lundi 2 juin 2014

Thrashers AOC

Pourquoi un slip français ? Parce que les groupes dont on va parler maintenant sont putain de burnés mec. Et putain de Français aussi ! Vive la maille normande.

Mais qu'est il arrivé à Loudblast ? Pas mauvais du tout, ce dernier-né Burial Ground, mais il est étonnamment dénué de l'esprit habituel ; cette patte de compositeurs (Buriez / Leclercq, puis Buriez) ; cette couleur que le groupe a toujours eu même sur ce produit industriel qu'était Disincarnate. J'ai torché une première écoute sur les petites enceintes minables de mon vieux PC (une machine désirante qui ne veut pas mourir, même si elle est à peine capable de faire tourner Metroid sur NES), et je me suis dit « tiens, Loudblast s'est mis au black metal ». Puis je me suis rappelé que sur lesdites enceintes, même The Wall sonne comme My Journey To The Stars. Du coup, hop ; j'ai pris le temps d'une écoute au casque plus respectueuse, celle-ci, du travail accompli. Eh bien il y a de tout, dans cet album : du death metal, oui, mais aussi du heavy et du thrash doomy. Comme la pochette l’annonçait d'ailleurs, avec son côté old school proto-black. Voir notamment Ascending Straight In Circles qui tape complètement dans un punk épico-bathorien (si. Ecoutez le morceau en entier au lieu de zapper, putain de génération Y) ! Burial Ground n'est, finalement, pas si black metal que ce qu'on a bien voulu en dire ici où là même si, j'imagine efficacement secondé par une jeune garde issue de la géhenne, Buriez a teinté de noir sa rifferie (The Path, clôture magnifique) qui conserve cependant cet accordage et ce son qu'on lui connait. Mais enfin, la patte glissée-torturée (mieux que le coupé-décalé) si caractéristique du groupe n'est pas vraiment là - c'est du reste, pour un vrai amateur de Loudblast (suivis depuis l'ultime mini-LP Cross The Threshold), une très curieuse sensation que d’écouter ce respectable et satisfaisant Burial Ground. Qui n'est donc pas le digne successeur de l'immense album précédent.

Massacra ! Sans jouer au puriste, il est presque difficile aujourd'hui de revendiquer son amour pour ces affreux dont l'heure de gloire, si elle a jamais sonné un jour, est passée depuis longtemps : à défaut de les avoir suivis de leur vivant, il peut sembler pédant de s'en être amouraché sur le tard (époque Sick Humanize Human me concernant). Un décès plus tard (Fred D.), et c'en fut fini de cette aventure qui ne prend un grand A que si on la juge à l'aune de ce que l'on appelle underground. Car au grand jamais Massacra n'a approché le succès insolent de Loudblast dont la presse avait réussi à faire des frères ennemis (le verbe est créateur...). Aujourd'hui par le biais de Century Media, utérus naturel de cette renaissance compte-tenu de la position de Jean-Marc T., ce sont les démos qui sont rééditées, avant, j'imagine, de ressortir l'artillerie lourde des albums (j'espère que les décriés mais honorables deux derniers y passeront - être en avance n'est pas toujours évident). La notoriété du groupe a toujours été entretenue avec une certaine mélancolie par ses aficionados voire plus (j'ai souvenir d'un message caché dans une pub pour Century Media), et c'est une bonne chose. Massacra était cette bête féroce à l'appétit d'ogre, entre chien et loup, qui décida de se repaître de l'Allemagne et de tenter sa chance à l'Est tandis que la France restait sourde à ses sirènes hurlantes. Il faut se (re)plonger dans ces démos furieuses, du speed-death haute-pression pas toujours en place mais dont, selon l'expression consacrée, « le charme naïf excuse les défauts de jeunesse ». La réédition Day Of The Massacra est de qualité, et vaut notamment pour l'interview du livret qui mentionne les oubliés Morsüre, brutes aujourd'hui préhistoriques dont la vélocité confinait presque à un avant-gardisme arty. Au bon souvenir de cette époque où un groupe se faisait les dents jusqu'à se trouver avant de passer à la phase album !

Just had to mention the recent Massacra reissues courtesy of Century Media. If old skull death thrashin' metal is what turns you on, you will dig Day Of The Massacra, a collection of demos once revered in the European underground. Also, I have a thought for Mr Fred D., a savage string master whose passing put the band on an eternal hiatus. Ok for the departed, on to the living : Loudblast have just released Burial Ground, a new album quite interesting and very well produced as usual. Not anywhere as good as Frozen Moments Between Life And Death (possibly the second best Loudblast output after Cross The Threshold), but nevertheless worth your money. Et voilà !

...et toujours :

samedi 3 mai 2014

The Will And The Way (le changement, c'est maintenant)

Excellent, excellent papier que cet article « Carving A Giant » paru dans le Terrorizer de février 2014 et dans lequel s'affirme impérialement, par la plume rapporteuse de Rob Sayce, Adam Darski. Comme l'a toujours fait cet artiste complet qui a même réussi à mettre de la superbe dans un show en carton (être juré dans l'édition polack de The Voice. Nom de dieu). A l'inverse des précédents Behemoth, litanies ravageuses dénuées de toute surprise, j'attendais The Satanist au tournant, extrêmement curieux de constater comment Darski aurait forcément transfiguré son art suite à cette maladie qui ne l'aura pas tué. Mais qui et comme toute expérience de cette importance, l'aura apparemment refondu comme humain et comme artiste, sans pourtant  rien atteindre de sa substantifique moelle (désolé d'être de mauvais goût, mais au delà d'être, quelque part, une assertion de pure vérité, c'était trop tentant). Darski brûle d'une force intérieure gigantesque et fait partie de ces créateurs qui ne façonnent pas que leur art, mais aussi leur propre pâte humaine en la conformant à une volonté d’airain guidée par une réelle Vision (« you cannot find harmony by castrating the dark part of your nature [...]. It made sense to come to terms with it »).

Pour la musique composant ce nouvel album, je ne la commenterai pas plus avant mais mes espérances ont été en partie exaucées. Je ne suis plus vraiment Behemoth depuis cette enfilade de blockbusters « nuclear-blastisés » bâtis sur les éternels mêmes éléments : prouesses de brutalité instrumentale, voix très en avant clouée sur le reste comme le christ sur la sainte-croix quitte à l'étouffer (le reste), et mélodies abusant de cette gamme orientale qui a fini par devenir un trademark éculé de Nergal (trademark ici absent). Très black metal dans l'esprit, presque watainisé par moment, The Satanist est une oeuvre écrite en lettres de sang comme d'autres l'ont été avant (De Mysteriis Dom Sathanas évidemment, dont on trouvera ici les échos des sinistres arpèges plus qu'à son tour). Un disque qui parvient à casser le moule évoqué précédemment en accomplissant l'alliage de l'éternelle dualité du metal extrême ; la brutalité et l'intellectualisme. Très comparable, ici, à l'inné et à l'acquis dont il faut parfois savoir se départir (« I used to overthink everything [...]. With creative process it's better to limit the intellectual elements so your inner voice can speak through your art »)L'interview est à lire dans Terrorizer #245, février 2014. Le titre de la notule est un hommage à Robh Ruppel, mais pas que.

The Satanist is a monster of a record. Less predictable, less self-indulgent, it even gets rid of these famous oriental-tinged melodies in favour of an ominous, very black metal feeling, unheard from Behemoth since... man, I don't even remember since when. Also, this seems to be part of kind of a personal redefinition for Nergal, but I won't dwell to much in here. Find a great, in-depth interview in its entirety in Terrorizer #245.

samedi 26 avril 2014

Contes morbides

Le black metal jugé par les vivants

L'Histoire (avec un grand H comme dans Hellhammer) se fait parfois plus black metal que le black metal et les amateurs d'anecdotes frappantes - les petites histoires faisant la grande - connaissent sûrement celle du Concile cadavérique. Pour des raisons fort éloignées de nos actuels grands problèmes politiques et sociaux, le pauvre pape Formose, déjà mort, sec comme Duff McKagan et rigide comme le cou de Tom Araya, fut exhumé pour répondre d'un crime de trahison. Les accusateurs (la noblesse italienne de la fin du neuvième siècle) lui attribuent un avocat charger de répondre à sa place (sans blague), et après avoir revêtu le cadavre putréfié d'atours pontificaux (« ça lui collait à la peau », oserai-je), décident de lui couper les doigts bénissants et de le jeter dans le Tibre plus habitué à charrier des courtisanes syphilitiques que des papes déterrés. Avant la baignade, ses habits nouvellement passés lui furent arrachés (des bouts de pape venaient avec)... et plouf, s'en fut fini du pauvre Formol - oups, Formose, qui disparut avec son cilice, sa dernière possession qu'on ne put lui ôter car trop enchâssée dans le cadavre. Dire qu'il avait toujours cru qu'il y avait quelque chose après la mort... c'était donc vrai !

Cet événement également connu sous le nom d'Horrible synode est l'un des plus lugubres qu'il me soit donné de connaître dès lors que l'on parle des histoires de l'Histoire, et à coup sûr il a dû être relaté à de nombreuses reprises sur diverses sorties black metal. Marduk, cependant et à mon sens, serait peut-être le meilleur candidat - Monsieur Håkansson étant un féru d'Histoire à prendre au sérieux - pour la raconter à nouveau (surtout depuis que le groupe, grâce à Monsieur Mortuus, s'est paré des atours les plus sinistres qu'il ait jamais connu).

Did you know about the Cadaver synod ? What a strange, utterly bleak story lurking in the darkest corners of History. I won't relate it in details here as a minimal search on the internet will tell everything you should know about this dismal case of a cadaver pope standing a post mortem trial. But come on... can things get more black metal than this ?

samedi 19 avril 2014

Nox nomenclatura

Triton satanique à ventre rouge fan de Morbid Angel découvrant qu'il ne vivra pas assez longtemps pour entendre l'album Z de son groupe fétiche

Je n’ai jamais vu le death metal autrement que comme une démonstration de force brute, mais qui ne doit pas être dépourvue de sens. Un manifeste de puissance (ou volonté de, pour faire écho au philosophe cité à tort et à travers par ceux qui n’ont pas lu icelui). Et si je n’ai jamais été fan de « street death metal » comme je l’appelle, celui qui ne sait parler que de zombies ou de démons, c’est bien à cause de la conception précise que j’en ai. Un cahier des charges, auquel un groupe doit répondre pour remporter l’appel d’offre.

Une dimension spirituelle ouvrant sur des tréfonds (obscurs ou lumineux, là n’est pas la question. Chacun voit minuit à sa porte) que d’autres n’explorent pas, tout occupés à raconter la même invasion de morts-vivants sur dix morceaux trop proches. Pas de méprise – je n’ai rien contre Cannibal Corpse, génial à sa façon et qui symbolise de belle manière ce death sans prise de tête (souvent virtuose instrumentalement). Mais j’attends autre chose du style : une connexion, une résonance – si les guitares de Morbid Angel sont accordées si bas, ce n’est pas seulement par extrémisme musical : c’est bien parce qu’elles s’adressent aux fondations. Morbid Angel n’est pas qu’un groupe qui a mangé du cureton sur ses quatre ou six premiers albums, c’est avant tout la traduction musicale d’un self improvement bien particulier – celui de son guitariste-compositeur et de ses bassistes-chanteurs (Steve Tucker - ne jamais oublier que ce mec, avec Erik Rutan, a sauvé Morbid Angel alors que tout était réuni pour l'enterrement en première classe). J’ai racheté assez récemment Altars of Madness, et décidément, hormis quelques autres grands noms comme Immolation, Brutality parfois, et quelques seconds couteaux pourtant premières lames (Akercocke… écouter, voir et lire), je n’ai jamais trouvé mieux dans ce genre précis et exigeant qui devient pour le coup, avec Morbid Angel en particulier, très, très proche de ce qu'Emperor a pu faire sur Anthems... 

Outre cette profondeur réfléchissante (si. vraiment), le death metal tel que j’aime l’entendre doit aussi participer de l'agenda esthétique de l’extrême : on ne pratique pas un tel style, avec une telle exigence, pour le simple plaisir de faire du bruit (c’est très exactement ce que ni vous ni moi n’arriverons jamais à faire comprendre au profane méprisant. J’ai arrêté deux choses : essayer de faire comprendre au profane méprisant, et essayer d’écouter la musique du profane méprisant. La vie est si simple). Non, cette cacophonie du bizarre relève forcément d’une autre quête, moins triviale – et là, chacun y mettra ce qu’il voudra, mais je suis convaincu qu’une esthétique du chaos existe ici comme ailleurs (peinture notamment), qu’elle est aussi tordue que séduisante, et qu’elle est spécifiquement recherchée, travaillée, étudiée par les groupes de death que j’ai en tête. Un point de convergence majeur, même pas musical mais que je qualifierai « d’intention », avec le black metal - ce cousin machin si loin, si proche. J’omets volontairement de cette notule toute la scène scandinave la plus évidente, dont j’aime particulièrement certains noms – mais elle ne procède pas de la même évolution, n’est pas née dans les mêmes éprouvettes, et possède dans ses chromosomes un ADN foncièrement infusé de rock n’ roll que l’on ne retrouve pas dans le death me(n)tal ici concerné. Cette fameuse nomenclature - une perspective en profondeur finalement - ne s’y retrouve pas.

What should death metal be all about... Everyone of us might offer a different take on such an issue. Well, mine is just mine, but here it is. I strongly believe that potent death metal should be as agressive as thoughtful, explaining why I never really fell for the mass-produced, gorish generic DM. Favorites of mine include first and foremost Morbid Angel, Immolation, Brutality, as well as newer things such as Gojira when it comes to killer tracks such as Backbone (the circle is complete, as we just came back to Morbid Angel with that one !). To make a long statement short, "my" death metal should provoke empowerment by internal monologue, dealing with the strenght (rage ?) to overcome oneself. You won't get that feeling when listening to stories about how to kill a zombie by shoving a broom up his arse into his brains. But listening to Summoning Redemption, or At One With Nothing, that's the way to start the day. That's the fuckin' way, man.

mercredi 9 avril 2014

Whatever That Hurts

Johan Edlund quittant Tiamat, ou encore Chat alors ! (auteur pas encore retrouvé, sera mentionné)

Assez incroyable annonce que ce communiqué publié ce jour par Johan Edlund. Dans son habituelle tonalité « après moi le déluge », le grand escogriffe désabusé (adepte d'un humour noir et auto-dévalorisant du strict même acabit que feu Pete Steele) annonce un double abandon. Celui de son enfant Tiamat, et celui de ses droits parentaux sur ledit enfant au profit de ses acolytes de longue date (Iwers, Sköld). Une énorme surprise à mon sens, car même si Edlund n'a jamais fait mystère de plutôt « bien vivre mal » de Tiamat, cette entité musicale née des cendres d'un groupe de proto-black metal très proche de Hellhammer ou Sarcófago (excellent Treblinka) lui doit absolument tout. Reste tout de même une probabilité de coup d'éclat promotionnel, voire de lubie passagère de la part d'un Edlund qui se dit fatigué (santé) et que l'on sait doté d'une drôle de personnalité - c'est un génie et il est ainsi fait.

Tiamat et plus particulièrement Wildhoney aura eu un immense impact artistique sur la scène metal des années quatre-vingt dix (et sur moi qui écoutait déjà ce groupe quand Edlund faisait trente kilos, avait des cheveux et portait un drôle de collier en os de poulet), poulain magique issu de cette écurie Century Media produite par Sorychta et dont je parle en filigrane depuis près de dix ans sur ce blog. Il faut réécouter Wildhoney (pochette à contre-courant de son style habituel signée Necrolord), qui prenait au nom de la liberté artistique tous les risques à une époque aventureuse mais toujours dominée par le black metal (encore) jeune et le death metal américain. Ce bijou ambré, à l'unique douce amertume, sera suivi d'un pur disque de studio, exigeant, mais que je lui préfère aujourd'hui ; A Deeper Kind Of Slumber, long voyage psychédélique mais glacé, ouaté, anesthésié. Merci d'écouter sans interruption Mount Marylin et A Deeper Kind Of Slumber... Difficile, très difficile d'imaginer la tronche voire même l'existence entière de certaines niches musicales sans des albums comme Wildhoney (bucolique. Solaire. Nocturne. Provocant. Sensuel), Mandylion (The Gathering), Ceremony Of Opposites (Samael) ou Wolfheart (Moonspell). Cette époque est révolue et ces géants tous encore vivants ne lui ont pourtant pas survécu (hormis Moonspell, drôle de phénix ayant toujours su s'adapter aux incessantes nouvelles règles du jeu). Les successeurs se nomment Aucun et Jamais.

Couldn't believe my eyes when I read Tiamat's Johan Edlund's statement on the band's facebook. Man, the big boy is leaving. Fuck me - he's just leaving ! Edlund seems tired, like he's had enough of everything Tiamat. At least, that's what I understand when reading his bitter and bemused words. Well, whatever. Tiamat will never top Wildhoney and A Deeper Kind Of Slumber. Yet, I hope this is just a bad joke, a late April Fools' Day prank played on us by good old Johan. Come on man, you're the best at what you're doing !

jeudi 3 avril 2014

Tiens, voilà du boudin (noir)

« Ma passion pour le heavy metal des années quatre-vingt, c'est la clef de voûte de Gift Of Gods (...). En tant que guitariste, composer et jouer de la guitare dans ce style, c'est juste énorme. Et si cher à mon cœur ». C'est rien de le lire (extrait du livret de l'EP qui nous intéresse), c'est rien de le dire, le mieux c'est de l'entendre. Mais qu'on le veuille ou non, le premier de nos sens, c'est la vue (demandez à Shiryû), et la première chose qui frappe chez Gift Of Gods, c'est cette magnifique pochette peinte (par un français, sacré nom de Dieu) dans la grande tradition du vrai, du bon heavy metal. Car le heavy metal, c'est comme les chasseurs, mieux vaut tomber sur du bon que du mauvais sous peine de passer un sale moment. Pour mémoire, et instant proustien, cette illustration m'a immédiatement rappelée celle ornant le premier volume du Sorcier Majdar, chouette série Dont Vous Étiez Le Héros. Oh, non pas que la ressemblance soit absolument frappante, c'est plus une question d'ambiance et d'atmosphère...

Receive ne fait pas que se contempler, il s'écoute aussi... Champions des plaisirs coupables dévoilés au fil des dernières et parfois étonnantes sorties de Darkthrone (sans parler d'un DVD nombriliste dans lequel Vieux Culto s'exhibe en pêchant au sens le plus alimentaire du terme), Fenriz et Nocturno Culto donnent régulièrement à voir d'autres facettes que l'ignoble face qu'on leur a longtemps connu - ce black metal monochromatique giclé en basse définition depuis A Blaze In The Northern Sky. Et qui culmina, à mon sens, sur Transilvanian Hunger... En l'occurence, Gift Of Gods est plutôt l'affaire du Vieux Culto, qui fait ronfler ici un véhicule musical sans prétention laissant parler (jaillir !) l'amour du heavy metal, cette musique qui transpire par tous leurs pores au point d'avoir littéralement colonisé l'esprit du dernier Darkthrone. Sans crier au génie, car réinventer la roue n'est pas le genre de la maison, Receive est un bel hommage à ce genre que je n'affectionne vraiment que dans sa forme pure et originelle (comme le boudin noir est l'épitomé de la charcuterie), sans les additifs actuels de merde genre cavalcades power metal dopées aux voix soit-disant extrêmes et enrubanné de pochettes ignoblement photoshoppées (putain de décennie 1995-2005). Ça tombe bien : Gift Of Gods n'a beau être que ça, du heavy metal primal et sincère, mais croyez moi, c'est déjà ça. A acheter en vinyle, et à écouter aux bougies un soir de pleine lune. Ça vous changera de Youporn.

"This project was first planned 6 years ago, but was at first to be very different from how it turned out to be. My interest in heavy metal music from the 80's is the corner stone for Gift Of Gods (...). Writing and playing guitars in the heavy metal style, is for me, as a guitarist just pure awesomeness, it sits so close to my heart. Gift Of Gods is my new cave to explore. Enjoy of not, it won't stop here (...)". (Nocturno Culto, Receive's liner notes).

Receive (Peaceville, 2013)

01 Enlightning Strikes
02 Receive
03 Looking For An Answer
04 Last Solstice

mardi 11 mars 2014

Augures : l'autre spécialité de Liège...

...et celle-ci, c'est pas dans l'assiette, mais dans la gueule. Mais avant l'impact, un peu d'histoire. Les augures, c'était ces prêtres influents de l'antiquité romaine que l'on consultait à tout propos et qui, finalement, faisaient la pluie et le beau temps par leurs messages parfois abscons mais tant écoutés que respectés. Acquérir un tel statut dans sa sphère musicale est bien tout le mal que je souhaite à cette teigneuse formation belge qui m'a plu tant dans l'agression que par sa dispense d'atmosphères neurosiennes faisant rimer planant avec dérangeant. Au point, parfois, de remonter un étrange chemin qui tire presque sur un black metal maladif et expérimental. Puis mince, la dernière fois que j'ai écouté un album (il s'agit ici d'un EP digital et... cassette !) du plat pays me ramènerait peut-être à ...Memoriam Draconis d'Avatar, c'est dire l'évènement !

Nul doute que beaucoup parleront ici de post-quelque chose (« ou comment qualifier le néant »). C'est du metal, moderne ! Et c'est déjà pas mal comme description. Disons simplement qu'Augures, au fil tragique de son Inauguration, honore quelques pères fondateurs comme Neurosis, Sepultura (osez me dire que l'on ne discerne pas, derrière la lisière désenchantée propre à cette scène headbanguant au rythme de sa désolation mi-punk metallisé, mi-downbeat doomy, l'ombre tutélaire de Chaos AD), voire même les immenses Earth dans ces instants désincarnés où la disto laisse entrevoir ce squelette cendreux et consumé des riffs propres à cette scène. Inutile de se faire long sur cette notule, car il est évident que beaucoup des références récentes d'Augures m'échappent (je suis un gars basique ; avec Maiden et Morbid Angel, je tiens vingt ans sans passer par Primal Fear ou Behemoth), mais si les noms évoqués et l'envie de découvrir un jeune groupe prometteur dans le sillon qu'il s'est choisi (et qu'il ne creusera, j'espère, pas qu'en profondeur) vous titillent, Augures est pour vous. A capter aussi en live - je n'ai vu que quelques vidéos sur le net mais le charisme à la Gojira - toute proportion gardée - qu'il s'en dégage finit de convaincre. Dernière chose ; ne pas avoir picolé avant de mater la jaquette, vous seriez tenter d'y chercher des Triforces planquées. Y'en a pas !

Well well well... I was never a huge fan of "post-whatever-the-fuck-you-want-metal", and Augures may easily be trapped into that corner of the world. It would be a shame, as Augures is a really hearfelt and talented band hailing from Liège, Belgium (yup man. Beers and chocolate and metal, who needs sex and drugs and rock n' roll ?). The boys sure can deliver the goods all the way down their Inauguration EP, packed with punishing red-as-death riffing and agressive, bleak vokills ranging from early american hardcore to painstaking european black metal rasp. So come on, jump in the fire.

Inauguration (Black Basset Records, 2013)

01 Grey Sky
02 Wondering
03 Sense Of Guilt
04 Earth's Last Letter
05 Fall
06 Eye Of The Storm

Le site et le Bandcamp d'Augures.

samedi 7 décembre 2013

Inquisition Symphony (ou comment j'ai trouvé un Grand Ancien flottant dans ma baignoire après l'écoute de OVFTM)

Inquisition... Connaissant bien ses nom et logo, je sais trop bien pourquoi je suis longtemps passé à côté de ce groupe. USBM. Pas ma came, et c'est un euphémisme. Un genre typiquement affublé d'une production hyper compressée mais baveuse comme l'encrage de vieux comics, parfois prétentieux comme pas deux (le BM canonique nord-américain n'a pas d'histoire autre que récente - comme le pays dont il émane -, il faut bien compenser et c'est souvent par l'arrogance), régulièrement lo-fi par destination comme pour se faire pardonner son insignifiance lors de l’avènement de la seconde vague... Bref, le visa USBM me fait fuir à quelques exceptions près (Leviathan, ou cette crasseuse scène urbaine à la The Howling Wind qui parvient à extirper Satan des égouts fumants de la Fifth Avenue). Si je rajoute à ça le trip ritualistico-machin-chose dédié aux Grands Anciens dérivant dans le cosmos qui me casse bien les couilles car surreprésenté, Inquisition n'avait vraiment pas ses chances avec moi. Et puis merde, j'ai déjà tellement écouté de bons trucs en « -tion »... En un mot comme en cent, j'avais catalogué Inquisition comme un duo de black metal ricain générique ; dont on passe les boîtiers à cent-à-l'heure dans les bacs sans s’arrêter une seconde. Et surtout sans se demander pourquoi, justement, on ne s'y arrête jamais. La rencontre s'est faite au gré d'errances dans le web profond, là où la lumière ne brille plus. J'ai finalement entendu Inquisition - ça m'a même donné envie de les écouter...

Je me suis procuré Ominous Doctrines Of The Perpetual Mystical Macrocosm (avec sa pochette qui pourrait figurer un boss dans les vieux Contra) et surtout le dernier éjaculat Obscure Verses For The Multiverse. Nom de dieu... J'ai fait trois fois le tour de mon slip petit bateau sans toucher les bords, les amis. C'était tellement bon que j'ai remis ça, et j'ai refait trois fois le tour de vous-savez-quoi dans l'autre sens. Si la musique c'est des maths, à l'évidence celle crachée par Inquisition est régie par des théorèmes non-euclidiens. C'est, pour commencer, un putain de déluge, mes aïeux... Absolument furibard de chez furibard, une violente expectoration de couleurs hors du chromatisme terrestre, qui déferle en un torrent mystique ravagé de spasmes slidés dégueulasses. Ce maelstrom se ventile horriblement d'arpèges saturés interdits, autant de filtres sales et granuleux qui préparent en extemporanéité les assauts suivants de cette odieuse symphonie soufflée par Erich Zann - je parlais de couleurs, mais kaléidoscope halluciné est plus approprié encore.

L'aspect rituel, avéré, est renforcé par le coassement sinistre d'une bête maussade enfantée par Abbath et le gauchiste Rob Darken - plus encore que le son, je vous laisse imaginer la scène célinienne. On pensera globalement, outre la voix et le son de guitare, à la meilleure période d'Immortal (les montagnes russes glacées d'At The Heart Of Winter, cet indétrônable bonhomme de neige), ésotérisme en plus. Inquisition, en termes d'ambiance et par les ténèbres parfois solaires qu'il exsude, se situe là où il veut exister ; cette zone grise entre true black et death rigoriste, celui qui s'écoute aux chandelles et où les baskets montantes n'ont jamais été permises (joyeusetés type Necros Christos, Teitanblood...). Pas flagrante objectivement, la furia cabalistique de Limbonic Art cinglera pourtant l'oreille de l'initié - c'est un ressenti. La consistance des guitares et l'exécution frénétique de ces circonvolutions en mode mineur trahit l'arbre généalogique duquel Inquisition s'est joliment cassé la gueule (le duo a tué sa précédente incarnation colombienne donnant dans le thrash) ; le génotype est complet.

A croire que les habituels passeurs de plats américains (je sais c'est dur), plutôt tièdes comme l'archétype vitrinesque Abigail Williams doté pourtant du même arsenal sur Becoming, ne sont là que pour cacher l'immontrable, le tératogène, l'escamoté... Je n'ai jamais douté qu'il existait un véritable BM américain, mais je n'ai jamais douté non plus le détester, hormis exceptions notoires dont Inquisition fera désormais partie. Du vrai, du très grand black metal qui honore son genre, de l'art absolument dégénéré qui, si je l'avais relativement évité jusqu'à présent, a su venir à moi.

Wow. Maybe I'm late to the game, but I just found out Inquisition were actually great. I thought they were turd just because they're yankees, see how narrow-minded I can be sometimes ? In fact, Inquisition is sooo good that I'm sure I'll exclusively listen to them for the next two weeks or so (not couting the Christmas Carols). Searching for some black metal madness, packed with occultism, rigorism, extremism (and tentacles) ? Well, the quest is over for today. Help yourself and bow to these masters of cosmic destructivism, architecturers of agression.And don't fuck around with Cthulu.

Obscure Verses For The Multiverse (Season Of Mist, 2013)

01 Force Of The Floating Tomb
02 Darkness Flows Towards Unseen Horizons
03 Obscure Verses For The Multiverse
04 Spiritual Plasma Evocation
05 Master Of The Cosmological Black Cauldron
06 Joined By Dark Matter, Repelled By Dark Energy
07 Arrival Of Eons After
08 Inversion Of Ethereal White Stars
09 Infinite Interstellar Genocide
10 Where Darkness is Lord and Death is the Beginning (limited edition bonus track)

samedi 30 novembre 2013

Satyricon exécutionne Limoges

Je n'avais encore jamais vu Satyricon sur scène, c'est chose faite (ma check list se réduit, il sera bientôt temps d'y aller...) grâce à Execution Management, véritable Monsieur Loyal Inc. des Lémovices. M. Wongraven est dans un bon soir car on sait l'élégant inégal, et l'on comprend vite que ça va bûcheronner dur et grave comme dans un discours de François Hollande sur l'inversion de la croix (du chômage). Satyricon... Une toujours féroce bestiole issue des bois de Septentrion, mangeuse de moumines à ses heures, qui tombe parfois sur une formule facile dont elle abuse sur quelques albums mais peut se targuer de ne pas en avoir commis de mauvais. A l'instar de nombreux groupes de sauvageons scandinaves de la légendaire deuxième vague, qui, bien que surpris alternativement à ronronner ou à se réinventer au mépris des dogmes, restent inspirés par un ADN profond et obsidien dont ils ne se départent pas.

Fin de la digression et retour à l'agression : ça enquille sec et dur, ça secoue les sapins comme EDF un lendemain de tempête, tout ça contremaîtrisé avec maestria par M. Wongraven qui n'oublie pas, tout bourgeois du black qu'il est, qu'il vient de là il vient du froid. On se paie donc dans la gueule, servis par une interprétation et un son énormes, des Hvite Krists Død et des Forhekset comme si les pains pleuvaient en une biblique multiplication. Tout ça rehaussé en permanence par le charisme Hugo Boss d'un Satyr venimeux, impérial et dominateur. Particularité notoire de Satyricon, on a beau opiner du chef sur des structures souvent rock sinon binaires, Frost est toujours là, derrière, bête humaine ou de somme, assommoir, montagne hallucinée derrière son kit de cuisine norvégien, passant allègrement de plans à la Phil Rudd à des brutalités tou-pa-tou-pa de derrière les fagots tout en blastant à la 1993 à la noire sans coup férir. Un véritable docteur-ès-avalanches qui tape, tape, tape jusqu'au bout de la nuit. Je ne sais pas si ce mec est autiste, dingue ou prof de math mais dans la catégorie moissonneuse batteuse, il fait du John Deere et j'adore (cette fin de phrase n'est que pure coquetterie).

Maestro parmi les maîtres, Satyr a le génie pour concocter la bonne setlist, ce qui en metal extrême comme ailleurs est pour moi une science exacte - mieux vaut un set floppy mais bien agencé qu'une série de frappes chirurgicales mal placées. Là encore plus Kadhafi (mon idole de petit garçon, mais c'est gênant à expliquer) que George Bush, Satyricon a malmené ses sujets cons pliants au gré de son diktat imparable ; tu en trouveras, lecteur, la litanie sur d'autres chroniques. Sache simplement que si Mother North (qui vire à la Fear Of The Dark, mais c'est un compliment-hommage à mes idoles sans compter qu'on aime tous pousser la chansonnette en pensant à Monica Bråten) fut habilement jetée en pâture au public, elle fut suivie avec à-propos par Fuel For Hatred, un combo comme on n'en fait plus depuis Street Fighter II (le premier évidemment - "The World Warrior". Eh oui, 1991 n'est pas que l'année des Use Your Illusions).

Raiding Europe est un bon titre de tournée, oldskull et surtout bien porté - même si Dans La Tête Yvette eut pu convenir. A voir en ville dans la vieille Europe même pour les pas-fan de Satyricon, l'album. Un concert de plus comme ça, et je me risquerai peut-être à goûter le vin du satyre cornu, tiens. Photo en tête de notule de votre serviteur.

Recently went to an amazing Satyricon gig, or should I say recently witnessed a statement of what black metal shoud be and should stay - thanks to the norwegian wolverine horde. Dark, frosty and punishing forest-scented black metal, meaning honey for the ears. And yes, Mother North is still one of the best black metal song ever spirited, a sonic embodiement of the original darkness oozing from scaldic lands during the nineties.

Le site et le Myspace de Satyricon.

jeudi 28 novembre 2013

Bof Redemption

Julien Doré ni bon ni mauvais s’est mis au black metal de pacotille et chante des trucs comme Descente d’organes et A mort tous les anges (ou un truc dissectionnien dans le genre) ; Grégory Gadebois - par ailleurs intéressant comédien ayant porté sur les planches Des Fleurs Pour Algernon - trouve ça insupportable et nous aussi et menace de lui écraser sabbath sur la tête à plusieurs reprises. D'autant plus que Grégory n'aime plus le black metal, il veut une vie pour lui loin de Satan Labite (on pense déjà « what the fuck », mais la suite ne déçoit pas).

Finalement Julien, pissant de la grenadine mayhémique par les bras pendant tout le film, s'invente un cancer et ses amis peinés et jamais trop aidés piquent un camping-car à des hollandais nudistes et hippies, enfin à des hollandais quoi (même si on dirait Saxon, promis) pour aller jouer au Hellfest. Un bio film sur l’amitié, dont rien ne sort grandi malgré le parti-pris de ne pas (trop) ridiculiser le black metal, malgré Audrey Fleurot en mode MILF, et malgré tout trop long de 90 minutes.

Just seen a very average movie loosely related to black metal. Not as bad as one could imagine, but still, it kind of sucks. We frickin' froggies have an expression perfectly fitting these kinds of things : "une improbable comédie" - just stay away from any fucking movie described as such. I guess Conan The Motherfuckin' Barbarian still is the best metal movie I have ever seen.