiens. Au-delà du retour de celui qui demeure pour moi le vocaliste de Mayhem, son mérite premier, à l'heure de l'avènement commercial avéré de ce que j'appellerais le clean BM, est de nous rappeler ce qu'est le black metal à la base (et pas ce qu'il doit être) : un chaos sonore et anticonformiste. Ordo Ad Chao ne ressemblant à rien d'autre, ou si peu, c'est déjà gagné sur ce dernier point ! Suicide commercial et / ou réussite artistique, c'est en tout cas plus intéressant qu'une réussite commerciale (ce qu'il sera peut-être) ou qu'un suicide artistique (ce qu'il n'est pas). Celtic Frost, dont nous parlions plus haut, avait malheureusement réussi l'un tout en ratant l'autre en 1988. No fun. No mosh. No core.
There’s this word, "obdurate", that I like so much when it comes to dark, hermetic, fuck-off black metal. Well, it can’t even apply to Mayhem’s last excretion Ordo Ad Chao. This is total commercial suicide, and a ugly one, at that. And man, do I love it. To sum it up, Attila is back and it feels like Maniac never was here. I’m sorry ‘cause I very much like Grand Declaration, but no one can compare to Attila – the bearded Hungarian boogyman delivers such an astounding performance... What he does here is mouth-expelling the most abominable, venomous words, in the most ugly way you can imagine. Fuck, this is a skin-crawling declamation, nothing less, screamed or muttered in utterly twisted ways. Musically speaking Ordo Ad Chao is the dirtiest, lo-fi motherfucker you can think of – and I’m not talkin’ ‘bout your average necro sound : this is how shall sound the most dreadful of tales, dealing about mankind’s fall while invoking the very same utter darkness that dwelt in De Mysteriis Dom Sathanas. This is head-on experimental extremism, this is a monumental fuck-off to the music industry (somewhat reminiscent, though not musically, to the move Ulver took with Nattens Madrigal, or Celtic Frost with Monotheist). No fun, no mosh, no core, just pure fuckin’ armaggedon.
Ordo Ad Chao (Season of Mist, 2007)
01 A Wise Birthgiver
02 Wall Of Water
03 Great Work Of Ages
04 Deconsecrate
05 Illuminate Eliminate
06 Psychic Horns
07 Key To The Storms
08 Anti
Le site et le Myspace de Mayhem.

Vous vous demandez pourquoi Power Games de Jaguar est absent tant des classements des pochettes les plus laides que des meilleurs albums de la NWOBHM, alors qu'il mérite de figurer dans les deux. Vous ne vous souvenez plus du nom de cet album dont la jaquette rappelle étrangement celle de Metal Heart d'Accept (Young Blood, des suisses Killer). Vous pensez que l'album le plus brutal à être sorti du Brésil en 1986 est Morbid Visions mais vous ne connaissez pas Bloody Vengeance de Vulcano. Vous aimeriez vous remettre un peu de Morbid Saint dans les oreilles, tout frustré que vous êtes depuis que papy s'est assis sur votre vinyle pendant le réveillon de Noël 1989. Vous soutenez à vos potes crédules qu'Angel Dust n'est pas qu'un excellent album de Faith No More, mais aussi un féroce combo de thrashers allemands un peu moins crados que leurs congénères. Vous voulez savoir comment s'est occupé Schmier après son départ de Destruction et tester ce que donnait Headhunter et son sympathique Parody of Life. Votre vieil oncle de trente-cinq ans, cet impotent vieillard, vous bassine à vous répéter que rien de ce que vous écoutez ne vaut le génial Rock You to Hell de Grim Reaper. Vous savez qu'un groupe a réuni dans son line-up des membres de Raven, Satan et Skyclad mais avez oublié son nom (Blind Fury). Vous collectionnez les disques jaquette est ornée de pyramides - ne riez pas j'en connais - et seriez ravi de découvrir L.A. et Crossfire. Bref, ça va mal, so many questions comme diraient les français oubliés de Malthüs.
Alors direction Riders of Death. Ce blog est absolument fabuleux, une véritable mine d'information dédiée à tous ces vieux combos des années quatre-vingt / quatre-vingt dix, oubliés pour la plupart, inconnus au bataillon pour beaucoup et par beaucoup. Je pense avoir une solide culture metal mais je reconnais humblement que je ne connaissais pas un groupe sur deux, si ce n'est de nom. J'ai également découvert quelques jaquettes qui sont, comment dire ? L'indicible lovecratien m'empêche de les décrire, en fait. Mieux vaut se rendre compte par soi-même des horreurs que pouvaient être les artworks de Bursting Out de MP ou encore de Chopping Block Blues des thrashers US de Blood Feast ! A l'inverse, quelques autres sont la preuve, si besoin était, que le metal est aussi un art doté d'une dimension picturale certaine. Ah oui, j'oubliais le principal : chaque paragraphe est consacré à un groupe décrit de façon plus ou moins succincte, et se voit agrémenté, ô joie pour les vrais passionnés, d'un ou deux mp3 téléchargeables ou écoutables en ligne. Autant dire que le véritable intérêt de Riders of Death est ici : ce compendium permet aussi d'écouter ce que l'on lit et de vérifier qu'en effet, le solo de Breakin'Out sur We Rock The Nations de Restless est une bombe. Un bonheur, un gros travail et une superbe initiative que je salue bien bas. Seul bémol, ça rame pas mal pour l'écoute, en particulier à partir de la page générale extrêmement lourde. J'imagine que les lecteurs mp3 démarrent mieux sur les entrées individuelles. Bref, autant être patient ! Bravo Wilmersdorf.
You know what ? That damn fuckin’ thing I was talking below (a gallic, master blog dealing about NWOBHM’s many lost gems) exists no more. So… get lost !
Riders of Death (dead link).

Megadeth, j'ai grandi avec - du moins à partir de Rust In Peace - et Mustaine, j'ai bien du le placarder aux murs de ma chambre de petit headbanger une bonne cinquantaine de fois. C'est le même rituel immuable qui se joue à chaque sortie du groupe : vrai chien de Pavlov bourré de réflexes conditionnels proches des TOCs, je cours chez le revendeur le plus proche l'écume à la bouche pour en ressortir avec l'objet convoité entre mes crocs. Waf waf, cave canem. Et si l'enthousiasme s'était considérablement émoussé après le déjà vieux Youthanasia, l'excellente surprise que fut The System Has Failed (2004) me permettait d'espérer un grand cru - l'instinct ne m'a pas trompé ou en tout cas pas dans les grandes largeurs. D'abomination, il n'est certainement pas question ici malgré le titre, abstraction faite de l'artwork immonde... Certainement le pire ayant jamais orné la jaquette d'un Megadeth (car Killing Is My Business..., s'il est odieux, possède dans sa mochitude cette naïveté touchante caractérisant aussi les vieux Raven ou Sword). Ce n'est pas tant le dessin qui est en cause - après tout, pourquoi pas ce Vic revanchard et réincarné (au sens propre du terme), mais plutôt la palette de couleurs qui ruine le tout... Dommage, car l'illustration intérieure est excellente. Pour ceux qui ont été surpris de ne pas trouver la photo des membres du groupe, regardez-y à deux fois !
Dès Sleepwalker, opener classique et efficace, on sent que ce millésime sera bon. Décidément, depuis que Dave a retrouvé sa hargne, sa verve - putain les paroles ! United Abominations et Amerikhastan, pour ne citer que celles-ci, valent leur pesant de cacahuètes - et sa gouaille de titi californien mal élevé, plus rien n'a été pareil... ou plutôt, tout est redevenu (presque) comme avant. Presque, puisque le Megadeth thrash d'antan a laissé depuis belle lurette la place à un combo heavy metal racé et posé, certainement moins fou, tandis que Mustaine développait un songwriting moins frénétique et tape-à-l'œil, moins alambiqué (les breaks de folie qui caractérisaient Rust In Peace demeurent inégalables), mais plus concentré. Plus « focus », en quelque sorte. De quoi oublier de bien mauvais souvenirs, et en particulier la pénible et « riskée » période post-Crypting Writings. Mélodiquement très inspiré et faisant la part belle aux bons riffs (les soli ne m'ont pas marqué plus que ça mais en même temps je m'en suis toujours foutu comme d'une guigne), United Abominations évolue entre deux eaux et l'on pourrait le situer quelque part entre les albums Countdown to Extinction et le sous-estimé Cryptic Writings - la colère retrouvée d'un Peace Sells... en plus.
Ultra affûté aux entournures, tranchant sur les côtés, teigneux et pas poli dans tous les sens du terme, United Abominations s'écoute comme on reçoit une leçon de heavy metal et s'autorise par ci-par là quelques clins d'œil (Washington Is Next, maidenien en diable tendance Piece of Mind meets Somewhere In Time) mais aussi quelques plaisantes autocitations, chose que Mustaine a toujours adoré : le méchant groove bluesy, syncopé et acéré d'un Play For Blood évoque instantanément le 'Deth vicelard d'antan et plus particulièrement celui d'un Black Friday, tandis que Never Walk Alone... n'aurait pas fait tâche sur la face B de Countdown. Passons sur le morceau traitant des cavaliers de l'apocalypse, nous avons tous nos obsessions et celle de Mustaine aura été le fioul constant de sa créativité. Ou quand la haine émule le génie... Ignorons l'agaçante et superflue nouvelle version de À Tout Le Monde qui, si elle gagne une orthographe correcte cette fois-ci, se voit co-chantée par miss Scabbia des horribles Lacuna Coil ; enfin, notons une fin d'album très réussie comme toujours chez Megadeth.
Thématiquement, United Abominations se nourrit du MMM actuel (Merdier Mondial et Mondialisé) et permet à l'arrogant Dave de signer des textes au vitriol tendance Action Directe - le style est différent mais la démarche est très proche d'un Kreator, finalement. Pas de métaphores ici mais plutôt du gros qui tâche, cf Amerikhastan : « These are your people Lady Liberty / Pull up your dress today / Tattooed is "property of The USA / A subsidiary of Halliburton" », ambiance... Ainsi que l'explique Dave dans l'excellente et éclairante interview parue dans le dernier Terrorizer, un contexte mondial tel celui qui est le nôtre actuellement est plus qu'inspirant pour un groupe de metal : c'est le terreau des grands albums et je partage entièrement son avis. Croyez-moi, ça s'entend très fort au micro des (abomi)nations unies. C'est évident : régénéré depuis la formation de ce line-up, rajeuni et mieux produit, Megadeth, le groupe, est de retour en rang serré derrière son dictateur en chef. En bon despote éclairé, celui-ci sait mieux que quiconque ce qui est bon pour son bébé et Megadeth ne souffrira de toute façon jamais de fonctionner de façon démocratique... mais on sent bien qu'un rassemblement de talents individuels a présidé à cette réussite et que le temps des albums solo est fini. Je dirais même que le united du titre possède une signification subliminale très claire !
En conclusion, soyons réalistes, ne demandons pas l'impossible (quel plaisir de détourner ce slogan idiot) : United Abominations, s'il demeure loin du génie malade d'un Peace Sells..., d'un Rust In Peace ou même d'un Countdown to Extinction, est au demeurant un excellent cru, un véritable album de metal burné et engagé qui ne trompera pas les vrais amateurs - et c'est bien à ceux-ci qu'il s'adresse. Mustaine fut jadis le fer de lance de la campagne US Rock the Vote (c'est toujours mieux qu'un JoeyStarr qui se pique de nous donner des leçons de civisme - garde-les pour toi), eh bien aujourd'hui, je vote pour United Abominations.
I have been listening to metal for a certain time and Megadeth was really a poster-band for me, hanged all around my teenager’s room for years (even on the ceiling – yeah !!!) while also spinning on my hard-earned stereo. Unlike other big names in metal such as rival band Metallica (I just hate anything they put out from Load to St Anger included), I never let ‘em stray too far from my ears. I even believe System Has Failed is one of the finest hours of the ‘Deth – despite the fact it was intended to be a Mustaine solo effort, it is in many aspects the biological heir to Rust In Peace. So I really was expecting its successor and well, lemme tell ya I’m not disappointed by United Abominations in the slightest way. Man, after all Megadeth comes back from artistic hell and I’m not thinkin’ about Risk in here, but more about that piece of crap named World Needs A Hero. Starting with cocky Sleepwalker, things become more and more serious right to the fuckin’ end and this is rock-solid, intelligent metal we got here. Ok we’re not talkin’ about thrash anymore, but hey, Megadeth never really performed straight thrash metal in the first place (except on its first album). So what we have here is sharpened, angry heavy fuckin’ metal, topped by Dave’s gritty voice. Even though this is as melodic as Countdown or the underrated Cryptic Writings, United Abominations is way more aggressive : Megadeth has regained its legendary anger since the aforementioned, pissed-off fucker called System. I have however one complaint : why the fuck a new version of A Tout Le Monde ? First, this is not exactly a career-summit, artistically speaking. Second, we don’t need no Cristina Scabbia in Megadeth – sorry !
United Abominations (Roadrunner, 2007)
01 Sleepwalker
02 Washington Is Next !
03 Never Walk Alone...A Call To Arms
04 United Abominations
05 Gears Of War
06 Blessed Are The Dead
07 Play For Blood
08 A Tout Le Monde
09 Amerikhastan
10 You'Re Dead
11 Burnt Ice
Le site et le Myspace de Megadeth.

Nom de dieu ! On peut dire qu'ils m'ont pris par surprise. Je savais bien que quelque chose se tramait du côté du Nadir Studio, mais dans un réflexe d'autodéfense certainement destiné à m'épargner une amère déception en cas d'énième fausse rumeur, j'avais plus ou moins occulté cette information : Sadist, reformé autour de son fondateur Tommy, serait en train de plancher sur un album digne d'une résurrection attendue par des milliers de fidèles - dont votre serviteur. Fragilisé par les errements de l'album de la déroute (Lego), déjà affaibli par un Crust en demi-teinte, parfois dépassé par la droite par d'autres combos transalpins visionnaires et novateurs comme les étonnants Thee Maldoror Kollective (pour ceux qui pensent que The Kovenant fait du cyber-metal, écoutez donc New Era Viral Order), Sadist passa l'arme à gauche en 1998 et son dernier râle ne fît que peu de bruit. Une mort injuste, programmée par le groupe lui-même, incapable de retrouver l'excellence d'Above The Light et du très atmosphérique - et sublime - Tribe.
Neuf ans plus tard l'éponyme Sadist sort en catimini chez Beyond Prod, et sans vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué (je n'ai pas encore écouté l'album dans son intégralité), il semblerait que le millésime 2007 soit particulièrement goûtu. Des claviers hystériques, des riffs technodeath ou cyberthrash affûtés comme des faux, toujours cette basse ronde et bondissante qui fît les beaux jours de Tribe... Bref, Sadist, l'album, semble très réussi. Sera-t-il le véritable troisième manifeste que le groupe n'avait pas su composer, préférant alors accoucher d'un Crust dénué de cet esprit renaissance « barococo » (ici retrouvé) au profit d'un côté core, l'instrument de sa perte sur l'album suivant ? J'espère bien sûr trouver sur ce disque le traditionnel instrumental « cosmico-galactique », l'une des marques de fabrique des italiens, en espérant qu'il soit au niveau de Sadist et de From Bellatrix To Betelgeuse ! Rappelons que sur ce terrain nos velus transalpins ne craignent personne, ni Death, ni Metallica, ni les pourtant archi-doués en la matière Nocturnus.
En attendant, n'hésitons pas à visiter la page Myspace du groupe et à nous délecter non seulement d'un extrait du dernier album mais aussi et surtout des monuments que sont Sometimes They Come Back et From Bellatrix to Betelgeuse ! Un grand nom du metal extrême tendance technique (mais avec une âme, à la différence d'un Atheist par exemple qui reste très froid bien que génial) nous revient, espérons que ce retour soit bien accueilli. Cela avait si mal fini...
nota bene : rappelons que le premier nom de Sadist était Necrosadist, trahissant sa parenté - même batteur-fondateur - avec les très kukultes Necrodeath, vieux groupe de thrash italien connaissant une belle seconde carrière depuis la parution de Matter Of All Evil en 1999. Quant à Tommy, je profite de cette notule pour rappeler qu'il fut le producteur des excellents et trop méconnus Necromass.
Even though Sadist wrote two great albums (Above the Light and the mighty Tribe, which is as essential as anything by Pestilence, Cynic or Atheist as far as techno thrash-death metal is concerned), it vanished in mediocrity with followers Crust and Lego. So it is somewhat of a surprise seein’ ‘em coming back with the aptly-titled Sadist, to be released on Beyond Prod. Returning to its roots, it seems Sadist is intended to be the true ill-fated third album – which Crust was absolutely not. I hope to find in there your regular over-the-top instrumental track, a Sadist’s trademark – remember From Bellatrix To Betelgeuse ? I wish ‘em good luck.
Le site et le Myspace de Sadist.
Quelle ne fut pas ma surprise en reconnaissant, dans le fond sonore de la bande-annonce du probable navet Pur Week-end, la chanson I'd Love to Change the World de L.A. Guns ! Inattendu - qui connait L.A. Guns de ce côté-ci de l'Atlantique ? - et exquis : ce morceau est proprement magnifique, à l'image de l'intégralité de l'album dont il est tiré. Paru, je crois, en 1994, Vicious Circle est une galette de hard rock à l'américaine magique, blindée de pépites si nombreuses que je renonce à n'en citer que quelques-unes tant ce serait omettre les autres... Son grand mérite est d'avoir su, selon moi, aller plus loin que l'atmosphère classique de ce genre de combo (éternel hard rock urbain sentant la bière et la pisse) pour atteindre un songwriting intemporel - c'est alors de classic rock dont il faut parler. Vicious Circle conserve ainsi la sauvagerie commandée par le genre tout en se permettant d'être encore plus profilé et ciselé que le déjà mythique Cocked and Loaded (totalement éclipsé à l'époque par un certain appétit de destruction). Un album d'esthète, un cercle vertueux plusque vicieux qui, au contraire de sa pochette, ne se mord jamais la queue.
I'd Love to Change the World, très représentative de l'album, est une power-balade mélodique imparable, sévèrement burnée car musclée par cette production cristalline mais bad to the bones qui a tant fait pour ce disque. Amateurs de belles guitares, de bons riffs jamais téléphonés, mais plus simplement, de belles chansons, jetez-vous sur ce disque qui demeure synonyme pour moi de soirées « houblonneuses » et d'après-midis ensoleillées - je venais d'avoir mon bac quand je l'ai acheté et Vicious Circle fut la bande-son rêvée de cet été. Une merveille, bien supérieure à n'importe quelle sortie estampillée Gn'f'R post-1994, et dont la qualité instrumentale me ferait presque oublier de mentionner le chant de Maître Phil Lewis. De façon incompréhensible, Tracii Guns quitta il y a quelques années ce combo pour participer au médiocre et insipide Brides Of Destruction, véritable cas d'école du projet excitant sur papier mais décevant... partout ailleurs ! Depuis, L.A. Guns continue son bonhomme de chemin et a sorti récemment le très honorable Tales From the Strip (allez donc écouter Shame sur le Myspace officiel)... Bon vent les gars ! Je vous aime !
nota bene 1 : on murmure que Kelly Nickels, bassiste sur Vicious Circle, serait le neveu de notre Pierre Perret ! Info ? Intox ? Un patch à celui qui m'éclairera !
nota bene 2 : après recherche, il semblerait bien que Tracii Guns, échaudé par l'échec commercial des Brides Of Destruction mais toujours fâché avec son groupe d'origine, ait remonté un L.A. Guns parallèle avec un nouveau line-up... D'où deux sites officiels et deux Myspace.
Fuck, I can be so retarded sometimes. Hearing I’d Love to Change the World in a movie trailer, I was pleasantly surprised as I would never have thought L.A. Guns would make it in the soundtrack of a French (probably bad) movie. Apart from the fact that I’d Love to Change the World was originally written by Ten Years After and it’s of course their version in the film – which I didn’t knew when writing these lines in the first place. Nonetheless, L.A. Guns’ cover is a most brilliant one. Find it in this criminally underrated record that is Vicious Circle. Every fuckin’ single track on this is a killer one and even if L.A. Guns is frequently (and wrongly) associated with glam metal, Vicious Circle is a fierce powerhouse of an album - sometimes leaning on the thrashier side of things (just listen to Killing Machine or Kill That Girl) ! To me, the true companion record of Appetite for Destruction ! Today L.A. Guns sucks big fuckin' time as it divided itself into two average, rival iterations sharing this once-great sigil. You know, these guys were always about self-destruction…
Le site et le Myspace du L.A. Guns « canal historique ».
Le site et le Myspace de la nouvelle mouture emmenée par Tracii Guns.
« Tous les matins avant d'aller au bureau, certains font du sport, d'autres boivent un putain de jus de fruit et y'en a même qui prennent une douche. Moi, c'est juste un léger eye-liner, élégant et discret, qui m'accompagne toute la journée au grand ravissement de mes collègues. Ils me disent que quelque chose a changé chez moi - et c'est vrai. Pourquoi ? Parce que je le vaux bien » (Nikki S., Hollywood, Ca.)
Just read The Dirt – even if all may not be absolutely true, or some things at least a bit embroided, it is absolutely worth reading it ! You’ll have a blast, I swear it.
Après un premier cd-r qui m'avait surtout marqué par sa sublime pochette (Dalí ?) que par son contenu, me voici donc en train de chroniquer la seconde démo - quasi premier album - de ce groupe massivement central. Et le moins que l'on puisse dire est que depuis Tempus Fugit, paru en 2004, et l'adjonction d'une nouvelle et fichtrement douée chanteuse, la progression est vertigineuse tant ce Songs in the Distant est plaisant ! Trêve d'introduction, passons sur la pochette dont l'hermétisme très arty est inversement proportionnel à l'accessibilité de la musique, et entrons dans le vif du sujet.
Si l'atmosphère acidulée, onirico-féérique, chante et déchante un romantisme tantôt sombre, tantôt lumineux, nous ne sommes pas pour autant - loin s'en faut - dans le rose bonbon : il sera dit que la musique de Tempus Fugit, aussi « légère » semble-t-elle, reste tempérée en permanence par l'ombre noire qu'elle projette derrière elle. Et l'on serait surpris par le background passif ou actuel de certains de ses membres ! Mais que ce soit clair : nous sommes loin du genre habituellement traité dans ici, malgré la joie très divisée de Tempus Fugit (habile lecteur, sauras-tu retrouver le groupe minablement dissimulé dans la phrase précédente ?). Rock éthéré et élégant, flirtant avec une pop exhalant une douce amertume, Songs in the Distant égrène en de jolis arpèges ses notes claires et déliées, survolées par une voix évanescente mais pas évaporée. Le timbre rappelle parfois furieusement celui de Dolores O'Riordan des Cranberries (cf Deaf to the Echoes), et l'on peut même supputer, pour adorer cet album, que les passages les plus calmes et mélancoliques de No Need to Argue ont dû en marquer quelques-un(e)s dans la bande. Ce qui fait tout le délice de ce disque, au-delà de ce chant qui m'a totalement séduit, c'est aussi ce cadre électro-soft ouaté dans lequel il s'exprime. Les quelques rares guitares saturées qui interviennent par ci par là restent très feutrées et sont clairement destinées à muscler un peu le tout, sans pour autant apporter une once d'agression (Softly, emprunté à Ad Vacuum avec bonheur) ; elles ne jurent jamais avec l'homogénéité de l'album dont la grande force est de ne pas se perdre en route malgré de longs interludes instrumentaux... ou plutôt sonores.
Blindé de clins d'œils, volontaires ou non, à toute une contre-culture actuelle (jeux vidéos, cinéma, manga...), Tempus Fugit revendique plus ou moins clairement ses multiples influences et j'irais même jusqu'à dire que la ressemblance entre la onzième piste et le thème du moulin de Ocarina of Time ne peut pas être fortuite (à moins que je ne confonde avec l'un des morceaux de l'OST du Voyage de Chihiro) ! De la même façon, j'avais songé à Kenji Kawai avant même de le voir mentionné sur la jaquette : à l'évidence son influence transparaît dans certaines parties vocales pouvant rappeler - toutes proportions gardées - les sublimes polyphonies des OST de Ghost In the Shell. Inutile de mentionner les quelques passages purement atmosphériques, faits de nappes brumeuses et urbaines et tellement typiques des travaux du maître sur Patlabor ou Avalon... Enfin, et bien que n'intéressant généralement personne (c'est déplorable, mais c'est un autre débat), un mot sur les paroles : sympathiques et sans surprise, elles rappellent l'écriture désabusée d'une Anneke Van Giersbergen - dont la période actuelle de son groupe ne doit pas être inconnue à Tempus Fugit. M'enfin, comme le nombre moyen des lecteurs des paroles est à peu près égal à un, en tenant compte de leur auteur, n'insistons pas !
Songs in the Distant est un superbe album (ou demo), joliment produit malgré des moyens qu'on imagine réduits, preuve en est qu'il a passé brillamment le test de l'autoradio pourri (aussi appelé « j'écoute de la musique dans la 405 de Sheol et ça sonne toujours » ou encore « Rammstein perd son mur du con » ). Un cd qui ne demande qu'un peu d'audace à ses potentiels auditeurs : ça fait aussi du bien de se mettre au vert de temps en temps, de troquer les palm-muting effrénés et les 240 à la noire pour se reposer les tympans entre le dernier Watain et le prochain Mayhem ! Extrêmement plaisant, fréquemment enchanteur. Un groupe à soutenir haut et fort en achetant à prix très modique - quatre euros - cette galette. Un acte qui relève presque du militantisme de guerre, à l'époque du téléchargement massif.
Tempus Fugit is a band requiring your attention – more than ever now that Songs in the Distant has been released. French arty darkened pop, with a pinch of heavenly voices as well as some discreet metal incursions ! So rejoice (well, sort of), and enrolled yourself in the lost divisions of happiness. Highlights would be Softly, of the Ad Vacuum fame (what a superb song… I can’t get enough of it), as well as Deaf to the Echoes or the wheedling opener Cut, Paste And Delete Poetry. Fuck, there’s not only Mayhem in life. I don’t think you need to know anything else – you’re disciplined and obeying by now and heartily, blindly following my advices. You know it’s better that way and makes your life worth it all.
Songs in the Distant (autoproduction, 2007)
01 Cut, paste and delete poetry
02 Softly
03 Deaf to the echoes
04 The velvet cell
05 The tumble dryer song
06 When flesh and nails unite (tout n'est pas si noir version)
07 Choose to end here (remix)
Le site et le Myspace de Tempus Fugit.
Il arrive parfois qu'entre mon code pénal et le dernier numéro de Terrorizer, se soit glissé un vrai livre. Un beau, un grand, avec plein d'images déjà coloriées et un peu de texte à lire. Metallica : Mots Pour Mots correspond en tous points à ces critères, quant à savoir s'il satisfait le principal - un nouveau bouquin sur Metalloche est-il réellement intéressant ? - on le saura à la fin de cette petite revue de presse. S'attachant principalement à commenter les textes hetfieldiens, l'objet s'ouvre sur une exergue frappée au coin du bon sens de Lars : « ce qu'il y a de plus génial dans les paroles de James, c'est que même avec le texte sous les yeux, il reste pleins de possibilités ».
Malheureusement, on se rend vite compte que la foultitude de portes ouvertes - toujours beaucoup de vent, derrière une porte ouverte - et le parti pris dithyrambique forcené (je suis mal placé, c'est donc dire !) ont vite raison du fond : ne cherchons pas d'analyse d'aucune sorte ici, et c'est dommage. Tout n'est pas noir cependant dans cette compilation de points de vue et de regards tant internes qu'extérieurs au groupe, mais commençons donc par ce qui fâche... Outre une interprétation ultra scolaire des paroles de James, dépourvue de toute finesse (au sujet de The Frayed Ends of Sanity : « les personnages à l'état mental extrême sont un sujet de choix pour Hetfield parce qu'ils correspondent à la réalité extrême de sa musique. La voix déformée ajoute encore à l'impression de démence »), on reste parfois stupéfait par l'amateurisme journalistique (seul commentaire de ce monument du heavy metal qu'est Orion : « c'est un bon instrumental, avec une ligne de basse toute bizarre au milieu »), voire atterré par l'inanité de la réflexion. Ainsi Enter Sandman, comptine ingénue-géniale symbolisant l'angoisse d'un James se voyant arrivé à l'âge de raison (mon interprétation), voit ses chouettes paroles réduites à la portion congrue : « elles n'auraient pas été déplacées dans Phantom Lord ou No Remorse ». Aïe... Ça fait mal pour le fan qui espérait autre chose : Hetfield est aussi un grand parolier et son travail aurait mérité mieux qu'une analyse lycéenne, convenue et battue en brèche par - c'est dire - n'importe quel hors-série Metallica qui pullulait en kiosque après la sortie du black album. Dommage, car l'essentiel du rédactionnel est justement constitué d'un passage en revue chronologique des morceaux de chaque album... Une méthodologie aussi plate qu'un quartier de Bagdad après un attentat, pour un résultat à l'avenant et donc décevant.
On distribuera tout de même quelques bons points : malgré la traduction infâme handicapant sérieusement la lecture, le court texte commentant l'excellent Through the Never rappelle intelligemment les changements de point de vue narratif adoptés successivement par Hetfield au fil des albums. Pour une fois pointu, le commentaire met aussi l'accent sur la beauté textuelle désacralisée dudit morceau : « notre planète, troisième caillou en partant du soleil... ». Dommage que Through the Never soit honteusement traduit par Dans le Jamais : pincez-moi je rêve, n'importe quel primo-étudiant en anglais aurait suggéré au minimum Au Travers du Néant, ou A Travers le Vide ! Dans le Jamais ? Jamais plus jamais ! Cependant ne soyons pas mesquin : ce bouquin a des qualités, et elles sont même particulièrement visibles puisqu'il est question ici de son iconographie qui représente largement plus de la moitié de l'objet. Les photos superbes, couleurs ou noir et blanc, documentent abondamment Metallica de l'époque No Life ‘till Leather à celle de St Anger. Alors des tonnes de tofs, c'est bien... mais des tofs plus que rares, c'est mieux : lisant à peu près tout ce qui concerne Metallica de près ou de loin depuis 1992, ayant lâché une thune dont je ne veux pas connaître le montant dans ces satanés hors-séries mentionnés plus haut, j'ai été étonné par le nombre de clichés qui m'étaient inconnus ! On retiendra donc, en vrac, que : putain, ce chien fou de Mustaine était impressionnant de flamboyance ; Burton avait beau passer son temps torse poil et en pattes d'eph', on l'aurait bien vu illustrer « la force tranquille » de Tonton en 1981 ; James n'a jamais été plus charismatique qu'à son époque viking du début des 90's (son esprit possède d'ailleurs fréquemment Johan Hegg d'Amon Amarth) ; quant à Lars, c'est clair : malgré un capital de départ plutôt faible, le moins que l'on puisse dire est que le passage des années le bonifie.
Pour en revenir au contenu écrit, quelques idées intéressantes se font parfois jour : la parenté évidente entre Creeping Death et Of Wolf & Man (la mise en musique d'une traque nocturne et silencieuse - celle du loup qui cherche l'homme, celle de l'assassin mandaté pour tuer le fils de Pharaon) ; la complexité d'un Hetfield en mutation perpétuelle, qui attend son cinquième album pour se persuader qu'écrire sur lui pouvait aussi être intéressant... Au rayon des évidences oubliées mais pourtant énormes, le bouquin rappelle que malgré l'hallali déclenché par Nothing Else Matters, le groupe n'aura finalement jamais écrit « sa » ballade sirupeuse, pourtant passage obligé de tous à l'époque - Nothing Else Matters ne parlant pas d'amour contrarié mais simplement de la solitude d'un homme découvrant le prix de la liberté. Intéressant également, le chapitre traitant de ...And Justice For All : ce skeud adulé - au moins par moi - ne trouvera décidément jamais grâce aux yeux du groupe... Un passage qui permet de mesurer l'immense puissance commerciale de Metallica avant même l'album noir : malgré un son jugé d'emblée atroce et indigne d'être présenté au public, la maison de disque ne sourcilla pas : « on fabrique, on distribue : c'est estampillé Metallica, quel que soit le son on sera multiplatine dans quelques jours ». Quelques fulgurances s'imposent aussi avec humour, notamment quant à analyser les grandes différences d'écritures entre Metallica, Slayer et Anthrax. L'exemple de Ride the Lightning est bidonnant : si Metallica adopte le point de vue humain en faisant parler un condamné à mort avant son exécution, Anthrax se serait à coup sûr attelé à ciseler un texte social-contestataire aux échos gauchistes (Metallica y viendra presque avec son quatrième opus, et encore). Tandis que Slayer, ben... Slayer se serait fendu, au plus, d'un laconique « grille, connard ! ». Un peu caricatural malgré tout : Slayer n'est pas si monolithique et sa finesse instrumentale et parfois textuelle (Dead Skin Mask) échappe à beaucoup. Mais l'exemple fait sens, comme disent les anglo-saxons, et j'ai ri - c'est bien là le principal !
Un livre qui finalement n'a que peu d'intérêt pour l'amateur occasionnel, mais qui peut revêtir une certaine valeur aux yeux des metallibashers acharnés... ! Encore une fois, j'insiste sur son principal attrait qui est son impressionnante documentation photographique. De quoi passer un bon moment si l'on accepte de passer sur l'indigence de la traduction, ça m'a personnellement fait ressortir mes vieilles cassettes (et notamment réécouter Kill 'em All) et donné l'occasion d'écrire un article qui aura su (j'espère) vous intéresser, chers lecteurs ! On conclura en laissant la parole au principal intéressé :

To begin with, I’m tired of books about Metallica. “Metallica - Nothing Else Matters : The Stories Behind the Biggest Songs” is a new one and is mainly commenting the band’s songs, a risky exercise… The main problem here is that you won’t really learn anything. Hetfield’s lyrics are not the most cryptic ones to decipher, aren’t they ? I don’t need nobody to tell me that James “loves to bring up subjects like mental sickness because it fits metal oh so well”. Fuck, really ? Best is yet to come, as Orion, which is nothing less than a musical monument, is only granted this comment : “a good instrumental with a weird bassline in the middle”. What the fuckin’ fuck ?!? Orion is the milk and honey of humanity !!! Well, to be honest, all is not that bad, and it’s obvious this book has been absolutely slaughtered by a freakish translation. In fact, the movie Lost In Translation could be about it ! There’s a point though where this book is badass : its iconography. Lots (I mean lots) of never-seen-before pics, which was kind of a vexing surprise for a metallibasher such as myself. To sum it up in one word : may be of interest in its original version, to be avoided in its French translation.
Metallica : Mots pour mots de Chris Ingham & Tommy Udo (auteurs) et Cédric Perdereau (« translatage » ). Flammarion, octobre 2004. Titre original : Metallica - Nothing Else Matters : The Stories Behind the Biggest Songs.
...et toujours :
Vingt ans déjà !
SKOM : un divan pour le monstre

Je pensais d'abord faire, avant l'après-midi studieuse qui m'attend à la B.U. (j'ai du Cannibal Corpse dans le lecteur mp3, je suis armé), une chronique du dernier Manowar. J'aurais même pu disserter sur l'état de santé mentale décidément préoccupant de l'ami Mustaine, qui vient de ré-enregistrer À Tout Le Monde avec miss Scabbia. Et finalement j'ai changé d'avis : plutôt que de gaspiller de l'encre numérique, tentons de faire rimer « essentiel » avec « confidentiel ». Et attardons-nous sur le troisième Ad Vacuum, Intimacy, faisant suite à Vertigo et Sweet Sour. Alors certes, ce focus sera du coup beaucoup moins lu que s'il s'était borné à décrire les slips glabres et les torses velus (ou vice et versa !) des « hommes de guerre ». Mais merde, récompensons le talent lorsqu'il se présente à nous de la meilleure des façons : en en parlant. Ad Vacuum propose un rock atmosphérique éthéré, se nourrissant d'influences diverses, allant des ténors de la scène metal / goth à la guitare folk / classique, en passant par une world music sombre évoquant parfois Dead Can Dance. Je pourrais faire mon Vincent Delerm et me risquer à un exercice de name-dropping (Tiamat, The Gathering ou encore Lacrimosa - écoutez la fin de Down), mais il est difficile de raccrocher Ad Vacuum à un genre précis sans limiter de façon létale son inspiration. Il est par ailleurs évident que les mentors du groupe sont pour certains des artistes que je ne connais pas ou peu. Le large spectre musical est donc un gage de surprise pour l'auditeur tout au long d'un album racé qui finit par mourir, à l'occasion de Saudavel, en une délicate bossa-nova.
Bien qu'Intimacy n'entretienne finalement que très peu de rapport au genre « d'origine » des musiciens de Ad Vacuum, à savoir le metal tendance extrême, de rares mais d'autant plus efficaces incursions métalliques viennent hanter la triste beauté acoustique de ces pièces... Incursions certes saturées mais demeurant extrêmement mélodiques (*), et qui sont un peu à Ad Vacuum ce que les démons de l'ancien monde sont à nous : le spectre d'un passé dont Ad Vacuum a besoin pour voir son avenir. Vu l'excellence et l'exquise beauté de ces passages, on se prend à fantasmer qu'Ad Vacuum accouche un jour d'un album foncièrement metal ! Il suffit d'écouter les bijoux que sont I'll slowly hate you ou encore Down dont le lyrisme des guitares nous entraîne quelque part entre Yearning et Tristitia - à ne pas confondre avec Tristania. Et si Away évoque l'Anathema récent, l'excellent Softly et son début à la fragrance de cœur de loup convoque directement l'esprit de Moonspell. A ce propos, le chant de Intimacy, dans la plus pure tradition goth, présente occasionnellement un mimétisme troublant avec celui du grand Fernando Ribeiro ! Il est néanmoins réussi, mieux posé que sur Vertigo, et confine parfois au sublime : quelle interprétation magnifique de Ajuda... Ce morceau a beau être une reprise (Madredeus), il est clairement l'un des sommets de l'album.
A l'heure du verdict, la balance de l'actif l'emporte sans coup férir sur le passif : malgré la profusion de références citées - il faut bien situer un groupe méconnu - Ad Vacuum possède un style, une patte personnelle très affirmée, et vient d'accoucher d'un album très pro malgré des moyens qui ne sont pas ceux de Nuclear Blast. Ouvrons le registre des griefs avant d'être accusé d'avoir reçu un chèque avec le cd : on pourra cependant regretter, paradoxalement, la trop grande richesse d'Intimacy : c'est un album très long (dix-sept morceaux !) qui cède parfois, fatalement, à quelques redondances - notamment sur certaines parties acoustiques instrumentales. Mais il vaudra toujours mieux un peu trop de tout que pas assez de rien : voici un grand album qui renferme un talent inversement proportionnel à la faible exposition dont il pâtira forcément. Bravo !
(*) finalement c'est peut-être cette évidence qui résume le mieux Ad Vacuum : un sens de la mélodie hors pair.
Ad Vacuum’s music is bittersweet and sometimes depressed, yet behind those beautifully composed acoustic songs interspersed with more powerful bits you’ll see the light of day. In fact, Ad Vacuum’s Intimacy manages to deal with somber, moody subjects (and I personally see a strong Anathema lyrical filiation) without ever giving it up to the darkest hour. Yet again, this tour-de-force is made possible through the use of nostalgic, yet solar and comfy guitar parts, always offsetting its gothic and sadder side. Ad Vacuum can’t be speak of as a metal band, despite some names coming to mind such as Moonspell, The Gathering, Tiamat – but whatever the fuck it is, it deserves your fullest attention. Do not miss songs such as Away, Softly, Down, nor the absolutely stunning take on Madredeus’ Ajuda. So do you a favour and use your next minute of life to roam Ad Vacuum’s Myspace.
Intimacy (autoproduction, 2007)
01 Entrance
02 Away
03 I will slowly hate you
04 I won't forgive a thing
05 Sleepless
06 Simply
07 Down
08 Less
09 What it seems
10 Softly
11 Tedio
12 Changes
13 Kill the lovely
14 Silver fine
15 Exit
16 Ajuda
17 Saudavel
Le Myspace de Ad Vacuum.