dimanche 28 janvier 2007

Les Misérables

Dans ma courte et misérable existence, j'ai un jour découvert plus misérable encore que moi. Vous connaissez Bertrand Labévue, le collègue dépressif de Gaston Lagaffe qui passe ses journées terré au fond d'une poubelle ? Eh bien je pense que dans les profondeurs de sa retraite parfumée, il écoute The Angel And The Dark River. C'est comme Droopy : ce canidé enjoué qui croque la vie comme on croque dans une pomme véreuse doit passer l'essentiel de ses journées neurasthéniques à écouter The Angel And The Dark River, de My Dying Bride. En attendant d'être piqué, certainement... Si vous tendez bien l'oreille, je suis sûr que, du fond de sa niche Ikea - ceci explique peut-être cela -, vous entendrez monter la complainte du violon de Martin Powell.

Moi qui d'habitude aime user et abuser de superlatifs et autres adjectifs d'adjectifs, point de tout cela aujourd'hui, point même de chronique musicale à proprement parler. Juste cette affirmation concernant un album qui ne me lasse toujours pas, douze ans après sa sortie (merci Eléonore) : du côté de la branche mortuaire du doom, celle qui a fait sécession avec l'esprit fondamentalement rock 'n' roll de Black Sabbath pour flirter avec les rivages sans vie du death metal tout en refusant sa trivialité, The Angel And The Dark River est plus qu'une référence : c'est le dieu tutélaire du genre. Le disque miraculeux qui ajoute une nouvelle couleur à la palette chromatique, une couleur sans nom à côté de laquelle le noir semble lumineux. Si le doom était un alchimiste, alors The Angel And The Dark River serait sa pierre philosophale.

Hormis son successeur, l'immense et victorien Like Gods Of The Sun, My Dying Bride (qui est en fait un groupe de joyeux drilles, j'ai une photo d'Andrew Craighan en train de faire les oreilles de lapin à Aaron Stainthorpe ! Et puis dans le tour-bus, qu'est-ce qu'on rigole ! Pensez donc : un jour, Martin a pété, quelle poilade !) n'a jamais plus approché de près comme de loin la qualité de The Angel And The Dark River. Un album à écouter un dimanche après-midi pluvieux, la télé allumée sur Drucker, un whisky dans la main droite - n'oubliez pas, cinq valiums pour un glaçon - et le flingue dans la main gauche. Ne reste plus qu'à décider lequel on porte à la bouche en premier. Ce qui me permet de finir sur une note positive : c'est beau d'avoir le choix ! Bang.

nota bene : par une étrange prescience, le groupe a choisi en 1990 un patronyme qui n'aurait pas dépareillé dans la scène metalcore des années 2000...

The Angel And The Dark River was my first encounter with doom metal and even if I don’t really listen to it anymore, it did impress me so much that I often find myself humming some of its melodies (yeah, you can hum My Dying Bride). As a moody, shy teenager, that piece of utter darkness, yet still lyric and epic, was all I was looking for back then. Though I have now a preference for more rock-oriented doom, hence my absolute love for Black Sab's early records, I really dug My Dying Bride’s early works and highly recommend the monumental, Victorian follower of “…Angel”, namely Like Gods of The Sun. To me and forever, these two albums are the philosopher’s twin stones of british doom metal. Do not listen when in a sad mood (have you find the palindrome in that last sentence ?) !

The Angel And The Dark River (Peaceville Records, 1995)

01 The Cry Of Mankind
02 From Darkest Skies
03 Black Voyage
04 A Sea To Suffer In
05 Two Winters Only
06 Your Shameful Heaven

Le site et le Myspace de My Dying Bride.

samedi 27 janvier 2007

Sushi avarié !

Gallhammer, groupe signé chez Peaceville et venant de commettre The Dawn of... (une anthologie très « attendue » après un unique album), est l'archétype de l'arnaque métallique absolue. Ça bouffe à tous les râteliers, tentant de pêcher le maximum de poissons (d'avril ?) dans ses filets de fort mauvais goût. Le nom attirera l'attention des gens pour qui Hellhammer, Master's Hammer ou Warhammer veut dire quelque chose. La composition et l'allure du groupe, trois jeunes nipponnes bien de leurs personnes (ben tiens) mais savamment enlaidies par un look crado-punk très tendance, en appellera autant aux amateurs de keupon, de Motörhead ou de Darkthrone qu'aux curieux friands de combos féminins thrash et trash. Ne parlons même pas du large public, ici particulièrement ciblé, atteint de priapisme à la vue de japonaises bien gaulées... La pochette, intelligemment neutre, attirera beaucoup tout en ne braquant personne : bref, le savoir-faire est indéniable et l'étude de marché, parfaite.

La musique ? Un pillage en règle de divers pères fondateurs, avec un accent prononcé pour un black metal noisy, presque crust. Speed of Blood, morceau honteux figurant sur le sampler 37 de Terrorizer, est un plagiat flagrant de Mythos (par exemple), mal joué et flanqué de vocaux qui vont au-delà du ratage total. Conscient de l'ineptie du produit, le producteur, pardon, les commerciaux en charge du projet ont rajouté partout des larsens-qui-font-peur (dans un sens, c'était déjà bien assez effrayant). Autant ressortir les premiers enregistrements de Sigh si l'on veut flipper à la sauce japonaise, là au moins, ça vaut le coup. Au final, une daube que rien ne sauve, exemple supplémentaire prouvant que tout, absolument tout, peut-être récupéré, y compris les codes dits « nécro ». The Dawn of Gallhammer ne procède de rien d'autre qu'une racoleuse pêche en eau douce... L'une des filles arbore en permanence un beau t-shirt Celtic Frost, au fait. Histoire de convaincre les derniers réfractaires de la « trouïtude » (pardon je ségolénise un peu en ce moment) de la chose ? Sur le promo, on peut lire « Gallhammer reigns » (Fenriz, Darkthrone). Je rajoute : « Fenriz est souvent saoul » (Sheol, Les Notules Métalliques). A éviter plus encore que la peste !

Man, Gallhammer may well be the greatest swindling in extreme metal history since Evol. Nonetheless it will sell a few thousands, no doubt about that – it is oh so well marketed. From its name calling forth several old masters of sepulchral metal to its aesthetics (threesome, anyone ?), Gallhammer will, at least commercially, be. While Mötley puts out two anthologies a year, this Japanese act is releasing a best-of after, fuck me, only one fuckin’ album… Shall I really  proceed on commenting about the music ? Nope... it really reeks of a swindle in here.

Le Myspace de Gallhammer.

vendredi 19 janvier 2007

Paint it Black !

Au sujet d'Etude ; Torse, Effet de Soleil (1876), le critique d'art Albert Wolff, révulsé, écrivait à l'époque : « essayez donc d'expliquer à ce Renoir que le torse d'une femme n'est pas un amas de chairs en décomposition avec des tâches vertes, violacées, qui dénotent l'état de complète putréfaction chez un cadavre ». Quant à Alfred de Nieuwerkerke, voici le regard qu'il portait sur les impressionnistes : « ils font une peinture de démocrates. Ces hommes qui ne changent jamais de linge voudraient s'imposer aux gens du monde ? Cet art me déplaît et me dégoûte ». Certes, on pourrait appeler les impressionnistes « peintres de la lumière » et, par opposition, qualifier les musiciens de black metal de « musiciens de la nuit ». Reste que le parallèle est amusant et qu'encore une fois, un petit groupe de francs-tireurs au sein d'un domaine artistique peut décider de faire tabula rasa des conventions, des académismes et de la bienséance au nom de la liberté artistique - et donc d'expression.

Si les impressionnistes, avant-garde bariolée, soldatesque picturale soudée peut-être plus encore par le goût de la piquette montmartroise que par le pinceau, mirent des années avant de pénétrer ce bastion du classicisme qu'était le Salon de Paris, que dire alors de ces gamins qui, à l'orée des années quatre-vingt-dix, régénérèrent en le poussant dans ses paroxysmes un art si abrupt qu'il fut d'autant plus facile de l'escamoter dans la colonne des faits divers ? Cependant qu'Utrillo multipliait les séjours en maison d'arrêts, ses toiles, par lesquelles il payait en nature ses monumentales cuites, prenaient de la valeur dans les troquets sordides de la capitale. Lorsque le dernier membre incarcéré du line-up de In The Nightside Eclipse recouvra sa liberté, Emperor était devenu une légende de son vivant, n'attendant que la mort pour être mythifié !

Ce qu'écrivait Albert Wolff à propos de Renoir me rappelle finalement les vieilles chroniques d'albums devenus référentiels depuis. Tandis qu'Hard Force et consort (ou qu'on sort pas, d'ailleurs) parlaient de « dégénérés du bulbe » (sic) au sujet d'Emperor ou nous expliquaient que les deux frères d'Immortal (re-sic) étaient musicalement « à la rue », ces derniers façonnaient le nouveau visage du metal extrême au point qu'on en retrouve aujourd'hui les échos dans n'importe quel sous-groupe de metalcore US (un paradoxe en soi !). Renoir, de peintre bohème, devint un notable respecté auquel on s'adressait en n'omettant jamais de commencer par « Maître ». Si Ihsahn, fait citoyen d'honneur de sa ville natale de Notodden, ne demande pas tant d'honneur aux jeunes musiciens à qui il ouvre son studio et donne des cours de musique, ce sont en revanche ceux qui le brûlaient hier qui lui donnent aujourd'hui du « Maître ». Moralité : les gens évoluent, et les dégoûts d'une époque deviennent parfois les goûts de la suivante (sauf dans le cas d'Evol bien sûr...) !

nota bene : cette notule m'a été inspirée par la lecture de l'excellente biographie de Suzanne Valadon par Michel Peyramaure, qui m'a parfois rappelé, oserais-je le dire... The Dirt, la bio de Mötley Croüte ! Les Escaliers de Montmartre ; Le Temps des Ivresses sont à lire chez Pocket.

There’s not only metal in life – there’s also Impressionism, a pictural movement which I am fond of. And I’ve always made a parallel between it and black metal. Impressionism, a loose association of painters some of whom were unbelievable hard-partyin’, hard-druggin’, hard-livin’ motherfuckers, were also radicals, franc-tireurs whose art was breaking every existing rule (and in  some cases, the law). A real motley of a crew ! Garnering at first only hostility and miscomprehension, Impressionism finally became a respected, valid form of artistic expression – see what I mean ? I suggest you read a bio of painter Suzanne Valadon. Fuck, there’s as much sex, alcohol and, well, art in there as in The Dirt. Duh !

jeudi 21 décembre 2006

Auvergne Connection

Cette nouvelle entrée sera dédiée à la chronique de deux albums venant de paraître... Mettons les choses au point tout de suite : elles ne seront peut-être pas des plus aisées à trouver, mais ces deux galettes valent non seulement d'être écoutées, mais aussi et surtout d'être achetées ! Bref, selon la formule consacrée qui clôturait nombre de missives à la glorieuse époque du tape trading... support the real underground ! Prenez la peine de découvrir H.O.P.E et Morphoss.

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H.O.P.E : REASON & DIVINE
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H.O.P.E n'est autre que la concrétisation sonore d'un projet de longue haleine, celui du sieur Alkariis, baroudeur de l'extrême UG français depuis les mid-90's. Entre autres campagnes victorieuses auxquelles il participa, mentionnons seulement la croisade menée sous la bannière (impériale) d'Ancestral, horde black/death qui gagna ses lettres de noblesse aux côtés du proto-CNK et à coups de prestigieux supports (Forest of Souls, Loudblast, Septic Flesh, Your Shapeless Beauty, Avatar, Edge of Sanity sont ceux qui me reviennent à l'esprit). Longuement mûri, Reason & Divine (en référence à l'éternel conflit cartésien) est le premier album de cette entité que l'on aurait tôt fait de réduire à un one-man band, tant Alkariis a su s'entourer des bonnes personnes pour mener à bien ce projet ! Je pense en particulier au paisible ménestrel Guillaume qui a prêté son précieux concours guitaristique à cette œuvre.

Sous influences digérées et non pas régurgitées, Reason & Divine propose un blackened-metal symphonique de haute volée, audacieux et maîtrisé. Certes, les maîtres-à-penser d'Alkariis se rappellent ici et là à notre bon souvenir : on entend parfois l'Empereur hurler sa triste colère sous l'Espérance (My Own Interior Way, qui cache sa noirceur sous sa charpente metallico-synthétique), on distingue ailleurs la silhouette spectrale d'un Yearning, d'un Ulver ou d'un Arcturus au détour d'une mélodie de claviers inspirée (An Ordinary Morning), mais ces différentes balises permettent à l'auditeur d'entrevoir cette lignée de rois immortels desquels H.O.P.E descend. J'utilisais plus haut le terme audacieux et ne le retirerai pas ; l'usage fréquent de vocaux typés Muse ou même Radiohead risque de refroidir les plus étroits d'esprit (dont moi-même, bien évidemment !). Pour autant, ces passages venant contrebalancer les vokills mortuaires d'Athevros (impressionnante prestation, confere Le Château Noir) sont brillamment exécutés, jamais intrusifs, toujours à-propos : ils sont l'une des grandes forces de Reason & Divine. Le dionysiaque et l'apollinien, toujours... On mentionnera aussi quelques dérapages contrôlés dans une electro-coldwave de fort bon aloi : tendez l'oreille et vous distinguerez des traces résiduelles de Covenant ou Haujobb, notamment dans Absinthe...

Bref, le premier effort de H.O.P.E est un grand disque de metal, puissant mais sensible ; noir mais jamais résolument dépressif, rappelant parfois dans l'esprit les travaux récents et « poppisants » (eh oui !) de Samael. Au diable les étiquettes : bien que le squelette de l'affaire demeure fortement ancré dans l'extrême, c'est l'amour de la musique qui parle ici ! Bravo à Alkariis d'avoir eu cette opiniâtreté et d'avoir su mener ce projet à son terme. Certes, les qualités de l'œuvre seront aussi ses défauts pour certains (mieux vaut avoir l'esprit sacrément ouvert pour digérer tout ce qui compose Reason & Divine), mais indéniablement, cette première sortie de Back Stage Records mérite toute votre attention. A l'écoute de H.O.P.E, excellemment interprété et produit (OCYS Studio + mix chez les Crack Ov Dawn), une phrase de Dylan me vient à l'esprit : « Casser les règles ? Je ne casse pas les règles, car il n'y a pas de règles ».

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MORPHOSS : MARCHES FOR THE CONDEMNED
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Brutal thrash, anyone ? J'espère en tout cas que ce programme vous siéra, car il n'y a rien d'autre au menu de ce Marches For The Condemned. Et c'est tant mieux ! Condamné à thrasher, ainsi que sa précédente réalisation le proclamait, Morphoss aime le death, le thrash, et entre les deux son cœur balance tellement... qu'il a décidé de ne pas choisir ! Ce papillon funèbre bourrine à tout-va, tatane comme c'est pas permis, mais avec style, précision et bon goût. Quoique je vais peut-être retirer cette dernière appréciation, n'ayant pas encore parcouru les paroles certainement primesautières de Bestiality...

Très influencée par Slayer à qui elle pique les sempiternels gimmicks (dissonances harmoniques, soli plus torturés qu'une sorcière sous l'Inquisition), la bande ne s'est visiblement pas remise non plus de la scène scandinave de la première moitié des 90's à qui elle emprunte sans vergogne rythmiques ultra-catchy mais aussi, à l'occasion, son côté graveyard voire nécro. Écoutez donc Assassinate qui lorgne sur le Entombed des débuts, ou encore les premières mesures du sus-cité Bestiality qui ruent dans les brancards comme un bon vieux Unleashed de derrière les fagots (à moins que ce ne soit l'inverse, car une erreur semble avoir été commise sur le tracklisting) ! Cependant et à mon humble avis, Morphoss n'est jamais meilleur que lorsqu'il se fait plus heavy et mid-tempo : carnages assurés sur March of the Condemned ou The Trial. Que dire d'autre ? Difficile de chroniquer de façon intéressante un genre archi-balisé ou l'on s'efforce d'être le moins original possible, car là n'est pas le propos et Morphoss, résolument oldschool, ne souhaite surtout pas révolutionner les choses ! Précisons seulement que la prod, puissante et « pleine », souffre peut-être d'un mixage un peu trop proéminent de la voix.

Outre une section rythmique un peu plus jeune que le reste de la bande, aux oreilles que l'on imagine plus volontiers formées avec Slipknot ou Soulfly qu'avec Hellhammer ou Bathory, Morphoss compte aussi dans ses rangs deux guitaristes vétérans du thrash made in 6-3, dont l'affable Gun's « c'est çààààhhh », sodomite de volatiles le jour et adorateur de Kerry King la nuit. Le tableau (de chasse) ne serait pas complet sans le bien bel organe de Fabrice, ex-imprécateur d'Ancestral aussi à l'aise dans les growls d'outre-tombe que dans les vokills venimeux. Pour connaître la machine de guerre en concert, je peux vous assurer que l'implacable rage dégagée par les lascars en live a été capturée sans être matée avec bonheur ! Bref, avec ce genre de forçats les moutons électriques sont bien gardés et le thrash/death demeure ce qu'il doit être : un torrent sonore cataclysmique, comparable à un Styx seulement contenu dans son lit par la compréhension du genre et sa parfaite maîtrise instrumentale. Le verdict de la Cour ne saurait attendre plus longtemps : coupables, et fiers de l'être !

As a Frenchman I support national metal, especially when said metal is of the better kind. Please take a few moments to roam H.O.P.E’s and Morphoss’ Myspaces. Wanna know why ? Well, here we go. H.O.P.E is a one-man-band led by Mr. Alkariis, of the late gallic Ancestral fame, Reason & Divine being for now its first release. Well, to say “one-man-band” is not totally accurate, as able musicians are backing and fleshing Alkariis’ ideas. So what you get here is blackened symphonic extreme metal, taking as much from Muse as from Samael. Scratching your head, uh ? Well, you just gotta click on the Myspace link below ! Ok, after the Dionysian, avant-guardesque darkness displayed by H.O.P.E, let’s be überbrütal with Morphoss. Don’t need to bother ye faithful reader with many superlatives, what you should know about Morphoss can be summarized like this : "brutal and expletive fuckin' thrash". ‘Cause Marches of the Condemned will crush your head without mercy, and you won’t even have the time to say “Slayer”, “Entombed” or “Unleashed” before givin’ up the ghost. Thrashin’ death metal or deathin’ thrash metal, who gives a flyin’ fuck – Morphoss will feast on your miserable soul ! So be a man and check it out, or else Sharon Osbourne will slip into your sweaty couch on some moonless night (and I would be there, making a sextape of this).

H.O.P.E - Reason And Divine (Backstage Productions, 2006)

01 My Own Interior Way
02 Le Château Noir
03 An Ordinary Morning
04 My Second Self
05 Absinthe
06 Racine Mortelle
07 A Light Despair
08 HOPE

Morphoss - Marches For The Condemned (autoproduction, 2006)

01 The Trial
02 Condemned To Thrash
03 Opposition
04 Bestiality
05 Assassinate
06 March Of The Condemned
07 Dark Obscenity
08 The Sentence


Le Myspace de H.O.P.E.
La chronique d'Obsküre, et celle de VS Webzine.


Le site et le Myspace de Morphoss.
La chronique d'Obsküre, et celle des Accros du Metal.

vendredi 8 décembre 2006

Stream of (social) Consciousness

Hormis sur ses deux premiers albums, consacrés aux sempiternels démons censés venir nous botter le cul pendant notre sommeil (toujours pas arrivés), Kreator a toujours pris soin de fignoler des textes coup-de-poing, au fil anarcho-gauchiste aussi tranchant que les riffs les portant. Enemy of God, dernière livraison en date, ne fait pas exception à la règle malgré un titre qui induirait en erreur quiconque n'y regarderait à deux fois. Mille Petrozza, toujours aussi révolté, continue d'inscrire son groupe dans le gros thrash social qui tâche, laissant bouchers éventreurs et autres démons cacochymes à ses compatriotes Destruction et Sodom. Ne parlons pas du nectar houblonneux, sujet d'inspiration infinie creusé avec bonheur - pour certains - et exclusivité par les poètes éthyliques de Tankard (au secours). Alors certes, d'aucuns diront que ça ne va pas pisser bien loin, et que ce n'est pas l'étude géopolitico-sociale la plus pertinente qu'il nous ait été donné de lire. Et c'est vrai ! Mais enfin, le but n'a jamais été d'écrire une thèse et cela reste de la musique, du thrash d'excellent niveau et hypermoderne pour un groupe de cet âge - notons même une coloration Gothenburg qui vient teinter la fin de l'album de sonorités rougeoyantes d'habitude plus scandinaves que germaniques.

Kreator n'a jamais prétendu faire d'essais politiques mais préfère, avec peut-être un peu plus de talent que de succès depuis la fracture Renewal, donner dans le pamphlet contestataire et descriptif. Enemy of God est donc un état des lieux, un constat d'urgence dressé par un Mille Petrozza consterné de se voir, chaque soir à vingt heures devant son poste, imposer une telle dose d'impossible brutalité. Sans rivaliser avec la force parolière d'albums tels que Cause For Conflict (eux-mêmes), ...And Justice For All (Metallica) ou encore Beneath the Remains (Sepultura), Enemy of God est cependant un grand disque que nous offrent ces punks allemands déguisés en thrasheurs, une sorte de BO idéale à cette ultraviolence incontrôlable et ascendante, alimentée pernicieusement par un inexorable système de vases communicants : les idéologies fondatrices s'effritant, ne reste désormais plus que la sauvagerie humaine toujours plus dénuée de règles. Fussent-elles critiquables elles-aussi. Une thèse assénée sur douze terribles morceaux !

Putting aside its first two releases, Kreator was always about politics and social awareness (and kick-ass thrash metal). Enemy of God is no exception and, despite its title suggesting some kind of church-burning black metal content, is another fist in the face of god (errr, of society, sorry) ! Sure it ain’t a postgraduate thesis but hey, we don’t need no more brains to understand it’s total social shit all over and everywhere right fuckin’ now. Got it ? I have to say that Cause For Conflict is maybe my favourite Kreator album as far as these topics are concerned – this release is criminally underrated : to say it is a major body of work is an understatement. However Enemy of God is a strong CD, almost punkish under its guise of barbaric thrash metal, and denouncing whatever there’s to denounce right here, right now. Man, I really do feel like a fuckin’ progressive proletarian writing these lines.

Enemy of God (SPV, 2005)

01 Enemy Of God
02 Impossible Brutality
03 Sucide Terrorist
04 World Anarchy
05 Dystopia
06 Voices Of The Dead
07 Murder Fantasies
08 When Death Takes It's Dominion
09 One Evil Comes - A Million Follow
10 Dying Race Apocalypse
11 Under A Total Blackened Sky
12 The Ancient Plague

Le site et le Myspace de Kreator.

...et toujours :
Heureusement qu'on se faisait ch**r dans les centres de jeunesse allemands !

mardi 21 novembre 2006

Le requiem incompris

Quelques mois après sa sortie, il est temps d'opérer un petit retour en arrière afin de réhabiliter cette merveille musicale qu'est Reinkaos, testament de Dissection et lettre d'adieu hargneuse adressée au monde des vivants par un Jon Nödtveidt au paroxysme de sa folie. Assassiné avant même sa parution par une horde de prétendus spécialistes de Dissection, massacré sur l'autel de la bêtise à sa sortie par le lobby internaute des soi-disant puristes incapables de se faire à l'idée que le metal n'avait pas besoin d'un Storm of the Light's Bane II, Reinkaos n'a en réalité jamais eu sa chance, ou plutôt lui a-t-elle été d'emblée refusée. Un second Storm of... ? Allons, allons... Si fabuleux que soit cet album, après tout il n'est lui-même qu'un The Somberlain II ! Reinkaos est différent, restera unique - et pour cause -, mais est clairement plus proche d'un aboutissement personnel que d'une trahison. Et pour couper court à un débat qui n'a pas lieu d'être... c'est du pur Dissection garanti à cent pour cent, à tel point qu'il était inutile de mettre le nom du groupe sur la jaquette !

Dès le premier arpège toujours aussi élégamment ténébreux, dès la première attaque de cordes si caractéristiquement vicieuse, Dissection réaffirme son identité ; il est dès lors évident qu'aucune des notes jouées pendant les ¾ d'heure à venir n'auraient pu être émises par un autre groupe. Évident aussi le fait que Dissection était Jon Nödtveidt et personne d'autre : malgré un line up remanié de fond en comble autour du charismatique leader, l'identité du combo n'a pas muté d'un iota. En revanche, le changement notable concerne le style ! Reinkaos, ce n'est plus du black-death, ce n'est même plus du metal extrême. Non, c'est du heavy metal pur et dur, mais plus noir encore que le cœur d'une pierre d'onyx, plus froid que de l'acier cryogénisé et plus virulent que jamais. Rétrospectivement, la haine crachée par Jon Nödtveidt à l'encontre de la Vie, de la Construction et de la Chair apparaît pour ce qu'elle était vraiment : non feinte et annonciatrice de son suicide, envisagé par le musicien comme point d'orgue de sa carrière artistique.

Ceci étant dit, la musique prime et il est fortement conseillé de se foutre du reste. Le phrasé si particulier (unique) de Nödtveidt participe directement à la qualité de l'ensemble : ses élucubrations venimeuses vouant l'Univers aux gémonies sont éructées via cette voix typée black metal mais si bien articulée que l'on saisit sans peine chaque mot, chaque phrase. Il me semble ici devoir établir un parallèle entre Dissection et Metallica afin de rendre immédiatement compréhensible ce qui a tant choqué : les titres de Reinkaos sont à ceux de Storm of... ce que Enter Sandman est à Battery. Nödtveidt propose ici une musique raffinée et épurée, ni meilleure ni moins bonne, simplement différente et reposant sur un canevas bien plus rock 'n' roll que thrash. La vitesse a ainsi été sacrifiée au bénéfice exclusif de l'efficacité : le puissant mid tempo qui règne majestueusement sur Reinkaos est absolument implacable et convoie sans discontinuer des riffs monstrueusement mélodieux, ne cessant de surprendre l'auditeur à chacune de leurs interventions. Si Dissection a toujours été soucieux de cet aspect de pure musicalité, Reinkaos enfonce sur ce point ses prédécesseurs. Quoi de plus étonnant ? Nödtveidt, surdoué de la guitare et rejeton obscur des Maiden, Priest et autre King Diamond, se montre plus que jamais digne de cette filiation et laisse exploser son sens de la mélodie dans cet ultime travail. Reinkaos est transcendé par cette multitude de lacis enchevêtrés de motifs lead, brodés à l'infini autour de géniales rythmiques heavy metal qui donneraient des complexes à beaucoup.

Un tel talent laisse une impression de malaise quand on connaît la fin : comment en arriver là, comment tout foutre en l'air à ce point alors que l'on est assis sur un tas d'or... Ou plutôt, en l'occurrence, que l'on a de l'or en barre dans les doigts ? Quoi qu'il en soit, Reinkaos doit être instamment réhabilité et il faut faire fi de toutes les énormités lues ici où là et proférées par des no life ayant découvert l'option « commentaires » de Vs Webzine juste après Limp Bizkit. Sans même l'avoir entendu dans son intégralité, il va sans dire. Le troupeau de Panurge est infini... Petit conseil : commencer éventuellement par l'écoute de Dark Mother Divine, hymne posthume évident et représentatif des richesses de Reinkaos avec ses lead sublimes et sa rythmique hetfieldienne en diable. Que ce soit bien clair : non, le dernier Necrophobic (au demeurant plutôt bon) n'est pas l'album qu'aurait dû sortir Dissection (rires). Reinkaos, en sus d'être la seule option artistiquement valide (pourquoi refaire ce qui a déjà été fait ?) et digne de son illustre grand frère, doit être écouté pour ce qui reste la meilleure des bonnes raisons : c'est un putain d'album de metal à des années-lumières de l'actualité. On peut ne pas l'aimer, mais dire qu'il s'agit d'une trahison (un bien grand mot) est ridicule : inutile de se racheter une paire d'oreille, c'est le cerveau qui doit être changé.

Reinkaos never got a chance in the first place : dumbass motherfuckers all over the web destroyed it even before it was released. Man, there’re so many fucktards on this rocky debris roaming this universe… I can’t believe it. Reinkaos’ musical orientation, which makes it the “Black Album” of Dissection, was the right one and there’s no point arguing about that. Whoever the fuckin’ fuck would need another Storm of the Light’s Bane ? There’re enough copycats already doin’ it, don’t ya think ? So what we have here is pure frozen swedish heavy metal, a la Dissection (‘cause it IS Dissection, remember ?), still pissed-off as fuck against whatever you want – well, mainly life, it seems. Sure it ain’t a bullet-speeding record, but what we got here is total metal efficiency, complete with state-of-the-art songwriting and musicianship and rounded by killer melodies reminding of Maiden, Mercyful Fate or Priest. Heavy fuckin’ metal at its finest and darkest, like I love it to be. Do not listen to your friends : I know better (or else you won’t be here instead of trolling on Blabbermouth).

Reinkaos (Black Horizon Music, 2006)

01 Nexion 218
02 Beyond the horizon
03 Starlessaeon
04 Black dragon
05 Dark mother divine
06 Xeper-I-set
07 Chaosophia
08 God of forbidden light
09 Reinkaos
10 Internal fire
11 Maha kali


Le site et le Myspace de Dissection.

...et toujours :
R.I.H.

lundi 9 octobre 2006

Melissa Comedy Club

La honte soit sur M6... Une fois de plus le vilain petit canard de la famille musicale s'est vu infligé un traitement de choc dans le cadre d'un sujet racoleur et sensationnaliste destiné à Bobonne, qui a certainement hésité, comme chaque soir, entre le premier et le sixième bouton de sa télécommande. Faudra lui dire un jour que l'effet débilitant est au final strictement le même. Inutile d'entrer dans les détails, tout y était : vocabulaire inapproprié, manque de sérieux dans les pseudo-investigations, volonté d'amalgamer dangereusement tout et n'importe quoi, interviews d'ados boutonneux dégénérés, n'en jetez plus, la coupe est pleine. Juste pour le fun, mentionnons ce moment inénarrable : sommé de nous montrer les « reliques de son passé sataniste » (sic), un gamin repentant sort de sa table de nuit un... exemplaire d'un numéro de Hard N' Heavy ! Espérons que la rédaction dudit magazine porte plainte pour diffamation.

Plus inquiétant, relevons la technique honteuse et malheureusement répandue consistant à caviarder ce genre de reportage avec force faux protagonistes, tel ce mauvais comédien jouant un sataniste convaincu, fonctionnaire le jour et adorateur du diable la nuit. La fonction publique appréciera, d'autant que cet « agent double » n'a pas pris soin de faire flouter son visage (bizarre, vous avez dit bizarre ?). Nonobstant le lamentable jeu d'acteur, on ne saurait que trop conseiller à M6 de veiller un peu plus à la crédibilité de son décor : entre les vieilles dagues en inox achetées au surplus du coin (stocks Alchemy invendus ?) et les piteux pentagrammes piqués à la va-vite sur le skyblog à Kevin, la méthode est aussi dégueulasse que ridicule. Je ne mentionne même pas le bout de carton représentant un « symbole-censé-faire-peur » et vraisemblablement collé à l'arrache sur la chevalière du grand-père du caméraman, histoire de figurer un accessoire sataniste de plus... Une véritable honte.

Pour finir, que penser de ce groupe de « djeun's » en pleine mue (remarquez, ça peut aider pour les transitions vokills death / black), abrutis jusqu'à la caricature dans leurs t-shirts Slipknot (évidemment) ? Là encore, la question de l'authenticité se pose... Outre la prétendue salle de répétition - peu crédible vu la gueule de l'endroit -, notons que notre bande d'apprentis satanistes ne jouait... rien du tout ! A l'évidence ils mimaient, harnachés d'instruments, une piètre comédie, mais en aucun cas ne jouaient quoi que ce soit. Ne parlons pas de leurs maquillages, énième indice accréditant la probable supercherie : personne - je dis bien personne - n'oserait se peinturlurer ainsi. Sauf à faire appel aux maquilleuses de M6 préalablement briefées : « les filles, on vous amène cinq gamins, foutez-leur un peu de rimmel autour des yeux et vogue la galère » ! Des méthodes de putes pour une émission putassière, décidément M6 parvient régulièrement à enfoncer TF1 sur le terrain de l'ordure télévisuelle. Et l'info dans tout ça ? Tolèrera-t-on longtemps ces sujets bidons réalisés avec l'addition « désinformation + comédiens » ? Le monde (prétendument) mental ment monumentalement, disait Prévert... Il n'a même plus l'élégance de le faire avec discrétion.

Man, I really don’t feel like translating my impressions about that motherfuckin’ so-called “documentary” broadcasted the other day on french TV. Metal is one the many handy scapegoats of society, and TV is more than ever a nauseous, lyin’, brain-sellin’ machine. So I won’t add anything else, except I guess it’s better to be pissed-off than pissed on…

lundi 21 août 2006

R.I.H.

Jon Nödtveidt s'est donné la mort par arme à feu entre le quatorze et le quinze août 2006, faisant définitivement entrer Dissection au panthéon des légendes du metal extrême nordique. Entre le gamin rigolard de quinze piges visible sur une vieille vidéo de Therion (eux-mêmes pas vraiment plus âgés) et l'ex-taulard ombrageux et dérangé - car ayant la cervelle polluée par quelque secte millénariste - de la fin de sa jeune vie, difficile de cerner le bonhomme... La vérité se trouve certainement quelque part entre ces deux extrêmes.

Après avoir joué comme il se doit dans quelques combos thrash sans avenir (Siren's Yell et Rabbit's Carrot), Nödtveidt fonde Dissection et tutoie l'excellence dès la démo The Grief Prophecy, facilement trouvable aujourd'hui sur le digipack The Past Is Alive édité il y a une dizaine d'années chez Necropolis. Malgré quelques participations à divers projets (notamment Ophtalamia, The Black et le délire « starwaresque » Vondur) et une fausse note (De Infernali, une tentative techno-épico-sataniste aussi fumeuse qu'embarrassante), l'histoire ne retient aujourd'hui que Dissection, qui sur trois albums aura au moins commis deux chefs-d'œuvre.

Le death-black metal occulte et obscur, à envisager comme un véritable sortilège sonique et sonore, est tout entier contenu dans un morceau comme Unhallowed (Storm of the Light's Bane), et Dissection, avec son inimitable touche heavy et son goût pour les sombres arpèges acoustiques, en est définitivement le seul et unique dépositaire malgré quelques bons succédanés (Necrophobic, les pilleurs de Setherial, Sacramentum, Swordmaster, Naglfar, Lord Belial dont l'histoire est fortement liée à celle de Dissection...). Fermez le banc, l'histoire s'achève ici.

Jon Nödtveidt took his own life some days ago - little more did Dissection need to become a legend in its own right. Watching him the other day at age 15 in the Therion DVD “Celebrators of Becoming”, and knowing what he had done, become and been through, is kind of a weird feeling. Musically speaking I love everything Dissection ever did since hearing Storm of the Light’s Bane. Its brand of poisoned, beautifully morbid thrashin’ blackened metal is now a big niche in metal’s subgenres, but none of its impersonators has ever created such kaotic, frozen musical storms as the ones expelled by Dissection. May the ground rest easy on his soul !

dimanche 30 juillet 2006

Le grand pardon

Certains ne sont jamais contents, et je dois sûrement faire partie de cette espèce vu le peu de considération que je porte à tout ce qu'à fait Moonspell depuis Irreligious... Mais aujourd'hui, c'est le jour du grand pardon. Moonspell, vraisemblablement conscient malgré le succès commercial de se perdre un peu plus à chaque sortie, a rectifié le tir. « A light at the end of the earth », nous hurle Fernando dans Finisterra. Traduction : la bête lusitanienne bouge encore. Memorial est sombre, beau, consistant et cohérent, mais surtout tellurique : cet album semble avoir été véritablement exhumé de l'humus crépusculaire de cette finisterra d'où nos amis nous envoient cette belle preuve de vie. Le metal selon Moonspell, en 2006, navigue entre dark, black, heavy et conserve bien sûr cette âme littéraire dont Ribeiro est l'indiscutable garant. Pilonné en quasi-permanence par une double grosse-caisse au son monstrueusement organique, Memorial regarde le futur tout en conservant le meilleur de son passé. Oubliées, les voix gothiques et toc. Oubliées, les compos bouche-trou, hormis ce Luna un peu trop mièvre. Les amoureux d'Under the Moonspell et de Daemonarch seront aux anges (hum...), et ceux de Wolfheart pourraient bien revenir au bercail - en particulier à l'écoute d'un titre comme Sanguine qui n'aurait pas dépareillé sur ce chef-d'œuvre.

Memorial ne serait pas ce qu'il est sans son producteur : Waldemar Sorychta le magnifique. Présent à tous les niveaux - tenant même la basse (ce qu'il faisait déjà, se murmure-t-il, sur Wolfheart), l'homme a permit de faire de cet album un véritable hommage aux arts métalliques noirs des mid-nineties, rappelant tour à tour les plus grands noms de l'écurie Century Media. Comment ne pas penser à Tiamat à l'écoute de Sons of Earth ou encore à Samael sur le génial Upon the Blood of Men ? Memorial fait aussi une belle révérence à Bathory. Le plus simple pour s'en apercevoir est de parcourir le livret, mais le plus intéressant est d'écouter attentivement la seconde partie de Best Forgotten, sur laquelle plane l'ombre tutélaire du maître Quorthon. Achetons Memorial, disponible depuis un petit moment déjà, et rendons à Moonspell l'honneur qu'il nous fait en proposant un tel album ! Voici un groupe véritablement composé d'artistes et mené par un esthète du metal, qui aura su reconquérir un de ses « vieux » fans. Bien sûr, Memorial n'est pas Wolfheart. Mais il reste essentiel.

Back in the, hum, "cattle" is how I feel when listening to Moonspell’s latest outing, Memorial. Having been disappointed by almost everything the band did after Irreligious, I truly wasn’t expecting anything by now. Well, let me be clear on that point : Memorial is an absolute fuckin’ monster of an album. I just can’t believe how it totally blows me away each time I listen to this friggin’ behemoth. As a matter of fact this blackest monolith is deeply rooted in the colder-than-death dark metal of the nineties, the very one from which Moonspell rose in the first place – no wonder this is Sorychta-produced. Spiriting away many ghostly names of yore and today, such as the Frost, Bathory, Tiamat, and Samael, Memorial is, to this day, Moonspell’s biggest achievement in this part of metal. You’ve been warned : this is occult, dark thrashing death metal, an ill-scented spell not for the faint-hearted. Once again, I just can’t believe it – I’d have never expected such a somber and violent return to form from the foggy wolves.

Memorial (SPV, 2006)

01 In Memoriam
02 Finisterra
03 Memento Mori
04 Sons of Earth
05 Blood Tells
06 Upon the Blood of Men
07 At the Image of Pain
08 Sanguine
09 Proliferation
10 Once It Was Ours !
11 Mare Nostrum
12 Luna
13 Best Forgotten
14 Atlantic (bonus track)


Le Myspace de Moonspell.

vendredi 9 juin 2006

« Toi qui entre ici, abandonne toute espérance... »

Cette célèbre phrase extraite de la Divine Comédie est on ne peut plus appropriée pour situer d'emblée la teneur de ce nouveau Celtic Frost, attendu comme le messie par certains mais redouté, en cas de retour raté, par à peu près tous. Ce n'est absolument pas le cas... Après une parenthèse d'une quinzaine d'années, Tom G. Fischer et Martin Eric Ain nous livrent rien de moins qu'une nouvelle évangile écrite en lettres de sang, une pièce maîtresse du metal contemporain de laquelle est absente, donc, la moindre lueur d'espoir. Inutile de revenir sur le passé glorieux de Celtic Frost, précisons simplement que Monotheist est totalement moderniste et avant-gardiste en cela qu'il jette avec parfois beaucoup d'audace de nouvelles bases pour le dark metal, tout en conservant des racines charbonneuses profondément ancrées dans l'identité du groupe suisse.

Refusons-nous à faire un track by track stérile et sans intérêt : dissocier individuellement les morceaux de Monotheist n'aurait aucun sens. Monotheist, c'est avant tout un manifeste, une profession de foi alternativement gémie, criée, chantée, vomie par un Tom G. Fischer absolument impérial et qui confère à nouveau ce côté très « dominateur » à la musique de Celtic Frost. On est assez loin du proto-black (rien d'autre que du thrash morbide, finalement) pratiqué sur les premiers albums. Les guitares sont excessivement lourdes, le tempo est volontiers modéré malgré quelques accélérations thrashisantes (Ain Elohim), l'atmosphère est à la peine, au recueillement mais aussi à la colère : il est parfaitement clair que l'objectif - largement atteint - de Celtic Frost était de reconquérir un trône perdu depuis longtemps. Notons l'excellente prestation de Franco Sesa à la batterie : son jeu est inspiré, sobre et inventif, on décèle de rares passages presque tribaux suggérant parfois l'idée d'un « culte » païen célébré par quelque étrange peuplade oubliée - de celles que l'on trouverait chez Lovecraft plutôt que chez Lévi-Strauss. Doom ? Death ? Dark ? Black ? Oui, quatre fois oui, mais avant tout unique.

Monotheist est un album qui fait peur et qui n'a besoin pour cela d'aucun artifice : en d'autres termes, on est loin du folklore habituel. Le sentiment prégnant d'écouter une œuvre « adulte » enfantée par des « adultes » ayant particulièrement réfléchi à leur art perdure pendant les soixante-huit terribles minutes de l'album. Monotheist écrase, pilonne, traumatise son auditeur. Ce bloc de noirceur ultra-dense se refuse catégoriquement à ne laisser filtrer ne serait-ce qu'un infime rayon de soleil... Ce qui n'empêche pas Celtic Frost de conserver son lyrisme et sa beauté froide habituelle : au milieu des riffs pachydermiques, des saillies bruitistes et de la plainte morbide de Tom G. Fischer bat le cœur du groupe - un lyrisme certes froid comme une nuit d'hiver, mais néanmoins beau comme la lune et ses tristesses (cf Into the Pandemonium). Mentionnons notamment, outre la fabuleuse pièce finale Winter, cet extraordinaire morceau qu'est Obscured et dans lequel se mêlent, en une sublime complainte désincarnée, le râle de Fischer et la supplique de Simone Vollenweider. Monotheist est un tombeau, sépulcral et quasiment « sacré » par instants... Mon amie absolument profane en matière de metal ne m'a-t-elle pas dit, à l'écoute de ce disque, « dis-moi, c'est presque religieux, ça ! » ?

Monotheist est un rêve expressionniste, certes froid et obscur, mais décidément loin du cauchemar redouté par certains. Un album historique, à côté duquel le My Dying Bride époque The Angel and the Dark River passe pour la Bande à Basile. Ne fêtons donc pas ce coup de maître(s), préférons observer une minute de silence bien plus adéquate en l'honneur du grand retour de Celtic Frost !

Fifteen years of waiting – but it was worth it, for Monotheist is an astonishing second coming. More, it is an instant classic, a new landmark in dark metal music. Will Celtic Frost finally reclaim the place its rocky history prevented him from keeping ? Monotheist is a slow-pace grinder, diffusing its utter darkness in an artsy, almost german-expressionism kind of way – the Frosty way. Its music is heavy as fuck, with low-tuned guitars supporting Fischer’s commanding voice and backed by Franco Sesa’s monstrous, in some cases almost ethnic-coloured, drums and percussions. A storming piece of miserable darkness it is indeed. Complete with an almost religious feeling – a requiem, that is – Monotheist does not contain one second of optimism and is the perfect embodiment of the band’ spirit. Hear its winter-scorched, blackened heart pulsing in Obscured ! To buy or to die in eternal doom and gloom.

Monotheist (Century Media, 2006)

01 Progeny
02 Ground
03 Dying God Coming into Human Flesh
04 Drown in Ashes
05 Os Abysmi Vel Daath
06 Obscured
07 Domain of Decay
08 Ain Elohim
09 Totengott
10 Synagoga Satanae
11 Winter: Requiem/Chapter Three: Finale


Le site et le Myspace de Celtic Frost.