samedi 17 février 2007

Hellénique ta mère

Le Christ pourrissant... Avec un tel patronyme, on aura vite compris que la bande à Sakis Tolis, stakhanoviste du black metal depuis bientôt vingt ans, se contrefout de pas mal de choses... et en particulier de ses rapports avec les États-Unis qui lui cherchent bien des poux dans la tête ! Lorsque ce pauvre Mustaine, dieu du metal mais imbécile patenté depuis sa reconversion en born-again christian (c'est très à la mode aux US chez les anciens alcoolos et ça rend deux fois plus con, cf Bush) interdit Rotting Christ de scène à cause de son nom, la réponse du berger à la bergère ne se fait pas attendre : « je me branle de ce que Dave Mustaine pense de Rotting Christ ». Quant à l'énorme pub faite au groupe par l'entremise de jets de vinaigre incontinents d'un sénateur du Congrès (merci au sentencieux Claude Imbert pour la formule), elle a multiplié par cent la popularité du groupe en Amérique, continent majeur pour le metal mais éternel parent pauvre de ses rejetons extrêmes - ces derniers trouvant souvent leurs sources et puisant leur inspiration dans un passé que n'ont pas les States. Bref, Rotting Christ s'en fout et continue de tracer avec une foi de croisé son petit bonhomme de chemin. Fort d'une dizaine d'albums au minimum bons sinon excellents - souvenons-nous de la petite révolution que fut Triarchy of the Lost Lovers à l'époque - Sakis vient d'enfanter d'un nouveau rejeton imparable, au moins pour votre serviteur. La première sortie majeure de 2007.

Pour la chronique à proprement parler de Theogonia, on repassera : beaucoup l'ont déjà faite ou la feront à ma place, il suffit de courir le net. Quoi qu'il en soit, voilà un album fort, racé, soigneusement ouvragé dans cette métallurgie sombre et mystérieuse qui demeure le dénominateur commun des grands groupes grecs. Une scène à part et qui, de Varathron à Necromantia en passant par Nightfall ou Thou Art Lord, exhale un parfum d'occultisme plus qu'aucune autre. Une tendance prophétiquement annoncée par le titre du premier Septic Flesh, Mystic Places of Dawn... Pour en finir, revenons à Theogonia : ce disque éminemment recommandable, brutal et mélodique, est la dernière preuve en date qu'il n'est point besoin d'un orchestre symphonique ni de chœurs wagnériens pour « sonner » plus puissant ou majestueux que n'importe quel récent Dimmu Borgir ou Cradle of Filth. Serait-ce d'ailleurs le sens caché de cette pochette crypto-motörheadienne ? Sans beaucoup de moyens, Lemmy a mis à l'amende tant de groupes énormissimes... Dans cette théogonie (quelle époque épique !), tout le monde en prendra pour son grade : blastbeats d'un côté, accents heavy metal rappelant le sublime A Dead Poem (dix ans déjà !) de l'autre, sans oublier quelques passages traditionnels voire world où l'on pourra chanter les louanges de la feta et communier avec Nana Mouskouri. Le plus gros truc en provenance d'Athènes depuis Demis Roussos.

When you christened (oups…) your band Rotting Christ, you pretty much don’t care what will, nor expect anything, to happen. Though, the future was a golden one for this greek band and much was achieved since its inception nearly 20 years ago. Despite its blasphemous patronym (of which Mustaine is not a fan, even busting the band out of a festival), the artistic quality of Rotting Christ’s works was always a stunning one. Theogonia has just been released and lemme tell ya it’s a true masterpiece. Born of the mythical, mystical greek black metal cauldron (remember Varathron or Necromantia ?), this record is infused with occultism and mysteries of old, and enriched by ethnic instruments and atmospheres while retaining the brutality factor we’re all expecting. In a word, this is top-notch fuckin’ melodic black metal, colourful (yup) and epic, without ever selling itself to current trends. As far as Greece is concerned, this is even bigger than Maria Menounos’ boobs. Worship and obey !


Theogonia (Season of Mist, 2007)

01 Χαος Γενετο (The Sign of Prime Creation)
02 Keravnos Kivernitos
03 Nemecic
04 Enuma Elish
05 Phobos' Synagogue
06 Gaia Tellus
07 Rege Diabolicus
08 He, the Aethyr
09 Helios Hyperion
10 Threnody

Le site et le Myspace de Rotting Christ.

mardi 13 février 2007

Un lac dans mon rétroviseur...

Il fallait bien le faire un jour car c'était dans l'ordre des choses : ces pages ayant pour seule et unique ambition de relayer ma passion pour le genre « metal » se devait, tôt ou tard, de proposer une notule sur Tales From The Thousand Lakes. J'y ai souvent pensé, mais ces velléités ont toujours été anéanties par la flemme - et aussi la peur de « mal traiter » ce sujet qui me tient particulièrement à cœur. Et finalement... je ne le ferai pas ! Terrorizer s'en est chargé pour moi. Morceaux choisis de cet article signé José Carlos Santos, paru dans la rubrique « Blasts from the past : Terrorizer's guide to classic albums » de l'actuel numéro 154 dudit magazine. Une rubrique qui se divise immuablement en cinq points - une forme très scolaire rattrapée par un réel didactisme :

Pourquoi est-ce un classique ?

Assez conservateur dans son genre, Karelian Isthmus, le premier album d'Amorphis, recelait néanmoins les germes annonciateurs de la maestria à venir du groupe. Malgré ces indices, peu nombreux étaient ceux qui s'attendaient à une oeuvre de cette ampleur : Tales... s'imposa comme rien de moins qu'un hommage monumental à l'héritage culturel de la Finlande, basé sur la saga fondatrice de la nation - le Kalevala (...). Du death metal basique des débuts, Amorphis n'en retint qu'un canevas de base sur lequel le groupe réussit à peindre l'exact état d'esprit que nécessitait chaque chanson (...). Growls alternés avec le chant clair, passages doom mélancoliques se délitant en de délicates mélodies folk avant d'exploser en un climax brutal, tout se tient et est exécuté avec une technique instrumentale virtuose. « Lorsqu'on lui a joué les morceaux, Tomas Skogsberg, le producteur, nous a demandé si notre label était vraiment au courant de ce que nous faisions », se souvient avec humour Esa Holopainen (guitariste et principal compositeur). « Quand on a terminé l'album, on savait qu'on avait pondu quelque chose de spécial. Notre écriture commençait à trahir de nouvelles influences, nous ne savions pas du tout comment le label allait réagir, mais on avait vraiment confiance dans ces chansons » (...).

Quelles sont ses inspirations ?

Indiscutablement, le Kalevala. Chargé en émotions, créativement stimulant, le Kalevala est devenu une source d'inspiration sans fin pour Amorphis, ainsi qu'un véritable trademark. Pas seulement thématique, mais aussi musical : en incorporant un background ethno-folk en tant qu'ingrédient de base de sa musique, Amorphis s'est forgé une identité qui n'appartient à personne d'autre. Le kantele, instrument traditionnel finnois, sera d'ailleurs utilisé pour les albums suivants (...). « Le death metal était jusqu'alors très in-your-face, presque punk, et nous avons commencé à injecter beaucoup plus de mélodies dans tout ça. Nous nous sentions, en tant que musiciens, un peu à la croisée des chemins : de ce carrefour, nous avons suivi la route la moins évidente », poursuit Holopainen. Aussi importants que soient le Kalevala et le folklore pour Tales..., il ne faut pas oublier les influences du rock progressif : les claviers très vintage et les parties de guitares élaborées doivent beaucoup aux seventies, et notamment à Pink Floyd (et Deep Purple ! NdSheol).

Comment a-t-il été reçu à l'époque ?

« Toutes ces réactions nous ont vraiment prises au dépourvu », explique Holopainen. « On n'avait pas d'attentes particulières (...), et voilà que toutes ces critiques dithyrambiques de tous les canards de l'époque nous tombaient dessus » (NdSheol : la valeur n'attendant point le nombre des années, précisons que la moyenne d'âge se situait entre dix-sept et vingt ans). Non seulement Tales From The Thousand Lakes fut un énorme carton pour le groupe (...), mais aussi pour Relapse. Avec plus de cent-mille exemplaires écoulés à sa sortie, il demeure à ce jour le best-seller du label, l'élément qui fit de l'obscur Relapse le géant qu'il est aujourd'hui. Esa précise : « on a fini dans le Top 50 finlandais, ce qui est devenu quasi-systématique de nos jours avec nos groupes de metal... Ce n'était pas aussi évident en 1994 » (NdSheol : sans mentionner le fait que nous ne sommes pas, avec Tales..., au rayon sucreries, loin de là, c'est bien de death metal dont nous parlons !).

Quelle importance la jaquette a-t-elle eue ?

Peinte par Sylvain Bellamare d'après de vagues instructions données par le groupe (« en gros, on savait qu'on voulait du bleu, un lac et un marteau », révèle le guitariste), cette pochette demeure aujourd'hui l'une des plus évocatrices, l'une des plus fortes de l'histoire du metal moderne. Peu d'illustrations parviennent à rendre avec autant d'acuité l'âme de l'album qu'elles ornent, à refléter à ce point sa musique - et inversement (...). Simple question : depuis 1994, combien d'autres pochettes se sont « inspirées » de celle-ci ?

A quel point s'est-il révélé influent pour la scène ?

L'impact qu'a eu Tales... est énorme à plus d'un titre. Amorphis y gagna une stature mondiale (...) et le metal finlandais en bénéficia comme d'un coup d'envoi, un starter, et c'est ainsi que les échos de Tales... y sont clairement perceptibles un peu partout, de Children of Bodom à Moonsorrow en passant par Kalmah ou autre Norther (...). Par-dessus tout, Tales... défiait frontalement l'orthodoxie du death metal et a ouvert la voie de l'exploration ethnique à un nombre incalculable de formations. Ce fut, finalement, l'un des fers-de-lance du mouvement de redéfinition artistique du genre, dans le milieu des 90's, aux côtés d'Opeth ou d'Arcturus. Un mouvement qui ouvrit les vannes à de nouvelles influences, atypiques, amenées par des artistes toujours plus créatifs.

(José Carlos Santos, traduction commentée de votre serviteur)

Que dire de plus ? Un article globalement juste, rendant bien compte de l'impact énorme de cet album en son temps. En revanche l'aspect folk, « ethnique » même, de l'affaire, me parait un peu exagéré ou du moins prématuré : ce n'est réellement qu'à partir du fabuleux Elegy (1996, Nuclear Blast) qu'Amorphis laissa parler le côté folk qui sommeillait en lui. Concernant l'influence de Tales From The Thousand Lakes sur ses compatriotes, elle est plus tangible que jamais, et j'y rajouterai les noms d'Insomnium, de Searing Meadow, d'Ensiferum... Un album fondateur et indispensable au même titre, toutes proportions gardées, que n'importe quelle galette de Metallica, de Maiden ou de Priest. Petite précision concernant la fin de l'article : attention à ne pas oublier les discrets mais géniaux In The Woods, largement aussi aventureux et avant-gardistes qu'Opeth et Arcturus ! Dernière chose, il faut bien comprendre que l'aspect folk d'Amorphis est tout sauf « gadget », personnellement mettre en avant ce type de particularité me fait plutôt fuir tant la scène folk est boursouflée aujourd'hui... Point question ici de guignols foutant de l'accordéon n'importe comment et n'importe où pour le simple plaisir de pouvoir l'écrire dans le livret - d'ailleurs y'a jamais eu d'accordéon chez les Amorphes ! Avant tout, avant même d'être un groupe de metal, Amorphis est juste un monstrueux groupe de rock, que l'amour du Kalevala n'empêche pas de reprendre du Hawkwind ou du Doors à l'occasion.

As you faithful reader already know, I love Amorphis’ Tales From the Thousand Lakes to death. Distinguished monthly metal compendium Terrorizer features a lengthy article about it in its current issue. I must say José Carlos Santos did a pretty good job here and I allowed myself to quote some of his prose. In French, yup. And if you’re lost in translation, well – read it in its extensive form and original language in issue #154 of said magazine. Either way, listen to Tales From the Thousand Lakes : each time you do it, you’re saving ten fuckin’ baby seals. Oh, you didn’t knew it ?

Le site et le Myspace d'Amorphis.

...et toujours :
Amorphis emmerde Darwin...
La fin de l'éclipse ?

lundi 5 février 2007

Un Indien dans la vigne

Chuck Billy, c'est un peu un pote. On a beau ne jamais l'avoir rencontré, on a beau savoir pertinemment qu'on ne le croisera certainement pas plus, c'est un mec qu'on a toujours eu à la bonne. Bref, Chuck, c'est un peu un pote. D'ailleurs, pas besoin de le connaître vraiment pour savoir que Chuck est un chic type : sa réputation affable, son extrême courtoisie en interview et sa bonhommie légendaire précèdent le géant où qu'il aille. Non content d'être sympa comme c'est pas permis, Chuck continue de ravir les aficionados de Testament depuis précisément vingt ans, un âge canonique dont nos amis américains se fichent comme d'une guigne : leur thrash est toujours vert. Plus proche du gentil Yakari que du sinistre Joe l'Indien de Mark Twain, Chuck s'est rapproché de ses origines au cours de ces dernières années, une sorte de recentrage ethnique... Selon lui, l'héritage ancestral de son peuple l'a énormément aidé dans le combat qu'il a mené contre une saloperie de crabe. « Attention », précise notre pote, « tout ça ne doit pas faire oublier que l'essentiel des soins qui m'ont sauvé étaient des soins hospitaliers ! » Histoire de ne pas se faire mal comprendre par quelque illuminé qui penserait que fumer le calumet de la paix en mode Sitting Bull pouvait remplacer la chimio (1)... 

Sacré Chuck ! On imagine d'ici sa grande carcasse secouée de rires caverneux si on lui foutait sous le nez ces photos écornées d'il y a vingt ans, montrant une bande de jeunes thrashers prêts à défoncer la planète metal sous des coups de boutoir nommés The Legacy, The New Order ou Practice What You Preach : « Ah ah, mon pote, tout ce qu'on a défoncé, c'est nos foies ! »... C'est vrai, mais l'homme est humble. Si Testament n'a pas fait partie, car arrivé après, du carré d'as du thrash US (ne pas oublier qu'il y a une histoire de génération dans ce Big Four), il en a toujours été l'un des meilleurs soutiers et n'a jamais commis un véritable mauvais album - tout au plus quelques virages opportunistes. La part de chance nécessaire au mega succès, et si c'était ça qui avait manqué ? A peine lui fait-on remarquer à quel point ses vocaux ont changés, passant d'une voix de tête hurlée typique de la Bay Area à un growl death particulièrement impressionnant et pas truqué (2), que notre gentil colosse s'esclaffe à nouveau : « ben ouais mon pote, faut vivre avec son temps... Certains ont crié à l'opportunisme, mais moi je n'ai fait que m'amuser... Mais réécoute attentivement notre catalogue, tu verras qu'en 1990 on semait déjà pas mal d'indices ! Puis regarde mon vieux frère, là, Eric Peterson : il fait du black metal à côté de Testament (3) et tous les p'tits norvégiens font la queue pour une photo avec lui... Pas mal pour des vieux cherokees de quarante berges, non ? »

Alors on se marre, pour pas que Chuck aie l'air con en se bidonnant tout seul, et on se dit qu'effectivement si à l'époque on avait entendu correctement le respectable Souls of Black, on n'aurait pas posé cette question stupide sur l'évolution extrémiste du groupe... Puis on se dit aussi que merde, allez quoi, je vais pas faire chier Chuck Billy avec mes questions de fan à la con, je vais juste lui payer une autre bière, là, comme ça, entre potes... Et le prochain Testament, quoi qu'il arrive, ben je l'achète sans lire aucune chro, tiens. Parce qu'un sacré Monsieur chante dessus. Un peu indien, un peu californien, mais sacrément humain.

nota bene : depuis sa maladie Chuck ne picole plus, mais j'étais trop content de mon titre pour en trouver un autre. Eh ouais.

(1) pour lever des fonds permettant à Chuck Billy de se soigner - vive le système de sécurité sociale américain, et dire que certains se plaignent de vivre en France - une seconde édition du festival Thrash of the Titans eut lieu avec une affiche ahurissante pour les connaisseurs. Au courant de l'état de santé également catastrophique de Chuck Schuldiner, Chuck Billy reversa spontanément la moitié des bénéfices à la famille Schuldiner...


(2) à partir du puissant Low (1994), Chuck Billy modifie considérablement sa voix en passant allègrement du chant thrash classique à des vocaux purement death metal, amenant le groupe à durcir le ton sur les albums à venir - entre autre à s'accorder beaucoup plus bas. Cependant des signes annonçant cette tendance étaient perceptibles depuis quelques années, cf le terrible refrain de Falling Fast sur l'autrement très vintage Souls of Black...


(3) Dragonlord, groupe rassemblant quelques ex-stars du thrash californien et donnant dans un black metal symphonique d'obédience européenne bien que conservant un groove trahissant ses origines. A mon sens un ovni, pas forcément génial car trop générique mais absolument intriguant de par sa genèse et son line up...


Man, god or whoever the fuck you want knows I’m not homosexual in the slightest way. But I can’t help it, I love Chuck Billy. ‘Cause Chuck is my mate and having never met him has nothin’ to do with it. The man is a seigneur graced by a never-tarnished reputation. Fuck, he got rid of fuckin’ cancer and managed to keep a behemoth-like voice which makes oaks tremble when I’m blasting out Testament in my garden ! Sure these lads ain’t in their prime no more but who gives a flyin’ shit – Testament still kicks major ass, and mine, too. You know the shocking truth ? Ok, here I go : it’s a planetary-sized disgrace Testament isn’t part of the Big Four instead of pathetic Anthrax (never liked ‘em). Fuck, there’s nothing as embarrassing as that except, maybe, having declared Paris an open city in 1940. Man, I really mean it. So let’s forget about Testament and go back to Chuck Billy : easy and soft-spoken, with a little je-ne-sais-quoi reminiscent of Tom Araya, that part-Native American is a metal giant, and also, unbeknownst to him, my pal.

Le site de Testament.

mardi 30 janvier 2007

Kreator : des croches accrocheuses qui caracolent dans mon crâne...

Ils ne seront certainement jamais au courant de cet honneur... Mais aujourd'hui je remets deux prix (super...), dont le premier va à Kreator ! Une sorte de catchiness price récompensant Phobia comme étant l'un des morceaux les plus accrocheurs de la planète metal, en particulier grâce à sa rythmique principale juste diabolique d'efficacité. Du genre « bang that head that doesn't bang », si vous voyez ce que je veux dire - je suis sûr que oui. Tout en zéro syncopé sur la grosse corde, quoi.

Morceau d'une rare qualité, Phobia synthétise en quelques trois minutes le savoir-faire de Kreator et de Mille Petrozza, songwriter immense et véritable personnage du metal teuton, capable de tenir la seconde guitare pour Celtic Frost le temps d'une tournée, de jouer au sein de Voodoocult avec Schuldiner, Sorychta et Lombardo, et d'apparaître dans un programme TV pour minots afin de leur expliquer ce qu'est le thrash metal (je n'ai pas encore réussi à déterminer ce qui me laisse le plus rêveur...).

Le second prix ? Ah oui, il est pour moi (ça fait pas de mal de temps en temps un peu d’auto-congratulation), et c'est celui de la brièveté : cela faisait longtemps que je voulais écrire quelque chose d'aussi court ! Sans plus attendre passons à l'intérêt principal de cette notule : Phobia dans sa magistrale version du Live Kreation. Ein, Zwei, Drei... Is there something after yooouuu ?

Kreator’s Phobia really is a killer tune. I love it so much, man. Seriously if I wasn’t French, I’d like to be German. Fuck, it almost happened in ’44 isn’t it ? Ok enough bullshitting – back to Phobia. Truth be told, dont' you find it incredibly powerful and catchy ? Kandy for your eyes and ears. Here it is in its Live Kreation rendition. And better bang that head that doesn’t bang, ‘cause mine is already banging.

Phobia sur Youtube.

...et toujours :
Stream of (social) Consciousness
Heureusement qu'on se faisait ch**r dans les centres de jeunesse allemands !

dimanche 28 janvier 2007

Les Misérables

Dans ma courte et misérable existence, j'ai un jour découvert plus misérable encore que moi. Vous connaissez Bertrand Labévue, le collègue dépressif de Gaston Lagaffe qui passe ses journées terré au fond d'une poubelle ? Eh bien je pense que dans les profondeurs de sa retraite parfumée, il écoute The Angel And The Dark River. C'est comme Droopy : ce canidé enjoué qui croque la vie comme on croque dans une pomme véreuse doit passer l'essentiel de ses journées neurasthéniques à écouter The Angel And The Dark River, de My Dying Bride. En attendant d'être piqué, certainement... Si vous tendez bien l'oreille, je suis sûr que, du fond de sa niche Ikea - ceci explique peut-être cela -, vous entendrez monter la complainte du violon de Martin Powell.

Moi qui d'habitude aime user et abuser de superlatifs et autres adjectifs d'adjectifs, point de tout cela aujourd'hui, point même de chronique musicale à proprement parler. Juste cette affirmation concernant un album qui ne me lasse toujours pas, douze ans après sa sortie (merci Eléonore) : du côté de la branche mortuaire du doom, celle qui a fait sécession avec l'esprit fondamentalement rock 'n' roll de Black Sabbath pour flirter avec les rivages sans vie du death metal tout en refusant sa trivialité, The Angel And The Dark River est plus qu'une référence : c'est le dieu tutélaire du genre. Le disque miraculeux qui ajoute une nouvelle couleur à la palette chromatique, une couleur sans nom à côté de laquelle le noir semble lumineux. Si le doom était un alchimiste, alors The Angel And The Dark River serait sa pierre philosophale.

Hormis son successeur, l'immense et victorien Like Gods Of The Sun, My Dying Bride (qui est en fait un groupe de joyeux drilles, j'ai une photo d'Andrew Craighan en train de faire les oreilles de lapin à Aaron Stainthorpe ! Et puis dans le tour-bus, qu'est-ce qu'on rigole ! Pensez donc : un jour, Martin a pété, quelle poilade !) n'a jamais plus approché de près comme de loin la qualité de The Angel And The Dark River. Un album à écouter un dimanche après-midi pluvieux, la télé allumée sur Drucker, un whisky dans la main droite - n'oubliez pas, cinq valiums pour un glaçon - et le flingue dans la main gauche. Ne reste plus qu'à décider lequel on porte à la bouche en premier. Ce qui me permet de finir sur une note positive : c'est beau d'avoir le choix ! Bang.

nota bene : par une étrange prescience, le groupe a choisi en 1990 un patronyme qui n'aurait pas dépareillé dans la scène metalcore des années 2000...

The Angel And The Dark River was my first encounter with doom metal and even if I don’t really listen to it anymore, it did impress me so much that I often find myself humming some of its melodies (yeah, you can hum My Dying Bride). As a moody, shy teenager, that piece of utter darkness, yet still lyric and epic, was all I was looking for back then. Though I have now a preference for more rock-oriented doom, hence my absolute love for Black Sab's early records, I really dug My Dying Bride’s early works and highly recommend the monumental, Victorian follower of “…Angel”, namely Like Gods of The Sun. To me and forever, these two albums are the philosopher’s twin stones of british doom metal. Do not listen when in a sad mood (have you find the palindrome in that last sentence ?) !

The Angel And The Dark River (Peaceville Records, 1995)

01 The Cry Of Mankind
02 From Darkest Skies
03 Black Voyage
04 A Sea To Suffer In
05 Two Winters Only
06 Your Shameful Heaven

Le site et le Myspace de My Dying Bride.

samedi 27 janvier 2007

Sushi avarié !

Gallhammer, groupe signé chez Peaceville et venant de commettre The Dawn of... (une anthologie très « attendue » après un unique album), est l'archétype de l'arnaque métallique absolue. Ça bouffe à tous les râteliers, tentant de pêcher le maximum de poissons (d'avril ?) dans ses filets de fort mauvais goût. Le nom attirera l'attention des gens pour qui Hellhammer, Master's Hammer ou Warhammer veut dire quelque chose. La composition et l'allure du groupe, trois jeunes nipponnes bien de leurs personnes (ben tiens) mais savamment enlaidies par un look crado-punk très tendance, en appellera autant aux amateurs de keupon, de Motörhead ou de Darkthrone qu'aux curieux friands de combos féminins thrash et trash. Ne parlons même pas du large public, ici particulièrement ciblé, atteint de priapisme à la vue de japonaises bien gaulées... La pochette, intelligemment neutre, attirera beaucoup tout en ne braquant personne : bref, le savoir-faire est indéniable et l'étude de marché, parfaite.

La musique ? Un pillage en règle de divers pères fondateurs, avec un accent prononcé pour un black metal noisy, presque crust. Speed of Blood, morceau honteux figurant sur le sampler 37 de Terrorizer, est un plagiat flagrant de Mythos (par exemple), mal joué et flanqué de vocaux qui vont au-delà du ratage total. Conscient de l'ineptie du produit, le producteur, pardon, les commerciaux en charge du projet ont rajouté partout des larsens-qui-font-peur (dans un sens, c'était déjà bien assez effrayant). Autant ressortir les premiers enregistrements de Sigh si l'on veut flipper à la sauce japonaise, là au moins, ça vaut le coup. Au final, une daube que rien ne sauve, exemple supplémentaire prouvant que tout, absolument tout, peut-être récupéré, y compris les codes dits « nécro ». The Dawn of Gallhammer ne procède de rien d'autre qu'une racoleuse pêche en eau douce... L'une des filles arbore en permanence un beau t-shirt Celtic Frost, au fait. Histoire de convaincre les derniers réfractaires de la « trouïtude » (pardon je ségolénise un peu en ce moment) de la chose ? Sur le promo, on peut lire « Gallhammer reigns » (Fenriz, Darkthrone). Je rajoute : « Fenriz est souvent saoul » (Sheol, Les Notules Métalliques). A éviter plus encore que la peste !

Man, Gallhammer may well be the greatest swindling in extreme metal history since Evol. Nonetheless it will sell a few thousands, no doubt about that – it is oh so well marketed. From its name calling forth several old masters of sepulchral metal to its aesthetics (threesome, anyone ?), Gallhammer will, at least commercially, be. While Mötley puts out two anthologies a year, this Japanese act is releasing a best-of after, fuck me, only one fuckin’ album… Shall I really  proceed on commenting about the music ? Nope... it really reeks of a swindle in here.

Le Myspace de Gallhammer.

vendredi 19 janvier 2007

Paint it Black !

Au sujet d'Etude ; Torse, Effet de Soleil (1876), le critique d'art Albert Wolff, révulsé, écrivait à l'époque : « essayez donc d'expliquer à ce Renoir que le torse d'une femme n'est pas un amas de chairs en décomposition avec des tâches vertes, violacées, qui dénotent l'état de complète putréfaction chez un cadavre ». Quant à Alfred de Nieuwerkerke, voici le regard qu'il portait sur les impressionnistes : « ils font une peinture de démocrates. Ces hommes qui ne changent jamais de linge voudraient s'imposer aux gens du monde ? Cet art me déplaît et me dégoûte ». Certes, on pourrait appeler les impressionnistes « peintres de la lumière » et, par opposition, qualifier les musiciens de black metal de « musiciens de la nuit ». Reste que le parallèle est amusant et qu'encore une fois, un petit groupe de francs-tireurs au sein d'un domaine artistique peut décider de faire tabula rasa des conventions, des académismes et de la bienséance au nom de la liberté artistique - et donc d'expression.

Si les impressionnistes, avant-garde bariolée, soldatesque picturale soudée peut-être plus encore par le goût de la piquette montmartroise que par le pinceau, mirent des années avant de pénétrer ce bastion du classicisme qu'était le Salon de Paris, que dire alors de ces gamins qui, à l'orée des années quatre-vingt-dix, régénérèrent en le poussant dans ses paroxysmes un art si abrupt qu'il fut d'autant plus facile de l'escamoter dans la colonne des faits divers ? Cependant qu'Utrillo multipliait les séjours en maison d'arrêts, ses toiles, par lesquelles il payait en nature ses monumentales cuites, prenaient de la valeur dans les troquets sordides de la capitale. Lorsque le dernier membre incarcéré du line-up de In The Nightside Eclipse recouvra sa liberté, Emperor était devenu une légende de son vivant, n'attendant que la mort pour être mythifié !

Ce qu'écrivait Albert Wolff à propos de Renoir me rappelle finalement les vieilles chroniques d'albums devenus référentiels depuis. Tandis qu'Hard Force et consort (ou qu'on sort pas, d'ailleurs) parlaient de « dégénérés du bulbe » (sic) au sujet d'Emperor ou nous expliquaient que les deux frères d'Immortal (re-sic) étaient musicalement « à la rue », ces derniers façonnaient le nouveau visage du metal extrême au point qu'on en retrouve aujourd'hui les échos dans n'importe quel sous-groupe de metalcore US (un paradoxe en soi !). Renoir, de peintre bohème, devint un notable respecté auquel on s'adressait en n'omettant jamais de commencer par « Maître ». Si Ihsahn, fait citoyen d'honneur de sa ville natale de Notodden, ne demande pas tant d'honneur aux jeunes musiciens à qui il ouvre son studio et donne des cours de musique, ce sont en revanche ceux qui le brûlaient hier qui lui donnent aujourd'hui du « Maître ». Moralité : les gens évoluent, et les dégoûts d'une époque deviennent parfois les goûts de la suivante (sauf dans le cas d'Evol bien sûr...) !

nota bene : cette notule m'a été inspirée par la lecture de l'excellente biographie de Suzanne Valadon par Michel Peyramaure, qui m'a parfois rappelé, oserais-je le dire... The Dirt, la bio de Mötley Croüte ! Les Escaliers de Montmartre ; Le Temps des Ivresses sont à lire chez Pocket.

There’s not only metal in life – there’s also Impressionism, a pictural movement which I am fond of. And I’ve always made a parallel between it and black metal. Impressionism, a loose association of painters some of whom were unbelievable hard-partyin’, hard-druggin’, hard-livin’ motherfuckers, were also radicals, franc-tireurs whose art was breaking every existing rule (and in  some cases, the law). A real motley of a crew ! Garnering at first only hostility and miscomprehension, Impressionism finally became a respected, valid form of artistic expression – see what I mean ? I suggest you read a bio of painter Suzanne Valadon. Fuck, there’s as much sex, alcohol and, well, art in there as in The Dirt. Duh !

jeudi 21 décembre 2006

Auvergne Connection

Cette nouvelle entrée sera dédiée à la chronique de deux albums venant de paraître... Mettons les choses au point tout de suite : elles ne seront peut-être pas des plus aisées à trouver, mais ces deux galettes valent non seulement d'être écoutées, mais aussi et surtout d'être achetées ! Bref, selon la formule consacrée qui clôturait nombre de missives à la glorieuse époque du tape trading... support the real underground ! Prenez la peine de découvrir H.O.P.E et Morphoss.

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H.O.P.E : REASON & DIVINE
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H.O.P.E n'est autre que la concrétisation sonore d'un projet de longue haleine, celui du sieur Alkariis, baroudeur de l'extrême UG français depuis les mid-90's. Entre autres campagnes victorieuses auxquelles il participa, mentionnons seulement la croisade menée sous la bannière (impériale) d'Ancestral, horde black/death qui gagna ses lettres de noblesse aux côtés du proto-CNK et à coups de prestigieux supports (Forest of Souls, Loudblast, Septic Flesh, Your Shapeless Beauty, Avatar, Edge of Sanity sont ceux qui me reviennent à l'esprit). Longuement mûri, Reason & Divine (en référence à l'éternel conflit cartésien) est le premier album de cette entité que l'on aurait tôt fait de réduire à un one-man band, tant Alkariis a su s'entourer des bonnes personnes pour mener à bien ce projet ! Je pense en particulier au paisible ménestrel Guillaume qui a prêté son précieux concours guitaristique à cette œuvre.

Sous influences digérées et non pas régurgitées, Reason & Divine propose un blackened-metal symphonique de haute volée, audacieux et maîtrisé. Certes, les maîtres-à-penser d'Alkariis se rappellent ici et là à notre bon souvenir : on entend parfois l'Empereur hurler sa triste colère sous l'Espérance (My Own Interior Way, qui cache sa noirceur sous sa charpente metallico-synthétique), on distingue ailleurs la silhouette spectrale d'un Yearning, d'un Ulver ou d'un Arcturus au détour d'une mélodie de claviers inspirée (An Ordinary Morning), mais ces différentes balises permettent à l'auditeur d'entrevoir cette lignée de rois immortels desquels H.O.P.E descend. J'utilisais plus haut le terme audacieux et ne le retirerai pas ; l'usage fréquent de vocaux typés Muse ou même Radiohead risque de refroidir les plus étroits d'esprit (dont moi-même, bien évidemment !). Pour autant, ces passages venant contrebalancer les vokills mortuaires d'Athevros (impressionnante prestation, confere Le Château Noir) sont brillamment exécutés, jamais intrusifs, toujours à-propos : ils sont l'une des grandes forces de Reason & Divine. Le dionysiaque et l'apollinien, toujours... On mentionnera aussi quelques dérapages contrôlés dans une electro-coldwave de fort bon aloi : tendez l'oreille et vous distinguerez des traces résiduelles de Covenant ou Haujobb, notamment dans Absinthe...

Bref, le premier effort de H.O.P.E est un grand disque de metal, puissant mais sensible ; noir mais jamais résolument dépressif, rappelant parfois dans l'esprit les travaux récents et « poppisants » (eh oui !) de Samael. Au diable les étiquettes : bien que le squelette de l'affaire demeure fortement ancré dans l'extrême, c'est l'amour de la musique qui parle ici ! Bravo à Alkariis d'avoir eu cette opiniâtreté et d'avoir su mener ce projet à son terme. Certes, les qualités de l'œuvre seront aussi ses défauts pour certains (mieux vaut avoir l'esprit sacrément ouvert pour digérer tout ce qui compose Reason & Divine), mais indéniablement, cette première sortie de Back Stage Records mérite toute votre attention. A l'écoute de H.O.P.E, excellemment interprété et produit (OCYS Studio + mix chez les Crack Ov Dawn), une phrase de Dylan me vient à l'esprit : « Casser les règles ? Je ne casse pas les règles, car il n'y a pas de règles ».

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MORPHOSS : MARCHES FOR THE CONDEMNED
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Brutal thrash, anyone ? J'espère en tout cas que ce programme vous siéra, car il n'y a rien d'autre au menu de ce Marches For The Condemned. Et c'est tant mieux ! Condamné à thrasher, ainsi que sa précédente réalisation le proclamait, Morphoss aime le death, le thrash, et entre les deux son cœur balance tellement... qu'il a décidé de ne pas choisir ! Ce papillon funèbre bourrine à tout-va, tatane comme c'est pas permis, mais avec style, précision et bon goût. Quoique je vais peut-être retirer cette dernière appréciation, n'ayant pas encore parcouru les paroles certainement primesautières de Bestiality...

Très influencée par Slayer à qui elle pique les sempiternels gimmicks (dissonances harmoniques, soli plus torturés qu'une sorcière sous l'Inquisition), la bande ne s'est visiblement pas remise non plus de la scène scandinave de la première moitié des 90's à qui elle emprunte sans vergogne rythmiques ultra-catchy mais aussi, à l'occasion, son côté graveyard voire nécro. Écoutez donc Assassinate qui lorgne sur le Entombed des débuts, ou encore les premières mesures du sus-cité Bestiality qui ruent dans les brancards comme un bon vieux Unleashed de derrière les fagots (à moins que ce ne soit l'inverse, car une erreur semble avoir été commise sur le tracklisting) ! Cependant et à mon humble avis, Morphoss n'est jamais meilleur que lorsqu'il se fait plus heavy et mid-tempo : carnages assurés sur March of the Condemned ou The Trial. Que dire d'autre ? Difficile de chroniquer de façon intéressante un genre archi-balisé ou l'on s'efforce d'être le moins original possible, car là n'est pas le propos et Morphoss, résolument oldschool, ne souhaite surtout pas révolutionner les choses ! Précisons seulement que la prod, puissante et « pleine », souffre peut-être d'un mixage un peu trop proéminent de la voix.

Outre une section rythmique un peu plus jeune que le reste de la bande, aux oreilles que l'on imagine plus volontiers formées avec Slipknot ou Soulfly qu'avec Hellhammer ou Bathory, Morphoss compte aussi dans ses rangs deux guitaristes vétérans du thrash made in 6-3, dont l'affable Gun's « c'est çààààhhh », sodomite de volatiles le jour et adorateur de Kerry King la nuit. Le tableau (de chasse) ne serait pas complet sans le bien bel organe de Fabrice, ex-imprécateur d'Ancestral aussi à l'aise dans les growls d'outre-tombe que dans les vokills venimeux. Pour connaître la machine de guerre en concert, je peux vous assurer que l'implacable rage dégagée par les lascars en live a été capturée sans être matée avec bonheur ! Bref, avec ce genre de forçats les moutons électriques sont bien gardés et le thrash/death demeure ce qu'il doit être : un torrent sonore cataclysmique, comparable à un Styx seulement contenu dans son lit par la compréhension du genre et sa parfaite maîtrise instrumentale. Le verdict de la Cour ne saurait attendre plus longtemps : coupables, et fiers de l'être !

As a Frenchman I support national metal, especially when said metal is of the better kind. Please take a few moments to roam H.O.P.E’s and Morphoss’ Myspaces. Wanna know why ? Well, here we go. H.O.P.E is a one-man-band led by Mr. Alkariis, of the late gallic Ancestral fame, Reason & Divine being for now its first release. Well, to say “one-man-band” is not totally accurate, as able musicians are backing and fleshing Alkariis’ ideas. So what you get here is blackened symphonic extreme metal, taking as much from Muse as from Samael. Scratching your head, uh ? Well, you just gotta click on the Myspace link below ! Ok, after the Dionysian, avant-guardesque darkness displayed by H.O.P.E, let’s be überbrütal with Morphoss. Don’t need to bother ye faithful reader with many superlatives, what you should know about Morphoss can be summarized like this : "brutal and expletive fuckin' thrash". ‘Cause Marches of the Condemned will crush your head without mercy, and you won’t even have the time to say “Slayer”, “Entombed” or “Unleashed” before givin’ up the ghost. Thrashin’ death metal or deathin’ thrash metal, who gives a flyin’ fuck – Morphoss will feast on your miserable soul ! So be a man and check it out, or else Sharon Osbourne will slip into your sweaty couch on some moonless night (and I would be there, making a sextape of this).

H.O.P.E - Reason And Divine (Backstage Productions, 2006)

01 My Own Interior Way
02 Le Château Noir
03 An Ordinary Morning
04 My Second Self
05 Absinthe
06 Racine Mortelle
07 A Light Despair
08 HOPE

Morphoss - Marches For The Condemned (autoproduction, 2006)

01 The Trial
02 Condemned To Thrash
03 Opposition
04 Bestiality
05 Assassinate
06 March Of The Condemned
07 Dark Obscenity
08 The Sentence


Le Myspace de H.O.P.E.
La chronique d'Obsküre, et celle de VS Webzine.


Le site et le Myspace de Morphoss.
La chronique d'Obsküre, et celle des Accros du Metal.

vendredi 8 décembre 2006

Stream of (social) Consciousness

Hormis sur ses deux premiers albums, consacrés aux sempiternels démons censés venir nous botter le cul pendant notre sommeil (toujours pas arrivés), Kreator a toujours pris soin de fignoler des textes coup-de-poing, au fil anarcho-gauchiste aussi tranchant que les riffs les portant. Enemy of God, dernière livraison en date, ne fait pas exception à la règle malgré un titre qui induirait en erreur quiconque n'y regarderait à deux fois. Mille Petrozza, toujours aussi révolté, continue d'inscrire son groupe dans le gros thrash social qui tâche, laissant bouchers éventreurs et autres démons cacochymes à ses compatriotes Destruction et Sodom. Ne parlons pas du nectar houblonneux, sujet d'inspiration infinie creusé avec bonheur - pour certains - et exclusivité par les poètes éthyliques de Tankard (au secours). Alors certes, d'aucuns diront que ça ne va pas pisser bien loin, et que ce n'est pas l'étude géopolitico-sociale la plus pertinente qu'il nous ait été donné de lire. Et c'est vrai ! Mais enfin, le but n'a jamais été d'écrire une thèse et cela reste de la musique, du thrash d'excellent niveau et hypermoderne pour un groupe de cet âge - notons même une coloration Gothenburg qui vient teinter la fin de l'album de sonorités rougeoyantes d'habitude plus scandinaves que germaniques.

Kreator n'a jamais prétendu faire d'essais politiques mais préfère, avec peut-être un peu plus de talent que de succès depuis la fracture Renewal, donner dans le pamphlet contestataire et descriptif. Enemy of God est donc un état des lieux, un constat d'urgence dressé par un Mille Petrozza consterné de se voir, chaque soir à vingt heures devant son poste, imposer une telle dose d'impossible brutalité. Sans rivaliser avec la force parolière d'albums tels que Cause For Conflict (eux-mêmes), ...And Justice For All (Metallica) ou encore Beneath the Remains (Sepultura), Enemy of God est cependant un grand disque que nous offrent ces punks allemands déguisés en thrasheurs, une sorte de BO idéale à cette ultraviolence incontrôlable et ascendante, alimentée pernicieusement par un inexorable système de vases communicants : les idéologies fondatrices s'effritant, ne reste désormais plus que la sauvagerie humaine toujours plus dénuée de règles. Fussent-elles critiquables elles-aussi. Une thèse assénée sur douze terribles morceaux !

Putting aside its first two releases, Kreator was always about politics and social awareness (and kick-ass thrash metal). Enemy of God is no exception and, despite its title suggesting some kind of church-burning black metal content, is another fist in the face of god (errr, of society, sorry) ! Sure it ain’t a postgraduate thesis but hey, we don’t need no more brains to understand it’s total social shit all over and everywhere right fuckin’ now. Got it ? I have to say that Cause For Conflict is maybe my favourite Kreator album as far as these topics are concerned – this release is criminally underrated : to say it is a major body of work is an understatement. However Enemy of God is a strong CD, almost punkish under its guise of barbaric thrash metal, and denouncing whatever there’s to denounce right here, right now. Man, I really do feel like a fuckin’ progressive proletarian writing these lines.

Enemy of God (SPV, 2005)

01 Enemy Of God
02 Impossible Brutality
03 Sucide Terrorist
04 World Anarchy
05 Dystopia
06 Voices Of The Dead
07 Murder Fantasies
08 When Death Takes It's Dominion
09 One Evil Comes - A Million Follow
10 Dying Race Apocalypse
11 Under A Total Blackened Sky
12 The Ancient Plague

Le site et le Myspace de Kreator.

...et toujours :
Heureusement qu'on se faisait ch**r dans les centres de jeunesse allemands !

mardi 21 novembre 2006

Le requiem incompris

Quelques mois après sa sortie, il est temps d'opérer un petit retour en arrière afin de réhabiliter cette merveille musicale qu'est Reinkaos, testament de Dissection et lettre d'adieu hargneuse adressée au monde des vivants par un Jon Nödtveidt au paroxysme de sa folie. Assassiné avant même sa parution par une horde de prétendus spécialistes de Dissection, massacré sur l'autel de la bêtise à sa sortie par le lobby internaute des soi-disant puristes incapables de se faire à l'idée que le metal n'avait pas besoin d'un Storm of the Light's Bane II, Reinkaos n'a en réalité jamais eu sa chance, ou plutôt lui a-t-elle été d'emblée refusée. Un second Storm of... ? Allons, allons... Si fabuleux que soit cet album, après tout il n'est lui-même qu'un The Somberlain II ! Reinkaos est différent, restera unique - et pour cause -, mais est clairement plus proche d'un aboutissement personnel que d'une trahison. Et pour couper court à un débat qui n'a pas lieu d'être... c'est du pur Dissection garanti à cent pour cent, à tel point qu'il était inutile de mettre le nom du groupe sur la jaquette !

Dès le premier arpège toujours aussi élégamment ténébreux, dès la première attaque de cordes si caractéristiquement vicieuse, Dissection réaffirme son identité ; il est dès lors évident qu'aucune des notes jouées pendant les ¾ d'heure à venir n'auraient pu être émises par un autre groupe. Évident aussi le fait que Dissection était Jon Nödtveidt et personne d'autre : malgré un line up remanié de fond en comble autour du charismatique leader, l'identité du combo n'a pas muté d'un iota. En revanche, le changement notable concerne le style ! Reinkaos, ce n'est plus du black-death, ce n'est même plus du metal extrême. Non, c'est du heavy metal pur et dur, mais plus noir encore que le cœur d'une pierre d'onyx, plus froid que de l'acier cryogénisé et plus virulent que jamais. Rétrospectivement, la haine crachée par Jon Nödtveidt à l'encontre de la Vie, de la Construction et de la Chair apparaît pour ce qu'elle était vraiment : non feinte et annonciatrice de son suicide, envisagé par le musicien comme point d'orgue de sa carrière artistique.

Ceci étant dit, la musique prime et il est fortement conseillé de se foutre du reste. Le phrasé si particulier (unique) de Nödtveidt participe directement à la qualité de l'ensemble : ses élucubrations venimeuses vouant l'Univers aux gémonies sont éructées via cette voix typée black metal mais si bien articulée que l'on saisit sans peine chaque mot, chaque phrase. Il me semble ici devoir établir un parallèle entre Dissection et Metallica afin de rendre immédiatement compréhensible ce qui a tant choqué : les titres de Reinkaos sont à ceux de Storm of... ce que Enter Sandman est à Battery. Nödtveidt propose ici une musique raffinée et épurée, ni meilleure ni moins bonne, simplement différente et reposant sur un canevas bien plus rock 'n' roll que thrash. La vitesse a ainsi été sacrifiée au bénéfice exclusif de l'efficacité : le puissant mid tempo qui règne majestueusement sur Reinkaos est absolument implacable et convoie sans discontinuer des riffs monstrueusement mélodieux, ne cessant de surprendre l'auditeur à chacune de leurs interventions. Si Dissection a toujours été soucieux de cet aspect de pure musicalité, Reinkaos enfonce sur ce point ses prédécesseurs. Quoi de plus étonnant ? Nödtveidt, surdoué de la guitare et rejeton obscur des Maiden, Priest et autre King Diamond, se montre plus que jamais digne de cette filiation et laisse exploser son sens de la mélodie dans cet ultime travail. Reinkaos est transcendé par cette multitude de lacis enchevêtrés de motifs lead, brodés à l'infini autour de géniales rythmiques heavy metal qui donneraient des complexes à beaucoup.

Un tel talent laisse une impression de malaise quand on connaît la fin : comment en arriver là, comment tout foutre en l'air à ce point alors que l'on est assis sur un tas d'or... Ou plutôt, en l'occurrence, que l'on a de l'or en barre dans les doigts ? Quoi qu'il en soit, Reinkaos doit être instamment réhabilité et il faut faire fi de toutes les énormités lues ici où là et proférées par des no life ayant découvert l'option « commentaires » de Vs Webzine juste après Limp Bizkit. Sans même l'avoir entendu dans son intégralité, il va sans dire. Le troupeau de Panurge est infini... Petit conseil : commencer éventuellement par l'écoute de Dark Mother Divine, hymne posthume évident et représentatif des richesses de Reinkaos avec ses lead sublimes et sa rythmique hetfieldienne en diable. Que ce soit bien clair : non, le dernier Necrophobic (au demeurant plutôt bon) n'est pas l'album qu'aurait dû sortir Dissection (rires). Reinkaos, en sus d'être la seule option artistiquement valide (pourquoi refaire ce qui a déjà été fait ?) et digne de son illustre grand frère, doit être écouté pour ce qui reste la meilleure des bonnes raisons : c'est un putain d'album de metal à des années-lumières de l'actualité. On peut ne pas l'aimer, mais dire qu'il s'agit d'une trahison (un bien grand mot) est ridicule : inutile de se racheter une paire d'oreille, c'est le cerveau qui doit être changé.

Reinkaos never got a chance in the first place : dumbass motherfuckers all over the web destroyed it even before it was released. Man, there’re so many fucktards on this rocky debris roaming this universe… I can’t believe it. Reinkaos’ musical orientation, which makes it the “Black Album” of Dissection, was the right one and there’s no point arguing about that. Whoever the fuckin’ fuck would need another Storm of the Light’s Bane ? There’re enough copycats already doin’ it, don’t ya think ? So what we have here is pure frozen swedish heavy metal, a la Dissection (‘cause it IS Dissection, remember ?), still pissed-off as fuck against whatever you want – well, mainly life, it seems. Sure it ain’t a bullet-speeding record, but what we got here is total metal efficiency, complete with state-of-the-art songwriting and musicianship and rounded by killer melodies reminding of Maiden, Mercyful Fate or Priest. Heavy fuckin’ metal at its finest and darkest, like I love it to be. Do not listen to your friends : I know better (or else you won’t be here instead of trolling on Blabbermouth).

Reinkaos (Black Horizon Music, 2006)

01 Nexion 218
02 Beyond the horizon
03 Starlessaeon
04 Black dragon
05 Dark mother divine
06 Xeper-I-set
07 Chaosophia
08 God of forbidden light
09 Reinkaos
10 Internal fire
11 Maha kali


Le site et le Myspace de Dissection.

...et toujours :
R.I.H.